
 
| 4. SYMPTÔMES ET
SIGNES DES MALADIES OESOPHAGIENNES |
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4.1.1 DYSPHAGIE
La dysphagie se présente comme une gêne
à la déglutition. Elle traduit un trouble du transit des aliments dans
la bouche, le pharynx ou l’oesophage. Il importe de différencier la
dysphagie oro-pharyngée de la dysphagie oesophagienne. Si le sujet éprouve
des difficultés à avaler le bol alimentaire, la cause est assurément
oro-pharyngée, tandis que si le bol alimentaire reste pris au niveau rétrosternal,
la cause est oesophagienne. Certains patients ont l’impression que les
aliments s’accrochent au niveau de la fourchette sternale alors qu’en
réalité, l’obstruction se situe dans le bas oesophage. Le problème
peut donc être difficile à situer lorsque les patients parlent de
blocage au niveau de la fourchette sternale ou dans la gorge. Il faut
alors chercher les autres symptômes de la dysphagie oro-pharyngée tels
que la suffocation ou la régurgitation nasale. L’observation du patient
en train d’avaler peut s’avérer utile afin de déterminer le moment où
se manifeste le symptôme. Dans le cas de dysphagie oesophagienne au
niveau de la fourchette sternale, la sensation de dysphagie apparaît
plusieurs secondes après le début de la déglutition.
Les antécédents du patient contribuent aussi à distinguer les causes
structurelles des causes fonctionnelles (troubles moteurs) de la dysphagie.
Une dysphagie épisodique qui, dès le début, se produit à la déglutition
tant de liquide que de solide laisse supposer un trouble moteur, tandis
qu’une dysphagie qui ne se manifeste au début qu’à l’ingestion de
solide, comme la viande et le pain, laisse supposer une cause structurelle,
telle une sténose. Cette dysphagie peut évoluer et se produire
progressivement à l’ingestion d’aliments semi-solides, puis liquides.
Si la dysphagie progresse rapidement et est associée avec une perte de
poids significative, une sténose maligne est à craindre.
Les symptômes associés contribuent aussi à déterminer la cause de
la dysphagie. Ainsi, on peut soupçonner diverses affections, comme une sténose
attribuable au reflux, si la dysphagie s’accompagne de brûlures
d’estomac ou de régurgitations; un cancer de l’oesophage, en présence
de douleurs au milieu du dos et d’amaigrissement; un trouble moteur,
comme les spasmes diffus de l’oesophage, en présence de douleurs
thoraciques pseudo-angineuses et, enfin, une sclérodermie de
l’oesophage, en présence d’arthralgie, de modifications cutanées et
du phénomène de Raynaud.
4.1.2 ODYNOPHAGIE
L’odynophagie se caractérise par une
douleur ressentie à la déglutition. Cette douleur peut être causée par
une inflammation ou une néoplasie de la bouche ou du pharynx. Si la
douleur est rétrosternale, il faut penser aux oesophagites non provoquées
par le reflux, comme celles dues à l’infection, à la radiothérapie ou
à une lésion produite par un comprimé (lésion d’origine chimique).
L’odynophagie se manifeste plus rarement en présence de cancer de
l’oesophage, d’ulcère oesophagien profond, comme l’ulcère de
Barrett, ou de troubles moteurs de l’oesophage.
4.1.3 BRÛLURES D’ESTOMAC OU PYROSIS
Les brûlures d’estomac ou le pyrosis se
caractérisent par une sensation de brûlure rétrosternale qui,
typiquement, apparaît au bas de la région rétrosternale et irradie vers
la gorge. Les brûlures d’estomac peuvent être favorisées par le fait
de se pencher ou de se coucher et commencent habituellement peu de temps
après avoir pris certains aliments ou certaines boissons. Elles
s’accompagnent souvent de régurgitations de substances acides dans le
fond de la gorge. Des brûlures ayant ces caractéristiques indiquent un
reflux gastro-oesophagien. C’est un symptôme très courant que plus du
tiers des gens ont expérimenté à un moment ou à un autre. Par conséquent,
les brûlures d’estomac ne signifient pas nécessairement une maladie
grave. De nombreux patients se plaignent de brûlures d’estomac, mais il
ne faut pas prendre leurs dires au pied de la lettre, car cette expression
est utilisée par certains pour décrire un tout autre symptôme. Il faut
donc demander aux patients de décrire exactement ce qu’ils entendent
par brûlures d’estomac.
4.1.4 RÉGURGITATIONS
Les régurgitations consistent en
l’apparition spontanée d’aliments ou de liquides dans le fond de la
gorge ou dans la bouche. Certains patients décrivent ce symptôme comme
des vomissements. Il faut donc, lorsque les patients parlent de
vomissements, déterminer si ces derniers s’accompagnent de nausées, de
haut-le-coeur, etc. Le goût et la consistance du matériel régurgité
sont des détails importants. La régurgitation de liquide acide ou coloré
de bile indique un reflux gastro-oesophagien. La régurgitation
d’aliments non digérés ou de liquides stagnants dépourvus d’un goût
acide indique un trouble du transit oesophagien, l’achalasie, par
exemple. (En présence d’achlorhydrie, le contenu gastrique est aussi dépourvu
d’acide.) Dans les troubles de motricité et d’obstruction mécanique
de l’oesophage, les aliments peuvent rester pris dans l’oesophage et
sont régurgités assez rapidement. Par ailleurs, certaines personnes régurgitent
dans leur bouche des aliments qu’elles avaient ingurgités, pour les
mastiquer et les avaler de nouveau. Ce processus, appelé rumination,
bien que rare chez l’humain, est normal chez certains animaux.
