
 
3. PHYSIOLOGIE
L’estomac a trois fonctions principales :
une fonction motrice, une fonction sécrétoire et une fonction
endocrinienne (tableau 1).
La fonction motrice comporte la mise en réserve temporaire des aliments
et des liquides, le mélange des substances ingérées avec le suc
gastrique et la régulation de la vidange gastrique. Les principales
substances sécrétées dans la lumière de l’estomac sont l’acide
chlorhydrique, la pepsine, le mucus, le bicarbonate, le facteur intrinsèque
et l’eau. L’estomac libère deux hormones dans le sang : la gastrine
et la somatostatine. Des cellules semblables aux cellules entérochromaffines
(ECL enterochromaffine-like) sécrètent la sérotonine et sont
aussi présentes dans le fundus et dans l’antre. La gastrine stimule la
sécrétion d’acide chlorhydrique et la somatostatine inhibe la libération
de gastrine.
TABLEAU 1. Fonctions de l’estomac
Motrice
Relâchement de l’estomac déclenché par la gastrine et produit par
l’intermédiaire du nerf vague
Brassage et vidange
Sécrétoire
Acide, pepsine, facteur intrinsèque, volume, eau, électrolytes
Endocrinienne
Gastrine, sérotonine, somatostatine
| 3.1 Motilité
gastrique |
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157 |
Les fonctions motrices de l’estomac
comprennent l’utilisation de l’estomac comme réservoir, le mélange
de son contenu, le pétrissage et le brassage des aliments solides et la régulation
de l’évacuation de son contenu vers le duodénum. L’estomac sert de réservoir,
c’est-à-dire qu’il permet de conserver temporairement les substances
ingérées et sécrétées. Au-dessus d’un certain seuil, l’estomac
est «plein» (que son volume soit grand ou petit); la pression
intragastrique s’accroît très peu, même si d’autres aliments et
d’autres liquides viennent s’ajouter, car les parois de l’estomac se
distendent pour mieux les accommoder. L’estomac incorpore aussi les
substances ingérées au suc gastrique pour dissoudre et diluer les
aliments. Il pétrit les matières solides pour les réduire en particules
d’une grosseur inférieure à 1 mm de diamètre. Enfin, il déverse son
contenu dans le duodénum, lentement et par petites quantités.
La motilité de l’estomac est sous la dépendance
du système nerveux central et de mécanismes neurohormonaux locaux. Les
couches de fibres musculaires sont constituées de fibres longitudinales
externes, de fibres circulaires moyennes et de fibres obliques internes.
L’influx nerveux est acheminé par le plexus myentérique intrinsèque,
par les fibres sympathiques postganglionnaires extrinsèques du plexus
coeliaque ainsi que par les fibres parasympathiques préganglionnaires du
nerf vague. Les fibres afférentes du nerf vague produisent à la fois un
relâchement et une excitation. Ces fibres ne sont ni cholinergiques ni
adrénergiques.
Les facteurs qui influent sur la motilité
de l’estomac sont de nature myogène, nerveuse et chimique. La différence
de potentiel de repos de la musculature lisse de l’estomac étant de 5
à 15 mV, il se produit une dépolarisation au cours de ce rythme électrique
de base établi par le centre de commande gastrique (pacemaker), ce
qui donne lieu à la propagation d’ondes lentes. Le potentiel d’action
produit le péristaltisme et est influencé par la gastrine. La force de
la contraction s’accroît en fonction de l’activité vagale, de la libération
de gastrine et de motiline et elle diminue en fonction de la sécrétion
gastrique.
La distension de l’estomac par les
aliments ou les liquides stimule à la fois les nerfs intrinsèques et les
afférences du nerf vague. Il se produit une augmentation de la salve
d’activité électrique de pointe, une intensification des contractions
péristaltiques et un accroissement de la vidange gastrique. Le sphincter
pylorique se relâche, de sorte que les ondes péristaltiques
n’obstruent pas la lumière de l’antre. Les substances contenues dans
l’estomac sont à la fois propulsées à l’avant, et refoulées vers
le corps de l’estomac pour l’obtention d’un bon mélange. La
gastrine retarde la vidange de l’estomac en réduisant sa motilité mais,
au même moment, elle augmente la motilité du duodénum et le tonus du
pylore (effets qui se produisent sous l’action de la présence de
graisses, de protéines ou d’acide au niveau duodénal) de concert avec
la stimulation des osmorécepteurs du duodénum et une libération de sécrétine,
de cholécystokinine (CCK) et du GIP (gastric inhibitory polypeptide).
