
 
8. FIBROSE KYSTIQUE
H. Machida |
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687 |
La fibrose kystique (FK) est une maladie
qui se transmet selon le mode autosomal récessif; elle entraîne une
morbidité chronique et diminue la durée de vie de la plupart des
individus touchés. En raison d’un défaut à un locus porteur d’un gène
unique qui encode une protéine, le régulateur transmembranaire de la
fibrose kystique (RTFK), les individus atteints de fibrose kystique ont
une déficience du transport du chlorure, qui est régulé par l’adénosine
monophosphate cyclique, vers les cellules épithéliales des organes
exocrines. Bien que la physiopathologie précise reste
encore à clarifier pour chaque organe touché, il existe une accumulation
de sécrétions visqueuses associée avec l’obstruction progressive et
la destruction subséquente des conduits excréteurs.
La maladie pulmonaire chronique est la
principale cause de morbidité chez la majorité des patients. Ces
individus présentent une bronchiectasie progressive et des infections
bactériennes associées, le plus souvent secondaires avec Pseudomonas
sp.
Bien que la maladie pulmonaire soit prédominante,
les manifestations gastro-intestinales de la fibrose kystique sont
importantes et contribuent considérablement à la morbidité et même à
la mortalité. La présente section examine les problèmes cliniques liés
au tube digestif, particulièrement l’insuffisance pancréatique et la
maladie hépatique dans la fibrose kystique.
| 8.1
Insuffisance pancréatique |
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Environ 80 % des patients atteints de
fibrose kystique naissent avec une insuffisance pancréatique et de 5 % à
10 % souffriront d’insuffisance pancréatique dans les années subséquentes.
Ces patients présentent une détérioration marquée de la fonction pancréatique
exocrine, incluant une diminution de la sécrétion d’eau, de
bicarbonate, de lipase, d’amylases et de protéinases provenant du pancréas
vers le duodénum. Chez les très jeunes, la fonction endocrine du pancréas
est habituellement normale, mais beaucoup d’entre eux manifestent
graduellement une intolérance au glucose; un petit nombre font du diabète
clinique nécessitant une insulinothérapie. Les patients souffrant
d’insuffisance pancréatique peuvent présenter l’une ou l’autre des
entités cliniques suivantes avec ou sans maladie pulmonaire.
8.1.1 ILÉUS MÉCONIAL
L’iléus méconial est une obstruction
partielle ou complète de l’intestin, fréquemment de l’iléon, par un
méconium épaissi. Il survient chez environ 15 % des nouveau-nés
atteints de fibrose kystique. Chez tout nourrisson présentant un iléus méconial,
il faut d’abord exclure la fibrose kystique. Ces bébés peuvent présenter
un retard dans le passage du méconium, une distension abdominale, des
vomissements ou d’autres signes d’occlusion. L’iléus méconial peut
être compliqué d’un volvulus prénatal ou postnatal, d’atrésie,
d’une perforation de l’intestin ou d’une péritonite méconiale.
Dans les cas compliqués, les nourrissons peuvent avoir besoin d’une
intervention chirurgicale tôt après la naissance. Une importante résection
intestinale peut avoir comme conséquence un syndrome de l’intestin
court. Ces nouveau-nés doivent d’abord faire l’objet d’une
radiographie abdominale simple afin de vérifier s’il y a occlusion ou
perforation. Si l’intestin est perforé in utero , la perforation
se scelle souvent d’elle-même et la radiographie peut montrer des
calcifications du méconium dans le péritoine. S’il y a possibilité
d’un iléus méconial, il faut immédiatement envisager la chirurgie.
Tant que la radiographie ne révèle pas la présence d’air libre (laissant
supposer une perforation), la plupart des nourrissons reçoivent un léger
lavement de contraste hydrosoluble pour tenter de lever l’obstruction ou,
du moins, délimiter l’occlusion pour le chirurgien. Ces lavements
peuvent provoquer d’importants échanges hydriques chez les nouveau-nés
de faible poids; il faut donc maintenir un soluté intraveineux pendant
l’examen. Si l’intervention ne réussit pas, il faut recourir à la
chirurgie. La majorité des nouveau-nés qui souffrent d’un iléus méconial
présentent aussi une insuffisance pancréatique, mais cette situation
peut également survenir chez les patients dont le pancréas est suffisant.
8.1.2 DIARRHÉE CHRONIQUE
Après la période néonatale, la diarrhée
chronique avec ou sans retard de croissance est fréquente. Ces nouveau-nés
ont des selles molles pour ainsi dire dès la naissance, et l’on peut
observer un retard dans le passage du méconium. Les parents peuvent décrire
les selles diarrhéiques comme pâles, nauséabondes, grasses ou épaisses.
