
 
10. LES MALADIES
INFLAMMATOIRES DE L'INTESTIN
R.N. Fedorak et A.B.R. Thomson |
page
347 |
1. MALADIE DE CROHN
La maladie de Crohn, appelée aussi iléite
régionale, est une affection inflammatoire chronique qui peut toucher
l’intestin grêle, le côlon, ou les deux à la fois. L’inflammation,
qui peut ou non s’accompagner de granulomes non caséeux, s’étend
dans toutes les couches de la paroi de l’intestin pour atteindre aussi
le mésentère adjacent et les ganglions lymphatiques. Le processus
inflammatoire est souvent discontinu, des segments d’intestin normaux séparant
des segments atteints. La maladie de Crohn se caractérise par une évolution
variable indolore, des manifestations cliniques diverses, des
complications intestinales, périanales et systémiques, ainsi que par une
tendance à la récidive naturelle après la résection.
La caractéristique pathologique de la
maladie de Crohn est un processus inflammatoire qui s’étend dans toutes
les couches de la paroi intestinale. L’examen microscopique révèle 1)
une hyperplasie des histiocytes périlymphatiques, 2) une infiltration
granulomateuse diffuse, 3) des granulomes non caséeux discrets dans la
sous-muqueuse et dans le chorion de la muqueuse, 4) un oedème et une
dilatation lymphatique de toutes les couches de l’intestin, et 5) une
infiltration monocytaire des ganglions lymphatiques et des plaques de
Peyer sur la surface séreuse de l’intestin.
Le mésentère voisin de l’intestin
atteint est nettement épaissi, adipeux et oedémateux. Des projections
digitiformes de mésentère épaissi qui s’étendent à la surface de la
séreuse vers le bord opposé au mésentère sont aussi présentes. La
surface de la muqueuse du segment atteint présente un aspect «
pavimenteux » (en pavés de chemin) caractéristique, attribuable aux ulcérations
profondes de la muqueuse et à l’épaississement nodulaire de la
sous-muqueuse. Les ulcères sont souvent allongés et ont tendance à s’étendre
dans l’axe longitudinal de l’intestin.
Comme la séreuse et le mésentère sont enflammés, l’une des caractéristiques
de la maladie de Crohn est la tendance qu’ont les anses intestinales
atteintes à adhérer entre elles par des bandes fibreuses. Ce processus
s’accompagne souvent de la formation de fistules caractéristiques de la
maladie de Crohn; celles-ci prennent naissance dans des ulcérations, puis
percent graduellement la séreuse et les organes adjacents. Ces fistules
communiquent entre les anses de l’intestin grêle et entre celles-ci et
le côlon, la peau, le périnée, la vessie, le vagin, ou se terminent
dans des cavités d’abcès indolores situées dans la cavité péritonéale,
dans le mésentère ou dans des structures rétropéritonéales.
Lorsque les lésions de la maladie de Crohn sont discontinues, les
segments d’intestin sains adjacents aux segments atteints ou entre ces
derniers ne montrent aucune anomalie macroscopique ou histologique.
| 1.2 Distribution
anatomique |
page
348 |
Les malades atteints de la maladie de Crohn
peuvent se classer selon qu’ils présentent une atteinte de l’intestin
grêle seulement (30 %), du grêle et du côlon (50 %) et du côlon
seulement (20 %) ( tableau
1 ). La maladie de Crohn de l’intestin grêle touche
principalement l’iléon terminal dans 80 % des cas ( figure
1 ) et les autres régions déjà mentionnées dans 20 % des
cas seulement. La maladie de Crohn du côlon (colite de Crohn) peut
affecter tous les segments. Même si l’absence d’atteinte du rectum
est plus caractéristique de la maladie de Crohn que de la colite ulcéreuse
(ou rectocolite hémorragique), le rectum est atteint chez la moitié des
malades qui présentent une maladie de Crohn du côlon.
TABLEAU 1. Distribution
anatomique de la maladie de Crohn
|
| Principale partie
atteinte |
Pourcentage |
|
| Intestin grêle
seulement |
30 |
| Intestin grêle et côlon |
50 |
| Côlon seulement |
20 |
|
|
| 1.3 Épidémiologie |
page
348 |
La maladie de Crohn se retrouve dans le
monde entier, sa prévalence étant de 10 à 100 par cent mille habitants
( tableau 2 ).
La maladie affecte plus souvent les personnes d’origine européenne;
elle est de trois à huit fois plus fréquente chez les Juifs que chez les
non-Juifs et plus fréquente aussi chez les personnes de race blanche. Même
si la maladie peut se déclarer à tout âge, elle débute plus souvent
entre 15 et 30 ans. On observe une prédisposition familiale, de sorte que
de 20 % à 30 % de ces malades ont des antécédents familiaux de maladie
inflammatoire de l’intestin.
TABLEAU 2. Épidémiologie
des maladies inflammatoires de l’intestin
|
| Facteur |
Colite ulcéreuse |
Maladie de Crohn |
|
| Incidence (par 100
000) |
2 à 10 |
1 à 6 |
| Prévalence (par 100
000) |
35 à 100 |
10 à 100 |
| Incidence selon la
race |
Élevée chez les
Blancs |
Élevée chez les
Blancs |
| Incidence selon le
groupe ethnique |
Élevée chez les
Juifs |
Élevée chez les
Juifs |
| Sexe |
Légère prédominance
féminine |
Légère prédominance
féminine |
|
|
Les agents responsables des maladies
inflammatoires de l’intestin n’ont pas encore été déterminés. Les
anomalies des cellules T ou des macrophages, ou des deux, ainsi que leur
interaction demeurent encore l’hypothèse la plus plausible 1-4 (
* ) . La revue de la littérature récente sur le sujet permet de proposer
la séquence suivante des événements pathologiques pouvant conduire à
l’apparition de ces affections. Le système immunitaire
gastro-intestinal est exposé à un antigène de la muqueuse et il peut même
s’agir d’un antigène normalement présent dans la flore intestinale.