La motilité gastrique est inhibée afin
que l’estomac puisse emmagasiner les aliments. Les fibres vagales en jeu
dans le relâchement musculaire sont stimulées par la déglutition, par
la distension de l’oesophage ou de l’estomac et par l’excitation
neurogène. Les fibres sympathiques et adrénergiques influent sur les
neurones cholinergiques.
La vidange, ou évacuation, de l’estomac
dépend de la nature, du volume, de l’osmolalité et de la composition
des aliments ingérés. Les liquides sont évacués de l’estomac plus
rapidement que les solides. La vitesse de l’évacuation de l’estomac
est en rapport avec la racine carrée du volume, de sorte qu’une
proportion constante du contenu gastrique est évacuée par unité de
temps. La stimulation des osmorécepteurs du duodénum par les triglycérides,
les acides gras ou l’acide chlorhydrique ralentit la vidange gastrique.
Le corps de l’estomac sert de réservoir,
tandis que l’antre a pour tâche de mélanger et de brasser les aliments
et de les évacuer. Il existe un gradient de haute pression à la jonction
gastro-duodénale, et le sphincter pylorique joue un rôle important dans
la coordination du déversement du contenu de l’antre dans le duodénum.
Lorsque l’estomac augmente de volume en se relâchant, la pression
intragastrique ne s’accroît pas, à cause du relâchement de la surface
réceptrice de cet organe, relâchement qui s’effectue par l’intermédiaire
d’un réflexe vagal et des nerfs splanchniques. Le relâchement de la
surface réceptrice a lieu principalement dans le fundus et le corps de
l’estomac. La vagotomie, la fundoplicature et une atteinte étendue de
l’estomac par un adénocarcinome peuvent entraîner une perte de cette
capacité, d’où une sensation de satiété précoce. Les contractions
du fundus de l’estomac sont peu fréquentes, mais ont une grande
amplitude et durent longtemps (45 secondes). Elles propulsent les aliments
vers le corps et l’antre pour qu’ils y soient mélangés.
Les deux tiers inférieurs de l’estomac
sont sous commande myogène intrinsèque. Des ondes électriques lentes
peuvent être décelées le long de la grande courbure; les contractions
qui s’éloignent du haut de l’estomac passent de la grande courbure à
la petite courbure à une fréquence d’environ trois par minute. Les
contractions antrales surviennent seulement en réponse à une stimulation
neurale et seulement lorsqu’une onde lente se produit. C’est le centre
de commande gastrique qui règle la fréquence et la direction de la
propagation des contractions. Ce centre de commande peut être altéré
par l’insertion d’un stimulateur électrique qui risque de modifier la
fréquence des contractions et d’inverser leur direction. Il se peut que
certains troubles cliniques de la vidange gastrique entraînent de façon
chronique des nausées, des vomissements, une plénitude et une distension
gastriques.
À mesure que les contractions de l’antre
s’étendent à la partie distale, leur rythme augmente au point où les
contractions de la partie distale de l’antre et celles du pylore
deviennent presque simultanées. Une faible quantité du chyme gastrique
peut pénétrer dans le duodénum, mais la plus grande partie retourne
dans l’estomac où le mélange et le brassage se poursuivent.
Le sphincter pylorique se reconnaît à l’oeil nu par l’épaississement
de la couche musculaire circulaire de la partie distale de l’antre qui
forme un anneau musculaire. Toutefois, il est difficile de considérer cet
anneau comme un véritable sphincter physiologique puisque, à sa phase de
repos, il demeure ouvert. Sa fermeture rapide sous l’effet des
contractions péristaltiques de l’antre sert davantage à retarder qu’à
faciliter le passage du chyme gastrique vers le duodénum. Le rôle du
pylore consiste à limiter le reflux du chyme dans l’estomac.
