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Chapitre 5:
Oesophage
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12. NÉOPLASMES OESOPHAGIENS

Divers types de tumeurs peuvent siéger dans l’oesophage (tableau 5). Ces tumeurs sont toutefois extrêmement rares et, lorsqu’elles surviennent, elles ne produisent généralement pas d’affections cliniques. Malheureusement, le néoplasme oesophagien le plus fréquent est le carcinome épidermoïde dont le taux de survie à cinq ans est inférieur à 10 %, l’un des plus bas de tous les cancers.

 

12.1 Tumeurs bénignes page 141

Le léiomyome est la tumeur bénigne de l’oesophage la plus fréquente. Les léiomyomes oesophagiens peuvent causer de la dysphagie et une douleur rétrosternale, mais la plupart sont asymptomatiques. Contrairement aux léiomyomes de l’estomac, ils provoquent rarement une hémorragie. À l’examen radiologique avec opacification barytée, on observe dans la lumière de l’oesophage une excroissance ronde et lisse caractéristique qui émerge de la paroi. À l’endoscopie, la tumeur se démarque clairement dans la lumière de l’oesophage et est tapissée d’une muqueuse normale. Les biopsies endoscopiques ne sont pas utiles, puisque la lésion siège dans la sous-muqueuse et ne peut être atteinte à l’aide d’une pince à biopsie. Si les léiomyomes sont symptomatiques, une énucléation chirurgicale est indiquée.

Les papillomes épidermoïdes consistent en des projections ayant l’aspect de feuilles de fougère issues du chorion et recouvertes d’un épithélium pavimenteux; ils se développent en plusieurs points à la fois. Les papillomes sont rarement assez volumineux pour provoquer de la dysphagie. Ils surviennent en présence d’acanthosis nigricans et de tylosis. Ils ne sont pas considérés comme des précurseurs d’un carcinome épidermoïde, sauf s’ils sont associés avec le tylosis.

Les polypes fibrovasculaires sont formés d’un noyau composé de tissu conjonctif lâche et fibreux, de graisse et de vaisseaux sanguins, le tout recouvert d’un épithélium pavimenteux épais. Ils peuvent devenir assez gros et être retenus par un très long pédicule qui leur permet de se balancer dans la lumière oesophagienne. On a déjà signalé que, en de très rares occasions, l’extrémité libre du polype a été régurgitée dans la bouche du patient ce qui, dans certains cas, a causé une mort subite par obstruction du larynx.

Les tumeurs granulocellulaires sont des lésions de la sous-muqueuse recouvertes par une muqueuse normale. Elles peuvent être décelées par hasard à l’endoscopie et seraient issues d’éléments nerveux. Elles sont généralement asymptomatiques même si, selon quelques rapports, des tumeurs volumineuses peuvent provoquer de la dysphagie. Il a aussi été question de tumeurs granulocellulaires malignes dans l’oesophage. L’ablation chirurgicale des tumeurs symptomatiques s’impose.

12.2 Tumeurs malignes page 141

Le carcinome de l’oesophage est un cancer relativement rare au Canada; on ne compte, par année, que 3 ou 4 nouveaux cas pour 100 000 personnes chez les  hommes et seulement 1 nouveau cas pour 100 000 personnes chez les femmes. Néanmoins, étant donné son sombre pronostic, le cancer de l’oesophage se range parmi les dix principales causes de mortalité par cancer chez les hommes âgés de 45 ans et plus au Canada.

Bien que plusieurs types de cancers primaires et secondaires puissent se développer dans l’oesophage (tableau 5), le carcinome épidermoïde et l’adénocarcinome sont de loin les deux cancers de l’oesophage les plus fréquents.

TABLEAU 5. Classification des tumeurs oesophagiennes


Tumeurs bénignes
D’origine épithéliale
Papillome épidermoïde

Non d’origine épithéliale
Léiomyome
Tumeur à cellules granulaires
Hémangiome
Lymphangiome

Tumeurs malignes
D’origine épithéliale
Carcinome épidermoïde
Adénocarcinome
Carcinome kystique adénoïdien
Épithélioma muco-épidermoïde
Carcinome adéno-épidermoïde
Épithélioma indifférencié; épithélioma à petites cellules

Non d’origine épithéliale
Léiomyosarcome
Carcinosarcome
Mélanome malin

Tumeurs secondaires
Mélanome malin
Cancer du sein

Lésions rappelant une tumeur
Polype fibrovasculaire
Hétérotopie
Kyste congénital
Acanthose glycogénique