Cependant, cette fois-ci, l’antigène ne déclenche pas l’activité
typique des cellules T suppressives spécifiques de cet antigène et la
muqueuse ne réagit pas. Par ailleurs, l’anomalie immunorégulatrice spécifique
de l’antigène déclenche l’activité des cellules T auxiliaires ( helper
) et une réponse immunitaire entre en jeu. Cette réponse immunitaire
constitue un épiphénomène qui amène éventuellement la formation
d’auto-antigènes et l’apparition d’auto-anticorps. Plus tard, dans
une tentative de régularisation de la baisse de la réponse spécifique
de l’antigène, des cellules T suppressives non spécifiques de
l’antigène apparaissent. Au début, ces cellules T suppressives non spécifiques
de l’antigène peuvent prévenir l’évolution de la maladie mais,
comme elles se raréfient graduellement, l’activité non régularisée
des cellules T auxiliaires ( helper ) spécifiques de l’antigène
prend peu à peu le dessus. Cette réponse immune non régularisée spécifique
de l’antigène amène la production de lymphokines qui stimulent la
migration des cellules inflammatoires et cytolytiques vers la région. Ce
processus amène la manifestation des changements morphologiques
microscopiques et macroscopiques de l’affection intestinale
inflammatoire.
L’antigène responsable du déclenchement des événements mentionnés
ci-dessus n’a pas été déterminé. Depuis plusieurs décennies, les
mycobactéries sont considérées comme les responsables du déclenchement
de l’antigène. Cependant des études récentes n’ont pu déceler
aucune preuve de réactivité des cellules T ou du système humoral spécifique
de la maladie de Crohn contre plusieurs espèces de mycobactéries 5 .
Par ailleurs, des études récentes ont démontré une augmentation de la
perméabilité de l’intestin chez les parents en bonne santé de malades
atteints de la maladie de Crohn, et elles ont ainsi permis d’émettre
l’hypothèse voulant que la maladie de Crohn soit causée par un trouble
de perméabilité épithéliale, lequel favorise une exposition à un
nombre accru d’antigènes de la muqueuse 6 . Il reste encore
à démontrer si ce trouble de perméabilité est une anomalie génétique
ou s’il est d’origine environnementale.
NOTE: *Ces chiffres renvoient à la section
« Références », à la page 389.
| 1.5 Caractéristiques
cliniques |
page
350 |
Le malade type atteint de la maladie de
Crohn est un jeune adulte qui se présente avec des douleurs au quadrant
inférieur droit de l’abdomen, de la diarrhée et une température subfébrile.
L’examen révèle une sensibilité à la palpation, une défense
musculaire et une masse palpable dans le quadrant inférieur droit. Si la
maladie est apparue subitement et que la diarrhée n’est pas prédominante,
ces constatations associées avec une hyperleucocytose orientent souvent
le diagnostic clinique vers une appendicite, et c’est à l’aide de la
laparotomie que l’on découvre la maladie de Crohn.
Souvent, le tableau clinique est insidieux et le malade présente des
épisodes récurrents de diarrhée légère, de douleurs abdominales et de
fièvre qui durent quelques jours ou quelques semaines et disparaissent
spontanément. Si la maladie se limite à un petit segment de l’intestin,
ce tableau peut se maintenir pendant de nombreuses années avant que le
diagnostic précis ne soit posé.
Les douleurs abdominales de la maladie de Crohn sont localisées au
quadrant inférieur droit. Lorsque le côlon est atteint, les crampes
peuvent toucher un ou les deux quadrants inférieurs de l’abdomen. La fièvre,
en l’absence de complications, dépasse rarement 38 °C. La fréquence
de la diarrhée est plutôt modérée, soit de cinq à six selles par
jour, lorsque la maladie se limite à l’iléon. Par contre,
lorsqu’elle touche le côlon distal, le malade peut souffrir de besoins
impérieux, d’incontinence et de rectorragie.
Si la maladie n’est pas diagnostiquée, elle peut s’aggraver
progressivement au fil des ans et les périodes asymptomatiques sont de
plus en plus courtes; le malade maigrit et est de plus en plus fatigué.
En outre, une perte chronique de sang associée avec un apport alimentaire
déficient risque aussi d’entraîner une anémie.
La malnutrition, la malabsorption et la perte de poids sont fréquentes
à tous les stades de la maladie de Crohn. Une variété de facteurs sont
en cause. Néanmoins, la diminution volontaire de l’apport alimentaire
par crainte d’exacerber les symptômes abdominaux est aussi un facteur
très important de la perte de poids ( tableau
3 ).
TABLEAU 3. Mécanismes
responsables de la malabsorption et de la malnutrition dans la
maladie de Crohn
|
Apport alimentaire
inapproprié (facteur le plus important)
Anorexie
Restrictions alimentaires spécifiques pour éviter la diarrhée /
la douleur
Atteinte inflammatoire de
l’intestin grêle
Diminution de l’absorption des nutriments
Carence acquise en disaccharidase
Entéropathie exsudative
Carence en fer due à une perte sanguine chronique
Prolifération bactérienne dans
l’intestin grêle due à des rétrécissements et à des fistules
Malabsorption de la cobalamine
Altération du métabolisme des sels biliaires et malabsorption des
graisses
Chirurgie intestinale
Perte de la surface d’absorption attribuable à une résection
Résection de l’iléon causant une malabsorption de la cobalamine,
une carence en sels biliaires et la stéatorrhée
Diarrhée
Perte liquidienne et électrolytique
Combinaison des facteurs ci-dessus |
|
Environ 10 % à 15 % des patients se présentent
sans aucun des symptômes abdominaux cités précédemment et consultent
le médecin pour la première fois en raison d’une maladie périanale,
de fièvre ou de l’une des manifestations extra-intestinales de la
maladie ( tableau 4 ).
