
 
| 14. ABDOMEN
CHRONIQUE / W.G. Thompson |
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Douleur abdominale récidivante; douleur
abdominale récidivante chez l’enfant.
Dix pour cent (10 %) des enfants souffrent
de douleurs abdominales récidivantes et environ 20 % des adultes présentent
une douleur abdominale non reliée aux menstruations au moins six fois par
année. La douleur est chronique lorsqu’elle persiste depuis six mois ou
plus. Elle peut être liée à des fonctions gastro-intestinales, comme
l’ingestion de nourriture ou la défécation. Elle constitue fréquemment
une caractéristique de la dyspepsie ou du syndrome du côlon irritable.
À l’occasion, la douleur n’a aucun lien avec les fonctions organiques
et on ne peut lui trouver aucune cause gastro-intestinale, hépato-biliaire
ou génito-urinaire.
| 14.3 Mécanisme
et causes |
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Le mécanisme de la douleur abdominale est
décrit dans la section 13 (Abdomen aigu). La douleur abdominale chronique
peut évidemment être causée par de nombreuses maladies organiques. En général,
l’ulcère gastro-duodénal engendre de la douleur après les
repas ou lorsque le sujet a l’estomac vide, et la douleur est soulagée
par la prise d’aliments ou d’antiacides. La douleur abdominale qui réveille
le patient la nuit constitue un symptôme particulièrement distinctif.
La colique biliaire peut être due à l’obstruction du canal
cystique ou du canal cholédoque par un calcul. De façon caractéristique,
cette douleur est suffisamment forte pour réveiller le patient la nuit ou
justifier une consultation à la salle d’urgence pour l’obtention
d’analgésiques. Elle dure de 1 à 12 heures; si elle persiste plus
longtemps, il faut songer à une cholécystite ou à une pancréatite aiguës.
Les crises sont sporadiques. La douleur vésiculaire est située dans la région
épigastrique, ou l’hypocondre droit, et elle irradie généralement
vers l’omoplate droite. