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4. PHYSIOPATHOLOGIE DE LA MALADIE ULCÉREUSE
GASTRO-DUODÉNALE
| 4.1 Ulcère
gastrique |
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166 |
Les victimes de brûlures (ulcère de
Curling), les individus atteints d’une lésion du mésencéphale (ulcère
de Cushing) et les personnes souffrant d’une maladie débilitante
chronique peuvent souffrir d’ulcères aigus. Les analgésiques à base
d’acide acétylsalicylique (AAS) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens
peuvent aussi provoquer la formation d’un ulcère aigu et causer l’hémorragie,
même si l’on a probablement exagéré le risque de cette complication.
Des données épidémiologiques portent à croire que la fréquence et
l’évolution des ulcères gastro-duodénaux chroniques varient selon
leur siège. Nous discuterons séparément des ulcères gastriques et des
ulcères duodénaux, même si les anomalies fondamentales de ces ulcères
relèvent d’un déséquilibre entre les facteurs ulcérogènes et les
facteurs protecteurs.
De nombreuses anomalies physiopathologiques ont été découvertes dans
le cas d’ulcères gastriques (tableau
2A). Ces facteurs ne se trouvent pas tous chez chaque
patient. Parmi ces anomalies, figurent une diminution de la sécrétion
d’acide, une réduction de la masse des cellules pariétales et la rétrodiffusion
d’acide. De nombreux patients porteurs d’ulcères gastriques
chroniques souffrent aussi de gastrite. Le reflux duodéno-gastrique peut
aussi occasionner une élévation de la concentration des acides biliaires
et du suc pancréatique dans l’estomac. Un retard de la vidange
gastrique est aussi observé chez certains patients affligés d’ulcère
gastrique, et ce retard peut accentuer la libération de gastrine et la sécrétion
d’acide chlorhydrique. Il reste à déterminer si le retard d’évacuation
gastrique est la cause ou un effet secondaire de l’ulcère gastrique.
Cependant, en raison de la rétrodiffusion de l’acide, la concentration
réelle de l’acide dans la lumière de l’estomac peut être sous-estimée.
L’hypergastrinémie et l’hyperchlorémie ne sont pas couramment associées
avec les ulcères gastriques. Il se peut que, dans les conditions basales,
la pression du sphincter pylorique soit insuffisante et que le sphincter
ne puisse réagir normalement à la présence de graisse ou d’acide dans
le duodénum, ce qui prédisposerait au reflux duodéno-gastrique.
TABLEAU 2. Anomalies physiopathologiques
chez certains patients qui présentent les affections suivantes
A. Ulcère gastro-duodénal et ulcère
gastrique
Diminution de la sécrétion d’acide, diminution de la masse des
cellules pariétales (MCP), rétrodiffusion d’acide
Gastrite chronique atrophique et superficielle
Augmentation de la concentration des acides biliaires et du suc pancréatique
dans l’estomac (reflux duodéno-gastrique)
Retard de la vidange gastrique
Pression insuffisante du sphincter pylorique dans les conditions basales
et en réponse à l’acide (sécrétine) ou aux graisses (cholécystokinine)
présents dans le duodénum
B. Ulcère duodénal
Augmentation de la masse des cellules pariétales
Intensification de la sensibilité des cellules pariétales à la gastrine
et aux sécrétagogues
Augmentation de l’activité sécrétoire
Baisse de l’inhibition déclenchée par l’acide de la libération de
gastrine stimulée par les aliments
Augmentation de la vidange gastrique
Augmentation de la concentration d’acide et de pepsine dans le duodénum
Gastrite évolutive chronique
| 4.2 Ulcère
duodénal |
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167 |
Un certain nombre d’anomalies
physiopathologiques ont aussi été décelées chez certains porteurs
d’ulcère duodénal (tableau
2B). Parmi ces anomalies, se trouvent l’accroissement de la
masse des cellules pariétales (aboutissant à une hausse du débit acide
maximal et du pic acide horaire), l’intensification de la sensibilité
des cellules pariétales à la gastrine et aux autres sécrétagogues,
l’augmentation de l’activité sécrétoire, la baisse de
l’inhibition acidodépendante de la libération de gastrine stimulée
par les aliments, et l’augmentation de la vidange gastrique avec pour
conséquence une hausse des concentrations d’acide et de pepsine dans le
duodénum.
Dans l’ulcère duodénal, la muqueuse gastrique présente
habituellement des anomalies histologiques et une inflammation chronique
de l’antre associée avec l’Helicobacter pylori. De plus, on
peut observer une population accrue de cellules pariétales ou une
hyperplasie des cellules G. Mis à part l’accroissement de la masse des
cellules pariétales (et, peut-être, l’hyperplasie des cellules G),
l’examen histologique de la muqueuse gastrique est normal dans l’ulcère
duodénal. À l’opposé, dans l’ulcère gastrique, la région de la
muqueuse où l’on ne trouve pas de cellules pariétales s’agrandit
habituellement, en particulier sur la petite courbure, et une gastrite
plus ou moins prononcée est souvent observée à l’examen histologique.
