
 
| 11. DIARRHÉE
/ W.G. Thompson |
page
24 |
Flux, « va-vite ».
La meilleure description de la diarrhée
pourrait être l’évacuation trop fréquente de selles trop liquides
(non formées). La diarrhée s’accompagne souvent d’un besoin impérieux
et, parfois, d’incontinence. En présence d’un patient se plaignant de
diarrhée, il faut tenir compte des éléments suivants : fréquence des
selles (plus de trois défécations par jour), consistance (liquides ou
aqueuses), besoin impérieux, volume (plus de 200 g par jour), et durée
du trouble (continue ou intermittente). La persistance d’une défécation
impérieuse et de selles abondantes, liquides et fréquentes traduit très
probablement une atteinte pathologique. Des symptômes moins prononcés et
intermittents signifient vraisemblablement un trouble fonctionnel.
La diarrhée est causée par un ou
plusieurs des cinq mécanismes suivants : attraction osmotique de l’eau
dans la lumière intestinale, sécrétion d’un excès de liquide dans
l’intestin (ou diminution de l’absorption), exsudation de liquide par
une muqueuse intestinale enflammée, transit gastro-intestinal rapide et
stéatorrhée.
La diarrhée osmotique survient lorsque la pression osmotique du
contenu intestinal est supérieure à celle du sérum. Elle peut résulter
d’une malabsorption des graisses, comme dans la maladie coeliaque où
les protéines et les sucres sont perdus dans la lumière intestinale, ou
d’une malabsorption du lactose, par exemple lorsqu’il y a carence
intestinale en lactase. Certains laxatifs, comme le lactulose et
l’hydroxyde de magnésium, exercent leur effet purgatif principalement
grâce à l’osmose. Certains édulcorants artificiels, comme le sorbitol
et le mannitol, ont une action similaire. La diarrhée osmotique cesse de
façon caractéristique lorsque le patient jeûne.
La diarrhée sécrétoire survient lorsqu’il y a une nette sécrétion
d’eau dans la lumière intestinale. Cela peut survenir en présence de
toxines bactériennes comme celles que produisent E. coli et Vibrio
cholerae ou d’hormones comme le peptide intestinal vasoactif (VIP ou
vaso-active intestinal peptide) produit par de rares tumeurs des îlots
pancréatiques (choléra pancréatique, ou choléra endocrinien). Ces
substances entraînent l’activité de l’adényl-cyclase dans les entérocytes
(cellules épithéliales intestinales), accroissent l’AMP cyclique et déclenchent
la sécrétion intestinale. Un effet semblable peut résulter d’un excès
de sels biliaires dans le côlon (entéropathie cholérétique) et de
l’effet purgatif d’acides gras hydroxylés provenant de l’action
bactérienne sur les graisses non absorbées. Cette diarrhée ne diminue
pas même si le sujet jeûne. Les diarrhées osmotique et sécrétoire résultent
d’anomalies de l’intestin grêle qui font en sorte que le flux aqueux
qui traverse la région iléo-caecale excède la capacité d’absorption
du côlon.
La diarrhée exsudative résulte directement d’une lésion de
la muqueuse de l’intestin grêle ou du côlon, qui perturbe
l’absorption des sels de sodium et de l’eau et est compliquée par
l’exsudation de protéines sériques, de sang et de pus. Les affections
digestives infectieuses ou inflammatoires causent ce genre de diarrhée.
L’accélération du transit intestinal peut entraîner de la
diarrhée (p. ex. l’hyperthyroïdie). Le transit rapide nuit à
l’absorption de l’eau par le tube digestif, et il s’ensuit de la
diarrhée.
La stéatorrhée est le dernier mécanisme de la diarrhée :
elle est causée par une malabsorption des lipides due à une atrophie
villositaire du grêle ou à une mauvaise digestion due à une
insuffisance pancréatique.
| 11.4 Points
importants de l’anamnèse et caractéristiques de l’examen
physique |
page
25 |
Il importe d’établir la fréquence des
selles, la durée de la diarrhée, l’aspect des selles et leur volume.
Si la diarrhée dure depuis moins de deux semaines, il est probable
qu’elle résulte d’une infection ou d’une toxine. Par contre, de
nombreux épisodes diarrhéiques antérieurs peuvent indiquer une maladie
inflammatoire récidivante de l’intestin. La fréquence des selles donne
un aperçu de la gravité; il faut aussi déterminer s’il y a
incontinence ou non. Pour inciter le patient à révéler tous ces détails
pertinents, il faudra peut-être recourir à des questions directes ou
suggestives. Un trouble de malabsorption entraîne souvent des selles nauséabondes
contenant des gouttelettes d’huile. Des antécédents de carence en
nutriments, d’anémie ou d’amaigrissement laissent supposer une
malabsorption. Une diarrhée aqueuse, particulièrement lorsqu’elle est
abondante, suggère la présence d’une affection de l’intestin grêle.
