
 
5. HÉPATITE
CHRONIQUE
V.G. Bain et M. Ma |
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554 |
Le terme hépatite chronique désigne une
inflammation évolutive du foie qui dure depuis plus de six mois et qui
est décelable par des épreuves biochimiques et histologiques. Toutefois,
le terme ne fait pas référence à la cause de la maladie. Au point de
vue biochimique, l’hépatite chronique se caractérise par une
augmentation des taux sériques d’aminotransférases (ASAT et ALAT)
associée avec une élévation minime de la phosphatase alcaline. Lorsque
l’inflammation est grave ou persistante, le dysfonctionnement hépatique
peut se manifester par une augmentation de la bilirubinémie, un
accroissement de l’INR-temps de prothrombine et une chute de l’albuminémie.
En pratique, les épreuves biochimiques servent à dépister l’hépatite
chronique et à en suivre l’évolution, tandis que la biopsie hépatique
aide à définir avec plus de précision la nature de l’affection, l’étendue
des lésions et le pronostic.
Sur le plan histologique, l’hépatite
chronique est caractérisée par l’infiltration des espaces portes par
des cellules inflammatoires. Il s’agit surtout de cellules mononucléaires
: lymphocytes, monocytes et plasmocytes. L’hépatite chronique est
qualifiée de bénigne lorsque l’infiltration est limitée à l’espace
porte ( figure 9 ). Elle
est qualifiée de modérément grave ( figure
10 ) lorsque l’infiltration s’étend au parenchyme (foyers de
nécrose parcellaire) et aux espaces portes adjacents (nécrose en pont).
L’inflammation peut aussi s’étendre de l’espace porte à la veine
centrolobulaire. Une hépatite chronique grave est associée avec de la nécrose
multilobulaire ou confluente et elle est beaucoup plus susceptible de se
transformer en cirrhose. Le degré de fibrose fait l’objet d’une
classification distincte. La nouvelle terminologie ( hépatite
chronique bénigne , modérée et
grave ) remplace l’ancienne terminologie, y compris les
appellations d’ hépatite chronique persistante et d’ hépatite
chronique active qui sont encore souvent mentionnées dans les
ouvrages plus anciens.
L’infection virale du foie est, de loin,
la principale cause d’hépatite chronique. Parmi les autres causes,
mentionnons l’hépatite auto-immune, l’hépatite médicamenteuse, la
maladie de Wilson, le déficit en a 1 -antitrypsine
et la stéatohépatite. La cirrhose biliaire primitive et la cholangite
sclérosante primitive peuvent parfois présenter l’apparence d’une hépatite
chronique, mais elles ne sont généralement pas classées dans cette catégorie.
Le tableau 7 montre une
approche utile pour faciliter la détermination de la cause de l’hépatite
chronique.
| 5.1 Hépatite
chronique virale |
page
556 |
5.1.1 RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX
Parmi les infections virales du foie qui
aboutissent à l’hépatopathie chronique, on compte celles qui sont causées
par les virus suivants : HBV, HCV, HDV et HGV. La majorité des cas
surviennent à la suite d’infections par les virus HBV et HCV. Une anamnèse
minutieuse est utile pour déterminer la cause de l’hépatite chronique
( tableau 7 ). Dans la
plupart des cas, des épreuves de laboratoire bien choisies confirmeront
le diagnostic. Parfois, une biopsie hépatique est nécessaire pour déterminer
la cause de l’hépatite chronique. Une biopsie hépatique permettra également
d’obtenir de l’information importante sur l’étendue des lésions et
sur l’activité courante.