Quels que soient les symptômes et les
signes cliniques de présentation de la maladie, seulement 20 % des
malades resteront complètement asymptomatiques pendant les 10 années
suivantes. Tous les autres subiront des crises récidivantes de douleurs
abdominales, de diarrhée et de température subfébrile. Dans les cas où
la maladie évolue jusqu’à requérir une intervention chirurgicale, la
récidive est fréquente en particulier au siège de l’anastomose. Au
total, 75 % des malades opérés pour une maladie de Crohn de l’intestin
grêle présenteront une récidive dans les 5 années suivantes et devront
être opérés de nouveau dans les 15 années suivantes. En outre,
l’intervalle semble être plus court entre la deuxième et la troisième
opération qu’après la première résection.
TABLEAU
4. Manifestations extra-intestinales des maladies inflammatoires de
l’intestin
|
|
Maladie
de Crohn |
Colite
ulcéreuse |
|
| Manifestations
locales |
|
|
| Atteinte périanale |
|
|
Fissures
anales, fistules
recto-vaginales, fistules recto-vésicales |
+++ |
+ |
| Abcès
pararectal |
+++ |
+ |
| Prolapsus
rectal |
++ |
+ |
| Hémorragie |
|
|
| Légère
– peut entraîner l’anémie |
+++ |
+ |
| Massive
– peut menacer la vie |
+ |
+++ |
| Mégacôlon
toxique |
+ |
+++ |
| Perforation |
|
|
| Aucune
– avec ou sans mégacôlon toxique |
+ |
+++ |
| Cloisonnée |
+++ |
- |
| Rétrécissement |
|
|
| Cicatriciel
– permanent |
+++ |
- |
Hypertrophie
de la musculaire
muqueuse – réversible |
+ |
+++ |
|
Cancer |
+ |
+++
|
|
Manifestations générales |
|
|
| Manifestations
cutanées |
|
|
| Érythème
noueux |
+++ |
+ |
| Ulcérations
aphteuses de la bouche |
+++ |
- |
| Pyoderma
gangrenosum |
+ |
+++ |
| Lésions
oculaires |
|
|
| Conjonctivite |
+++ |
+ |
| Iritis,
uvéite, épisclérite |
+++ |
+ |
| Arthrite |
|
|
Articulations
périphériques – migratrice,
non déformante, séronégative |
+++ |
+ |
| Spondylarthrite
ankylosante – sacro-iliite |
+ |
+++ |
| Atteinte hépatique |
|
|
| Biliaire |
|
|
| Péricholangite |
+ |
+ |
| Cholangite
sclérosante primitive |
+ |
+++ |
| Carcinome
des canaux biliaires |
+ |
+ |
| Calculs
biliaires |
+++ |
- |
| Hépatocellulaire |
|
|
| Hépatite
active chronique |
+ |
+ |
| Cirrhose |
- |
+ |
| Divers |
|
|
| Changement
graisseux (malnutrition) |
+ |
+ |
| Amylose |
+ |
- |
| Manifestations
hématologiques |
|
|
| Anémie
mégaloblastique |
+++ |
+ |
| Anémie
ferriprive |
+++ |
++ |
| Anémie
hémolytique auto-immune |
++ |
+ |
| Thrombocytose |
++ |
++ |
| Troubles
de coagulation (état d’hypercoagulation) |
+ |
+++ |
| Néphropathie |
|
|
| Néphrolithiase |
+++ |
- |
|
|
|
|
| 1.6
Complications |
page
352 |
1.6.1 OBSTRUCTION DE L’INTESTIN GRÊLE
L’obstruction de l’intestin grêle est
l’indication chirurgicale la plus fréquente dans la maladie de Crohn.
Elle est la conséquence de l’inflammation et de l’oedème qui
touchent un segment déjà sténosé de l’intestin. L’obstruction est
souvent partielle et passagère, et disparaît avec le traitement de
l’inflammation et de l’oedème. La progression vers l’occlusion
complète est souvent lente et dans ce cas attribuable à l’installation
d’une sténose cicatricielle. Une occlusion complète peut néanmoins
survenir subitement lorsque des coudures se forment dans l’intestin grêle
à cause du processus inflammatoire adhésif.
1.6.2 FISTULES ET FISSURES
Les fistules et les fissures périanales
sont particulièrement fréquentes dans la maladie de Crohn et elles sont
parfois si graves qu’elles peuvent cacher d’autres manifestations
intestinales. Les fistules entéro-entériques peuvent se former entre les
anses intestinales et contribuer à aggraver les problèmes nutritionnels
si elles amènent les nutriments à court-circuiter la surface absorbante
de l’intestin grêle. De plus, les fistules entéro-entériques peuvent
entraîner la recirculation du contenu intestinal ou en favoriser la stase
et ainsi causer une prolifération bactérienne dans la lumière
intestinale. Les fistules entre les anses intestinales et la vessie
peuvent entraîner à la longue des infections chroniques de l’appareil
urinaire. Des fistules peuvent aussi se former entre l’intestin et la
peau, l’intestin et le vagin, ou l’intestin et d’autres organes
internes.
1.6.3 PERFORATION
La perforation en péritoine libre est
inhabituelle dans la maladie de Crohn; si elle survient, elle entraîne
une péritonite franche.
