
 
| 13. ABDOMEN AIGU
/ S. Meban |
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L’expression « abdomen aigu » décrit
une situation d’urgence définie par l’apparition soudaine de symptômes
abdominaux de gravité telle qu’ils suggèrent une affection susceptible
de menacer le pronostic vital. La douleur est habituellement la caractéristique
prédominante. Comme dans bien des cas, le traitement de l’«abdomen
aigu» doit être amorcé sans délai, il importe donc de poser le
diagnostic le plus tôt possible.
La douleur abdominale aiguë peut être
transmise à la paroi abdominale à partir des organes intra-abdominaux ou
résulter d’une stimulation directe des nerfs somatiques dans la paroi
abdominale. Moins souvent, la douleur abdominale peut être d’origine
extrapéritonéale. La douleur abdominale aiguë est parfois secondaire à
une maladie systémique.
Douleur viscérale Elle est transmise par les nerfs du système
nerveux autonome sympathique qui pénètrent dans la moelle épinière au
niveau de D6 à L2. Le système parasympathique transmet aussi les
sensations douloureuses en provenance des organes pelviens, par des nerfs
pénétrant dans la moelle épinière au niveau de S2, S3 et S4.
L’innervation des viscères issus de l’intestin primitif est bilatérale
et la douleur est en général ressentie sur la ligne médiane. La douleur
provenant de l’intestin antérieur (foregut) se situe dans la région
épigastrique; la douleur provenant de l’intestin moyen (midgut)
est ombilicale et celle provenant de l’intestin postérieur (hindgut)
est ressentie dans la région hypogastrique. La douleur des organes pairs
se limite à l’un ou l’autre côté du corps.
Douleur somatique Les afférences somatiques innervant la paroi
abdominale pénètrent dans la moelle épinière entre D5 et L2. De plus,
la surface inférieure du diaphragme est innervée par le nerf phrénique
(C3, C4 et C5). Ainsi, lorsqu’il y a irritation du diaphragme, la
douleur peut irradier au sommet de l’épaule.
Le stimulus de la douleur peut être une irritation chimique provenant
de la perforation d’un ulcère gastro-duodénal, d’une fuite (leak)
biliaire ou de jus pancréatique, ou de la contamination bactérienne consécutive
à la perforation du côlon. Les autres stimuli incluent l’ischémie et
la distension du péritoine intestinal ou pariétal. La pression directe
exercée sur un nerf par un disque intervertébral prolabé ou une tumeur
peut causer une douleur abdominale.
La perception de la douleur peut être perturbée par une dysfonction
des voies de conduction de la douleur. Le seuil de la douleur varie
fortement d’un sujet à un autre.
Une douleur intense d’apparition soudaine
suggère un trouble grave (p. ex. la perforation d’un ulcère,
l’embolie mésentérique ou la rupture d’un anévrisme de l’aorte).
La zone d’irradiation fournit un indice de l’organe duquel émane la
douleur. Le siège de la douleur viscérale est en général moins précis
que celui de la douleur somatique.
Le pronostic d’une douleur grave persistante est habituellement plus
sombre que celui d’une douleur de type colique. L’appellation colique
biliaire est inexacte puisque la douleur est souvent constante,
contrairement à la véritable colique d’une occlusion intestinale ou
d’un calcul urétéral. Celle-ci correspond aux ondes péristaltiques et
s’atténue ou disparaît entre les ondes.
Les zones d’irradiation de la douleur constituent d’importants
indices. L’irritation du diaphragme causée par la présence de sang
dans la cavité péritonéale peut entraîner une douleur au sommet de
l’épaule. La douleur vésiculaire peut irradier à la région
scapulaire droite.
| 13.4 Symptômes
associés |
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L’anorexie, les nausées et les
vomissements sont des symptômes non spécifiques, mais plus fréquents
dans les affections gastro-intestinales. La distension abdominale et des
changements des habitudes de défécation suggèrent une occlusion. Le
sang dans les selles peut provenir d’un ulcère, d’une tumeur ou
d’un infarctus. Chez la femme, l’histoire précise des menstruations
facilite le diagnostic d’un trouble ovarien, d’une grossesse extra-utérine
ou d’une infection pelvienne.
| 13.5 Examen
physique |
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L’examen s’effectue chez un patient en
décubitus dorsal. Il est préférable de retarder l’administration
d’analgésiques jusqu’à ce que le diagnostic soit posé afin de ne
pas masquer certains signes physiques.
