
 
14. SYNDROME HÉPATORÉNAL
L.J. Worobetz |
page
609 |
Le syndrome hépatorénal est un syndrome
d’insuffisance rénale en évolution chez un patient atteint d’une
insuffisance hépatocellulaire grave, habituellement une cirrhose avancée.
Dans la plupart des cas, l’urémie et l’oligurie qui caractérisent ce
syndrome prennent naissance soit spontanément, soit en réaction à des
modifications du volume sanguin ou à des échanges hydriques à l’intérieur
des espaces corporels. Les patients sont rarement hospitalisés en raison
de ce diagnostic; l’apparition de ce syndrome est habituellement précipitée
par des événements survenant à l’hôpital, lesquels peuvent être un
traitement diurétique trop vigoureux, une diarrhée ou une hémorragie
gastro-intestinale. L’aspect histologique des reins est pratiquement
normal, l’insuffisance rénale étant une insuffisance fonctionnelle. De
tels reins ont été greffés avec succès et ont fonctionné normalement.
Réciproquement, si la fonction hépatique est restaurée par une greffe
du foie, la fonction rénale peut redevenir normale. Ce syndrome comporte
des anomalies du débit sanguin rénal, notamment une vasoconstriction rénale
active, ce qui réduit la circulation rénale efficace, particulièrement
la circulation en direction du cortex du rein. La cause de ce phénomène
est inconnue, mais il semble s’agir d’un déséquilibre entre les
vasodilatateurs circulants et les mécanismes rénaux de vasoconstriction.
Aux premiers stades, la dysfonction rénale
se caractérise par une incapacité à excréter une charge hydrique, par
une réduction du sodium urinaire qui se chiffre à moins de 10 mEq/L et
par une hyponatrémie progressive ( tableau
22 ). Il existe habituellement
une ascite. Au fur et à mesure que le syndrome évolue, l’azotémie
augmente; elle s’accompagne habituellement d’une insuffisance hépatique
et d’une difficulté croissante à maîtriser l’ascite. Le sodium est
avidement réabsorbé et l’osmolalité urinaire s’accroît. Le patient
devient somnolent, il a soif et il a la nausée. En phase terminale, la
tension artérielle du patient chute, le coma devient plus profond et le
volume urinaire diminue davantage. La phase terminale peut durer de
quelques jours à plusieurs semaines.
TABLEAU 22 .
Diagnostic du syndrome hépatorénal
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| Hépatopathie
chronique avec ascite
Hyperazotémie / oligurie
Maintien de la fonction tubulaire
Rapport urine-osmolarité plasmatique > 1,0
Rapport urine-créatinine plasmatique > 30
[Na + ] urinaire < 10 mEq/dL
Aucun bienfait prolongé dû à
l’expansion volumique intravasculaire |
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Sur le plan clinique, il est important de
distinguer le syndrome hépatorénal des autres causes d’insuffisance rénale.
Il faut éliminer la possibilité d’une insuffisance rénale iatrogène,
notamment d’une maladie médicamenteuse produite par des aminosides et
par des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Le syndrome hépatorénal
doit aussi être distingué de l’azotémie extrarénale et de la nécrose
tubulaire aiguë. Dans la nécrose (NTA) tubulaire aiguë, la
concentration de sodium urinaire est élevée. Bien que l’azotémie
extrarénale puisse montrer une fonction tubulaire semblable, cette
possibilité est éliminée : d’abord à cause du contexte clinique dans
lequel survient le syndrome hépatorénal et, en second lieu, en raison de
l’absence des bienfaits prolongés que devrait entraîner l’expansion
du volume intravasculaire avec remplacement colloïdal. De plus, la
cirrhose, particulièrement la cirrhose alcoolique, peut laisser des dépôts
intracapillaires d’IgA dans les glomérules rénaux, ce qui est
diagnostiqué par une protéinurie avec microhématurie et cylindres.
L’hépatite B peut causer une glomérulonéphrite qui devrait être décelable
par les cylindres hématiques et la protéinurie. La toxicité de l’acétaminophène
peut également entraîner une insuffisance hépatique et une insuffisance
rénale concomitantes accompagnées d’une excrétion sodique urinaire élevée.
Le traitement du syndrome hépatorénal
confirmé est difficile. Aussi l’accent est-il mis sur la prévention,
qui consiste à éviter les surdoses de diurétiques, à faire un
traitement lent de l’ascite et à reconnaître précocement les
complications, notamment les déséquilibres électrolytiques, les hémorragies
et les infections. Le traitement conservateur comporte une restriction de
l’ingestion de liquides, de sodium et de potassium. Tous les médicaments
potentiellement néphrotoxiques doivent être retirés et un bilan doit être
effectué afin de déceler les infections microbiennes. L’expansion
volumique au moyen d’albumine ne donne qu’une amélioration
transitoire. Les solutés salins isotoniques sont habituellement avidement
retenus, ce qui aggrave l’ascite et peut précipiter un oedème
pulmonaire. Le mannitol n’est pas employé, car il peut provoquer une
acidose intracellulaire. La dialyse n’améliore pas le taux de survie.
La combinaison finale d’une hyperazotémie, d’une hyponatrémie et
d’une hypotension marque la phase terminale de la maladie. Une greffe du
foie doit être envisagée, mais elle aurait probablement dû être
offerte aux patients plus tôt au cours de leur hépatopathie.
  
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