TABLEAU
7 . Rôle des antécédents dans le diagnostic de l’hépatite
chronique
|
| Cause |
Points
saillants des antécédents |
Analyses
de laboratoire utiles |
|
| Hépatite B |
Antécédents
sexuels (homosexualité, recours aux services de prostitués,
promiscuité), antécédents familiaux, pays d’origine, usage de
drogues injectables |
Ag HBs; si
positif, mesurer
Ag HBe, anti-HBe et ADN de HBV (si disponible) |
| Hépatite C |
Transfusions
sanguines (avant 1990), usage de drogues injectables (même une fois),
tatouages, perçage d’oreilles ou d’autres parties du corps,
promiscuité sexuelle, partenaire positif pour HCV, incarcération |
Anti-HCV |
| Hépatite
auto-immune |
Habituellement
des femmes jeunes ou d’âge moyen, symptômes souvent chroniques,
particulièrement fatigue (mais parfois symptômes aigus), autre
maladie auto-immunitaire (p. ex. thyroïde) |
Analyse
quantitative des immunoglobulines, anticorps antinucléaires,
anticorps anti-muscle lisse |
| Hépatite médicamenteuse |
Antécédents
détaillés de tous les médicaments et herbes; fréquemment en
cause : isoniazide, nitrofurantoïne, AINS, sulfamides |
Aucune |
| Maladie de
Wilson |
Antécédents
familiaux, symptômes neurologiques ou psychiatriques chez
l’enfant ou le jeune adulte |
Céruloplasmine
sérique, cuivre urinaire sur 24 heures |
| Déficit en a
1 -antitrypsine |
Antécédents
familiaux de maladie du foie ou des poumons (emphysème) |
Taux d’ a
1 -antitrypsine et typage des inhibiteurs de protéase |
| Stéatohépatite
non alcoolique |
Obésité, en
particulier gain pondéral récent, diabète sucré, corticostéroïdes,
courts-circuits intestinaux |
Glucose, Hb
Al c ,
échographie abdominale |
|
5.1.2 LE VIRUS DE L’HÉPATITE B
5.1.2.1 Évolution vers l’hépatopathie
chronique
Un certain nombre de facteurs détermineront
si le sujet atteint d’une hépatite B aiguë éliminera le virus ou
deviendra porteur chronique. Parmi ces facteurs, l’âge au moment de
l’infection est le plus important. En effet, plus de 90 % des nouveau-nés
infectés par transmission verticale deviennent porteurs, par opposition
à 5 % des adultes. L’état immunitaire de l’hôte entre aussi en
ligne de compte, l’immunodéprimé (p. ex. le VIH, l’insuffisance rénale,
la période postgreffe) risquant davantage de devenir porteur chronique.
La gravité de la maladie aiguë a également montré une corrélation
avec l’évolution. Habituellement, plus l’hépatite aiguë est légère,
plus le risque est grand qu’elle aboutisse à l’hépatopathie
chronique. En effet, l’hypothèse veut que le sujet le moins atteint
oppose au virus une résistance immunitaire faible, tandis que celui qui
souffre d’une maladie aiguë plus grave donne justement une réponse
immunitaire prompte et efficace à l’égard des hépatocytes contenant
le virus HBV.
5.1.2.2 Symptômes
La majorité des sujets atteints d’hépatite
B chronique ne présentent pas de symptômes, sauf une légère fatigue.
Les patients peuvent avoir des antécédents de comportement à risque ou
des antécédents familiaux d’infection par le virus de l’hépatite B.
Ce sont souvent les anomalies des enzymes hépatiques découvertes
accidentellement qui suggèrent au médecin la possibilité d’une
infection virale sous-jacente. Un dépistage auprès des membres de la
famille et des partenaires sexuels de sujets où l’infection est connue
permettra souvent de découvrir d’autres cas.
5.1.2.3 Diagnostic
Par définition, un patient n’est reconnu
comme porteur chronique du HBV que si la recherche de l’Ag HBs a donné
un résultat positif pendant six mois, mais le diagnostic est souvent soupçonné
bien avant.
Il importe de ne pas se laisser embrouiller
par des marqueurs viraux datant d’une exposition antérieure au virus de
l’hépatite B ( tableau 4 ). La présence d’anticorps spécifiques
de l’Ag HBs (anti-HBs) traduit une immunité contre le HBV qui peut être
acquise après vaccination ou élimination du virus. Par contre, la présence
de l’Ag HBe et de l’ADN viral est une indication de la réplication
active du HBV. Il y a une corrélation entre la quantité d’ADN de HBV
et la quantité de virus circulant. Une quantité d’ADN de HBV très élevée
traduit une charge virale importante et donc un degré élevé
d’infectivité (tous les liquides physiologiques pourraient être
infectieux). L’absence d’ADN de HBV laisse supposer un pouvoir
infectieux faible ou nul. Malheureusement, l’épreuve de détermination
de l’ADN de HBV dans le sérum n’est pas disponible partout. Si l’Ag
HBe est négatif, le pouvoir infectieux est habituellement plus faible. La
présence d’anticorps spécifiques de l’antigène nucléocapsidique
HBc témoigne d’une exposition au virus uniquement et n’est donc pas
d’une grande utilité pour l’évaluation du patient. La présence
d’anti-HBc de type IgM indique une exposition récente au HBV. Dans les
cas d’hépatite B chronique, l’anticorps anti-HBc est présent mais
les anti-HBc de type IgM sont absents parce que l’exposition au virus a
eu lieu plus de six mois auparavant. Il y a toutefois une exception : dans
les cas de réactivation de l’hépatite B chronique, des anti-HBc de
type IgM peuvent être présents, ce qui diminue l’utilité de cette épreuve
pour le diagnostic de l’infection aiguë par le HBV.