La diarrhée est surtout secondaire à la malabsorption des graisses en
raison d’une insuffisance pancréatique. Toutefois, les nourrissons qui
ont eu une résection de l’intestin grêle, comme pour une atrésie
intestinale secondaire à un iléus méconial, peuvent présenter une
inflammation de la muqueuse, secondaire à une prolifération bactérienne.
Cela contribuera à la diarrhée de façon marquée et pourrait la rendre
plus aqueuse. Au départ, s’ils n’ont pas de problème respiratoire,
les nourrissons atteints de fibrose kystique ont tendance à avoir plutôt
bon appétit et peuvent, dans certains cas, compenser leur déperdition
excessive de nutriments en augmentant leur ingestion d’aliments. Leur
appétit diminue, cependant, à mesure qu’apparaissent les symptômes
pulmonaires ou qu’ils souffrent graduellement de malnutrition.
8.1.3 RETARD DE CROISSANCE
Dans la fibrose kystique, le retard de
croissance est généralement le résultat des éléments suivants réunis
: baisse de l’apport alimentaire, perte de graisses dans les selles et
besoins métaboliques accrus. Les besoins du patient moyen atteint de
fibrose kystique seraient de 120 % de la normale. Néanmoins, certains
patients ont des besoins caloriques essentiellement normaux, tandis que
d’autres peuvent avoir des besoins allant au-delà de 150 % de la
normale. Durant la petite enfance, de nombreux patients sont capables de
bien maintenir leur état nutritionnel avec un supplément d’enzymes
pancréatiques et une bonne alimentation. Malheureusement, les exigences
accrues qui surviennent à la puberté, associées avec la détérioration
de la fonction pulmonaire, rendent souvent impossible pour les patients
plus gravement affectés le maintien de leur alimentation et de leur
croissance normale. En outre, les patients atteints de FK peuvent souffrir
d’anorexie associée avec la maladie chronique et avoir de la difficulté
à manger en raison d’une toux chronique. Ils présentent une baisse
graduelle des percentiles de croissance, premièrement du poids et subséquemment
de la taille. La puberté peut être retardée ou interrompue dès les
premiers stades. À ce moment, le supplément nutritionnel devient extrêmement
important. Le supplément d’enzymes pancréatiques doit être porté au
maximum et des suppléments nutritionnels doivent être donnés par voie
orale ou administrés par sonde entérale. L’alimentation parentérale
totale est rarement nécessaire. Si l’alimentation entérale est requise,
nous utilisons des sondes naso-gastriques pour tous nos patients, sauf
pour ceux qui ont des polypes nasaux. On enseigne à ces patients la façon
d’introduire le tube cinq ou six fois par semaine, afin d’obtenir dix
heures d’alimentation supplémentaire nocturne. Nous avons eu des
patients n’ayant pas plus de quatre ans qui étaient capables
d’introduire eux-mêmes leur tube. Le supplément optimal à utiliser ne
fait pas encore l’objet d’un consensus. Nous avons eu beaucoup de succès
avec une formule ordinaire riche en calories telle que Ensure® avec
fibres, particulièrement chez les patients qui présentent une intolérance
évidente au glucose. Certains centres ne donnent pas de suppléments
d’enzymes pancréatiques par alimentation entérale; d’autres donnent
des enzymes à délitement entérique au début de l’alimentation par
sonde tandis que d’autres ajoutent des enzymes pancréatiques sous forme
de poudre. Nos meilleurs succès ont été obtenus avec cette dernière méthode.
Pour les nourrissons, nous utilisons l’alimentation par sonde entérale
chez ceux qui présentent un retard de croissance marqué et qui sont
incapables de prendre suffisamment de calories pour rattraper leur retard
de croissance, et également chez ceux qui ont subi une résection de
l’intestin grêle. Généralement, ces bébés n’auront besoin
d’alimentation par sonde que pour une durée de quelques semaines à
quelques mois. Nous n’avons eu que deux enfants entre deux et neuf ans
qui ont eu besoin d’alimentation entérale. Chez les adolescents qui ont
besoin d’un supplément par voie entérale par sonde, nous trouvons
qu’environ 50 % n’ont besoin de ce supplément que pour une période
temporaire de six mois à deux ans lorsqu’ils sont dans une phase de
croissance importante de la puberté. Un petit nombre de nos patients ont
dû poursuivre leur programme d’alimentation entérale durant des années
afin de maintenir leur poids et leur état nutritionnel.
