
 
LE FOIE
L.J. Worobetz (réd), R.J. Hilsden, E.A.
Shaffer, J.B. Simon, P. Paré, V.G. Bain,
M. Ma, F. Wong, L. Blendis, P. Adams, J. Heathcote, S.S. Lee, L.B.
Lilly,
A.W. Hemming et G.A. Levy
1. STRUCTURE ET FONCTION DU
FOIE
R.J. Hilsden et E.A. Shaffer |
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| 1.1
Morphologie du foie |
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520 |
Le foie est l’organe le plus volumineux
et le plus complexe, au point de vue métabolique, chez l’humain. Sur le
plan anatomique, il est formé de deux lobes principaux, le droit et le
gauche, séparés par un ligament rond et falciforme, et de deux petits
lobes, le lobe caudé, situé à la face postérieure, et le lobe carré,
situé à la face inférieure. Sur le plan fonctionnel, le foie est divisé
en huit segments correspondant à la distribution des veines porte et hépatique.
Chaque segment reçoit un pédicule de la veine porte et constitue une
unité fonctionnelle indépendante. Le lobe caudé (segment 1) diffère
des autres segments en ce qu’il est irrigué par les branches droite et
gauche de la veine porte, et qu’il se draine directement dans la veine
cave inférieure.
Du point de vue microscopique, le foie
consiste en une myriade d’unités fonctionnelles individuelles,
traditionnellement appelées lobules. Chacun est limité par quatre ou
cinq espaces portes (irrigués par la veine porte et l’artère hépatique)
et possède une veinule hépatique terminale centrale (veine centrale du
lobule hépatique ou veine centrolobulaire). Toutefois, sur le plan
physiologique, c’est l’acinus qui constitue le concept le plus
important. En son centre se trouve l’espace porte, tandis que les
veinules hépatiques terminales occupent la périphérie. L’acinus se
divise en trois zones définies selon la distance qui les sépare des
vaisseaux nourriciers ( figure
1 ).
L’apport sanguin au foie est double. La
veine porte draine la circulation splanchnique et fournit 75 % du débit
sanguin total (1500 mL/min). L’artère hépatique apporte les 25 %
restants. Des petites branches de chaque vaisseau (la veinule portale
terminale et l’artériole hépatique terminale) pénètrent dans
l’acinus au niveau de l’espace porte (zone 1). Puis le sang circule
dans les sinusoïdes entre les lames d’hépatocytes vers la veinule hépatique
terminale (zone 3) où le sang de plusieurs acini adjacents se rejoint. La
paroi sinusoïdale est fenêtrée; cette porosité permet aux nutriments
d’atteindre l’espace de Disse intermédiaire et, de là, l’hépatocyte.
Les veinules hépatiques terminales convergent pour former les veines
sus-hépatiques qui transportent tout le sang efférent vers la veine cave
inférieure. Un vaste réseau de vaisseaux lymphatiques draine également
le foie.
Les hépatocytes constituent la plus grande
partie de l’organe. Ils sont disposés en lames qui irradient de chaque
espace porte vers les veines centrales adjacentes. Ces hépatocytes
entourant les voies portes forment une interface entre les tissus
conjonctifs de l’espace porte et le parenchyme hépatique défini comme
la lame limitante.
Les canalicules biliaires sont constitués
de sillons ménagés entre les faces accolées d’hépatocytes adjacents.
La bile est sécrétée dans ces canalicules et se déverse
progressivement dans les ductules, les conduits biliaires interlobulaires
et enfin les canaux hépatiques plus gros. En dehors du sillon transverse
du foie, les branches hépatiques droite et gauche se fusionnent au canal
hépatique commun, lequel rejoint le canal cystique drainant la vésicule
biliaire pour former le canal cholédoque qui s’ouvre dans le duodénum.
Les cellules de la paroi des capillaires
sinusoïdes sont de quatre types : cellules endothéliales, cellules de
Kupffer, cellules périsinusoïdales riches en graisses et cellules à
granulation. Les cellules endothéliales du sinusoïde diffèrent de
celles des autres endothéliums vasculaires de l’organisme en ce
qu’elles n’ont pas de membrane basale et sont fenêtrées, assurant
aux hépatocytes un accès facile aux nutriments et aux macromolécules du
plasma. Les cellules endothéliales interviennent aussi dans
l’endocytose de molécules et de particules, et dans le métabolisme des
lipoprotéines.
Les cellules de Kupffer, fusiformes, sont
des macrophages tissulaires. Elles constituent une partie importante du
système réticulo-endothélial. Parmi leurs principales fonctions se
trouvent la phagocytose de particules étrangères, l’élimination
d’endotoxines et d’autres substances nocives, et la modulation de la réponse
immunitaire par la libération de médiateurs et d’agents cytotoxiques.