5.1.2.4 Histoire naturelle
L’histoire naturelle de l’infection
chronique par le virus de l’hépatite B a été bien définie. Les six
premiers mois représentent la phase aiguë de l’infection. Cette phase
aiguë n’est pas souvent observée chez les patients atteints de manière
chronique qui ont contracté l’infection à la naissance ou durant la
première enfance. L’hépatite chronique se déroule en trois phases,
appelées phases réplicative, inflammatoire et inactive ( figure
11 ). Au cours de la phase réplicative, l’Ag HBe est présent
de même que l’ADN de HBV, ce qui suggère des taux élevés de réplication
virale. Malgré cette activité, le taux d’aminotranférases est normal
ou à peu près normal et les biopsies hépatiques révèlent une activité
relativement faible. Pour des raisons obscures, les patients entrent alors
dans la phase inflammatoire de la maladie au cours de laquelle leur système
immunitaire reconnaît les hépatocytes qui contiennent le virus et
commence à les attaquer. En conséquence, l’activité aminotransférasique
augmente et la biopsie révèle une hépatite chronique souvent grave. Le
degré de réplication virale mesuré par l’ADN de HBV diminue. Si le
patient a réussi à éliminer la réplication virale, il entrera dans une
phase inactive caractérisée par un retour à la normale des aminotransférases
et une relative inactivité dans les biopsies hépatiques. L’Ag HBe sera
éliminé et de l’anti-HBe apparaîtra (séroconversion).
C’est la gravité et la durée de la
phase inflammatoire qui déterminent si l’affection évoluera ou non
vers une cirrhose. Cette évolution de l’hépatite chronique vers la
cirrhose survient dans 20 % à 30 % des cas chez les patients souffrant
d’hépatite B chronique. Même les patients qui ont réussi à se rendre
à la phase inactive sont à risque d’hépatome (risque relatif supérieur
à 100 par rapport à l’ensemble de la population). Chez ceux qui font
une cirrhose, le risque est encore plus élevé. Le dépistage de l’hépatome
a été recommandé chez les porteurs chroniques, par détermination de
l’ a -foetoprotéine sérique et par échographie
abdominale tous les 6 à 12 mois. Toutefois, l’efficacité et le rapport
coût-bénéfice de cette approche ont été remis en question depuis. Le
problème est que même les cas découverts par le dépistage sont souvent
trop avancés pour être guéris par résection ou par greffe de foie.
5.1.2.5 Traitement
Il y a peu d’approches thérapeutiques
pour le traitement des patients souffrant d’hépatite B chronique, bien
que différents agents aient été mis à l’essai. Parmi ceux-là, seul
l’usage de l’ a -interféron a été
autorisé. La plupart des études indiquent que de 30 % à 40 % des
patients porteurs de l’hépatite B répondent bien à l’interféron et
voient disparaître tous les marqueurs sérologiques de la réplication
virale (Ag HBe et ADN de HBV). Un petit nombre de ceux qui répondent
perdent également tout signe d’infection (absence d’Ag HBs) au cours
du traitement, mais jusqu’à 50 % d’entre eux deviendront Ag HBs négatifs
au cours des cinq premières années de suivi. Le taux de rechute après
l’arrêt du traitement est inférieur à 15 %.
Comme la majorité des patients ne répondent
pas à l’interféron, une question se pose. Chez lesquels le traitement
est-il justifié? Ceux qui devraient réagir le mieux au traitement sont
ceux qui ont contracté l’infection à l’âge adulte, les femmes, ceux
dont le taux d’ALAT est élevé et le taux d’ADN de HBV, réduit, ceux
dont la biopsie révèle une inflammation hépatique active, ceux qui sont
séronégatifs pour le VIH et ceux qui sont séronégatifs pour le HDV. En
d’autres termes, c’est durant la phase inflammatoire ( figure
11 ) que les patients sont le plus susceptibles de retirer des
bienfaits de l’interféron.