| 4.3 Facteurs
héréditaires |
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168 |
Les facteurs héréditaires sont importants
dans la pathogenèse de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale, comme le
laisse croire la prévalence accrue de cette affection dans certains
syndromes génétiques. On remarque chez les patients atteints d’une
maladie ulcéreuse gastro-duodénale un certain nombre de caractères
familiaux : taux sanguin trop élevé ou normal de pepsinogène de type 1,
hyperfonctionnement des cellules G de l’antre, vidange gastrique rapide,
présence d’ulcère duodénal chez l’enfant et ulcère gastro-duodénal
de formes immunologiques. L’hérédité joue aussi un rôle dans la
formation de l’ulcération gastro-duodénale et elle est associée au
syndrome de l’adénomatose endocrinienne multiple de type 1 (adénomes
du pancréas, de l’hypophyse et de la parathyroïde). Les parents, les
frères et soeurs et les enfants des ulcéreux sont vraisemblablement plus
portés à souffrir d’ulcères gastro-duodénaux que ne le sont les
sujets témoins. Il existe une plus grande concordance entre les vrais
jumeaux qu’entre les faux jumeaux en ce qui a trait à la maladie ulcéreuse
gastro-duodénale. L’hyperpepsinogémie de type 1 semble être un trait
autosomique dominant. On a relevé un certain nombre d’anomalies
physiologiques familiales qui étaient associées avec l’apparition
d’ulcères, notamment une augmentation de la libération de gastrine
stimulée par les aliments et une altération de la vidange gastrique. De
plus en plus de données indiquent que l’ulcère gastro-duodénal
familial serait lié à la présence d’une infection par Helicobacter
pylori parmi les membres de la famille.
| 4.4 Interaction
de l’acide, de la pepsine et d’autres facteurs |
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168 |
On croit que la maladie ulcéreuse gastro-duodénale
résulte d’une interaction entre l’acide et la pepsine. Les ulcères
gastro-duodénaux siègent plus souvent dans le bulbe duodénal que dans
l’estomac et l’oesophage, et ils se forment habituellement près des
jonctions muqueuses. Ils atteignent rarement le jéjunum et leur présence
à cet endroit devrait évoquer la possibilité du syndrome de Zollinger-Ellison.
La présence de muqueuse gastrique dans un diverticule de Meckel situé
dans l’iléon favorise l’ulcération gastro-duodénale et l’hémorragie.
L’ulcération se produit dans la partie de l’iléon qui est adjacente
au diverticule.
| 4.5 Facteurs
environnementaux |
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168 |
Dans l’étude de la pathogenèse de toute
maladie, il faut tenir compte des facteurs environnementaux, des
associations héréditaires et des anomalies physiopathologiques. Les
facteurs environnementaux (tableau
3) qui ont été examinés comprennent la consommation de
drogues, d’alcool, de boissons à base de caféine, l’usage du tabac
et le stress. On croit que les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme
l’AAS produisent une ulcération, surtout à cause de l’atteinte de la
barrière protectrice de la muqueuse. L’usage du tabac est associé avec
une prévalence accrue d’ulcères gastro-duodénaux et peut être lié
à une mauvaise cicatrisation des ulcères duodénaux et gastriques. De
plus, les taux de mortalité de l’ulcère gastro-duodénal sont plus élevés
chez les fumeurs. L’alcool et les boissons à base de caféine peuvent
aussi modifier la sécrétion d’acide et ils ont été pris en considération
dans la pathogenèse de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale. Cependant,
il est juste de dire que le rôle du café, de l’alcool, des anti-inflammatoires
non stéroïdiens et des corticostéroïdes dans la pathogenèse de cette
maladie demeure ambigu.
Les patients et les médecins mentionnent souvent le rôle important du
stress dans la genèse et dans l’évolution de la maladie ulcéreuse
gastro-duodénale. Certains sujets souffrant d’ulcères duodénaux font
parfois preuve de suffisance, d’agressivité et d’ambition démesurées.
Selon certaines explications psychiatriques, ces attitudes représentent
une défense contre un sentiment de dépendance. Il se peut, mais cela
reste à prouver, que les sujets exposés à de grands stress fassent plus
souvent des ulcères, soient plus vulnérables aux symptômes de l’ulcère
gastro-duodénal et plus portés que d’autres à souffrir de
perforation.
Par des études récentes faites en Israël et aux États-Unis on a pu
déterminer un certain nombre d’indices permettant de prédire l’ulcère
duodénal chez les hommes. Ces indices sont d’ordre psychosocial et
biologique. Les principaux facteurs psychosociaux comprennent l’anxiété,
le stress, la rumination (c.-à-d. la difficulté à faire face aux
situations, à exprimer ses émotions), le manque d'attention et, surtout,
le manque de soutien de la part de la famille. Les facteurs biologiques
sont l’âge, l’hypotension artérielle, l’usage de la cigarette et
la maigreur.
TABLEAU 3. Facteurs environnementaux dans
la pathogenèse de l’ulcère gastro-duodénal (UG-D)
Infection
Helicobacter pylori
Médicaments
AINS
Usage du tabac
Prévalence de l’UG-D
Cicatrisation de l’ulcère duodénal et de l’ulcère gastrique
Taux de mortalité de l’UG-D
Alcool et boissons à base de caféine
Sécrétion d’acide
| 4.6 Niveau
moléculaire |
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170 |
On croit qu’au niveau moléculaire, la
pathogenèse de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale traduit un déséquilibre
entre une augmentation des facteurs d’agression et une diminution des
facteurs de protection. Avant d’examiner les facteurs d’agression
possibles, passons brièvement en revue le mécanisme normal de la sécrétion
d’acide. La sécrétion d’acide comprend une phase céphalique, une
phase gastrique et une phase intestinale. La vue, l’odeur, le goût ou
la pensée de la nourriture ayant déclenché une excitation vagale, il se
produit une libération d’acétylcholine, laquelle amène les cellules
pariétales à sécréter de l’acide. De plus, les voies vagales afférentes
activent les cellules G de l’antre pour qu’elles libèrent de la
gastrine. Les aliments présents dans l’estomac entraînent la
distension de l’antre et cette distension, de concert avec les produits
de dégradation des peptides, stimule les cellules G de l’antre à
produire de la gastrine. La gastrine et l’acétylcholine agissent
directement sur les cellules pariétales ou les mastocytes. À leur tour,
les mastocytes libèrent de l’histamine qui active la sécrétion
d’acide gastrique.
