
 
| 7. ÉTATS PRÉCANCÉREUX
DE L'ESTOMAC ET CANCER DE L'ESTOMAC |
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7.1 États précancéreux |
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Les perturbations gastriques susceptibles
d’être précancéreuses comprennent l’anémie pernicieuse, la
gastrite atrophique, les polypes et une intervention chirurgicale antérieure
à l’estomac. Les gens qui ont des antécédents familiaux de cancer de
l’estomac courent aussi un risque accru de souffrir de cette maladie.
L’ulcère gastrique bénin n’est pas une lésion précancéreuse, bien
que l’on soit porté à le croire à cause de l’évolution
naturellement lente de certaines ulcérations cancéreuses. À l’heure
actuelle, il n’est pas nécessaire de faire passer régulièrement une
endoscopie à la plupart des patients qui présentent des perturbations prédisposant
à l’ulcère gastrique. Il faut toutefois demeurer à l’affût du
cancer. Si la biopsie endoscopique montre de nettes modifications
dysplasiques de l’épithélium, il est conseillé de répéter régulièrement
l’examen.
7.1.1 ANÉMIE PERNICIEUSE
On a longtemps cru que les personnes
atteintes d’anémie pernicieuse étaient exposées à souffrir d’un
cancer de l’estomac, mais le risque est probablement faible et ne
justifie pas un dépistage intensif par endoscopie. L’anémie
pernicieuse est toujours associée avec l’atrophie des glandes fundiques;
elle est habituellement associée avec la métaplasie intestinale et,
parfois, avec les polypes. Lorsqu’un cancer se développe, il atteint généralement
le corps ou le fundus de l’estomac.
7.1.2 GASTRITE ATROPHIQUE
Il existe deux types principaux de gastrite
atrophique : celle des glandes fundiques (type A) et celle des glandes (antrales)
pyloriques (type B). Ces gastrites surviennent chez les personnes âgées.
La gastrite antrale progresse de plus en plus dans la région des glandes
fundiques à mesure que les gens vieillissent. Les gastrites de type A et
B sont associées avec une métaplasie intestinale et avec une prédisposition
au cancer de l’estomac. La gastrite de type A est plus rare et sa
distribution dans l’estomac ressemble à celle de l’anémie
pernicieuse. La gastrite de type B est prédominante dans les régions du
corps et de l’antre de l’estomac où le cancer de l’estomac est fréquent,
et elle semble constituer un facteur de risque principalement pour le
cancer gastrique de type intestinal. Helicobacter pylori, qui est
la cause de la gastrite de type B, représente un facteur de risque pour
le cancer de l’estomac.
7.1.3 POLYPES GASTRIQUES
Il existe deux types principaux de polypes
gastriques : les polypes hyperplasiques et les polypes adénomateux. Les
polypes hyperplasiques sont petits, souvent multiples, et ne deviennent
pas cancéreux. Quant aux polypes adénomateux, ils sont rares et mesurent
habituellement plus de 2 cm de diamètre. Ils sont précancéreux et une
minorité notable montrent des zones cancéreuses au moment de leur détection.
Il est recommandé d’en faire l’excision endoscopique ou chirurgicale.
7.1.4 GASTRECTOMIE ANTÉRIEURE
Les patients qui ont subi une gastrectomie
partielle à cause d’une maladie ulcéreuse gastro-duodénale peuvent présenter
un risque accru de cancer de l’estomac, de 15 à 20 ans après l’opération.
La surveillance endoscopique de ces patients ne semble pas justifiée en
Amérique du Nord puisque le risque de cancer est faible.
| 7.2 Autres
facteurs |
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Les personnes dont le père, la mère, une
soeur ou un frère est atteint de cancer de l’estomac risquent trois
fois plus d’être frappées d’un cancer de l’estomac que les sujets
de la population en général. Les gens nés dans un pays où le cancer de
l’estomac est fréquent, par exemple le Japon ou l’Europe de l’Est,
sont aussi plus exposés, même s’ils ont vécu en Amérique du Nord
pendant de nombreuses années. Même si le dépistage à intervalles réguliers
n’est pas justifié dans ces cas, les symptômes mineurs devraient faire
l’objet d’un examen complet dès leur apparition.
L’épithélium de Barrett (revêtement de la partie inférieure de
l’oesophage constitué de cellules cylindriques) est un précurseur
confirmé de l’adénocarcinome de l’oesophage; on est de plus en plus
porté à croire que l’existence de ce type d’épithélium à des degrés
moindres peut prédisposer à une affection beaucoup plus fréquente,
l’adénocarcinome du cardia gastrique.
| 7.3 Cancer
de l’estomac |
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L’adénocarcinome est la forme de cancer
gastrique la plus répandue, mais le cancer prend aussi la forme de
lymphomes et de leiomyosarcomes. En Amérique du Nord, la fréquence du
cancer de l’estomac a diminué considérablement au cours des 50 dernières
années, mais ce cancer occupe encore le deuxième rang parmi les cancers
du tube digestif, derrière le cancer du côlon. La plupart de ses
victimes ont plus de 60 ans, et deux fois plus d’hommes que de femmes en
sont atteints. Ce cancer touche habituellement l’antre, le corps ou le
cardia à une fréquence à peu près égale. La tumeur maligne se présente
macroscopiquement sous trois formes principales : la forme polypoïde, la
forme ulcéreuse et la forme infiltrante. Au microscope, on distingue deux
formes principales : la forme intestinale et la forme diffuse. Le cancer
de type intestinal est souvent associé avec une gastrite atrophique et
avec une métaplasie intestinale; le type diffus se traduit souvent par
une linite plastique.