1.6.4 SAIGNEMENTS DIGESTIFS
Il est fréquent que des saignements
insidieux se produisent avec l’atteinte de l’intestin grêle et
causent une anémie ferriprive. Les hémorragies franches avec des
saignements rectaux d’un rouge vif se produisent dans les cas
d’atteinte du côlon distal et de fistules périanales.
1.6.5 NÉOPLASIES MALIGNES
Les néoplasies malignes situées dans les
segments intestinaux atteints ou sains sont trois fois plus fréquentes
chez les porteurs d’une maladie de Crohn que dans la population générale.
La fréquence de tumeurs malignes est cependant beaucoup moindre que celle
observée chez les malades atteints d’une colite ulcéreuse.
1.6.6 MANIFESTATIONS EXTRA-INTESTINALES
Les manifestations extra-intestinales de la
maladie de Crohn ( tableau
4 ) sont fréquentes lorsque la maladie touche le côlon et
aussi avec les atteintes périanales. Les malades qui présentent une
manifestation extra-intestinale sont plus exposés à en présenter une
seconde.
L’arthrite est la manifestation systémique la plus fréquente et
peut prendre la forme d’une arthrite migratrice qui atteint des
articulations plus grosses ou encore la forme d’une sacro-iliite ou
d’une spondylarthrite ankylosante. L’atteinte articulaire peut précéder
par de nombreuses années les manifestations de la maladie intestinale. Il
n’y a pas de corrélation entre l’évolution de la spondylite et de la
sacro-iliite et celle de la maladie de Crohn. La monoarthrite migratrice
touche les grosses articulations et, là encore, évolue indépendamment
de la maladie intestinale.
On observe aussi à l’occasion des inflammations oculaires, cutanées
et muqueuses dans la maladie de Crohn. L’iritis et l’épisclérite
sont des manifestations oculaires fréquentes. L’érythème noueux et,
à une fréquence moindre, le pyoderma gangrenosum sont des
manifestations cutanées courantes. Les ulcérations aphteuses de la
muqueuse buccale, de la langue et des lèvres sont fréquentes, et souvent
rebelles à tout traitement.
Les hépatopathies graves sont plutôt rares chez les malades atteints
de la maladie de Crohn. On relève parfois de légères anomalies dans les
épreuves hépatiques chez quelques malades et souvent dans ces cas, la
biopsie révèle une péricholangite légère. Une cholélithiase se
produit chez environ 30 % des malades qui ont une maladie iléale ou qui
ont subi une résection de l’iléon. Cette incidence élevée est liée
à une déficience des sels biliaires qui favorise la production de bile
lithogène conduisant à la formation de lithiases biliaires à cholestérol.
Les néphrolithiases se produisent chez 30 % des malades atteints de la
maladie de Crohn. Des calculs d’oxalate et une hyperoxalurie sont
courants et reliés à la stéatorrhée. La malabsorption des graisses
liant le calcium dans la lumière intestinale augmente la quantité
d’oxalate alimentaire disponible pour l’absorption dans le côlon.
Le diagnostic de la maladie de Crohn, comme
celui de la colite ulcéreuse, repose sur les résultats de l’anamnèse,
de l’examen physique, des analyses de laboratoire et des études
radiologiques, endoscopiques et histologiques.
Il faut d’abord exclure les autres causes possibles d’inflammation
intestinale
( tableau 5 ).
TABLEAU 5 . Diagnostic
différentiel de la maladie de Crohn (atteinte du côlon ou de
l’intestin grêle)
|
Origine infectieuse
- Espèces de Yersinia
- Espèces de Campylobacter
- Espèces de Salmonella
- Amibiase
- Tuberculose
- Balantidium coli
- Cytomégalovirus
- Histoplasmose
- Anisakiase
Gastro-entérite éosinophilique
Vasculite
Syndrome d’ulcère rectal solitaire
Cancer du côlon
Appendicite
Abcès appendiculaire
Mucocèle appendiculaire
Diverticulite de Meckel
Affection pelvienne inflammatoire
Grossesse ectopique
Kystes ou tumeurs ovariens
Diverticulite caecale
Cancer du caecum impliquant l’iléon
Tumeur carcinoïde
Plasmacytome iléal
Ischémie intestinale
Lymphome intestinal
Jéjuno-iléite ulcéreuse non granulomateuse
Entérocolite pseudomembraneuse
Colite ulcéreuse
Entérite radique
Tumeurs de l’intestin grêle
Vascularite systémique
Maladie de Fabry
Syndrome de Zollinger-Ellison
Hyperplasie lymphoïde bénigne
|
|
Dans la phase aiguë de la maladie de Crohn,
il faut exclure la gastro-entérite virale, l’appendicite, l’entérocolite
à Yersinia et la gastro-entérite à Salmonella . Si la
maladie de Crohn se présente sous la forme d’une maladie chronique récurrente,
il faudra effectuer des cultures de selles et faire une biopsie de la
muqueuse rectale pour exclure la possibilité d’une giardiase, d’une
amibiase, d’une tuberculose intestinale, d’une jéjuno-iléite ulcéreuse
non granulomateuse, d’une mycose ou d’une entérocolite
pseudomembraneuse. Lorsque l’inflammation se limite au côlon ou au
rectum, une colite ulcéreuse, une colite ischémique, une diverticulite
et parfois un cancer du côlon peuvent simuler une maladie de Crohn.
1.7.1 ANALYSES DE LABORATOIRE
L’hémogramme révèle une leucocytose,
une augmentation du taux de sédimentation globulaire et une thrombocytose
qui suggèrent toutes la présence d’un processus inflammatoire en cours.