Une fois la sécrétion d’acide amorcée,
qu’est-ce qui peut l’arrêter? Manifestement, il y a une chute de
l’excitation vagale, une diminution de la distension de l’antre et une
baisse de la libération stimulée de gastrine à mesure que la digestion
de la nourriture progresse et que celle-ci passe de l’estomac au duodénum.
De plus, l’acide libéré par les cellules pariétales acidifie
l’antre, inhibant ainsi la libération de gastrine. Enfin, la présence
de nourriture dans l’intestin contribue aussi à stimuler la libération
d’un certain nombre d’hormones gastro-intestinales, dont la sécrétine,
la somatostatine, le GIP et le VIP, qui inhibent la sécrétion d’acide
par les cellules pariétales.
Chez les sujets sains, le débit acide
basal (BAO), obtenu en l’absence d’excitation, varie entre 5 et 10
mmol/h. L’administration de pentagastrine, à raison de 6 mg/kg, pousse
la masse des cellules pariétales à produire de l’acide chlorhydrique.
Le débit acide maximal est alors inférieur à 35 mmol/h et le pic acide
horaire (PAO), inférieur à 60 mmol/h. Chez les sujets sains, le rapport
entre le débit acide basal et le débit acide maximal ou entre le débit
acide basal et le pic acide horaire est inférieur à 0,25. Le pic acide
horaire ou le débit acide maximal reflète la masse des cellules pariétales,
tandis que le rapport BAO/PAO traduit le fonctionnement des cellules pariétales
à l’état basal.
La maladie peut modifier la sécrétion
d’acide. En présence d’une atrophie gastrique, le débit acide basal
et le débit acide après stimulation diminuent. Chez environ la moitié
des sujets souffrant d’ulcères duodénaux, le pic acide horaire s’élève,
tandis que chez les patients atteints du syndrome de Zollinger-Ellison, le
principal changement réside dans l’augmentation du débit acide basal.
Chez les sujets atteints d’ulcère gastrique, le débit acide basal et
le pic acide horaire sont habituellement normaux ou diminués. Il faut
souligner que ces données représentent l’acide mesuré dans la lumière
de l’estomac et ne traduisent pas nécessairement la capacité des
cellules pariétales à sécréter de l’acide chez les sujets souffrant
d’ulcères gastriques. Autrement dit, à cause de la gastrite associée
avec leur état et de la rétrodiffusion d’acide, ces patients peuvent sécréter
des quantités normales d’acide, mais cet acide diffuse alors à rebours
dans les cellules pariétales. Par conséquent, la quantité d’acide
mesurée dans la lumière de l’estomac est normale ou réduite.
La gastrine, l’histamine, l’acétylcholine
et des inhibiteurs non précisés influent sur l’activité sécrétoire
gastrique. Les concentrations de gastrine peuvent augmenter
physiologiquement après l’ingestion de nourriture, cette élévation étant
inférieure à 100 % au-dessus des valeurs basales ou à jeun. L’activité
sécrétoire peut s’accroître dans le syndrome de Zollinger-Ellison,
dans l’hyperplasie à cellules G ou dans la rétention antrale. Une
hypersécrétion gastrique temporaire peut se produire dans le syndrome de
l’intestin court. La pathogenèse de cette anomalie n’est pas établie
et elle peut être liée à la perte du facteur inhibiteur de la gastrine
dans l’intestin grêle. Les taux de gastrine sont généralement élevés
dans l’insuffisance rénale et l’anémie pernicieuse, mais plus
rarement dans le diabète sucré et la polyarthrite rhumatoïde. On présume
que, dans ces deux dernières affections, les taux de gastrine augmentent
à cause de l’hypochlorhydrie.
Une fois les stimulants (gastrine et acétylcholine)
de la sécrétion d’acide libérés, les cellules pariétales sont incitées
à sécréter de l’acide. Les récepteurs de l’acétylcholine et de la
gastrine peuvent être sur les mastocytes, qui sont alors poussés à libérer
de l’histamine; celle-ci agit directement sur les cellules pariétales sécrétrices
d’acide. Par ailleurs, il est possible que les cellules pariétales
soient dotées de trois récepteurs distincts : les récepteurs de la
gastrine, ceux de l’acétylcholine et ceux de l’histamine.
L’histamine agit sur l’adénylcyclase présente dans la membrane des
cellules pariétales afin d’activer la production d’AMP cyclique. En
présence de calcium, il se produit une stimulation d’une protéine-kinase;
celle-ci, à son tour, agit sur l’ATPase H+ ,K+
pour produire une sécrétion d’acide chlorhydrique. Cette ATPase H+
,K+ est connue sous le nom de « pompe à protons ». Elle
constitue la voie commune finale de la sécrétion d’ions hydrogène.
L’acétylcholine peut agir sur les mastocytes pour libérer
l’histamine, mais elle peut aussi agir sur les cellules pariétales pour
augmenter l’influx des ions calcium qui stimulent alors la protéine-kinase.
On n’a pas encore élucidé le mécanisme intracellulaire de la sécrétion
d’acide à médiation gastrique, bien que la gastrine puisse stimuler la
libération d’histamine par les mastocytes, ce qui fait augmenter la sécrétion
d’acide.