8.1.4 CARENCE EN VITAMINES LIPOSOLUBLES
À la suite d’une importante
malabsorption précédant le traitement, les patients peuvent présenter
des ecchymoses ou des hémorragies manifestement attribuables à une
carence en vitamine K. Il nous a été donné d’observer un tel cas chez
un nourrisson de sexe féminin qui, en même temps, avait une xérophtalmie
évidente apparemment due à une carence en vitamine A. Les effets
cliniques des carences en vitamine E dans la fibrose kystique ne sont pas
bien documentés, mais cette vitamine doit être administrée aux patients
à titre de supplément et à des doses adéquates. Nous donnons également
des suppléments de vitamine D, bien que la carence en vitamine D,
particulièrement les manifestations de rachitisme, soit très rare chez
les patients atteints de fibrose kystique.
8.1.5 HYPOALBUMINÉMIE ET OEDÈME
Malgré leur insuffisance pancréatique, la
plupart des patients souffrant de fibrose kystique n’ont pas de
difficulté avec l’hypoalbuminémie secondaire à la malabsorption des
protéines. Cette malabsorption constitue cependant un problème chez les
bébés qui sont nourris avec une formule à base de protéines de soja,
et parfois chez ceux qui sont nourris au sein. Ces bébés présenteront
une hypoalbuminémie marquée, de l’oedème, et habituellement ils
auront des antécédents de diarrhée. Nous avons eu au moins un bébé
souffrant d’une insuffisance cardiaque secondaire à une hypoalbuminémie
grave. L’alimentation avec la formule de soja doit cesser, mais pour
ceux qui sont nourris au sein, il est souvent possible de corriger le taux
d’albumine au moyen d’un supplément d’enzymes pancréatiques. Les
patients plus âgés qui présentent une malnutrition grave ou un coeur
pulmonaire peuvent également présenter une hypoalbuminémie.
8.1.6 PROLAPSUS RECTAL
Le nourrisson atteint d’insuffisance
pancréatique non traitée devient de plus en plus dénutris et continue
d’avoir des selles nombreuses; il peut donc commencer à présenter régulièrement
un prolapsus rectal. C’est assez fréquemment la raison qui motive la
consultation médicale. Dans ces cas, le diagnostic de fibrose kystique
peut être rapidement posé et l’enfant est réalimenté. Le prolapsus
se résorbera avec une alimentation appropriée et un supplément
d’enzymes pancréatiques visant à diminuer les selles. Chez la plupart
des enfants, le prolapsus rectal diminue spontanément. Si tel n’est pas
le cas, il doit être délicatement réduit manuellement.
8.1.7 SYNDROME D’OBSTRUCTION
INTESTINALE DISTALE
Le syndrome d’obstruction intestinale
distale (SOID), également connu comme l’équivalent de l’iléus méconial,
est l’obstruction partielle ou complète de l’intestin résultant de
masses fécales, habituellement dans le caecum. Il peut survenir à tout
âge chez l’enfant atteint de fibrose kystique, mais nous le rencontrons
plus souvent chez l’enfant plus âgé. Chez les enfants plus jeunes qui
ont un SOID, on observe une diminution de l’appétit, des selles moins
nombreuses, de la distension et souvent des vomissements. Les patients
plus vieux se plaignent de bruits abdominaux ou de crampes et d’une
diminution graduelle des selles. Chez la plupart des patients, les masses
fécales sont facilement palpables et la radiographie n’est pas toujours
nécessaire. Si le diagnostic est posé tôt, la plupart peuvent être
traités avec la N-acétylcystéine par voie orale. Nous donnons une dose
d’attaque dans une boisson de cola et 3 doses subséquentes (1 dose
toutes les 6 heures durant 24 heures). Les liquides doivent être pris en
abondance durant cette période. S’il y a évidence d’une obstruction
importante, nous hospitalisons les patients et nous leur donnons une
solution salée de polyéthylène-glycol (GoLYTELY mc ) par
voie orale ou par une sonde naso-gastrique qui libère complètement les
masses fécales obstruantes. Il est essentiel de s’assurer que les
patients qui présentent un SOID reçoivent les enzymes adéquates, parce
qu’il semble que le syndrome survienne le plus souvent chez les patients
qui ne reçoivent pas suffisamment d’enzymes ou chez qui le pH duodénal
est trop bas pour permettre l’efficacité optimale des enzymes.