Un certain nombre de nouveaux médicaments
sont soumis à des essais visant à déterminer leur efficacité contre le
HBV. La lamivudine est un nouvel analogue de nucléoside qui montre un
puissant effet antiviral contre le HBV. Son rôle dans le traitement de
l’hépatite B chronique fait actuellement l’objet d’essais cliniques,
mais elle pourrait se révéler utile en association avec l’interféron.
5.1.2.6 Prévention
L’immunisation active est importante pour
prévenir la transmission de l’hépatite B par un porteur chronique à
ses partenaires sexuels et à sa famille. L’innocuité du vaccin est
bien établie. Il devrait à tout le moins être offert à toutes les
personnes faisant partie de groupes à haut risque, mais l’objectif
final est la vaccination universelle. Lorsqu’elle sera devenue réalité,
le besoin d’une immunoprophylaxie à l’aide des immunoglobulines anti-hépatite
B ne sera plus nécessaire pour les proches des porteurs d’HBV.
5.1.3 LE VIRUS DE L’HÉPATITE C
L’hépatite C chronique est devenue le
type le plus fréquent d’hépatite chronique virale dans la plupart des
régions. Les cas connus pourraient ne représenter que le sommet de
l’iceberg, la plupart des cas demeurant non diagnostiqués. De nombreux
cas ont été décelés dans le cadre de l’investigation d’activités
enzymatiques hépatiques élevées chez des personnes ne présentant pas
de symptômes ou encore par la Croix-Rouge au cours du dépistage chez les
donneurs de sang. D’autres patients consultent le médecin en raison de
fatigue, de malaises et d’anomalies des enzymes hépatiques.
5.1.3.1 Épidémiologie
Même si l’hépatite C peut être
transmise par les mêmes voies que l’hépatite B, la plupart des cas
sont liés à l’usage de drogues injectables illicites (de 60 % à 70
%). L’hépatite C chronique est aussi liée à une transfusion sanguine,
dans 10 % des cas. Quant aux patients restants, on ne peut trouver dans
leurs antécédents une source possible d’infection. La propagation non
parentérale de l’hépatite C par contact intime, sexuel ou mère-enfant
peut survenir, mais moins souvent que pour l’hépatite B.
5.1.3.2 Histoire naturelle
L’histoire naturelle de l’hépatite C
est mieux connue depuis la mise au point de l’épreuve sérologique
servant à déceler des anticorps anti-HCV. L’utilisation répandue de
cette épreuve a révélé que plus de 75 % des patients atteints d’hépatite
C souffrent d’une infection chronique par le HCV. De ces derniers, 20 %
ont déjà ou auront une cirrhose après 20 ans. Par la suite, c’est 1 %
de plus par année qui s’ajoutent au nombre de ceux qui ont une cirrhose.
Fait inquiétant, des données récentes associent l’hépatite C
chronique avec l’hépatome. Le risque relatif reste à préciser, mais
il semble qu’il soit aussi grand sinon plus grand que celui qui est
associé avec l’hépatite B. Parmi les autres troubles susceptibles
d’accompagner l’hépatite C chronique, mentionnons la cryoglobulinémie,
la porphyrie cutanée tardive et la glomérulonéphrite membranoproliférative.
5.1.3.3 Traitement
L’ a -interféron
est le seul traitement contre l’hépatite C chronique. De nombreuses études
situent son taux de succès entre 40 % et 50 % (normalisation des
anomalies de l’ALAT). Toutefois, au moins 50 % des sujets guéris
subiront une rechute, la plupart du temps dans les trois mois suivant
l’interruption du traitement. Par conséquent, de 10 % à 20 % seulement
des patients traités bénéficieront d’une réponse prolongée (guérison
présumée). Les essais cliniques les plus récents ont eu recours à des
traitements de 12 à 24 mois plutôt que la durée habituelle de 6 mois.
Des taux de réponse prolongée supérieurs à 30 % ont été rapportés;
toutefois, un traitement plus long est associé avec des coûts plus élevés
et plus d’effets indésirables.