Le mécanisme de la sécrétion d’acide
que nous venons de décrire constitue la base de la compréhension de la
pathogenèse de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale. La masse des
cellules pariétales peut augmenter et cet accroissement peut se refléter
par une élévation du pic acide horaire ou par une élévation du taux sérique
de pepsinogène de type 1. L’activité sécrétoire peut s’intensifier,
ce qui se traduit par une augmentation du rapport BAO/PAO. La sécrétion
d’acide sous l’effet de la stimulation est anormale, à cause d’une
sensibilité accrue des cellules pariétales à la gastrine et peutêtre
à l’histamine. Enfin, dans l’ulcère duodénal, la concentration
d’acide dans le duodénum s’accroît à la suite de
l’intensification de la sécrétion d’acide et de l’augmentation de
la vitesse d’évacuation gastrique.
L’endoscopie digestive supérieure (ou
fibroscopie oeso-gastro-duodénale) remplace de plus en plus l’examen
radiologique dans le diagnostic de l’ulcère gastro-duodénal. L’ulcère
chronique de la petite courbure prend habituellement l’aspect d’une
niche ou d’une ectasie remplie de baryte qui se détache nettement hors
de la ligne de l’estomac rempli de baryte. La niche de l’ulcère a un
contour lisse et net, et souvent sa partie supérieure renferme une couche
de liquide comprise entre la baryte au-dessous et le suc gastrique ou
l’air au-dessus. Un ulcère gastrique situé sur la paroi postérieure
de l’estomac se voit souvent mieux de face, à la suite de l’ingestion
d’une faible quantité de baryte en suspension et d’une compression
exercée sur l’abdomen au moment de la prise du cliché radiologique;
l’ulcère apparaît alors comme une niche remplie de baryte.
L’existence d’une incisure spasmodique sur la grande courbure en face
de l’ulcère constitue une caractéristique fréquente de l’ulcère
gastrique chronique. Parfois, une contracture marquée des fibres
horizontales, associée avec une ulcération de longue date, peut causer
une constriction permanente en forme de sablier ou bien la petite courbure
peut raccourcir longitudinalement. Les ulcères antraux ou prépyloriques
présentent des difficultés diagnostiques particulières pour le
radiologiste qui ne peut pas toujours faire la distinction entre le spasme
ou la réaction inflammatoire associés avec ces ulcères et l’aspect
d’un cancer gastrique. L’ulcération de la grande courbure est peu fréquente
et rarement maligne. Les ulcères atteignant la petite courbure au-dessus
de l’incisure angulaire peuvent habituellement se distinguer en toute sécurité
des lésions malignes, par leur régularité et l’absence relative de
distorsion de la muqueuse en deçà de la ligne du viscère rempli de
baryte (à l’exception des aspects classiques de la contracture fibreuse).
La taille de l’ulcère gastrique ne représente pas un critère de
malignité ou de gravité des symptômes; de plus, les ulcères gastriques
de grande taille répondent souvent au traitement médical mieux que les
ulcères plus petits (figures 4A
et 4B).
Le diagnostic radiologique de l’ulcère
duodénal est rendu complexe par la nécessité de distinguer une simple déformation
(cicatrice) du bulbe duodénal (causée par une ulcération antérieure
maintenant cicatrisée) d’une déformation attribuable à une ulcération
en évolution. L’ulcération siégeant dans un bulbe non déformé est
relativement rare. Cet ulcère est vu de profil sur l’un des bords du
bulbe où il forme une niche (figures 5A
et 5B); il
est aussi visible sur un cliché de face du bulbe lorsque celui-ci
renferme une petite quantité de baryte en suspension et qu’il est
soumis à une compression, ou sur un cliché obtenu en double contraste
(p. ex. en incidence postérieure, le patient étant couché et tourné légèrement
sur le côté gauche). La présence de cicatrices sur le bulbe peut entraîner
un certain nombre de déformations, dont, par exemple, une déformation en
trèfle consécutive à une ulcération à la base du bulbe ou une
formation pseudo-diverticulaire. Les ulcères peuvent apparaître, quoique
rarement, à la région postbulbaire immédiate. Il faut donc examiner
cette région avec une grande attention pour les déceler.
Les appareils modernes employés en
endoscopie ont grandement amélioré la sécurité des examens, la portée
diagnostique et le confort pour le patient. Les fibroscopes actuels sont
soit à vision terminale ou à vision latérale. Les premiers conviennent
à un usage général et permettent de bien voir l’oesophage,
l’estomac et la partie supérieure du duodénum. Les lésions distales
du duodénum peuvent être vues au moyen d’un entéroscope ou d’un
coloscope à usage pédiatrique par voie digestive haute.
| 4.9 Traitement
de l’ulcère gastro-duodénal |
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Les médicaments administrés dans le
traitement de l’ulcère gastro-duodénal peuvent se classer selon leur
mode d’action : les agents qui inhibent ou neutralisent la sécrétion
d’acide et les agents qui exercent un effet cytoprotecteur (figure
6). L’acide déjà sécrété peut être neutralisé au
moyen d’antiacides et la synthèse de l’acide peut être contrecarrée
par les antagonistes des récepteurs H2 (comme la ranitidine et
la cimétidine), les anticholinergiques (pirenzépine) ou les
antigastrines (proglumide). Parmi les agents cytoprotecteurs, on compte
les extraits de réglisse, le sucralfate et les prostaglandines. Afin de
prévenir la récurrence des ulcères (voir la section 8.2.3 pour
d’autres renseignements), l’association de divers agents thérapeutiques
avec des antibiotiques a été récemment évaluée dans le traitement des
ulcères gastro-duodénaux et de la gastrite associée avec Helicobacter
pylori.