8.1.8 PANCRÉATITE
De 5 % à 10 % des patients atteints de
fibrose kystique maintiendront une suffisance pancréatique leur vie
durant. Malheureusement, certains patients ayant une fonction pancréatique
adéquate feront une pancréatite, qui peut se manifester par des
vomissements et une douleur aiguë irradiant vers le dos, ou une douleur récurrente
de faible intensité et peut-être une modification de l’appétit. Ceux
qui font une pancréatite aiguë doivent être traités comme tout autre
patient souffrant d’une pancréatite. L’intestin doit demeurer au
repos jusqu’à ce que les enzymes reviennent essentiellement à la
normale et que le patient soit asymptomatique. Pour les patients qui ne présentent
que des douleurs abdominales d’intensité modérée et une légère
augmentation des enzymes, le traitement est moins radical. Nous avons
traité des patients avec des enzymes pancréatiques pour tenter de
diminuer la stimulation du pancréas. Malheureusement, la pancréatite a
tendance à être un problème récurrent chez certains individus.
| 8.2 Maladie
hépatobiliaire |
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La maladie hépatobiliaire dans la fibrose
kystique est bien documentée. Heureusement, bien qu’un nombre important
de patients présentent des manifestations subtiles d’anomalies hépatobiliaires,
un petit nombre seulement souffrent d’une maladie hépatique grave. Étant
donné l’augmentation de l’espérance de vie des patients atteints de
fibrose kystique, il peut y avoir un besoin croissant de traiter les
patients atteints de graves problèmes hépatiques. Le texte qui suit présente
un bref résumé des caractéristiques cliniques de certains problèmes hépatobiliaires
associés avec la fibrose kystique.
8.2.1 ICTÈRE NÉONATAL
On a signalé des cas d’hyperbilirubinémie
conjuguée prolongée chez des nouveau-nés atteints de fibrose kystique.
Dans certains cas, l’hyperbilirubinémie peut être secondaire à un
problème non lié à la fibrose kystique; néanmoins, tout nourrisson qui
présente une hyperbilirubinémie conjuguée d’origine inconnue doit
faire l’objet d’une investigation pour écarter la fibrose kystique.
8.2.2 ÉLÉVATION DES ENZYMES HÉPATIQUES
Une portion importante de patients atteints
de fibrose kystique présentent une légère augmentation des enzymes hépatiques,
y compris les phosphatases alcalines, la g -glutamyl
transférase (GGT), l’aspartate aminotransférase (AST) et l’alanine
aminotransférase (ALT). Ce fait n’est pas rare chez les patients qui
ont eu un iléus méconial à leur naissance et qui souffrent
d’insuffisance pancréatique. Chez la plupart de ces patients, les
enzymes redeviennent normales ou demeurent légèrement élevées durant
toute leur vie. Une faible proportion finissent par avoir une maladie hépatique
grave.
8.2.3 HÉPATOSPLÉNOMÉGALIE
De nombreux patients souffrant de fibrose
kystique ont un foie de volume légèrement augmenté en raison de
l’infiltration graisseuse, probablement à cause d’une mauvaise
alimentation; leur foie est lisse et mou. Chez ceux qui font une maladie hépatique
progressive, le foie est gros au début; il devient graduellement dur et
souvent nodulaire. La splénomégalie n’est habituellement pas décelée
avant que le patient ne soit âgé d’au moins six ans. À l’examen
histologique, ces patients présentent une cirrhose biliaire ou multi-nodulaire.
La maladie hépatique a tendance à progresser lentement et les problèmes
cliniques importants sont secondaires à l’hypersplénisme. Il peut s’écouler
des années avant qu’on observe des changements dans l’albumine, dans
le rapport normalisé international (INR)-temps de prothrombine (PT) ou le
temps de céphaline (PTT), ou une élévation de la bilirubine. Avec
l’hypertension portale importante, les patients sont prédisposés à
une hémorragie par varices oesophagiennes ou de l’intestin grêle. À
mesure que s’allonge l’espérance de vie des patients atteints de
fibrose kystique, on pourrait s’attendre à une augmentation de la
morbidité et de la mortalité dues à l’insuffisance hépatique.
Au cours des dernières années, l’acide
ursodésoxycholique a été utilisé pour tenter de soulager la maladie hépatique
dans la fibrose kystique. Des études à court terme rapportent que les
patients traités avec l’acide ursodésoxycholique présentent une amélioration
de leurs enzymes hépatiques et, dans certains cas, dans les résultats
des épreuves fonctionnelles hépatiques. Il reste encore à établir si
un traitement prolongé préviendra vraiment la progression de la maladie
hépatique et empêchera peut-être certains enfants d’évoluer vers une
cirrhose.
| 8.3
Traitement de l’insuffisance pancréatique |
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694 |
Étant donné que les problèmes gastro-intestinaux
sont nombreux dans la fibrose kystique et que la corrélation entre eux
peut être très complexe, il n’entre pas dans l’objet de la présente
section d’en discuter le traitement en détail. Dans la majorité des
cas, le problème doit être décelé, évalué et traité de la même façon
que chez les patients ne souffrant pas de fibrose kystique. Néanmoins,
l’insuffisance pancréatique étant à l’origine de la plupart des
problèmes d’ordre gastro-intestinal, il convient de donner un aperçu
des modalités de traitement.