4.1.5 DOULEURS THORACIQUES EN
L’ABSENCE DE BRÛLURES D’ESTOMAC
Les douleurs thoraciques en l’absence de
brûlures d’estomac peuvent aussi indiquer une maladie oesophagienne.
Les douleurs thoraciques et, en particulier, celles ressenties au milieu
du dos, sont observées dans le cancer avancé de l’oesophage. Cependant,
les douleurs thoraciques d’origine oesophagienne les plus fréquentes
ressenties en l’absence de brûlures d’estomac sont des douleurs qui
ressemblent en qualité aux douleurs provoquées par une maladie cardiaque
ischémique. Ces douleurs peuvent être ressenties comme un serrement, une
compression de la poitrine qui irradie dans la mâchoire et dans les bras.
Contrairement aux douleurs causées par une ischémie cardiaque, les
douleurs thoraciques pseudo-angineuses d’origine oesophagienne ne se
produisent pas à l’effort comme prévu et elles apparaissent fréquemment
de façon spontanée après un repas ou au milieu de la nuit. Elles sont
de plus associées avec d’autres symptômes oesophagiens. De toute évidence,
chez les patients qui présentent de telles douleurs, il faut exclure la
maladie cardiaque ischémique. En l’absence de maladie cardiaque, un
trouble moteur de l’oesophage est généralement diagnostiqué. Les
douleurs pseudo-angineuses peuvent aussi être provoquées par le reflux
gastro-oesophagien.
4.1.6 HYPERSALIVATION
L’hypersalivation se caractérise par
l’apparition soudaine d’une grande quantité de salive dans la bouche.
Il faut distinguer ce symptôme de la régurgitation de liquide. Le reflux
acide dans l’oesophage stimule l’hypersalivation grâce à un réflexe
nerveux cholinergique.
4.1.7 HÉMORRAGIE
L’hémorragie peut être un symptôme de
certaines affections oesophagiennes. Une lacération de la muqueuse dans
la région de la jonction gastro-oesophagienne (syndrome de
Mallory-Weiss), consécutive à des haut-le-coeur et à des vomissements,
est une cause courante d’hémorragies digestives hautes. Les varices
oesophagiennes peuvent être une cause d’hématémèse et de méléna
importants. Des ulcères profonds de l’oesophage peuvent aussi saigner
massivement, mais cela n’est pas fréquent. Ordinairement, le saignement
des lésions ulcéreuses ou du cancer de l’oesophage est occulte. Par
contre, la perte de sang (hématémèse et méléna) attribuable à une
oesophagite est ordinairement lente; il est donc rare qu’elle
compromette la stabilité hémodynamique du patient.
4.1.8 SYMPTÔMES RESPIRATOIRES LARYNGÉS
Des symptômes respiratoires peuvent aussi
évoquer une maladie oesophagienne ou des troubles oro-pharyngés de la déglutition.
L’aspiration au moment d’avaler provoque la toux, la suffocation et
parfois un enrouement de la voix. De plus, les patients atteints d’un
trouble moteur de l’oesophage ou de reflux gastro-oesophagien peuvent régurgiter
le contenu de l’oesophage ou de l’estomac dans le larynx et
l’aspirer par la suite. Ces patients peuvent souffrir de pneumonie, de
toux chronique, de sibilance, d’enrouement ou de laryngite. Le reflux
gastro-oesophagien peut aussi provoquer la toux et la sibilance par
l’intermédiaire d’un réflexe vaso-vagal.
Il est rare qu’une maladie oesophagienne
soit associée avec des observations physiques spécifiques. Des signes
d’amaigrissement et de malnutrition peuvent être observés lorsque la
gravité du trouble oesophagien empêche le maintien d’un apport
calorique suffisant. Des signes d’une maladie métastatique (p. ex.
l’hépatomégalie, la lymphadénopathie sus-claviculaire) peuvent être
évidents dans le cancer oesophagien. Les patients atteints de reflux
gastro-oesophagien présentent rarement des troubles respiratoires tels
que la sibilance, l’enrouement ou la consolidation pulmonaire. Il
importe aussi de rechercher les signes d’une maladie du tissu conjonctif,
particulièrement la sclérodermie, chez les patients présentant de la
dysphagie ou des symptômes de reflux.
L’examen physique se révèle particulièrement utile chez les
patients atteints de dysphagie oro-pharyngée. Un examen méticuleux de la
tête et du cou s’impose afin de déceler des anomalies morphologiques
et neurologiques. Il faut aussi rechercher des anomalies plus générales
au niveau du tissu nerveux ou conjonctif. L’observation du patient
pendant la déglutition est aussi utile dans le cas de dysphagie
oro-pharyngée.
  
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