Les médicaments qui inhibent la sécrétion d’acide agissent soit
sur l’un des trois récepteurs situés sur les cellules pariétales,
soit sur la pompe à acide. Parmi ces médicaments figurent les
antagonistes des récepteurs H2 (cimétidine et ranitidine),
les antagonistes des récepteurs muscariniques (pirenzépine et propanthéline),
les antagonistes des récepteurs de la gastrine (proglumide) et les
inhibiteurs de l’ATPase H+ ,K+ (oméprazole).
La cimétidine possède une structure
semblable à celle de l’histamine et comprend un noyau imidazole. La
structure latérale de la ranitidine ressemble vaguement à celle de la
cimétidine, mais elle comporte un noyau furane au lieu d’un noyau
imidazole. Cette dissemblance de la structure peut expliquer les différences
observées dans les effets indésirables de ces deux antagonistes des récepteurs
H2 . De nombreux effets indésirables ont été imputés aux
antagonistes des récepteurs H2 (tableau
4). Cependant, il faut souligner que de tels effets sont
rares avec les antagonistes des récepteurs H2 . La cimétidine
est métabolisée par le système du cytochrome P-450, comme le sont aussi
un certain nombre d’agents cardio-vasculaires, d’anorexigènes,
d’agents du SNC, d’analgésiques et d’anesthésiques. Parmi ces
agents d’usage courant se trouvent le diazépam, la warfarine, la théophylline,
le propranolol, la phénytoïne et la lidocaïne. Ainsi, les patients qui
prennent de la cimétidine doivent diminuer la dose des autres médicaments
si ceux-ci sont également métabolisés par le système du cytochrome
P-450. La ranitidine n’est pas métabolisée au même degré par ce système
d’oxydation hépatique; par conséquent, il n’est pas nécessaire de
modifier la posologie des autres médicaments pour les patients qui reçoivent
cet antagoniste des récepteurs H2 . De plus, les effets
antiandrogéniques, en particulier la gynécomastie, sont excessivement
rares chez ceux qui prennent de la ranitidine. La famotidine et la
nizatidine sont des antagonistes-H2 équivalents.
TABLEAU 4. Effets indésirables du
traitement antisécrétoire
| |
Antagonistes des récepteurs
H2 |
Inhibiteurs de la pompe
à protons |
| SNC |
Confusion, étourdissements |
Céphalée |
| C-V |
Bradycardie |
- |
Endocriniens
|
Gynécomastie
Action antiandrogénique
Prolactinémie |
Gynécomastie |
| Sang |
Neutropénie
Système immunitaire |
- |
| Foie |
Irrigation
sanguine
Élévation des transaminases sériques
Cytochrome P-450 (cimétidine) |
Hépatite |
| Rein |
Élévation
de la créatinine plasmatique (de 1 % à 2 % des patients) |
– |
| Intestin |
Diarrhée |
Nausée,
diarrhée, constipation |
| Peau |
Éruption
cutanée |
Éruption
cutanée, alopécie, urticaire |
| Muscles |
Douleur |
Douleur |
Le sel d’aluminium de base du
disaccharide sulfaté qu’est le sucralfate intensifie la défense de la
muqueuse, probablement en constituant une barrière protectrice à la base
de l’ulcère, en inhibant l’action de la pepsine et de la bile, en
bloquant la rétrodiffusion d’acide et en augmentant les prostaglandines
de la muqueuse.
En pratique, quel traitement devrait-on
adopter dans les cas d’ulcères? Supposons que les antécédents du
malade et l’examen physique font soupçonner la présence d’un ulcère
gastro-duodénal. Si les symptômes sont bénins et de courte durée, le médecin
peut prescrire un antiacide et demander au patient d’éviter les agents
manifestement irritants. Si les antiacides s’avèrent inefficaces ou si
les symptômes sont graves ou de longue durée, il faut faire des clichés
radiologiques en série des différents segments du tube digestif supérieur
ou pratiquer une endoscopie. Comme l’interprétation de ces clichés en
série donne lieu, dans environ 20 % des cas, à des résultats faussement
positifs ou faussement négatifs, de nombreux médecins de famille préfèrent
demander une endoscopie. L’endoscopie permet de confirmer le diagnostic
et, si elle révèle l’existence d’un ulcère gastrique, on devra
pratiquer des biopsies et un brossage cytologique pour écarter la
possibilité d’une lésion gastrique maligne. Les nouveaux antiacides
sont puissants et exercent un effet hautement neutralisant, mais ils
doivent être pris en grande quantité et souvent pendant toute la journée;
ils ont généralement un goût désagréable et produisent des effets indésirables
(p. ex. la diarrhée). Il est maintenant recommandé de commencer le
traitement de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale par un antagoniste
des récepteurs H2. S’il s’agit d’un patient âgé ou
d’une personne qui prend plusieurs médicaments, l’agent de choix est
la ranitidine, à raison de 150 mg 2 f.p.j., ou de 300 mg au coucher.
