
 
L’oesophage a pour principale fonction
d’acheminer vers l’estomac les aliments solides ou liquides déglutis,
grâce à la contraction séquentielle dite « péristaltique » du corps
oesophagien et au relâchement bien synchronisé des sphincters
oesophagiens supérieur et inférieur. De plus, l’oesophage repousse
dans l’estomac tout reflux du contenu gastrique et intervient dans des
activités réflexes comme les vomissements et les éructations.
| 3.1 Déglutition
: péristaltisme primaire |
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La déglutition est une activité réflexe
complexe. La phase initiale est volontaire. Les aliments mastiqués et mélangés
avec la salive forment un bol d’une grosseur appropriée avant d’être
poussés par la langue dans le pharynx postérieur. Arrivé au pharynx
postérieur, le bol alimentaire stimule des récepteurs afin de déclencher
la phase involontaire de la déglutition, dite « temps pharyngien » ou
« temps réflexe ». Une kyrielle de muscles situés au niveau de la tête
et du cou se contractent alors d’une manière rigoureusement séquentielle.
Le bol alimentaire est rapidement avalé et poussé vers l’oesophage par
les muscles constricteurs du pharynx. Au même moment, il y a stimulation
des muscles qui assurent l’élévation du palais, suivie de la fermeture
et de l’élévation du larynx afin d’empêcher le bol alimentaire de
faire fausse route. Et, presque au même moment où se produit ce mécanisme
réflexe, le SOS s’ouvre juste assez longtemps pour permettre au bol
alimentaire de passer, puis il se referme aussitôt pour éviter le flux rétrograde
du bol alimentaire. Ainsi prend fin le temps pharyngien de la déglutition.
Il est suivi du temps oesophagien, qui comprend deux activités
principales : 1) la contraction séquentielle des fibres circulaires des
muscles situés dans le corps de l’oesophage, ce qui donne naissance à
une onde de contraction qui se dirige vers l’estomac et 2) le relâchement
et l’ouverture du SOI afin de permettre au bol alimentaire de passer. La
déglutition déclenche donc un phénomène péristaltique séquentiel
ainsi que le relâchement des sphincters oesophagiens supérieur et inférieur.
Il s’agit du péristaltisme primaire, et il peut être évalué
manométriquement à l’aide d’une sonde intraluminale. La figure 1
montre la séquence typique des événements observés durant le péristaltisme
primaire. Le péristaltisme secondaire est provoqué par la
distension de l’oesophage. L’onde péristaltique secondaire prend
habituellement naissance juste au-dessus de la zone distendue. Cette onde
est associée avec le relâchement du SOI, mais non avec celui du SOS, ni
avec la déglutition.
| 3.2 Fonction
du sphincter oesophagien supérieur |
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Le SOS agit comme une barrière de pression
afin d’empêcher le flux rétrograde du contenu oesophagien et l’entrée
de l’air dans l’oesophage durant l’inspiration. Cette zone de haute
pression est créée par la contraction tonique des muscles du SOS, en réponse
aux influx toniques des neurones moteurs inférieurs vagues. Au moment de
la déglutition, ces influx nerveux cessent temporairement et permettent
le relâchement du SOS. L’ouverture du SOS exige non seulement le relâchement
des muscles, mais également l’élévation et le déplacement en avant
du larynx, ce mouvement étant attribuable à la contraction des muscles
suprahyoïdiens. Le relâchement du SOS ne dure qu’une seconde et est
suivi d’une contraction postrelâchement (figure
1).
| 3.3 Péristaltisme
du corps oesophagien |
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Les mécanismes responsables du péristaltisme
sont fondamentalement différents selon qu’il s’agit de la musculature
striée de l’oesophage supérieur ou de la musculature lisse de
l’oesophage inférieur. Dans la portion musculaire striée, le péristaltisme
est produit par l’excitation séquentielle des neurones moteurs inférieurs
vagues, afin que la contraction se propage du haut vers le bas. Dans la
portion musculaire lisse, les efférences vagues préganglionnaires jouent
un certain rôle dans la contraction séquentielle vers les segments inférieurs,
mais les neurones intrinsèques sont aussi en mesure de provoquer un péristaltisme
indépendamment du système nerveux extrinsèque. Chez l’animal, la
dissection transversale des fibres motrices vagues en direction de
l’oesophage abolit le péristaltisme primaire dans tout l’oesophage.
