
 
| 10. TROUBLES MOTEURS
DE L'OESOPHAGE ET DU SPHINCTER OESOPHAGIEN INFÉRIEUR |
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Les troubles moteurs de l’oesophage
peuvent être primaires ou secondaires. Les troubles primaires se limitent
ordinairement à l’oesophage et leur cause est inconnue. Par
contre, les troubles secondaires sont attribuables à une affection locale
ou systémique particulière, par exemple les troubles moteurs secondaires
au reflux acide, à l’alcoolisme ou à la neuropathie diabétique, à la
sclérodermie, et à d’autres affections du tissu conjonctif. Les
troubles primaires bien caractérisés de la motricité oesophagienne
comprennent l’oesophage au péristaltisme hypertensif, ou oesophage «
casse-noisette », le spasme diffus de l’oesophage et l’achalasie (figure
6). Un grand nombre de sujets souffrant de troubles moteurs
primaires sont atteints d’anomalies oesophagiennes diverses qui ne
correspondent pas aux critères des troubles moteurs typiques de
l’oesophage.
Les troubles primaires de la motricité oesophagienne se caractérisent
par de la dysphagie accompagnée ou non de douleur thoracique. La douleur
ressemble en qualité à celle de l’angine de poitrine et a été
attribuée par le passé au spasme des muscles lisses. Cependant, des études
récentes ont semblé indiquer que la douleur est secondaire à une
diminution du seuil de sensibilité aux stimulus oesophagiens tels que la
distension ou l’acide. La faible clairance de l’oesophage et le
fonctionnement inadéquat du SOI donnent lieu chez certains patients
à un RGO qui peut se manifester principalement par des brûlures
d’estomac et des régurgitations.
Le diagnostic d’un trouble moteur de l’oesophage est fondé sur les
antécédents du patient et sur l’examen radiologique communément appelé
« gorgée barytée ». Si l’on observe une dysphagie dans la zone rétrosternale
sans signes de lésions structurelles à l’examen radiologique, on peut
en déduire par élimination que la dysphagie est causée par un trouble
moteur. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, le type de dysphagie,
telle une dysphagie sporadique et imprévisible aux liquides et aux
solides, peut supposer un trouble moteur plutôt qu’une anomalie
structurelle. Le radiologiste est ordinairement en mesure de déceler les
anomalies de la fonction motrice pendant la « gorgée barytée ».
L’utilisation d’un bol solide tel qu’un morceau de pain trempé dans
le baryum peut se révéler utile pour déceler des anneaux ou des replis
oesophagiens. L’endoscopie permet principalement d’éliminer les
causes secondaires du trouble moteur comme l’oesophagite ulcéreuse ou
le néoplasme. Afin de préciser le type de trouble moteur, il faut procéder
à des épreuves de la motricité oesophagienne. Les caractéristiques
manométriques des principaux troubles moteurs de l’oesophage sont présentées
schématiquement dans la figure
6.
| 10.1 Oesophage
« casse-noisette » |
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Le trouble moteur appelé oesophage «
casse-noisette » se caractérise par des ondes péristaltiques de
grande amplitude qui se propagent normalement dans le bas oesophage. La
durée de l’onde de contraction est souvent prolongée. Le relâchement
du SOI est normal même si, chez de nombreux patients, la pression de
repos du SOI est élevée. Les patients souffrent fréquemment de douleurs
pseudo-angineuses, mais ne se plaignent habituellement pas de dysphagie.
Lorsque l’examen confirme que les douleurs thoraciques ne sont pas
d’origine cardiaque, il faut soupçonner l’oesophage «casse-noisette»
qui est, dans pareil cas, l’anomalie manométrique la plus fréquente.
L’oesophage «casse-noisette» est d’origine inconnue, et il est rare
que cette affection évolue en spasme diffus de l’oesophage ou même en
achalasie vigoureuse. Le traitement consiste tout d’abord à assurer au
patient que la douleur n’est pas d’origine cardiaque, mais qu’elle
est causée par une affection oesophagienne bénigne. Auparavant,
l’administration de dérivés nitrés ou d’anticalciques en vue du relâchement
des muscles lisses était très répandue, mais l’efficacité de ces
agents n’a pas été prouvée. Chez certains patients qui présentent un
oesophage «casse-noisette», la douleur est en fait provoquée par le
reflux acide, et un traitement antireflux donne souvent d’excellents résultats.
| 10.2 Spasme
diffus de l’oesophage |
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Le spasme diffus de l’oesophage se caractérise
par un péristaltisme normal entrecoupé d’ondes hypertensives fréquentes
non propagées ou d’ondes tertiaires et d’ondes aux pics multiples.
Les patients souffrent souvent de dysphagie et de douleurs thoraciques. Au
stade avancé de la maladie, l’examen radiologique révèle ce qu’on
appelle un oesophage en tire-bouchon, les divers segments de l’oesophage
se contractant simultanément avec vigueur. La cause du spasme diffus
demeure obscure, mais pourrait être liée à des altérations dégénératives
des nerfs oesophagiens intrinsèques et extrinsèques. Le traitement
consiste à rassurer le patient et à administrer des dérivés nitrés ou
des anticalciques. Dans les cas graves et rebelles au traitement médical,
une myotomie oesophagienne étendue peut être profitable.