Comme solution de rechange, la majorité des patients peuvent prendre de
la cimétidine, à raison d’une dose de 800 mg au coucher. Si l’ulcère
n’est pas cicatrisé au terme d’un traitement de six semaines par
l’un de ces agents et si le diagnostic est sûr, alors l’antagoniste
des récepteurs H2 peut être remplacé par du sucralfate
administré à raison de 2 g 2 f.p.j. Tant qu’il n’y a pas de rétrécissement
confirmé du pylore, le patient qui présente de légères nausées et du
ballonnement peut prendre du métoclopramide, à raison de 10 mg 4 f.p.j.,
une demi-heure avant les repas et au coucher. Si l’ulcère ne se
cicatrise pas encore, il faut déterminer la concentration de gastrine à
jeun afin d’écarter la possibilité d’une hypergastrinémie,
pratiquer une endoscopie ou refaire cet examen afin d’exclure une lésion
maligne. Il faut d’autre part s’assurer que le patient ne prend pas
d’anti-inflammatoires non stéroïdiens. Les patients âgés de plus de
40 ans qui se plaignent de dyspepsie doivent passer une endoscopie.
| 4.10 Autres
agents |
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179 |
Il existe un certain nombre d’agents
tricycliques qui réduisent la sécrétion d’acide. Les antidépresseurs
tricycliques se sont montrés modérément utiles pour traiter les
troubles gastro-duodénaux dus à la sécrétion d’acide. Administrée
à raison de 50 mg 2 f.p.j., la pirenzépine, agent tricyclique non antidépresseur,
est efficace pour cicatriser les ulcères duodénaux, mais elle est
souvent associée avec des effets indésirables, dont la bradycardie, la sécheresse
de la bouche et des difficultés de focalisation oculaire. À cause de ses
effets anticholinergiques, ce médicament est contre-indiqué chez les
patients atteints de glaucome ou souffrant d’une occlusion des voies
digestives ou génito-urinaires. En général, les agents tricycliques ne
sont pas considérés comme des médicaments de premier recours.
L’oméprazole est le premier agent
d’une classe de dérivés du benzimidazole capables de bloquer de façon
spécifique l’enzyme ATPase H+ ,K+ , qui exerce
une action unique sur le canalicule sécrétoire de la cellule pariétale.
Le blocage de cette voie finale commune de la sécrétion d’acide
gastrique peut abolir la réponse sécrétoire à tous les sécrétagogues
connus. L’oméprazole, une base faible, est absorbé à partir de
l’intestin grêle proximal et se concentre dans le compartiment
hautement acide du canicule sécrétoire, ce qui conduit à l’activation
d’un métabolite sulfoxyde qui, soit subit une inactivation rapide, soit
se fixe sur l’ATPase H+ ,K+ . La fixation à
l’ATPase H+ ,K+ inactive l’enzyme et inhibe
fortement la sécrétion d’acide gastrique. L’oméprazole n’agit
dans la cellule pariétale stimulée que lorsqu’il peut être retenu et
transformé en sa forme active dans le compartiment hautement acide.
L’absorption maximale se produit de trois à quatre heures après son
administration orale, et il est impossible d’en déceler les traces dans
le plasma environ onze heures après l’administration d’une seule
dose. La biodisponibilité de l’oméprazole s’accroît avec la répétition
des doses pendant une période pouvant aller jusqu’à quatre jours
environ, probablement parce que son absorption s’améliore à mesure que
diminue l’acidité intragastrique. L’inhibition de la sécrétion
d’acide gastrique atteint près de 98 % après l’administration de 30
mg par jour d’oméprazole pendant une semaine.
Les puissants effets antisécrétoires de
l’oméprazole entraînent une élévation des concentrations sériques
de gastrine qui, chez l’être humain, semble être liée au degré
d’inhibition de l’acide. Cependant, dans les études de toxicologie
faites chez le rat où des doses massives d’oméprazole étaient
administrées, les taux de gastrine étaient sensiblement élevés et
associés avec une hyperplasie des cellules semblables aux cellules entérochromaffines
(ECL) ainsi qu’à des tumeurs carcinoïdes gastriques découvertes après
un traitement prolongé. À l’heure actuelle, l’oméprazole est
approuvé pour une utilisation clinique de courte durée. C’est un agent
efficace dans le traitement de l’ulcère gastro-duodénal et dans
l’oesophagite par reflux gastro-oesophagien. L’oméprazole inhibe le
système mono-oxygénase microsomal hépatique (P-450) et peut prolonger
la demi-vie plasmatique des médicaments métabolisés par cette voie.
Il existe une autre méthode de traitement
de l’ulcère gastro-duodénal. Fondée sur des mécanismes
physiopathologiques différents, elle consiste à recourir à des médicaments
intensifiant la protection de la muqueuse. Au Royaume-Uni, on emploie des
composés de bismuth colloïdal (p. ex. dicitrate bismuthate tripotassique
[De Nol®]) pour traiter l’ulcère gastro-duodénal. Pendant de
nombreuses années, on s’est aussi servi d’extraits de réglisse, mais
l’agent actif, le carbénoxolone, est malheureusement associé avec des
effets indésirables importants semblables à ceux de l’aldostérone, et
ce genre de médicament n’a pas conquis droit de cité. Nous avons déjà
examiné la possibilité d’employer les prostaglandines pour traiter les
ulcères gastriques et duodénaux; les études cliniques actuelles ont révélé
que les prostaglandines E2 méthylées prises par voie orale
peuvent se montrer aussi efficaces que les antagonistes des récepteurs H2
pour cicatriser rapidement les ulcères gastro-duodénaux.
Il est probable qu’à l’avenir les prostaglandines deviendront le médicament
de choix dans le traitement de la gastrite et de l’ulcère gastrique.