Il n’existe pas de lignes directrices
quant au choix des patients qui devraient recevoir le traitement par
l’interféron contre une infection chronique par le HCV. Les facteurs prédictifs
d’une réponse favorable à l’interféron comprennent une infection récente,
des taux peu élevés d’ALAT, l’absence de cirrhose, un faible titre
viral dans le sérum et certains génotypes d’hépatite C (variants génétiques).
Il n’existe toujours pas de vaccin contre l’hépatite C, mais il
s’agit d’un domaine de recherche actif. À l’heure actuelle, les
données recueillies ne permettent pas de recommander l’administration
préventive d’immunoglobulines sériques contre l’infection à HCV.
L’emploi du condom s’impose durant la phase aiguë de la maladie et
indéfiniment chez les immunodéprimés. Les couples dont un membre est
porteur de l’hépatite C doivent, après avoir été informés des
risques, prendre leur propre décision en ce qui a trait à
l’utilisation des condoms; le risque de transmission entre partenaires
sexuels réguliers est de 2 % à 5 %. La transmission verticale d’une mère
à son bébé est rare; toutefois le risque de transmission verticale du
HCV est beaucoup plus élevé si la mère est co-infectée par le VIH.
5.1.4 LE VIRUS DE L’HÉPATITE D
L’hépatite D chronique est
habituellement la conséquence de la surinfection par le HDV d’un
porteur du HBV. Il arrive également, quoique moins fréquemment, qu’une
co-infection aiguë par HBV et HDV mène à une infection chronique. Dans
les deux cas, l’hépatite D chronique est habituellement agressive et
grave, évoluant rapidement vers la cirrhose.
Le diagnostic est posé par la mise en évidence
de l’anticorps anti-HDV dans le sérum des porteurs de HBV à risque
d’infection par le HDV. Il est aussi possible de mesurer dans le sérum
ou le foie l’antigène correspondant au virus de l’hépatite D et
l’ARN de HDV, mais seulement dans un nombre limité de laboratoires. En
Amérique du Nord, la transmission du virus est surtout imputable à
l’usage de drogues injectables illicites. Mais dans les pays méditerranéens,
la propagation non parentérale survient également. À ce jour, le
traitement par l’interféron s’est révélé décevant. À cause de la
dépendance du HDV à l’égard du HBV, la prévention de l’infection
à HBV par vaccination peut également protéger contre l’infection à
HDV.
| 5.2 Hépatite
chronique d’origine médicamenteuse |
page
563 |
De nombreux médicaments peuvent causer
l’hépatite chronique. La décision de continuer ou de cesser
l’administration du médicament responsable dépend des problèmes
associés. S’agit-il d’une simple persistance des anomalies
enzymatiques ou d’un dysfonctionnement hépatique avec anomalies
histologiques marquées? Dans les cas graves, la fibrose, la cirrhose et
la mort par suite d’insuffisance hépatique ou de complications de
l’hypertension portale peuvent survenir. Parmi les médicaments capables
de causer une hépatite chronique pouvant évoluer vers l’insuffisance hépatique
et l’hypertension portale, mentionnons l’oxyphénisatine,
l’isoniazide, la nitrofurantoïne, l’alphaméthyldopa et le dantrolène.
Par contre, si le médicament est essentiel au maintien de la santé et
qu’aucun agent non apparenté ne peut le remplacer, il est raisonnable
d’en continuer l’administration sous surveillance clinique étroite
tant que le dérèglement enzymatique demeure léger et qu’il ne
s’associe pas avec des symptômes ou des troubles fonctionnels (p. ex.
les valeurs de bilirubinémie, d’albuminémie et d’INR-temps de
prothrombine demeurent normales). Une biopsie peut être utile pour établir
la gravité de l’atteinte hépatique.
| 5.3 Hépatite
auto-immune |
page
563 |
L’hépatite auto-immune est une affection
hépatique à médiation immunitaire qui atteint souvent les jeunes femmes
ayant des antécédents personnels ou familiaux de maladie auto-immune. Sa
cause n’est pas connue. Le début de la maladie peut être graduel ou
aigu. La maladie hépatique peut se présenter sous la forme d’une
insuffisance hépatique soudaine, d’une hépatite chronique ou d’une
cirrhose inactive. Les symptômes les plus fréquents comprennent fatigue,
aménorrhée, symptômes propres à une maladie rhumatoïde associée,
telle que l’arthrite, ou à une maladie de la thyroïde. L’examen
physique révèle, entre autres, un ictère (dans les cas graves), des
angiomes stellaires, un érythème palmaire et une hépatosplénomégalie.
