
 
| 6.1 Gastrite
aiguë |
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191 |
La gastrite aiguë est un syndrome spontanément
résolutif résultant d’une irritation de la muqueuse gastrique sous
l’effet de l’alcool, de poisons corrosifs et des diverses composantes
bactériennes et orales de l’empoisonnement alimentaire. Elle se caractérise
par de l’anorexie, des nausées et des vomissements. Chez certains
patients, les mêmes causes produisent des ulcères aigus qui peuvent
saigner ou perforer la paroi. Le rôle que jouent les analgésiques
n’est pas clair.
| 6.2 Gastrite
chronique |
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191 |
L’examen histologique permet de
distinguer trois principaux types de gastrite : la gastrite superficielle,
la gastrite atrophique et l’atrophie gastrique. Dans la gastrite
superficielle, l’inflammation est prononcée et l’atrophie glandulaire,
minime. La gastrite atrophique se caractérise par une infiltration de
mononucléaires et de polynucléaires, une atrophie glandulaire et une métaplasie
intestinale. Enfin, dans l’atrophie gastrique, l’infiltration
cellulaire, signe d’inflammation, est peu importante, mais l’atrophie
glandulaire est étendue. Ces trois types de gastrite représentent les
différents degrés de la gastrite, mais les cas qui évoluent vers
l’atrophie ne sont pas nécessairement tous précédés des deux types
moins graves.
La dégénérescence progressive de la muqueuse entraîne une
diminution graduelle de la sécrétion gastrique. La sécrétion d’acide
chlorhydrique fait défaut en premier, puis la sécrétion des pepsinogènes
et, finalement, la sécrétion du facteur intrinsèque. À mesure que la sécrétion
du facteur intrinsèque diminue, l’organisme s’appauvrit en vitamine B12
et l’anémie pernicieuse s’installe. Des anticorps dirigés contre les
cellules pariétales et contre le facteur intrinsèque apparaissent dans
le sérum. La présence de ces anticorps ainsi qu’une réponse partielle
aux corticostéroïdes portent à croire que l’autoimmunité peut jouer
un rôle étiologique dans cette affection.
La cause de la gastrite chronique reste inconnue, mais cette affection
est probablement attribuable à une combinaison de facteurs génétiques
et de facteurs acquis (tableau
7). Parmi ces derniers figurent les traumas bénins répétés
causés par l’alcool et par les analgésiques, le reflux du contenu duodénal
et l’irradiation de l’estomac. Les carences en vitamine B12
, en acide folique et en fer nuisent à la capacité régénératrice et
au fonctionnement de la muqueuse gastrique.
La prédisposition au cancer de l’estomac trouve probablement son
origine dans une perturbation biochimique inconnue située à l’intérieur
de la cellule et qui entraîne une anomalie sécrétoire, une dégénérescence
cellulaire et, dans certains cas, un carcinome de l’estomac. Bien que la
plupart des causes d’hypochlorhydrie aient un rapport avec la gastrite,
la question de savoir si la gastrite est nécessairement associée avec un
risque accru de cancer gastrique demeure controversée. Le cancer de
l’estomac est de cinq à dix fois plus fréquent chez les individus
souffrant de gastrite atrophique chronique; une hausse semblable de sa fréquence
se retrouve chez les parents au premier degré des sujets atteints de
cancer de l’estomac et d’anémie pernicieuse.
Il n’est pas sûr que la gastrite chronique cause des symptômes. Son
diagnostic repose seulement sur une biopsie de la muqueuse du corps ou du
fundus de l’estomac. Une lésion diffuse s’accompagne d’une hyposécrétion
gastrique marquée ou d’anacidité.
TABLEAU 7. Classification alphabétique de
la gastrite
Auto-immune
Bactérienne
Chimique
Éosinophile
Folliculaire
Granulomateuse
Hypertrophique
Médicamenteuse |
Anémie pernicieuse congénitale
Helicobacter pylori
Reflux biliaire
Gastro-entérite à éosinophiles
Helicobacter pylori
Tuberculose, maladie de Crohn
Maladie de Ménétrier
AINS, alcool |
6.2.1 ATROPHIE GASTRIQUE COMPLÈTE ET ANÉMIE
PERNICIEUSE
Les causes d’hypochlorhydrie sont
nombreuses (tableau 8).
Les patients présentant une atrophie gastrique avancée ne sont plus
capables de sécréter l’acide, la pepsine et le facteur intrinsèque.
Cependant, la carence en vitamine B12 , qui conduit à l’anémie
pernicieuse ou, beaucoup plus rarement, à une dégénérescence combinée
subaiguë de la moelle épinière, met plusieurs années à se produire à
cause des grandes réserves de vitamine accumulées dans le foie.