Comme leurs effets indésirables sont peu nombreux, elles pourront, avec
le temps, remplacer les antagonistes des récepteurs H2 ou le
sucralfate dans le traitement des ulcères gastro-duodénaux. On évite généralement
d’administrer des anticholinergiques, en raison de leurs effets
secondaires fréquents, sauf aux patients qui éprouvent des douleurs
nocturnes en dépit de l’administration de doses maximales
d’antagonistes des récepteurs H2. Quant aux patients
atteints d’un ulcère gastro-duodénal qui souffrent de dépression
manifeste ou masquée, un antidépresseur peut améliorer leur état; il a
en effet été démontré que la trimipramine accélère la cicatrisation
de l’ulcère.
| 4.11 Recommandations
générales |
page
181 |
Quelles seraient les recommandations thérapeutiques
appropriées? Le pourcentage de patients dont l’ulcère cicatrise après
six semaines de traitement est comparable peu importe l’agent utilisé,
que ce soit la cimétidine, la ranitidine, le sucralfate ou les
prostaglandines. Les recommandations doivent donc porter sur d’autres
facteurs dont la commodité de l’agent thérapeutique, ses effets indésirables,
le coût et la persistance de la cicatrisation. Les antiacides liquides ne
sont pas pratiques et les patients suivent mal les directives du
traitement. Les anticholinergiques entraînent souvent des effets indésirables,
et les personnes âgées ou celles qui prennent plusieurs médicaments
doivent éviter de prendre de la cimétidine. La dose thérapeutique de
chacun de ces agents, c’est-à-dire la dose nécessaire pour obtenir la
cicatrisation de l’ulcère, est comparable et le traitement coûte cher
(environ 60 $ pour la cicatrisation d’un ulcère).
L’évolution naturelle de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale
comporte des récidives. Une fois l’ulcère cicatrisé, il y a 75 % de
risque qu’il réapparaisse dans les 12 mois; 50 % des ulcères seront
symptomatiques tandis que 25 % seront asymptomatiques. Si, comme
traitement d’entretien, les malades prennent de faibles doses
d’antagoniste des récepteurs H2, seulement 25 % d’entre
eux subiront une récidive ulcéreuse dans les 12 mois. Le traitement
d’entretien n’est généralement pas accepté, ni conseillé par les
praticiens. De manière générale, on peut toutefois dire que le
traitement d’entretien est recommandé pour le patient souffrant d’une
maladie ulcéreuse grave, aggressive et rédicivante.
Le rôle de Helicobacter pylori dans la récurrence des ulcères
a été récemment étudié. Helicobacter pylori est particulièrement
associé avec la gastrite de l’antre observée chez 95 % des patients
atteints d’ulcères duodénaux. L’antibiothérapie peut éliminer la récurrence
des ulcères (voir la section 8.2.3) en supprimant l’infection à Helicobacter
pylori associée avec les ulcères duodénaux.
| 4.12 Échec
du traitement médical |
page
182 |
Si l’ulcère ne se cicatrise pas à la
suite d’un traitement médical, on peut envisager diverses explications
: le patient a pris des doses de médicament insuffisantes pendant une période
trop courte ou il n’a pas pris le médicament de la façon indiquée.
Par exemple, un antiacide doit être pris de une à trois heures après
les repas, le sucralfate, une heure avant les repas et un antagoniste des
récepteurs H2 , aux repas; il faut de plus éviter de prendre
en concomitance un antisécrétoire et un antiacide. Il faut aussi tenir
compte de la possibilité de malabsorption du médicament. Un ulcère qui
se complique d’une pénétration ou d’une pancréatite peut être
associé avec des symptômes persistants. Il se peut que les facteurs
environnementaux qui ont entraîné la formation de l’ulcère empêchent
la cicatrisation, s’ils se perpétuent. On peut remettre en question la
justesse du diagnostic; pour cette raison, il est généralement recommandé
de demander une endoscopie afin de confirmer le diagnostic de l’ulcère
gastro-duodénal. Enfin, une infection concomitante de l’estomac ou du
duodénum à Helicobacter pylori peut être la cause de la résistance
d’un ulcère (voir la section 8.2.3).
Il peut toutefois y avoir une autre cause
à l’échec du traitement médical et à l’absence de cicatrisation de
l’ulcère : c’est la présence d’un état hypersécrétoire,
probablement dû à une hypergastrinémie. L’apparition d’une
hyperplasie des cellules G chez les personnes souffrant d’ulcères duodénaux
demeure un sujet controversé. De toute évidence, une faible proportion
d’ulcéreux accusent un état hypersécrétoire causé par un gastrinome,
ce qui aboutit à une hypergastrinémie basale ou à une hypergastrinémie
après stimulation, voire aux deux à la fois. Parmi les autres facteurs
menant à une hypergastrinémie basale se trouvent la rétention antrale,
l’obstruction du pylore, l’anémie pernicieuse, l’hypercalcémie,
l’insuffisance rénale, la résection massive de l’intestin grêle et
les anastomoses porto-caves (tableau
5). Les personnes qui souffrent d’anémie pernicieuse ne
font pas d’ulcère gastro-duodénal, car elles manquent de cellules pariétales.
Cependant, les autres troubles associés avec une hypergastrinémie basale
peuvent aussi être liés à une hyperchlorhydrie et à l’ulcère
gastro-duodénal. On n’a pas encore établi si l’hypergastrinémie
peut aussi se produire chez les sujets atteints de diabète sucré ou de
polyarthrite rhumatoïde.
Pour les complications de l’ulcère telles que l’hémorragie,
l’obstruction, la perforation ou les cas rebelles au traitement médicamenteux,
il faut recourir à la chirurgie. L’unanimité n’est pas faite sur
l’acte chirurgical de choix mais, en général, il est conseillé de
pratiquer une forme ou l’autre de vagotomie (tronculaire, sélective ou
acidofundique) ainsi qu’un drainage (pyloroplastie ou antrectomie).