Les indices globulaires peuvent être microcytaires et hypochromes en présence
d’une anémie ferriprive, ou macrocytaires et mégaloblastiques en présence
d’une carence en vitamine B 12 (absorbée dans l’iléon
terminal) ou en acide folique. Si ces deux carences sont présentes
simultanément, le compteur automatique de Coulter indiquera une anémie
normochrome de type normocytaire qui devra être précisée par
l’analyse d’un frottis de sang périphérique et par la détermination
des taux sériques de fer, de la capacité totale de fixation du fer, de
la ferritine, de la vitamine B 12 et de l’acide folique.
L’analyse d’urine peut démontrer une infection urinaire en présence
d’une fistule et d’une protéinurie en cas d’amylose. L’albumine sérique
donne une bonne indication de l’état général du malade. L’albuminémie
est abaissée chez les malades qui ne mangent pas, chez ceux qui souffrent
d’une malabsorption étendue et chez ceux dont la maladie entraîne une
déperdition protéinique entérique importante. L’activité de la
phosphatase alcaline sérique est souvent augmentée sans autre signe de
maladie du foie chez les personnes qui ont une maladie de Crohn. La détermination
des taux sériques de carotène, de calcium et de phosphore, le test de
Schilling et la mesure quantitative des graisses dans les selles sont
utiles pour déterminer s’il y a ou non une malabsorption manifeste. Le
test respiratoire à l’hydrogène à la suite de l’administration de
lactose ou le test respiratoire au glycocholate marqué au 14 C
sont utiles pour évaluer respectivement le degré d’intolérance au
lactose et la prolifération bactérienne. Il importe de remarquer que le
test respiratoire au glycocholate marqué au 14 C est aussi
anormal dans le cas d’une maladie iléale ou d’une résection iléale.
L’endoscopie, la sigmoïdoscopie et la coloscopie permettent de préciser
le siège de la maladie et de procéder à des biopsies au niveau des ulcérations
de la muqueuse. Ces ulcères varient en taille et en forme; ils peuvent être
arrondis, serpigineux ou linéaires. On observe souvent des îlots de
muqueuse normale qui font saillie dans la lumière intestinale en raison
de l’inflammation et de l’oedème de la sous-muqueuse. Lorsque ces îlots
de muqueuse sont séparés par des ulcérations linéaires, ils donnent à
la muqueuse cet aspect « pavimenteux » caractéristique. Ce tableau se
distingue de celui qu’on peut observer dans la colite ulcéreuse où les
ulcérations diffuses s’étendent sans laisser de plaques de muqueuse
normale.
La décision de pratiquer une coloscopie doit être prise en tenant
compte du diagnostic spécifique et des issues thérapeutiques que
l’intervention est censée apporter, soit 1) établir le diagnostic; 2)
préciser si la maladie est en phase active; 3) déterminer l’étendue
de l’atteinte; 4) préciser le type de maladie; 5) dépister un cancer.
1.7.2 ÉTUDES RADIOLOGIQUES
Le cliché radiologique sans préparation
de l’abdomen démontre une dilatation de l’intestin en cas
d’occlusion partielle. Il peut aussi révéler la présence de masses
abdominales causées par des anses inflammatoires adhérentes ou par un
abcès.
Le lavement baryté à double contraste révèle l’atteinte du côlon,
en faisant apparaître le rétrécissement, les ulcérations, les sténoses
ou la formation de fistules. Comme dans le cas de la coloscopie, le
lavement baryté devrait être reporté chez les malades qui ont une
colite de Crohn en phase aiguë, étant donné que l’examen n’est pas
d’une absolue nécessité pour prendre des décisions thérapeutiques
immédiates et qu’il y a un risque appréciable de perforation et de mégacôlon
toxique.
Le lavement baryté peut démontrer une maladie de l’iléon terminal
à la suite d’un reflux de la baryte au niveau de la valvule iléo-caecale.
Toutefois, pour déterminer l’étendue de l’atteinte de l’intestin
grêle, il faut recourir à l’administration d’un opacifiant par voie
orale ou à l’entéroclyse. Les anomalies de l’intestin grêle
visibles à la radiographie sont similaires à celles observées au niveau
du côlon, y compris l’aspect « pavimenteux » caractéristique, la sténose
et l’alternance de segments atteints et de segments sains ( figure
1 ).
Il est important de préciser qu’il n’y a pas de corrélation étroite
entre les changements observés à la radiographie et l’évolution de la
maladie, tant pour l’intestin grêle que pour le gros intestin. Il n’y
a donc pas lieu de pratiquer des radiographies de routine.
1.7.3 EXAMEN HISTOLOGIQUE
Les biopsies de la muqueuse rectale, du côlon
ou de l’iléon terminal au moment de la coloscopie, ou au niveau du duodénum
au moment de l’endoscopie supérieure, permettent de faire la preuve
histologique de la maladie. Une inflammation granulomateuse de la muqueuse
intestinale suggère fortement le diagnostic de la maladie de Crohn ( figure
2 ).
Le traitement de la maladie de Crohn dépend
beaucoup de l’état clinique de chaque malade. Il n’existe aucun régime
thérapeutique unique qui peut être considéré comme standard chez les
malades atteints de la maladie de Crohn et il est donc important
d’individualiser le traitement.
Lorsqu’un malade se présente en phase aiguë, l’anamnèse et
l’examen physique sont essentiels pour évaluer correctement la gravité
de la maladie, et déterminer s’il y a obstruction, perforation ou abcès
de l’intestin. L’utilisation de stéroïdes ou d’agents
immunosuppresseurs en présence d’une infection manifeste serait désastreuse.