Lorsque les patients consultent le médecin
pour des symptômes importants, le cancer est le plus souvent rendu à un
stade avancé et incurable. Il peut cependant arriver qu’aux stades précoces
du cancer de l’estomac, certains patients souffrent de légers malaises
épigastriques ou de symptômes semblables à ceux de l’ulcère.
L’examen physique est habituellement normal mais, chez une minorité de
patients, il est possible de déceler une masse ou un bruit de succussion.
Le cancer est parfois découvert grâce à des manifestations métastatiques
: ganglion supraclaviculaire, hépatomégalie, ascite, induration d’un
cul-de-sac de Douglas à l’examen rectal, masse ovarienne ou nodule
ombilical (signe de soeur Joseph). Près de 50 % des patients souffrent
d’anémie ferriprive et environ 75 % présentent du sang occulte dans
les selles. Parfois, des signes neurologiques de dégénérescence subaiguë
combinée de la moelle épinière, secondaire à une anémie pernicieuse,
seront observés. La mesure de la sécrétion d’acide gastrique ou de
l’antigène carcino-embryonnaire (ACE) ne s’avère pas utile. Le repas
baryté constitue habituellement la première épreuve diagnostique. Les
radiologistes d’expérience peuvent déceler certaines anomalies chez un
pourcentage de patients allant jusqu’à 90 %, en particulier si les
techniques de double contraste sont utilisées. Même s’il existe des
caractéristiques cliniques et radiologiques précises qui permettent de dépister
ce cancer, tout porteur d’un ulcère gastrique présumé bénin doit
subir des biopsies afin d’écarter la possibilité d’un ulcère malin.
Une endoscopie et des biopsies, avec ou sans cytologie par brossage,
s’imposent pour établir le diagnostic.
Le cancer gastrique de type diffus se
manifeste souvent sous forme de linite plastique. Il est plus difficile à
diagnostiquer que le cancer de type intestinal, en particulier aux
premiers stades de la maladie. Ainsi, malgré l’amélioration des
techniques diagnostiques, certains cancers de l’estomac passent encore
inaperçus à l’examen initial. Il est impossible, en Amérique du Nord,
de procéder au dépistage systématique par endoscopie, mais les symptômes
mineurs devraient faire l’objet d’un examen approfondi chez les
personnes prédisposées au cancer. Il faut aussi s’assurer que seuls
les ulcères gastriques bénins reçoivent un traitement médical; si un
ulcère gastrique ne se cicatrise pas après un traitement médical
intensif de trois mois, il est généralement recommandé de recourir au
traitement chirurgical.
L’intervention chirurgicale précoce représente
le seul espoir de guérison, mais on ne la pratique pas en présence
d’une maladie métastatique évidente, à moins que le patient ne
souffre d’une obstruction de la vidange gastrique. Les cancers siégeant
dans les portions moyenne ou distale de l’estomac se traitent par
gastrectomie partielle. Afin d’enlever les ganglions lymphatiques de
cette région, on procède à la résection du grand et du petit épiploons
et, au besoin, à l’ablation de la rate. Les cancers de l’estomac
proximal se traitent habituellement par oesophago-gastrectomie. En raison
de la proportion croissante de cancers à infiltration diffuse, la
gastrectomie totale avec dérivation de la bile se pratique plus souvent
qu’avant. Une résection palliative, une dérivation, une ablation
chirurgicale ou une photo-ablation au laser se justifient si les patients
souffrent d’obstruction de la vidange gastrique. Il n’est pas
recommandé de recourir à l’oesophago-gastrectomie ou à la
gastrectomie totale palliative. Le pronostic postopératoire dépend de
l’envahissement pariétal tumoral. Globalement, environ 10 % à 15 % des
patients survivent pendant cinq ans. Parfois, les patients bénéficient
d’une longue période sans traitement ou n’ont besoin que d’une
intervention chirurgicale palliative.
Le traitement par chimiothérapie consiste
en l’administration de 5-fluorouracile, de doxorubicine et de mitomycine
(FAM). Le traitement est efficace dans une proportion allant jusqu’à 40
%, mais la survie médiane est décevante; elle n’atteint pas un an.
Parfois les patients réagissent bien à ces agents et le traitement mérite
d’être essayé chez ceux dont l’état le permet et qui sont à un
stade avancé de la maladie. La valeur de la chimiothérapie ou de la
radiothérapie d’appoint reste à prouver, mais la radiothérapie
palliative se montre utile pour juguler l’hémorragie, calmer la douleur
causée par les métastases osseuses et soulager la dysphagie. La
dilatation de l’oesophage et la mise en place sous contrôle
endoscopique d’une prothèse de plastique peuvent aussi aider à
soulager la dysphagie occasionnée par la propagation d’une tumeur du
cardia.
Les soins généraux de soutien sont
importants : conseils au sujet de l’alimentation, remplacement du fer et
de la vitamine B12 , usage judicieux des médicaments
d’appoint comme les analgésiques, les antiémétiques et les antiacides.
Le soutien émotionnel prend une importance particulière et, de plus en
plus, il faut aider les patients à interpréter les comptes rendus trop
optimistes que présente la presse sur les « percées scientifiques » en
matière de traitement du cancer.
  
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