L’acidification du duodénum ou la libération de sécrétine
accroissent la pression au niveau du sphincter pylorique. Le reflux du
contenu duodénal (y compris la bile et les enzymes pancréatiques) dans
l’estomac augmente chez les patients qui souffrent d’ulcère gastrique
ou de gastrite par reflux biliaire. Le reflux du contenu duodénal semble
secondaire à une anomalie du pylore. Après l’ablation du sphincter par
pyloroplastie comme traitement de l’ulcère duodénal, le reflux
biliaire est inévitable.
| 3.2 Sécrétion
gastrique |
page
160 |
Le suc gastrique contient de nombreuses
substances, dont les six plus importantes sont l’ion hydrogène, la
pepsine, le mucus, le bicarbonate, le facteur intrinsèque et l’eau.
L’acide chlorhydrique et l’enzyme pepsine participent à la digestion
des protéines. Le mucus lubrifie les matières solides ingérées. Le
bicarbonate et le mucus empêchent probablement la muqueuse d’être digérée
par l’acide et la pepsine. Le facteur intrinsèque est nécessaire à
l’absorption normale de la cobalamine ingérée (vitamine B12
). L’estomac d’un adulte sécrète environ 2 L d’eau par jour.
3.2.1 SÉCRÉTION D’ACIDE GASTRIQUE
On considère généralement que
l’activation de la sécrétion d’acide se fait par trois voies différentes
: la voie nerveuse, la voie hormonale et la voie paracrine (locale). Les
principaux médiateurs chimiques sont l’acétylcholine, la gastrine et
l’histamine.
Le nerf vague et les branches issues du
plexus coeliaque ainsi que les ganglions qui suivent l’artère coeliaque
sont les principales voies d’innervation extrinsèque de la portion sécrétoire
de l’estomac. Les neurones postganglionnaires des branches du nerf vague
qui se terminent dans les glandes fundiques près des cellules bordantes
sont avant tout des neurones cholinergiques. Les fibres cholinergiques
sont rarement en contact avec les cellules bordantes et, par conséquent,
l’acétylcholine libérée par ces terminaisons nerveuses doit parcourir
une distance relativement longue pour diffuser dans les cellules. La
cellule bordante possède deux sites de fixation muscarinique : les récepteurs
M1 et les récepteurs M2 . La fixation cholinergique
entraîne une sécrétion d’acide liée à la dose. De plus, il peut se
trouver des récepteurs muscariniques sur les cellules qui contiennent
l’histamine, ce qui se traduit par une stimulation indirecte des
cellules paracrines, à cause de la libération d’histamine.
L’histamine exerce une stimulation
directe sur les cellules bordantes par l’intermédiaire d’un récepteur
H2 . Cette stimulation est inhibée de façon compétitive par
un groupe d’analogues de l’histamine (tels que la cimétidine, la
ranitidine, la famotidine, la nizatidine et d’autres) qui agissent de façon
particulière avec le récepteur H2 . La fixation des
antagonistes de l’histamine sur le récepteur H1 peut
diminuer l’histamine gastrique, mais à des doses beaucoup plus élevées.
La gastrine, l’autre sécrétagogue principal, interagit aussi avec
les cellules bordantes par l’intermédiaire d’un récepteur de la
gastrine. La faible stimulation que la gastrine exerce sur la production
d’acide peut être inhibée de façon compétitive par le proglumide, dérivé
de l’acide glutamique connu pour contrecarrer l’action de la CCK.
Comme celle-ci possède la même affinité pour se fixer et qu’elle déclenche
une réponse sécrétoire pareillement faible, on s’est demandé si le récepteur
en jeu ne pourrait pas être un récepteur de la CCK plutôt qu’un récepteur
de la gastrine, ou si ce récepteur pourrait être lié à l’effet
trophique bien connu que produit la gastrine, plutôt qu’aux effets
acido-sécrétoires de celle-ci.
La fixation des sécrétagogues aux récepteurs
de la cellule bordante est couplée à au moins deux messagers
intracellulaires possibles, l’ion Ca++ et l’adénosine-monophosphate
cyclique (AMPc). L’action cholinergique régit l’influx de l’ion Ca++
extracellulaire dans la cellule bordante, et l’activation subséquente
de mécanismes intracellulaires non encore définis déclenche la sécrétion
d’acide. La faible stimulation que produit la gastrine dépend aussi de
l’ion Ca++ . L’histamine stimule la sécrétion d’acide
indépendamment de l’ion Ca++ extracellulaire. L’AMP
cyclique est le messager intracellulaire qui couple l’effet de
l’histamine à la production d’ions hydrogène et à la sécrétion.