L’achalasie est un trouble moteur
primaire rare qui se caractérise par l’absence de péristaltisme dans
le corps de l’oesophage, par une pression élevée au niveau du SOI et
par une inhibition totale ou partielle du relâchement du SOI en réponse
à la déglutition. L’hypertonicité du SOI entraîne une dilatation
progressive de la portion proximale de l’oesophage, phénomène appelé
méga-oesophage. Il s’ensuit une élévation des pressions
oesophagiennes de repos. À l’examen radiologique, l’oesophage apparaît
dilaté, et on note parfois la présence d’aliments et de liquide qui y
sont retenus. La partie distale de l’oesophage se rétrécit en forme de
bec d’oiseau (figure 7A).
Le « bec » correspond au SOI qui demeure hypertonique et contracté.
Chez certains, on remarque des contractions non péristaltiques
vigoureuses dans le corps oesophagien, d’où le nom d’achalasie
vigoureuse. L’achalasie est causée par la dégénérescence de
neurones inhibiteurs du plexus myentérique innervant l’oesophage et le
SOI. Les troncs et les noyaux dorsaux du nerf vague sont aussi détériorés.
Trypanosoma cruzi, parasite à l’état endémique au Brésil, peut
provoquer l’achalasie en détruisant les neurones myentériques (maladie
de Chagas). L’affection néoplasique peut aussi altérer la fonction
nerveuse de l’oesophage et du SOI et causer ainsi une achalasie
secondaire. La cause de l’achalasie est toutefois inconnue la plupart du
temps.
Le principal symptôme de l’achalasie est la dysphagie qui
s’accompagne parfois de douleurs à la poitrine ainsi que de brûlures
d’estomac. Ces brûlures d’estomac ne sont pas attribuables au reflux
gastro-oesophagien, mais seraient plutôt causées par l’acide lactique
formé par la fermentation du contenu stagnant dans l’oesophage. Un
autre symptôme courant de l’achalasie est la régurgitation du contenu
oesophagien.
Dans les cas bénins, le traitement peut commencer par
l’administration d’anticalciques ou de dérivés nitrés à action
prolongée, agents pouvant réduire la pression au niveau du SOI. Il est
cependant rare que le traitement demeure efficace à la longue, et
habituellement on procède alors à une dilatation pneumatique du SOI.
Cette intervention consiste à insérer un ballonnet au niveau du
sphincter et à le gonfler rapidement afin de forcer la dilatation du
sphincter. La dilatation soulage la dysphagie et améliore le transit
oesophagien dans 70 % à 75 % des cas. Dans les cas rebelles, il faudra
recourir à la myotomie de Heller, qui consiste en une incision
longitudinale pratiquée dans le muscle du SOI; dans de nombreux centres,
cette intervention se fait maintenant par voie laparoscopique ou
pleuroscopique. À la suite d’une dilatation pneumatique ou d’une
myotomie de Heller, le patient peut souffrir d’un RGO grave, la barrière
de pression bloquant le reflux ayant été éliminée. Il semble que le
reflux s’aggrave après la myotomie, ce qui a conduit certains
chirurgiens à procéder à une intervention antireflux modifiée au
moment de la myotomie. Pour tous les patients ayant subi avec succès une
myotomie ou une dilatation pneumatique, un traitement antireflux chronique
s’impose. Habituellement, un traitement diététique et une posture
appropriée suffisent, même si un traitement médicamenteux est parfois
indiqué. Des études récentes ont révélé que l’injection de toxine
botulinique dans le muscle du SOI peut atténuer la dysphagie chez environ
les deux tiers des patients qui souffrent d’achalasie. Ce traitement est
limité parce que la réponse n’est pas soutenue (durée moyenne de un
an environ) mais il peut offrir une solution utile chez les patients âgés
qui ne toléreraient pas les complications d’une démarche thérapeutique
plus invasive. L’achalasie entraîne un risque accru de cancer de
l’oesophage, et les patients doivent subir des examens approfondis
s’ils présentent de nouveaux symptômes oesophagiens.
| 10.4 Sclérodermie
oesophagienne |
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La sclérodermie s’accompagne souvent
d’une atteinte oesophagienne, même en l’absence de modifications
cutanées et articulaires évidentes, quoique le phénomène de Raynaud
soit presque toujours présent dans de tels cas. La première anomalie
consiste en une altération des petits vaisseaux sanguins qui conduit à
une dysfonction neuronale intramurale. Avec le temps survient une altération
musculaire et la fibrose s’installe; il s’ensuit des pressions très
basses au niveau du SOI et des contractions oesophagiennes faibles et non
propulsives. La sclérodermie peut aussi s’étendre à l’estomac, en
retarder la vidange et ainsi causer un reflux gastro-oesophagien
significatif accompagné de brûlures d’estomac, de régurgitations et
de dysphagie. La dysphagie peut s’expliquer par une propulsion
oesophagienne faible ou une sténose provoquée par le reflux (figure
7B). Ce reflux exige un traitement très énergique. Vu la
faiblesse marquée du péristaltisme, une intervention antireflux ayant
pour objet d’accroître la barrière de pression au niveau du SOI
risquerait d’aggraver grandement la dysphagie.
  
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