L’atrophie gastrique avancée associée avec l’anémie pernicieuse se
traduit par l’absence des cellules glandulaires gastriques et de toutes
les cellules pariétales; la muqueuse est alors infiltrée de nombreux
plasmocytes et lymphocytes. La stimulation par la pentagastrine confirme
l’achlorhydrie. Chez la plupart des patients, les analyses révèlent la
présence, dans le sérum, dans les sécrétions gastriques et dans la
muqueuse, d’anticorps spécifiques au facteur intrinsèque et aux
cellules pariétales. La présence de ces anticorps constitue une
indication utile, mais n’affirme pas le diagnostic, puisqu’on trouve
parfois des anticorps spécifiques au facteur intrinsèque (et souvent des
anticorps contre les cellules pariétales) chez les patients souffrant de
gastrite atrophique simple ou de gastrite superficielle chronique sans
malabsorption de vitamine B12.
L’hydroxycobalamine a remplacé la cyanocobalamine dans le traitement
de l’anémie pernicieuse, car elle est mieux retenue par l’organisme.
Une injection de 100 µg tous les mois s’avère plus que suffisante pour
maintenir les réserves de l’organisme après un traitement initial
consistant en 200 µg administrés un jour sur deux, à trois reprises.
TABLEAU 8. Causes de l’hypochlorhydrie
Gastrite chronique (tableau 7)
Ulcère ou cancer ou polypose gastriques
Résection
6.2.2 ANÉMIE PERNICIEUSE CONGÉNITALE
L’anémie pernicieuse congénitale est
une maladie rare, transmise par mode récessif mendélien et causée par
une incapacité héréditaire de sécréter le facteur intrinsèque en
quantités suffisantes. Pendant l’enfance, elle prend la forme d’une
anémie mégaloblastique et le potentiel sécrétoire acide est normal. Il
importe de distinguer l’incapacité de synthétiser le facteur intrinsèque
propre à l’anémie pernicieuse congénitale de deux anomalies : premièrement,
de l’incapacité congénitale des récepteurs de l’iléon à capter le
complexe vitamine B12-facteur intrinsèque (maladie
d’Imerslund-Graesbeck) et, deuxièmement, de la carence en vitamine B12
due à l’insuffisance gastrique dans le syndrome combinant hypoparathyroïdisme
et candidose.
La cause de l’anémie pernicieuse est inconnue. La présence
d’auto-anticorps, l’infiltration de la muqueuse par des plasmocytes et
la possibilité de faire rétrocéder les lésions gastriques avec les
corticostéroïdes laissent croire à un processus auto-immun. Il existe
aussi une prédisposition génétique, faible mais définie, à cette
affection; en effet, tout comme le cancer de l’estomac, cette maladie
apparaît légèrement plus souvent chez les individus de groupe A que
chez les sujets des autres groupes sanguins ABO. Les facteurs exogènes
qui prédisposent au cancer de l’estomac semblent aussi prédisposer à
l’anémie pernicieuse. On n’a pas encore expliqué pourquoi la plupart
des patients sont frappés d’anémie pernicieuse, tandis que seuls
quelques-uns seront atteints de cette maladie neurologique appelée «dégénérescence
subaiguë de la moelle épinière» mais sans présenter d’anémie.
| 6.3 Gastrite
superficielle chronique |
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194 |
Dans la gastrite superficielle chronique,
les cellules de l’inflammation, surtout les polynucléaires, infiltrent
la muqueuse superficielle, mais les glandes gastriques sont bien préservées.
Ce phénomène est plus fréquent chez les individus qui font un usage
excessif de tabac ou qui consomment de grandes quantités d’alcool ou de
boissons chaudes. Ce type de gastrite n’a pas été associé avec un
profil typique de symptômes et il ne semble pas prédisposer nécessairement
à l’atrophie gastrique. Il affecte fréquemment les personnes atteintes
d’ulcères gastriques chroniques, mais les deux affections ne vont pas
toujours de pair.
| 6.4 Gastrite
atrophique chronique |
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194 |
Outre l’infiltration cellulaire,
principalement à prédominance lymphocytaire et plasmocytaire, on observe
une diminution des glandes gastriques et, parallèlement, une réduction
de la sécrétion d’acide et de pepsine. La gastrite atrophique
chronique est asymptomatique mais, chez une minorité de patients, elle
progresse vers l’atrophie complète comme c’est le cas dans l’anémie
pernicieuse. Les patients souffrant de gastrite atrophique ont
probablement la même prédisposition au cancer de l’estomac que les
sujets atteints d’anémie pernicieuse.