Une fois les cellules bordantes stimulées, les structures tubulaires
contenues dans le réticulum endoplasmique intracellulaire et appelées vésicules
tubulaires disparaissent du cytoplasme, tandis que les microvillosités présentes
dans les canalicules sécrétoires s’allongent, ce qui agrandit la
surface sécrétoire. La membrane des vésicules tubulaires renferme de
l’ATPase H+ ,K+ , enzyme qui actionne la pompe à
H+ et permet d’échanger les ions K+ pour les ions
H+ . La membrane est peu perméable aux ions K+ et,
au repos, elle empêche les ions K+ de pénétrer en quantité
suffisante dans la lumière des vésicules tubulaires, bloquant ainsi le
transport des ions H+ . La stimulation survient seulement à la
réception d’un signal cellulaire émis par les sécrétagogues. Il est
évident que le processus global de la sécrétion d’acide dépend de
l’interaction complexe d’un certain nombre de mécanismes que
l’avenir permettra de mieux comprendre.
3.2.2 SÉCRÉTION DES PEPSINOGÈNES
Les pepsinogènes sont présents dans les
cellules muqueuses (appelées aussi cellules à mucus) des glandes du
cardia, dans les cellules principales, dans les cellules muqueuses du col
des glandes fundiques, dans les cellules muqueuses des glandes pyloriques
et dans les cellules muqueuses des glandes duodénales de Brunner. Une
fois sécrétées, ces proenzymes sont transformées sous l’action de
l’acide en une forme active, la pepsine. De plus, la pepsine peut aussi
activer le pepsinogène par autocatalyse.
La muqueuse qui tapisse l’estomac contient quatre groupes distincts
de pepsinogènes sur le plan immunologique et dotés du pouvoir de digérer
les protéines en présence d’un pH acide. La sécrétion de pepsinogène
et d’acide chlorhydrique répond à peu près aux mêmes stimuli. La
stimulation céphalovagale provoque une forte sécrétion de pepsinogène.
Les anticholinergiques, les inhibiteurs des récepteurs H2 à
l’histamine et la vagotomie diminuent la sécrétion de pepsinogène.
Des taux sériques élevés de pepsinogène du groupe 1 ont été associés
avec l’ulcère duodénal et avec les gastrinomes, tandis que des taux
faibles ont été associés avec la gastrite atrophique (avec ou sans anémie
pernicieuse).
3.2.3 SÉCRÉTION DU FACTEUR INTRINSÈQUE
Le facteur intrinsèque (FI) est une
glycoprotéine sécrétée par les cellules fundiques. Il joue un rôle
important dans l’absorption de la vitamine B12 . Cette
vitamine est libérée des protéines alimentaires par l’acide et la
pepsine gastriques, puis elle se fixe sur le FI et sur la protéine R sécrétée
dans la salive. La vitamine B12 se lie plus fortement à la
protéine R en présence d’un pH bas, de sorte que la plupart du temps
elle forme d’abord un complexe avec cette protéine. Dans la partie supérieure
de l’intestin grêle, les enzymes pancréatiques scindent les complexes
et la vitamine B12 libre se fixe sur le FI, lequel finit par se
lier à un récepteur iléal spécifique pour être absorbé et transporté
vers les tissus par une autre protéine fixatrice de vitamine B12
, la transcobalamine II.
Les stimuli de la sécrétion acide agissent aussi sur la sécrétion
de FI. Les patients qui sécrètent peu d’acide ou qui n’en sécrètent
pas sécrètent souvent peu de FI. La sécrétion continue de FI est lente
mais les quantités élaborées peuvent suffire à prévenir une carence
en vitamine B12 ainsi qu’une anémie pernicieuse. Il peut
arriver, quoique rarement, qu’il n’y ait pas de sécrétion du FI, même
si la sécrétion d’acide est normale. Des anticorps circulants dirigés
contre le FI et contre les cellules fundiques se trouvent chez de nombreux
patients souffrant de gastrite atrophique, d’achlorhydrie ou
d’hypochlorhydrie et d’anémie pernicieuse.
| 3.3 Barrière
de la muqueuse gastrique |
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163 |
La muqueuse gastrique saine peut résister
à des concentrations intraluminales élevées d’acide chlorhydrique et
à une forte activité peptique. La base physiologique de cette barrière
comporte plusieurs facteurs.