En général, la vagotomie est combinée avec un drainage gastrique (pyloro-plastie
/ gastro-entérostomie) ou à une résection gastrique, voire ces deux
interventions à la fois afin d’éviter la stase gastrique (figure
7). Trois formes de vagotomie se pratiquent actuellement : la
vagotomie tronculaire, sélective ou acidofundique. Une anastomose
Billroth I ou Billroth II peut aussi se faire, en particulier lorsqu’on
procède à une résection de l’antre ou d’une portion plus étendue
du corps de l’estomac. Le recours à un procédé de drainage s’impose
pour éviter l’atonie résultant de la vagotomie et le retard de la
vidange gastrique associé.
TABLEAU 5. Causes d’hypergastrinémie
Accompagnée d’une hypersécrétion
d’acide
Gastrinome
Rétention antrale isolée
Hyperplasie des cellules G de l’antre
Résection massive de l’intestin grêle
Sténose pyloro-duodénale
Hyperparathyroïdie
Accompagnée d’une sécrétion variable
d’acide
Hyperthyroïdie
Insuffisance rénale chronique
Phéochromocytome
Accompagnée d’une hyposécrétion
d’acide
Gastrite atrophique
Anémie pernicieuse
Cancer de l’estomac
Séquelle d’une vagotomie ou d’une pyloroplastie
Le syndrome de Zollinger-Ellison (Z-E) se
caractérise par l’existence d’un adénome ou d’un adénocarcinome
du pancréas ou du duodénum qui sécrète de la gastrine de façon
autonome. Les patients présentent une grave maladie ulcéreuse aiguë ou
récidivante; les ulcères siègent souvent à des endroits inhabituels et
s’accompagnent de diarrhée. Le syndrome de Zollinger-Ellison se
distingue de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale par une hypergastrinémie
à jeun confirmée. Il existe plusieurs causes à l’hypergastrinémie à
jeun (gastrite, vagotomie et pyloroplastie, malabsorption par résection
intestinale étendue [syndrome de l’intestin court], polyarthrite
rhumatoïde, rétention antrale, hyperplasie des cellules G), mais seules
deux affections, la gastrite atrophique et l’insuffisance rénale, sont
associées avec une gastrinémie correspondant à plusieurs fois la limite
supérieure de la normale. Cependant, chez un sujet atteint de la maladie
ulcéreuse gastro-duodénale et accusant une hypergastrinémie, il importe
d’écarter la possibilité d’un syndrome de Zollinger-Ellison.
L’analyse de la sécrétion gastrique peut être utile : la découverte
d’une augmentation spectaculaire du débit acide basal comparativement
à une élévation modeste du débit acide maximal après stimulation (c’est-à-dire
BAO/MAO supérieur à 0,6) est évocatrice de ce syndrome. L’ingestion
d’un repas à base de protéines double normalement la concentration de
gastrine mesurée avant le repas. Une réponse exagérée s’observe dans
l’hyperplasie des cellules G plutôt que dans le syndrome du gastrinome.
La perfusion de calcium par voie intraveineuse entraîne une élévation
de la concentration de gastrine chez les individus sains, mais une exagération
de cette réponse chez les personnes atteintes du syndrome de Zollinger-Ellison.
Toutefois, l’épreuve diagnostique la plus utile demeure la perfusion de
sécrétine. Chez les individus sains ou chez ceux qui présentent une
hyperplasie des cellules G, l’injection de sécrétine cause une chute
rapide des concentrations plasmatiques de gastrine, tandis que chez les
porteurs du syndrome de Zollinger-Ellison, la concentration de gastrine
augmente en réponse à la sécrétine.
Le syndrome de Zollinger-Ellison prend origine dans un gastrinome,
tumeur du pancréas. Il peut s’agir d’une tumeur circonscrite ou
diffuse. L’existence d’hypergastrinémie conduit à l’hypersécrétion,
et le débit acide maximal peut augmenter. Les principales anomalies sont
l’hypergastrinémie basale et une élévation marquée du débit acide
basal. Le patient présentera une maladie ulcéreuse gastro-duodénale en
évolution, avec des ulcères siégeant dans des endroits inhabituels ou
encore avec ulcères multiples que le traitement médical ne réussit pas
à cicatriser. L’hypertrophie des plis gastriques sur les clichés
radiologiques et la diarrhée peuvent constituer des caractéristiques
importantes (voir la section 6.5). La présence d’un gastrinome doit être
suspectée à partir des antécédents du patient et confirmée par des épreuves
de provocation. Un repas de protéines augmente la concentration sérique
de gastrine chez les patients qui présentent une hyperplasie des cellules
G; la perfusion de calcium entraîne une élévation marquée de la
concentration de gastrine chez les porteurs d’un gastrinome et produit
un effet moindre chez les individus sains et chez les patients accusant
une hyperplasie des cellules G. La meilleure épreuve pour diagnostiquer
un gastrinome est une épreuve à la sécrétine dans laquelle la
concentration basale de gastrine augmente de façon spectaculaire, alors
qu’elle diminue après la perfusion de sécrétine chez les individus
qui présentent une hyperplasie des cellules G ou dont l’estomac est
normal. Une tomodensitométrie ou une angiographie peuvent s’avérer
utiles pour déceler le gastrinome, bien que ces tumeurs soient souvent
petites et difficiles à trouver. Une laparotomie s’impose pour
confirmer la présence d’une tumeur localisée. Comme la moitié de ces
tumeurs sont malignes, il vaut la peine de procéder à une intervention
chirurgicale, dans l’espoir que l’ablation de la tumeur entraînera la
guérison.
Si une dose élevée d’anti-H2 ne suffit pas à soulager
la douleur du patient, on peut lui faire prendre des anticholinergiques au
coucher. La vagotomie acidofundique est présentement à l’essai, mais
elle n’est pas encore un traitement accepté.
  
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