Les examens de laboratoire mettent en évidence une hypergammaglobulinémie
accompagnée d’une augmentation marquée des taux d’IgG, une
diminution de l’albuminémie et la présence d’anticorps antinucléaires
et anti-muscle lisse. On a proposé une sous-classification de l’hépatite
auto-immune en types 1 et 2, ce dernier caractérisé par la présence
d’anticorps dirigés contre les microsomes du foie et des reins (hépatite
anti-LKM 1). La biopsie hépatique est essentielle pour établir le
diagnostic et la gravité du processus pathologique sous-jacent ainsi que
pour écarter d’autres hépatopathies. La biopsie initiale révèle la
présence de cirrhose dans plus de 50 % des cas d’hépatite auto-immune.
Le traitement commence par des corticostéroïdes
à forte dose (prednisone, à raison de 40 à 60 mg par jour) pendant
quatre à six semaines. La dose est ensuite rapidement réduite à un
niveau d’entretien (p. ex. de 5 à 10 mg/jour) suffisant à maintenir
les enzymes hépatiques à des concentrations normales. L’azathioprine
est souvent utilisé pour son effet d’épargne sur les stéroïdes. Après
l’arrêt du traitement, la plupart des patients font une rechute qui
exige qu’on le reprenne. L’hépatite auto-immune non traitée évolue
rapidement vers la cirrhose (dans les trois à cinq ans). Bien que les
corticostéroïdes ne puissent prévenir la cirrhose, ils ont clairement
un effet salvateur dans cette maladie qui sinon serait mortelle. Si la
dose des médicaments est ajustée méticuleusement, la plupart des
patients obtiennent une stabilisation de leur état pendant des années.
Chez le petit nombre de patients restants, la greffe de foie est une
solution qui réussit très bien.
| 5.4 Hépatite
alcoolique |
page
564 |
Il est habituellement facile de
diagnostiquer cette affection par des moyens cliniques (voir la section
6). Ses caractéristiques sont comparées avec celles de l’hépatite
virale, dans le tableau 8
.
TABLEAU
8 . Distinction entre hépatite virale et hépatite alcoolique
|
|
Hépatite
virale |
Hépatite
alcoolique |
|
|
| Antécédents |
Facteurs de
risque |
Consommation
importante d’alcool |
| Examen
physique |
Légère hépatomégalie,
stigmates extrahépatiques non prépondérants |
Hépatomégalie
modérée, stigmates développés |
| Analyses de
laboratoire |
ASAT variable
ALAT > ASAT |
ASAT < 300
ASAT > ALAT
(souvent 2:1 ou plus) |
| Biopsie hépatique |
Cellules mononucléaires
Espaces portes centrés
Cellules à l’aspect de verre dépoli (HBV)
Colorations spéciales (HBV) |
Cellules
polynucléaires
Espaces portes péricentraux, diffus
Corps hyalin de Mallory
Graisses |
|
| 5.5
Infiltration graisseuse du foie |
page
565 |
La stéatose hépatique non alcoolique
(infiltration graisseuse du foie) est une maladie fréquente
habituellement asymptomatique, observée le plus souvent chez des patients
souffrant d’obésité, de diabète et parfois d’hyperlipidémie. On
note parfois la présence d’une douleur légère dans le quadrant supérieur
droit de l’abdomen accompagnée d’une augmentation des aminotransférases
qui sont en général de trois à quatre fois supérieures à la normale.
Le diagnostic est établi par échographie (ou tomodensitométrie) du foie
ou par une biopsie montrant des graisses macrovésiculaires. L’approche
thérapeutique se résume au traitement du trouble sous-jacent, y compris
perte de poids et correction du diabète ou de l’hyperlipidémie. La
plupart des cas d’infiltration graisseuse du foie ne sont associés ni
avec de l’inflammation ni avec de la nécrose hépatocellulaire.
Toutefois, de 10 % à 20 % des patients ont une stéatohépatite non
alcoolique qui peut évoluer vers une fibrose et une cirrhose.
  
|