Les jonctions étanches qui unissent les cellules épithéliales de
surface bloquent la voie de transport paracellulaire entre les cellules.
Le transport peut aussi s’effectuer à travers la membrane de la couche
bilipidique formant la surface apicale des cellules épithéliales de la
muqueuse. La fluidité de cette membrane est variable et peut influer sur
sa perméabilité aux diverses macromolécules. Au moment du transport
actif et passif des ions H+ ,Na+ et K+ ,il
existe une différence de potentiel électrique transmuqueux. La rupture
de la barrière muqueuse entraîne une chute de la différence de
potentiel.
En présence d’acide dans la lumière, le pH gastro-duodénal
s’approche de 2, tandis que l’épithélium immédiatement adjacent
peut avoir un pH presque neutre (pH 7). Ce gradient de pH, qui joue un
certain rôle dans la protection de la muqueuse contre la digestion par
l’acide et la pepsine, est probablement sous la dépendance de la sécrétion
combinée de mucus et de bicarbonate. On n’a pas encore élucidé le mécanisme
par lequel la muqueuse gastrique sécrète de l’acide tout en maintenant
un pH quasi-neutre dans la région adjacente à l’épithélium de
surface.
Le mucus gastrique renferme à peu près 95 % d’eau et 5 % de
glycoprotéines. Il assure la lubrification des particules alimentaires,
et sa consistance gélatineuse lui permet de retenir l’eau et le
bicarbonate près de l’épithélium de surface. Le mucus est sécrété
par exocytose, par expulsion apicale et par exfoliation; il est produit
avec le bicarbonate dans les cellules de l’épithélium de surface, dans
les cellules épithéliales du col des glandes gastriques et dans les
glandes duodénales de Brunner. La couche de mucus varie en épaisseur,
mais elle est en moyenne d’environ 100 µm. Le rôle du mucus dans la
protection contre l’activité acide et l’activité peptique n’est
pas clair. Le mucus constitue en fait une couche stable relativement épaisse,
adjacente à la muqueuse, ce qui permet aux ions H+ de diffuser
quatre fois plus lentement qu’à travers une couche semblable d’eau
stable. Cette vitesse de diffusion contribue à maintenir un gradient
d’ions hydrogène entre la lumière de l’estomac et l’épithélium
de surface. En d’autres termes, lorsque le pH est de 2 dans la lumière
de l’estomac, celui de la membrane gastrique est entre 6,8 et 7.
L’acide acétylsalicylique (AAS) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS) inhibent la synthèse et la libération de mucus, tandis que les
prostaglandines en augmentent la production. La sécrétion de mucus
diminue après un stress, ce qui pourrait expliquer la formation des ulcères
de stress. Le mucus limite effectivement la diffusion de la pepsine et des
autres grosses molécules, empêchant ainsi le développement d’autres lésions.
La sécrétion de bicarbonate relève
d’un processus actif tributaire de l’intégrité métabolique d’un
épithélium sain. La sécrétion est stimulée par l’acétylcholine,
les prostaglandines, le glucagon et le guanosine-monophosphate cyclique (GMPc);
elle est inhibée par les agonistes a-adrénergiques
et par le GIP. L’acide luminal semble aussi stimuler la sécrétion de
bicarbonate dans l’estomac et le duodénum. Les sels biliaires en faible
concentration dans l’estomac inhibent la sécrétion gastrique de
bicarbonate.
Les prostaglandines jouent probablement un rôle important dans la défense
de la muqueuse. Ces acides gras oxygénés et saturés sont des dérivés
de l’acide arachidonique. Ils protégeraient la muqueuse gastrique en y
conservant ou en y accroissant l’irrigation sanguine et, par le fait même,
en stimulant la production de mucus et de bicarbonate et en augmentant la
synthèse des protéines, synthèse nécessaire au maintien et à la régénération
des cellules. On ne sait si les prostaglandines contribuent à conserver
la fonction normale de la membrane et l’étanchéité des jonctions,
mais elles maintiennent probablement les groupes sulfhydryles qui agissent
comme piégeurs oxydatifs.
Il semble que l’apparition d’une gastrite et d’un ulcère
gastrique serait attribuable à des anomalies des mécanismes de défense.