Cependant, un adénome villeux de grande taille dans le côlon distal peut
aussi causer une diarrhée aqueuse. La présence de sang ou de pus dans
les selles suggère une diarrhée exsudative, diarrhée souvent peu
abondante et indiquant une colite. Des selles liquides, entrecoupées de
selles normales ou même de constipation, corroborent la présence d’un
syndrome du côlon irritable.
Les causes de la diarrhée sont nombreuses; on en trouvera un résumé
dans le tableau 2. Une
perte de poids et un état de malnutrition prononcée chez un sujet jeune
évoquent un syndrome de malabsorption causé par une affection de
l’intestin grêle ou du pancréas, ou par une maladie inflammatoire de
l’intestin. Des troubles métaboliques, comme l’hyperthyroïdie ou
l’abus d’antiacides ou de laxatifs contenant du magnésium, peuvent
aussi causer une diarrhée chronique.
TABLEAU 2. Causes de la diarrhée chronique reliées à la région
anatomique
|
| Estomac |
| Syndrome de chasse |
|
Intestin grêle |
| Maladie coeliaque |
| Lymphome |
| Maladie de Whipple |
| Infection parasitaire (Giardia
lamblia) |
| Anomalies de la motilité des voies
intestinales accompagnées de pullulation bactérienne (sclérodermie,
amyloïdose, diabète, hyperthyroïdie) |
|
Côlon |
| Adénome villeux (adénocarcinome) |
| Maladie inflammatoire de l’intestin
(colite ulcéreuse ou rectocolite hémorragique, maladie de Crohn) |
| Côlon irritable (phase diarrhéique) |
| Diarrhée fonctionnelle |
| Infections liées au sida |
|
Pancréas |
| Pancréatite chronique |
Nésidioblastome
- Sécrétions de gastrine
- Sécrétions de polypeptide intestinal vasoactif
|
Médicaments |
| Antiacides |
| Antibiotiques |
| Alcool |
| Antimétabolites |
| Laxatifs |
| Digitale |
| Colchicine |
| Sorbitol, fructose |
| De nombreux autres |
|
Métabolisme |
| Hyperthyroïdie |
| Hypoparathyroïdie |
| Maladie d’Addison |
| Diabète |
| Syndrome carcinoïde |
Les voyages en pays tropicaux peuvent être
assombris par ce qu’il est convenu d’appeler la diarrhée des
voyageurs. La cause la plus courante de ce trouble est une souche toxicogène
d’E. coli (cette souche est qualifiée de toxicogène parce
qu’elle sécrète une toxine). Les voyages peuvent cependant occasionner
une grande variété d’infections intestinales. La colite pseudo-membraneuse
peut survenir dans les semaines qui suivent une antibiothérapie. Les
infections à Campylobacter ou les cryptococcoses peuvent être
propagées par des animaux de compagnie. L’eau contaminée peut causer
la giardiase, l’amibiase ou la cryptococcose. L’usage chronique
d’alcool peut endommager la muqueuse de l’intestin grêle. Les diabétiques
font souvent de la diarrhée, en raison d’une neuropathie autonome
parfois accompagnée de pullulation bactérienne.
Enfin, il est essentiel de déterminer si le patient est homosexuel ou
non. Presque tous les germes pathogènes gastro-intestinaux habituels
peuvent se propager au cours de relations homosexuelles, y compris les
lymphogranulomes vénériens et les gonocoques. Les homosexuels sont exposés
aux
complications gastro-intestinales du sida.
| 11.5 Diagnostic
différentiel et traitement |
page
27 |
Le diagnostic différentiel est très
complexe. Une anamnèse minutieuse constitue souvent l’outil
diagnostique le plus important. L’examen initial des patients doit
comporter au moins une sigmoïdoscopie pour éliminer la possibilité
d’une atteinte locale du côlon. Si l’on soupçonne une diarrhée
ayant son origine dans l’intestin grêle, la détermination quotidienne
(pendant trois jours consécutifs) du poids des selles et de leur teneur
en graisses s’impose. Une stéatorrhée ou des selles de plus de 500 g
par jour traduisent vraisemblablement une maladie de l’intestin grêle
ou du pancréas. Des selles de volume moindre, en particulier
lorsqu’elles s’accompagnent de sang, suggèrent une inflammation du côlon.
Une diarrhée aiguë d’apparition récente nécessite la recherche
minutieuse de cellules de pus dans les selles, la culture bactérienne des
selles, ou la recherche d’oeufs et de parasites lorsqu’on soupçonne
la présence de protozoaires. La recherche de virus est importante chez
les nourrissons, et des examens spéciaux s’imposent en présence du
sida.
  
|