Dans les cas légers, la diarrhée et les crampes abdominales peuvent être
traitées efficacement par de la codéine, du diphénoxylate (Lomotil ®
) ou du lopéramide (Imodium ® ). Dans les formes modérées
ou graves de la maladie, le malade devrait être hospitalisé, maintenu à
jeun et alimenté par l’administration de solutés intraveineux. Si les
symptômes et les examens suggèrent une obstruction de l’intestin grêle,
il faut habituellement procéder à un drainage gastrique par voie nasale
jusqu’à ce que l’oedème et le spasme de l’intestin disparaissent.
Si la présence d’un abcès, d’une fièvre et d’une leucocytose suggère
une infection systémique, il faudra commencer une antibiothérapie à
large spectre après avoir pratiqué des cultures de sang et d’urine, et
des prélèvements des fistules et des autres foyers d’infection
possibles.
1.8.1 TRAITEMENT DE SOUTIEN
Le traitement symptomatique peut être nécessaire
pour arrêter la diarrhée chez les malades qui présentent une maladie
chronique et stable. Comme nous l’avons dit précédemment, le diphénoxylate,
le lopéramide et la codéine sont des agents utiles pour maîtriser la
diarrhée, mais il faut en faire un usage prudent; en effet, ces agents
peuvent être dangereux et leur administration doit être immédiatement
interrompue si l’état clinique du malade se détériore.
D’autre part, chez les malades atteints de la maladie de Crohn, la
diarrhée peut être due aux acides biliaires déconjugués non absorbés
qui causent une diarrhée cholérétique. La cholestyramine, une résine
échangeuse d’ions, se lie efficacement aux sels biliaires non absorbés
et permet de maîtriser la diarrhée. La malabsorption des graisses peut
être traitée par un régime pauvre en graisses, complété par des
triglycérides à chaîne moyenne. La prolifération bactérienne peut se
produire dans les régions proximales au siège de la sténose, et amener
une déconjugaison des sels biliaires et une diarrhée secondaire. Un
antibiotique à large spectre, comme la tétracycline, est souvent
efficace. Un déficit en lactase peut aussi se produire à la suite
d’une crise inflammatoire active et on pourra dans ce cas tenter un régime
sans lactose ou prescrire un supplément en lactase (LACTAID ® ).
Il est essentiel d’assurer un soutien émotionnel continu aux malades
atteints de cette maladie chronique et compliquée; ce soutien est nécessaire
non seulement pendant les crises aiguës, mais aussi pendant les périodes
de rémission. Même si de nombreux consultants peuvent être amenés à
soigner divers aspects des cas compliqués, un seul médecin devrait être
responsable du malade directement et de façon permanente. Il est parfois
nécessaire d’avoir recours à un psychiatre pour régler des problèmes
particuliers. Cependant, la réussite du traitement demande un soutien émotionnel
continu de la part du médecin responsable du traitement global du malade.
1.8.2 SOUTIEN NUTRITIONNEL
Les carences alimentaires sont fréquentes
et proviennent souvent d’une alimentation déficiente chez les malades
qui ont « appris » que l’ingestion de nourriture aggrave leur diarrhée
et augmente leurs douleurs abdominales. En outre, plusieurs mécanismes
physiopathologiques contribuent à empirer les problèmes de nutrition
chez les personnes qui souffrent d’une maladie de Crohn ( tableau
3 ). Ces problèmes peuvent être accentués chez ceux qui ont
subi une résection du segment intestinal atteint, puisque cette résection
diminue la surface absorbante; cette diminution peut être suffisante pour
perturber l’absorption normale de nombreux nutriments. À cause de
l’atteinte distale de l’intestin grêle, la malabsorption des sels
biliaires et de la vitamine B 12 est particulièrement
importante, car leurs récepteurs se trouvent uniquement dans l’iléon
distal.
Quelle que soit la combinaison de mécanismes responsables de la déficience
de l’absorption et des carences alimentaires dans la maladie de Crohn,
il est important que le médecin prenne l’habitude d’évaluer les
paramètres nutritionnels, y compris le poids idéal, les mensurations
anthropométriques, les protéines sériques et les taux sériques de
vitamines et de minéraux. Les conséquences des perturbations
nutritionnelles peuvent être particulièrement graves chez les enfants
atteints de la maladie de Crohn. Un retard dans la croissance et dans le développement
sexuel se produit et s’il n’est pas corrigé avant la soudure des épiphyses,
l’insuffisance de la stature sera définitive. Un traitement adjuvant
est également recommandé chez les malades qui souffrent de malnutrition
lorsque survient une exacerbation de la maladie de Crohn ou qui sont
incapables d’ingérer une quantité suffisante de calories à cause de
leur maladie.
De plus en plus souvent, les malades qui présentent une maladie de
Crohn étendue et compliquée suivent des programmes de nutrition parentérale
ou entérale partielle ou totale, dans le but de « reposer »
l’intestin et de permettre la guérison des fistules, le rétablissement
d’un bilan azoté positif et même un gain de poids. On obtient souvent
une courte rémission pendant cette « mise au repos » de l’intestin. Néanmoins,
le taux de rechute est élevé dans les quelques mois qui suivent
l’interruption du programme de nutrition. Greenberg et ses
collaborateurs ont récemment démontré la possibilité de provoquer
cette rémission si une quantité suffisante de calories était donnée au
malade, peu importe que ces calories soient administrées par voie orale,
par voie orale avec supplément par voie entérale, ou par voie parentérale
totale.
1.8.3 TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX
Même si un petit pourcentage de malades
atteints de la maladie de Crohn connaissent des intervalles
asymptomatiques prolongés où aucun traitement n’est nécessaire, la très
grande majorité des malades ont de longues périodes de maladie active ou
font des rechutes fréquentes qui requièrent un traitement par des
anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs ( tableau
6 ). L’évaluation de l’efficacité de tels agents est
extrêmement difficile, étant donné l’activité fluctuante et l’évolution
imprévisible à long terme de la maladie de Crohn. Récemment, des études
à double insu avec témoins et répartition aléatoire ont tenté de répondre
à certaines questions relatives au traitement médicamenteux.