Les cellules périsinusoïdales riches en
graisses (cellules d’Ito) emmagasinent la vitamine A. Elles se
transforment en fibroblastes en réaction aux lésions hépatiques, jouant
ainsi un rôle important dans la fibrose hépatique.
Les cellules à granulation, qui représentent
les cellules les moins nombreuses de la paroi sinusoïdale, sont de gros
lymphocytes granuleux qui agissent comme cellules tueuses naturelles.
Le milieu extracellulaire du foie comprend
sa trame de réticuline, plusieurs formes moléculaires de collagène, de
laminine, de fibronectine et d’autres glycoprotéines extracellulaires.
| 1.2 Fonction
hépatobiliaire |
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522 |
1.2.1 MÉTABOLISME
Le foie joue un rôle essentiel dans le métabolisme
des glucides, des protéines et des lipides. Il stabilise les taux de
glucose dans le sang en captant et en entreposant le glucose sous forme de
glycogène (glycogenèse), en dégradant le glycogène en glucose (glycogénolyse),
au besoin, ainsi qu’en formant du glucose à partir de substances non
glucidiques telles que les acides aminés (glyconéogenèse). L’hypoglycémie
ne survient que tard dans l’évolution d’une hépatopathie grave.
C’est que le foie a une réserve fonctionnelle considérable qui lui
permet d’assurer l’homéostasie du glucose même si son fonctionnement
est réduit à 20 %. Le foie synthétise la majeure partie des protéines
qui circulent dans le plasma, y compris l’albumine et la plupart des
globulines autres que les gammaglobulines. L’albumine
assure en grande partie la pression oncotique du plasma et sert au
transport des médicaments et des composés hydrophobes endogènes comme
la bilirubine non conjuguée. Les globulines comprennent les facteurs de
coagulation suivants : le fibrinogène, la prothrombine (facteur II) et
les facteurs V, VII, IX et X, dont l’activité dépend de la vitamine K.
Or la disponibilité de la vitamine K, liposoluble, exige la présence de
sels biliaires qui assurent son absorption. Les facteurs de coagulation décroissent
en cas de malabsorption des graisses (comme lorsqu’il y a cholestase
prolongée) et au moment d’un ralentissement de la fonction de synthèse
des cellules hépatiques. (En cas d’atteinte des hépatocytes,
l’administration de vitamine K par voie parentérale ne corrige pas les
déficiences en facteurs de coagulation.) Le foie est aussi le siège de
la plus grande partie du catabolisme et des interconversions des acides
aminés. Ces derniers sont catabolisés en urée. Pendant ce processus,
l’ammoniaque, un produit du métabolisme de l’azote et peut-être une
neurotoxine, est utilisée et par conséquent détoxiquée. Le foie capte
les acides gras et les estérifie en triglycérides. Il lie les triglycérides
avec le cholestérol, les phospholipides et une apoprotéine, ce qui donne
une lipoprotéine. Celle-ci passe dans le sang où elle est utilisée ou
mise en réserve dans les adipocytes. La synthèse du cholestérol se fait
en majeure partie dans le foie. Les sels biliaires sont le principal
produit du catabolisme hépatique.
1.2.2 DISPOSITION DES DROGUES
Le foie est doté d’un système
enzymatique très riche qui assure le métabolisme de nombreuses drogues,
y compris l’alcool. Il détoxique les substances nocives qui arrivent de
la circulation splanchnique et les empêche de passer dans la circulation
générale. Cela rend le foie particulièrement vulnérable aux lésions
d’origine médicamenteuse. Le foie convertit certains composés
lipophiles en agents plus hydrophiles pour en faciliter l’excrétion
dans l’urine ou la bile. Il en métabolise d’autres en agents moins
actifs.
1.2.3 FORMATION DE LA BILE
La bile fournit la principale voie d’excrétion
des métabolites toxiques, du cholestérol et des déchets lipidiques.
Elle est aussi nécessaire à la digestion et à l’absorption efficaces
des graisses alimentaires. Les sels biliaires, synthétisés en exclusivité
par le foie à partir du cholestérol, sont responsables de la formation
de la bile. Après son excrétion par le foie, la bile est emmagasinée
dans la vésicule biliaire durant les périodes de jeûne.
La cholécystokinine (CCK), libérée du
petit intestin durant la digestion par les acides gras et les acides aminés,
stimule l’évacuation de la vésicule biliaire. Quand la bile atteint le
duodénum, elle contribue à l’absorption des
graisses en agissant comme détergent biologique. Les sels biliaires sont
réabsorbés surtout dans l’iléon et ils retournent au foie par la
veine porte pour être de nouveau captés et sécrétés. C’est la
circulation entéro-hépatique (de l’intestin au foie).
  
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