Ainsi, la pepsinogène 1, la bile, les sécrétions pancréatiques, une
infection à Helicobacter pylori et des facteurs mécaniques
peuvent augmenter la dégradation du mucus. Des anomalies quantitatives ou
qualitatives de la sécrétion du mucus risquent aussi de se produire. Il
peut y avoir une diminution de la sécrétion de bicarbonate ou une altération
de l’irrigation sanguine de la muqueuse ou du métabolisme de la
muqueuse, comme cela se produit dans l’ulcère de stress.
| 3.4 Sécrétion
gastrique endocrine |
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164 |
L’estomac produit des peptides régulateurs
comme la gastrine et la somatostatine. Chacun de ces agents est un
polypeptide; la gastrine est connue pour exister sous de multiples formes
dans l’organisme. Ces peptides sont élaborés par les cellules entérochromaffines
de la muqueuse gastrique. Les cellules qui sécrètent la gastrine, appelées
« cellules G », se trouvent en grand nombre dans la muqueuse de
l’antre.
La gastrine est le peptide le plus important pour la régulation de la
sécrétion d’acide gastrique. Dans des conditions physiologiques, elle
est libérée continuellement et sa concentration sanguine augmente au
moment des repas. La gastrine est une hormone qui accélère la sécrétion
des ions H+ dans les cellules bordantes et de pepsinogène dans
les cellules principales. Elle accroît la contraction des muscles lisses
de l’antre ainsi que le flux sanguin dans la muqueuse.
La gastrine exerce aussi des effets extragastriques : contraction du
sphincter oesophagien inférieur, stimulation de la sécrétion des
enzymes pancréatiques, contraction de la vésicule biliaire, augmentation
de la motilité de l’intestin grêle et régulation de la libération
d’insuline stimulée par le glucose. La gastrine est une hormone
trophique qui stimule la synthèse des protéines et la croissance de
certains tissus gastro-intestinaux, comme le revêtement muqueux de
l’estomac et de l’intestin et le parenchyme du pancréas.
La somatostatine, agissant probablement comme une substance paracrine,
inhibe la libération de gastrine provenant des cellules G. De plus, les
nerfs de la muqueuse gastrique contiennent un peptide intestinal vasoactif
(VIP vaso-active intestinal peptide) et un peptide libérateur de
gastrine (bombésine ou GRP gastrine releasing peptide). C’est
probablement par l’intermédiaire du VIP que se fait le relâchement des
muscles lisses de l’estomac. La bombésine permet la libération de la
gastrine en réponse à une stimulation vagale.
| 3.5 Évaluation
de la sécrétion d’acide gastrique |
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165 |
Le débit acide basal (BAO Basal Acid
Output) correspond à la quantité d’acide chlorhydrique (HCl) sécrétée
en une heure par l’estomac à jeun, sans excitation mécanique, et il
est exprimé en milliéquivalents de HCl par heure. Le débit normal se
situe entre 1 et 5 mEq de HCl par heure; c’est le produit du volume des
sucs gastriques (en litres) multiplié par la concentration en ions hydrogène
(en milliéquivalents par litre).
Le débit acide maximal (MAO Maximal Acid Output) est le débit
acide total sécrété durant l’heure qui suit la stimulation par la
pentagastrine (6 µg/kg IM ou SC) ou par l’histamine (40 µg/kg SC). On
détermine cette valeur en additionnant les résultats soit de quatre échantillons
prélevés à quinze minutes d’intervalle ou de six échantillons prélevés
à dix minutes d’intervalle après la stimulation. Les limites de la
normale sont entre 25 et 55 mEq de HCl par heure.
Le pic acide horaire (PAO Peak Acid Output) représente le débit
des deux périodes consécutives de 15 minutes où le débit est le plus
élevé après la stimulation, multiplié par 2 pour obtenir la valeur du
débit en une heure.
La détermination de la sécrétion gastrique peut s’avérer utile si
l’on suspecte une hypersécrétion gastrique et si l’on désire évaluer
l’efficacité du traitement médical et chirurgical destiné à diminuer
le débit d’acide gastrique. Si l’on soupçonne le syndrome de
Zollinger-Ellison, une hypersécrétion basale élevée peut orienter le
diagnostic. La détermination de la sécrétion d’acide gastrique est
habituellement plus utile pour évaluer la réponse thérapeutique à une
pharmacothérapie de freinage de la sécrétion d’acide.
  
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