À l’inspection de l’abdomen, on doit rechercher toute distension
abdominale ou masse locale. Le patient atteint de péritonite demeure étendu
et immobile puisque tout mouvement accentue l’irritation péritonéale.
Le patient atteint de colique peut au contraire être agité puisqu’il
cherche sans cesse une position plus confortable.
La palpation délicate peut révéler la présence de masses. Elle met
également en évidence la sensibilité au toucher et la défense ou la
rigidité musculaires pouvant suggérer une irritation péritonéale.
La percussion est utile pour évaluer la nature de la distension
abdominale ou délimiter les masses. Elle peut permettre de mettre en évidence
un mini-ressaut, elle facilite la localisation du point le plus sensible
et est plus facilement tolérée chez le patient en péritonite : la
disparition de la matité hépatique suggère une perforation viscérale.
L’auscultation peut révéler toute une gamme de bruits intestinaux,
allant du silence total de l’abdomen dans le cas d’une péritonite,
jusqu’à l’hyperactivité sonore de l’occlusion intestinale. Les
souffles suggèrent un trouble vasculaire, mais au niveau épigastrique,
ils peuvent aussi s’entendre chez les sujets normaux.
Au moins un examinateur doit procéder à un examen rectal et en noter
les résultats. Une douleur au toucher au-dessus de la réflexion péritonéale
indique une péritonite pelvienne (p. ex. l’appendicite ou la
diverticulite).
Un examen pelvien doit éliminer une cause gynécologique à la douleur
abdominale.
| 13.6 Diagnostic
différentiel |
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En plus des causes abdominales et extrapéritonéales
de la douleur abdominale, il faut également prendre en considération les
causes non chirurgicales, comme l’acidocétose diabétique.
| 13.7 Démarche
diagnostique |
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Dans la plupart des cas, le diagnostic
clinique est établi à partir d’une bonne anamnèse et d’un examen
physique rigoureux. Dans tous les cas, une formule sanguine complète, une
analyse d’urine et, au besoin, le dosage de l’amylase et des électrolytes
sériques s’imposent. Il y a lieu de déterminer la concentration sérique
en lactates lorsqu’on soupçonne une ischémie. La radiographie
pulmonaire et des clichés simples de l’abdomen facilitent le diagnostic
différentiel.
Des examens plus raffinés sont à considérer. L’échographie est très
utile pour le diagnostic des affections des voies biliaires. Des clichés
simples de l’abdomen peuvent révéler une occlusion intestinale majeure,
mais on doit procéder à un lavement baryté pour rechercher le niveau
d’obstruction et exclure la possibilité d’une pseudo-obstruction. La
pyélographie intraveineuse peut révéler le non-fonctionnement des reins
ou une urétéro-hydro-néphrose lorsqu’on soupçonne une douleur
d’origine rénale. Un calcul opaque peut occasionnellement être observé
sur les clichés simples de l’abdomen. Lorsqu’on soupçonne une ischémie
intestinale, l’angiographie mésentérique urgente est indispensable au
diagnostic et au traitement. En présence de diverticulite, un lavement au
Gastrografin® peut se révéler utile. Pour le diagnostic de
l’abdomen aigu, on recourt de plus en plus à la tomodensitométrie
abdominale. Le choix de la méthode d’examen la plus appropriée doit être
discuté avec le radiologiste.
| 13.8 Démarche
thérapeutique |
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Le traitement dépend du diagnostic. Aux
premiers stades, il peut être impossible de faire la distinction entre la
colique d’une entérite aiguë et l’appendicite. Seuls des examens répétés
et une observation attentive permettent de les distinguer. De nombreuses
douleurs abdominales disparaissent sans qu’un diagnostic définitif ait
été posé. À l’occasion, une péritonite nécessite une laparotomie
avant même l’établissement d’un diagnostic préopératoire précis.

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