TABLEAU 6. Pharmacothérapie
des maladies inflammatoires de l’intestin
|
Corticostéroïdes
Voie rectale
Suppositoires
Mousse
Lavements
Voie orale
Voie parentérale (i.v., i.m.)
Sulfasalazine
Lavements
Voie orale
Mésalamine (5-ASA)
Voie rectale
Suppositoires
Lavements
Voie orale
Métronidazole
Voie orale
Voie parentérale
Immunosuppresseurs
(Voie orale ou parentérale )
Azathioprine
6-mercaptopurine
Cyclosporine
Méthotrexate |
|
1.8.3.1 Corticoïdes
1.8.3.1.1 Corticoïdes par
administration rectale
L’instillation rectale de préparations
à base de corticoïdes est utile lorsque la maladie touche le rectum et
le côlon sigmoïde. L’application topique de stéroïdes dans ce cas
permettra souvent une atténuation des épisodes de diarrhée, une amélioration
rapide de l’inflammation et le rétablissement du rectum et du côlon
sigmoïde dans leur rôle de réservoir.
1.8.3.1.2 Corticoïdes par
administration générale
Les corticoïdes ont des effets bénéfiques
sur le traitement des exacerbations aiguës de la maladie de Crohn de
l’intestin grêle et du côlon, car ils produisent une rémission des
symptômes et diminuent l’activité de la maladie 7 . Bien
que plusieurs médecins continuent d’utiliser les stéroïdes sur une
base régulière pour traiter la maladie de Crohn, peu de preuves
corroborent leur administration pour prévenir les rechutes. Le traitement
de la phase aiguë par les stéroïdes commence idéalement à 40 mg de
prednisone par jour (par voie orale chez les malades externes dans les cas
légers, ou par voie intraveineuse chez les malades hospitalisés dans les
cas graves). Dès les premiers signes d’amélioration, le traitement
parentéral peut être remplacé par un traitement oral dont on réduit
graduellement la dose de 5 mg/semaine pour atteindre la dose minimale
permettant de maîtriser les indices du processus inflammatoire (20
mg/jour); par la suite, on réduit de 2,5 mg/semaine, le but ultime étant
de supprimer complètement les corticoïdes du traitement du malade.
Malheureusement, cet objectif ne peut pas toujours être atteint, et de
nombreux malades redeviennent symptomatiques lorsque la dose de prednisone
est ramenée à moins de 5 à 10 mg/jour. Cette « dépendance aux corticoïdes
» se produit souvent et la dose d’entretien varie d’un malade à un
autre. Si possible, les malades qui ont besoin d’une corticothérapie de
longue durée devraient être sevrés en administrant le traitement un
jour sur deux; par ailleurs, le traitement immunosuppresseur permet de
supprimer les corticoïdes ou d’en diminuer la dose.
1.8.3.2 Mésalamine (acide
5-aminosalicylique [5-ASA])
Les produits à base d’acide
5-aminosalicylique (5-ASA) peuvent être classés en deux grandes catégories,
selon que leur effet thérapeutique s’exerce principalement dans le côlon
ou dans l’intestin grêle et le côlon ( tableau
7 ). Dans la colite de Crohn, la mésalamine à libération
prédominante dans le côlon est également efficace dans les cas bénins
à modérés. Dans la maladie de Crohn touchant l’intestin grêle, la mésalamine
mélangée, dépendante du pH et à libération lente (Pentasa ® )
et la mésalamine à libération dépendante du pH (Mesasal mc )
semblent réussir à diminuer l’inflammation de l’intestin grêle. De
plus, ces deux produits se sont avérés efficaces pour réduire la fréquence
des récidives de la maladie de Crohn. Lorsqu’ils sont utilisés pour le
traitement de courte durée, les produits à base de 5-ASA sont administrés
à une dose quotidienne moyenne de 4 g (sauf pour Dipentum ® ,
où la dose quotidienne est de 2 g). Pour le traitement d’entretien, la
dose moyenne est de 2 g/jour (Dipentum ® , 1 g/jour) 8 .
TABLEAU 7.
Comparaison entre les produits à base de 5-ASA pour la voie orale
|
| 5-ASA |
Dose
moyenne pour traitement de courte durée |
Dose
moyenne pour traitement d’entretien |
Coût
mensuel approximatif |
|
| Libération
prédominante dans le côlon |
| Salazopyrin ® |
4 g/jour |
2 g/jour |
75,00$ |
| Asacol ® |
4 g/jour |
2 g/jour |
140,00$ |
| Dipentum ® |
2 g/jour |
1 g/jour |
130,00$ |
| Salofalk ® |
4 g/jour |
2 g/jour |
130,00$ |
| Mesasal mc |
4 g/jour |
2 g/jour |
140,00$ |
|
Libération dans l’intestin grêle et le côlon |
| Pentasa® |
4 g/jour |
2 g/jour |
150,00$ |
|
1.8.3.3 Immunosuppresseurs
Les immunosuppresseurs sont réservés aux
malades qui présentent une dépendance ou une résistance aux stéroïdes.