12.2.1 ADÉNOCARCINOME

Autrefois, l’adénocarcinome était responsable d’environ 10 % de tous les cancers oesophagiens. Cependant, sa fréquence a augmenté à un point tel au cours des dernières décennies qu’il représente maintenant entre 30 % et 40 % des cancers de ce type en Amérique du Nord. Les adénocarcinomes primaires proviennent rarement de vestiges embryonnaires de l’épithélium cylindrique ou de l’épithélium glandulaire superficiel ou profond. Dans la plupart des cas, l’adénocarcinome prend naissance dans l’épithélium métaplasique de Barrett, siégeant dans le bas oesophage. Par ailleurs, l’adénocarcinome du cardia de l’estomac peut s’étendre au bas oesophage et donner l’apparence d’un cancer prenant naissance dans l’oesophage.

L’incidence réelle des cancers liés au syndrome de Barrett est incertaine, mais la plupart des études laissent supposer que les porteurs du syndrome de Barrett seront atteints d’un adénocarcinome à un rythme d’environ 0,5 % par année. Le problème est de taille, étant donné le grand nombre de patients qui souffrent de reflux et présentent une métaplasie de Barrett. Comme la dysplasie précède un franc carcinome dans l’épithélium de Barrett, la plupart des experts suggèrent que les patients subissent une endoscopie accompagnée de multiples biopsies une fois par période de un à deux ans, afin de reconnaître les cas susceptibles de dégénérer en cancer (voir la section 7).

La présentation clinique et l’évaluation diagnostique des patients atteints d’adénocarcinome oesophagien sont analogues à celles des patients atteints de carcinome épidermoïde, comme nous le verrons plus loin. Les lésions ne sont pas radiosensibles et les divers agents chimiothérapeutiques ne sont pas très efficaces. Le traitement de choix est la résection, ou le traitement palliatif au laser, le traitement photodynamique, la dilatation perorale ou l’insertion d’une prothèse endoluminaire (stent), pour rétablir la continuité de la lumière oesophagienne, voire les deux à la fois. Le pronostic est semblable à celui de l’adénocarcinome de l’estomac, soit un taux général de survie à cinq ans inférieur à 10 %.

12.2.2 CARCINOME ÉPIDERMOÏDE

La fréquence des carcinomes épidermoïdes de l’oesophage varie énormément selon les endroits : elle est très élevée dans certaines régions d’Iran, d’Afrique, de Chine et de l’ex-URSS. Cette particularité a donné naissance à plusieurs théories selon lesquelles certains facteurs environnementaux auraient leur importance sur le plan étiologique (tableau 6).

 

TABLEAU 6. Facteurs étiologiques possibles du cancer oesophagien


Alcool
Tabac
Certains aliments
-Nitramines; thés sauvages contenant du tanin ou des esters diterpène de phorbol
Carences nutritives (riboflavine, niacine, fer)
Oesophagite chronique
Achalasie
Lésion ancienne due aux produits caustiques
Tylosis
Syndrome de Plummer-Vinson (syndrome de Kelly-Paterson)


En Amérique du Nord, le carcinome épidermoïde est associé avec la consommation d’alcool, l’usage du tabac et un rang socio-économique inférieur. Il est aussi plus fréquent chez les Noirs et chez les hommes.

Typiquement, le carcinome épidermoïde s’étend microscopiquement dans la sous-muqueuse à des distances importantes au-dessus et au-dessous de l’endroit le plus touché. Très tôt, il a tendance à traverser la paroi oesophagienne et à envahir les régions lymphatiques. Les symptômes ne se manifestent toutefois que lorsque le cancer est à un stade déjà très avancé dans l’oesophage. Pour toutes ces raisons, environ 95 % de ces cancers sont diagnostiqués au moment où il est devenu impossible de procéder à un traitement chirurgical.

La plupart des études révèlent que le carcinome épidermoïde s’installe le plus souvent dans le tiers moyen de l’oesophage, même si d’autres révèlent que le cancer est plus fréquent dans le tiers inférieur. Des métastases apparaissent dans d’autres organes, le plus souvent dans les poumons et le foie.

La majorité des malades présentent une dysphagie progressive et prévisible accompagnée d’une perte de poids. Parmi les autres symptômes, signalons l’odynophagie, la douleur thoracique (qui peut irradier à la région scapulaire moyenne), l’enrouement causé par l’atteinte du nerf récurrent laryngé et la perte de sang. Les complications pulmonaires attribuables à l’aspiration directe ou à des fistules oesophago-respiratoires sont très courantes au cours de l’évolution de la maladie. L’examen physique est habituellement négatif, si ce n’est des signes d’amaigrissement. Dans les cas de métastases disséminées, une hépatomégalie ou une hypertrophie des ganglions cervicaux ou sus-claviculaires peuvent être perceptibles.