Il existe plusieurs méthodes indirectes
pour évaluer l’insuffisance pancréatique, mais la seule mesure directe
de la fonction pancréatique est le test de stimulation pancréatique.
Malheureusement, ce test requiert l’intubation du duodénum; il est
invasif et désagréable pour le patient, et il ne contribue généralement
pas beaucoup au traitement. Par conséquent, il est habituellement réservé
aux cas compliqués. En général, nous évaluons l’insuffisance pancréatique
au moyen de la collecte fécale de 72 heures pour mesurer le pourcentage
de déperdition quotidienne des graisses dans les selles. Si possible, ce
test est fait avant que le patient ne commence à recevoir des suppléments
d’enzymes pancréatiques et est répété alors qu’il reçoit ces
suppléments.
Une fois qu’on a diagnostiqué
l’insuffisance pancréatique, on la traite avec des suppléments
d’enzymes pancréatiques. L’objectif du traitement consiste à maîtriser
la malabsorption des graisses de sorte que le patient ait une croissance
normale et une bonne alimentation. (Dans la majorité des cas, il est
impossible de diminuer à moins de 12 % la déperdition des graisses fécales,
même avec des suppléments optimaux d’enzymes.) Les enzymes sont
couramment données sous forme de capsules et contiennent des microsphères
à délitement entérique de lipases, d’amylases et de protéinases. Ces
microsphères sont libérées dans le milieu alcalin du duodénum. La
concentration de ces préparations varie; le dosage est habituellement
exprimé en unités de lipases. Nous croyons que la méthode empirique est
la meilleure pour déterminer le dosage approprié des lipases.
Aux bébés qui ont moins de 6 mois au
moment du diagnostic, nous commençons à donner une capsule de 4000 unités
de lipases par boire. Vers l’âge de 1 an, la majorité des bébés
prendront de 8000 à 10000 unités de lipases par repas, et 4000 par légère
collation. Par la suite, les enzymes sont évaluées et augmentées à
mesure que l’enfant se développe et chaque fois qu’il y a évidence
d’une plus grande malabsorption. Vers l’âge de 8 ans, la majorité
des patients souffrant d’insuffisance pancréatique auront besoin de 80
000 à 100 000 unités de lipases par repas. Dans la plupart des cas, une
augmentation des lipases supérieure à ce palier n’améliore pas
l’absorption des graisses. Chez les enfants plus âgés, nous utilisons
généralement des capsules contenant chacune 20 000 unités de lipases,
de sorte que l’enfant peut prendre un moins grand nombre de capsules par
repas. L’inconvénient, c’est que l’enfant prendrait peut-être plus
d’enzymes qu’il n’en a besoin avec des petits repas ou des
collations.
En l’absence de sécrétion de
bicarbonate par le pancréas, le pH duodénal peut être trop bas pour
l’activité optimale des suppléments d’enzymes pancréatiques. Chez
les patients pour lesquels le nombre d’enzymes semble maximal pour l’âge
et le poids, on commence à donner de la ranitidine, à raison de 2 mg/kg
2 f.p.j. afin d’améliorer l’efficacité des enzymes.
Les effets gastro-intestinaux de la fibrose
kystique sont considérables. La plupart des problèmes importants sont
secondaires à la maladie pancréatique. Une fois celle-ci traitée adéquatement
avec des enzymes, une recharge vitaminique et une alimentation adéquate,
de nombreux problèmes se résorberont. La maladie hépatique grave est
moins fréquente; elle peut se révéler dévastatrice pour celui qui en
est atteint et causer davantage de soucis à mesure que la durée de vie
des patients augmente. La recherche en physiopathologie de la maladie hépatique
et dans le domaine des agents pharmacologiques, tels que l’acide ursodésoxycholique,
se poursuit. Parce que le retard de croissance et la maladie hépatique
peuvent être insidieux, la surveillance périodique de ces patients est
essentielle; elle doit comprendre la taille et le poids, un examen
physique complet et une évaluation biochimique périodique.
  
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