L’azathioprine (150 mg/jour), son métabolite actif, la 6-mercaptopurine
(1,5 mg/kg/jour), la cyclosporine (7,5 à 15 mg/kg/jour) et le méthotrexate
(15 à 25 mg/jour) sont utiles dans la maladie de Crohn à la fois de
l’iléon et du côlon, en association avec les stéroïdes. Un grand
nombre de comptes rendus et d’études ouvertes ont démontré que les
immunosuppresseurs produisent une rémission chez environ 60 % à 70 % des
malades qui présentent une dépendance ou une résistance aux stéroïdes;
le taux des rechutes est cependant élevé à l’arrêt du traitement par
l’immunosuppresseur 9-11 . Le méthotrexate et la
cyclosporine semblent agir plus rapidement que la 6-mercaptopurine et
l’azathioprine. Bien qu’elle arrive à provoquer la rémission de la
maladie de Crohn, la cyclosporine (7,5 mg/kg/jour) ne s’est pas révélée
plus efficace que le placebo pour maintenir cette rémission, selon une étude
canadienne multicentrique récemment terminée. On poursuit actuellement
un essai multicentrique sur le rôle du méthotrexate comme traitement
d’entretien dans la maladie de Crohn 12 .
1.8.3.4 Métronidazole
Le métronidazole (250 mg 3 f.p.j.) est
aussi efficace que la sulfasalazine dans la maladie colique aiguë si le
malade n’a pas reçu de traitement préalable et chez ceux qui ne répondent
pas à la sulfasalazine; il est aussi indiqué dans le traitement de la
maladie périanale. Les effets secondaires sont, notamment, un goût métallique,
des effets semblables à ceux du disulfirame avec l’ingestion
d’alcool, des paresthésies et une neuropathie périphérique. La
majorité des effets secondaires sont réversibles à l’interruption du
traitement, mais la neuropathie périphérique peut persister.
1.8.4 TRAITEMENT CHIRURGICAL
Étant donné le taux élevé de récidives
de la maladie de Crohn à la suite de la résection du segment
d’intestin atteint, on doit réserver le traitement chirurgical aux
malades qui présentent des complications et à ceux qui, sans équivoque,
ne répondent pas au traitement médical optimal. Les complications qui
justifient l’intervention chirurgicale sont les suivantes : 1) symptômes
d’obstruction chronique; 2) abcès symptomatique ou formation de
fistules; 3) fistules entéro-vésicales; 4) perforation en péritoine
libre; 5) retard de la croissance et du développement sexuel chez les
enfants. La résection du segment atteint permettra habituellement à un
enfant de retrouver une croissance et un développement sexuel normaux
jusqu’à la récidive de la maladie de Crohn. Il faut avertir les
malades que la chirurgie n’est pas curative, mais qu’elle constitue le
traitement approprié en cas de complications. Il faut aussi prévenir les
malades de la récidive fréquente de la maladie après la résection du
segment d’intestin grêle ou du côlon atteint. Le taux de récidives
postchirurgicales symptomatiques est de 40 % après 5 ans, de 60 % après
10 ans, et de 85 % après 15 ans.
1.8.5 TRAITEMENT VISANT À MAINTENIR LA
MALADIE DE CROHN EN PHASE INACTIVE
À l’heure actuelle, aucun agent ne
s’est révélé utile pour maintenir la maladie de Crohn en phase
inactive. Par conséquent, une fois que la phase active a été traitée
et maîtrisée, rien ne justifie la poursuite du traitement médicamenteux.
Des résultats récents indiquent que la mésalamine (Pentasa ® ,
Mesasal mc ) peut être efficace pour prévenir les rechutes de
la maladie de Crohn chez un sous-groupe de patients.
1.8.6 NOUVELLES APPROCHES THÉRAPEUTIQUES
POSSIBLES
Au cours des dernières années, un certain
nombre d’études fondamentales se sont penchées sur la nature du
processus inflammatoire en cause dans les maladies inflammatoires de
l’intestin. Ces études ont démontré que plusieurs médiateurs, comme
les prostaglandines, les leucotriènes, les cytokines et le facteur
d’activation plaquettaire, jouent un rôle dans l’inflammation. Il
existe aussi de plus en plus de preuves selon lesquelles les produits de
la 5-lipoxygénase (leucotriènes) jouent un rôle en déclenchant et en
perpétuant l’inflammation de la muqueuse, alors que les produits de la
cyclo-oxygénase (prostaglandines) peuvent protéger la muqueuse 13,14
. Il a récemment été démontré que l’acide eicosapentaènoïque,
un acide gras extrait d’un poisson d’eau salée, est métabolisé par
la voie de lipoxygénase en un leucotriène (LTB 5 ) moins
inflammatoire. Un supplément alimentaire de 3 g/jour d’acide
eicosapentaènoïque pendant 6 semaines diminue la capacité des
neutrophiles de produire le LTB 4 . Une petite étude ouverte a
démontré que les malades souffrant d’une maladie inflammatoire de
l’intestin ont présenté une baisse marquée de l’inflammation causée
par les neutrophiles, une régression de leurs symptômes et un aspect
histologique plus sain de leur muqueuse rectale 15 .
L’inhibition de la synthèse des leucotriènes par un inhibiteur sélectif
de la 5-lipoxygénase, ou de leur activité, par un antagoniste des récepteurs
B 4 des leucotriènes, constitue une nouvelle approche thérapeutique.
Notre compréhension des complexités immunologiques des maladies
inflammatoires de l’intestin ne cesse de croître. Les immunomodulateurs
ont été proposés comme agents thérapeutiques pour le traitement de la
maladie de Crohn. En fait, l’interleukine-10 (une cytokine
anti-inflammatoire) administrée par voie intraveineuse à un petit nombre
de patients dans le cadre d’un projet pilote, a notablement atténué
l’activité de la maladie alors que tous les traitements classiques
avaient échoué. De même, des anticorps dirigés contre le facteur de nécrose
des tumeurs (TNFa) ont également procuré une amélioration marquée chez
un nombre limité de patients atteints de la maladie de Crohn. Il est
excitant d’imaginer que les progrès dans le traitement des maladies
inflammatoires de l’intestin viendront de la thérapie
immunomodulatrice.
  
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