On note toutefois que le péristaltisme résultant de la distension, ou péristaltisme
secondaire, sera maintenu dans le segment musculaire lisse mais non dans
le segment musculaire strié. En outre, la stimulation électrique des efférences
vagues (figure 2)
entraîne la contraction immédiate des muscles striés de l’oesophage.
La contraction commence dès la stimulation électrique, se maintient
pendant toute la durée de la stimulation et se termine brusquement au
moment où cesse la stimulation. Par contre, dans les muscles lisses, la réponse
à la stimulation des efférences vagues est très différente : la
contraction met un certain temps à se produire et, lorsqu’elle survient,
un certain laps de temps s’écoule avant qu’elle apparaisse dans la
partie distale. Autrement dit, la contraction est due à une onde péristaltique.
Cette observation expérimentale indique que des mécanismes
neuromusculaires intrinsèques existent et peuvent engendrer eux-mêmes le
péristaltisme. Ce phénomène a aussi été mis en évidence par des épreuves
au cours desquelles des lambeaux de muscles lisses circulaires prélevés
dans l’oesophage étaient stimulés électriquement in vitro. Le
laps de temps écoulé avant que la stimulation se produise était plus
court dans les lambeaux prélevés dans le segment musculaire lisse
proximal, mais tendait à augmenter progressivement si les lambeaux
provenaient de segments prélevés de plus en plus bas dans l’oesophage.
Le gradient de latence de la contraction joue de toute évidence un
grand rôle dans la production du péristaltisme oesophagien. Même si les
mécanismes précis restent à élucider, l’inhibition initiale en réponse
à la déglutition est importante. Lorsqu’il y a péristaltisme primaire
ou secondaire, une onde inhibitrice d’origine neuronale descend
rapidement dans l’oesophage. Cette action est attribuable à la libération
d’un neurotransmetteur inhibiteur non adrénergique et non cholinergique
(très probablement l’oxyde nitrique) qui provoque une hyperpolarisation
(inhibition) des muscles lisses circulaires. Ce n’est qu’après la récupération
qui suit l’hyperpolarisation initiale que peut se produire la
contraction musculaire de l’oesophage, causée principalement par les
neurones cholinergiques. Par conséquent, la durée de l’inhibition
initiale est importante puisque le déclenchement de la contraction subséquente
en dépend. Des altérations de ces mécanismes responsables du gradient
de latence sont à l’origine des contractions non péristaltiques et de
la dysphagie. De tels troubles s’expliqueraient par des anomalies au
niveau des mécanismes nerveux intrinsèques (système nerveux entérique)
ou du processus séquentiel neuronal central.
| 3.4 Fonction
du sphincter oesophagien inférieur |
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Le SOI est une zone de haute pression
intraluminale attribuable à la contraction tonique d’une région composée
de muscles lisses circulaires physiologiquement distincts. Situé à la
jonction oesogastrique, le SOI crée une barrière de pression séparant
l’oesophage de l’estomac et il sert à prévenir le reflux du contenu
gastrique dans l’oesophage. Normalement, la pression de repos du SOI est
en moyenne de 10 à 30 mmHg au-dessus de la pression intragastrique. Si la
pression de repos du SOI est très basse, les patients sont sujets au
reflux gastro-oesophagien. Contrairement au tonus de repos du SOS, celui
du SOI est surtout attribuable à des facteurs myogènes provoquant une
contraction tonique du sphincter. L’innervation extrinsèque ainsi que
des hormones circulantes peuvent modifier le tonus de repos; cependant,
les fibres musculaires ont des propriétés inhérentes qui assurent leur
contraction tonique.
La déglutition ou la distension de l’oesophage déclenche immédiatement
le relâchement du SOI. À la déglutition, le relâchement est produit
par les efférences vagues qui font synapse sur les neurones inhibiteurs
non adrénergiques et non cholinergiques du plexus myentérique. Le
neurotransmetteur inhibiteur libéré de ces neurones intrinsèques est
problablement l’oxyde nitrique. Le relâchement du SOI dure
habituellement de cinq à sept secondes environ et est suffisant pour
supprimer la barrière de pression gastro-oesophagienne. Le bol
alimentaire peut ainsi passer sans entraves de l’oesophage à
l’estomac. Par ailleurs, le SOI se relâche aussi pour permettre les éructations
ou les vomissements. Un relâchement inadéquat du SOI est observé dans
l’achalasie et provoque de la dysphagie.
  
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