| 6.5 Gastrite
hypertrophique |
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194 |
L’hypertrophie géante des plis de la
muqueuse de l’estomac est une modification histologique qui survient en
association avec le syndrome de Zollinger-Ellison (Z-E) mais rarement
comme entité isolée. La maladie de Ménétrier ou gastrite
hypertrophique géante est une affection rare associée avec une
hypertrophie de la muqueuse et avec une diminution de la sécrétion
d’acide, alors qu’au contraire, la sécrétion d’acide augmente dans
le cas de la gastropathie hypertrophique et hypersécrétoire. La perte de
protéines dans la lumière de l’estomac entraîne une baisse de la
concentration sérique d’albumine. Cette anomalie frappe habituellement
les hommes âgés de 30 à 50 ans et se manifeste par les symptômes
suivants associés avec l’hypoalbuminémie : douleur, nausées,
vomissements, perte de poids, hémorragie ou oedème. La présence de gros
plis de la muqueuse sur des clichés barytés en série du tube digestif
supérieur ou à l’endoscopie font redouter cette affection. La biopsie
indique une hyperplasie des cellules pariétales, des cellules principales
et des cellules muqueuses. Des structures kystiques peuvent également se
trouver dans la muqueuse et la sous-muqueuse. Cette affection doit être
distinguée de la gastrite hypertrophique géante (maladie de Ménétrier),
du syndrome de Zollinger-Ellison, du carcinome gastrique, du lymphome ou
de l’amylose (tableau 9).
Les anticholinergiques permettent de réduire la perte protéique. En cas
d’hypersécrétion gastrique, comme dans la gastropathie hypertrophique
et hypersécrétoire, les antagonistes des récepteurs H2
s’avèrent utiles. Si la douleur, l’hémorragie et l’hypoprotéinémie
persistent, la vagotomie et la pyloroplastie ou la gastrectomie partielle
s’imposent.
TABLEAU 9. Diagnostic différentiel pour
les causes intrinsèques de l’épaississement des plissements gastriques
Lymphome
Syndrome du tissu lymphoïde associé avec les muqueuses
Adénocarcinome de l’estomac
Linite plastique
Maladie de Ménétrier
Gastrite aiguë à H. pylori
Gastrite lymphocytaire
Gastrite éosinophile
Varices gastriques
Gastrite kystique profonde
Ectasie vasculaire de l’antre du pylore
Sarcome de Kaposi
Syndrome de Zollinger-Ellison
Forme gastrique de la maladie de Crohn
| 6.6 Gastrite
granulomateuse |
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195 |
Des changements inflammatoires chroniques
avec présence de granulomes au niveau de la muqueuse gastrique peuvent
survenir dans la maladie de Crohn, la tuberculose, la syphilis et la sarcoïdose.
Toutes ces affections sont rares.
| 6.7 Gastrite
à éosinophiles |
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195 |
La cause de la gastrite à éosinophiles
est inconnue. Cette affection se caractérise par une infiltration massive
de la paroi gastrique et, souvent, de la paroi de l’intestin grêle par
les éosinophiles, en association avec une éosinophilie périphérique.
Elle se traduit par des symptômes dyspeptiques non spécifiques, et une
distorsion de l’antre est visible à la radiographie. La guérison
spontanée est fréquente, mais certains patients ont besoin d’une stéroïdothérapie;
chez quelques-uns, la maladie progresse.
| 6.8 Gastrite
biliaire |
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195 |
L’apparition fréquente d’une gastrite
secondaire à une chirurgie gastrique serait due à la bile et aux sécrétions
alcalines par reflux du duodénum, qui détériorent la barrière de la
muqueuse gastrique et produisent une réaction inflammatoire. Dans
certains cas, l’administration de cholestyramine, d’hydroxyde
d’aluminium ou de sucralfate se révèle efficace. La cholestyramine et
l’hydroxyde d’aluminium agissent en fixant les acides biliaires et la
pepsine et en dotant la muqueuse gastrique d’une couche protectrice. Si
la gastrite persiste et s’accompagne de douleurs ou d’hémorragies,
une intervention chirurgicale (dérivation de Roux en Y) s’impose.
| 6.9 Formes
particulières de gastrite |
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196 |
Il existe deux formes de gastrite qui ne
correspondent pas aux gastrites sus-mentionnées. La première est la métaplasie
intestinale dans laquelle un grand nombre de cellules dotées des propriétés
histochimiques propres aux cellules de la muqueuse intestinale se trouvent
dans l’estomac. Cette forme de gastrite s’associe couramment avec la
gastrite chronique. La seconde forme de gastrite est une gastrite
hypertrophique géante, ou maladie de Ménétrier, dans laquelle les plis
géants de la muqueuse peuvent être confondus avec une maladie néoplasique
(tableau 9);
la déperdition excessive de protéines au niveau de la muqueuse des plis
peut donner un syndrome de déplétion protéique (entéropathie avec déplétion
protéique). La gastrite érosive et la gastrite atrophique hyperplasique
sont des entités moins bien définies.
  
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