La « gorgée barytée » permet habituellement de poser le diagnostic, bien que jusqu’à 30 % des tumeurs malignes puissent passer inaperçues à cause de leur petite taille. L’endoscopie avec de nombreuses biopsies directes et des cytologies par brossage est nécessaire pour confirmer le diagnostic. Il faut ensuite tenter d’établir avec soin le stade de la maladie avant de choisir le traitement. On doit aussi faire un examen physique minutieux, une radiographie pulmonaire, des analyses de sang pour déterminer les taux sériques de transaminases, de phosphatase alcaline et de bilirubine, et une échographie abdominale afin de chercher la présence de métastases hépatiques. Si les résultats sont négatifs, on procédera à un examen tomodensitométrique du thorax pour évaluer l’étendue de la maladie. Malheureusement, cette méthode est peu sensible à cet égard. L’échographie endoscopique semble prometteuse pour évaluer précisément la progression en profondeur de la tumeur et pour établir la présence ou l’absence d’hypertrophie des ganglions médiastinaux. Si tous ces examens sont négatifs, certains experts recommandent de procéder à une bronchoscopie, à une médiastinoscopie et à une biopsie des ganglions préscaléniques avant de tenter une résection.

Les résultats du traitement du carcinome épidermoïde de l’oesophage sont décourageants. Bien qu’on enseigne généralement que la résection constitue la seule possibilité de guérison, il n’existe aucune preuve convaincante que le traitement chirurgical soit supérieur à la radiothérapie, ces tumeurs étant très radiosensibles. Toutefois, dans la plupart des centres, la radiothérapie est administrée à des patients inopérables soit parce que le cancer est trop avancé, soit parce que leur état ne permet pas de les opérer. Il est compréhensible que dans ces circonstances, la survie des patients soumis à la radiothérapie soit très limitée. Dans de rares études où la radiothérapie constitue le traitement initial chez des patients qui sont par ailleurs opérables, le taux de survie à cinq ans atteint 17 %, ce qui se compare très favorablement à celui observé chez les patients qui ont été opérés. Ces deux formes de traitement ont une morbidité significative et la mortalité à la suite d’une résection oesophagienne est d’au moins 10 %.

Des études contrôlées sont nécessaires mais, en réalité, il n’est possible d’envisager la guérison que pour une faible proportion de tous les patients atteints du cancer de l’oesophage. Dans la plupart des cas, la maladie est à un stade trop avancé. On évalue présentement de nouveaux modes de traitement où la radiothérapie est combinée avec la chimiothérapie, avec ou sans intervention chirurgicale.

Dans la majorité des cas, le traitement demeure palliatif. La radiothérapie et une intervention chirurgicale modifiée peuvent être utilisées dans ces circonstances, mais il faut souvent recourir à d’autres modalités thérapeutiques. La dysphagie peut être soulagée par une dilatation perorale, mais, dans de nombreux cas, la manoeuvre devient excessivement difficile à mesure que la maladie progresse. Dans une telle éventualité, on peut mettre en place une prothèse (stent) au niveau de la tumeur pour maintenir la perméabilité oesophagienne. De tels dispositifs peuvent s’avérer très efficaces, mais le blocage, la migration et l’érosion du tube à travers la paroi oesophagienne sont des complications non négligeables. Les appareils prothétiques constituent le meilleur traitement des fistules oesophago-respiratoires. Le traitement endoscopique au laser Nd-YAG est utilisé pour détruire les tumeurs qui obstruent l’oesophage. C’est un traitement palliatif très utile, quoique cher. De plus, rien ne prouve qu’il soit supérieur à la dilatation et à l’insertion d’une prothèse. Le traitement photodynamique a récemment été approuvé pour le soulagement de la dysphagie d’origine néoplasique. Le traitement repose sur l’utilisation d’un composé photosensibilisant qui s’accumule dans les cellules cancéreuses, lesquelles sont détruites lorsqu’elles sont exposées à la lumière d’une certaine longueur d’onde. Le médecin traitant doit fournir à ces malheureux patients un soutien émotionnel, prescrire des analgésiques appropriés et combler leurs besoins nutritionnels.

 

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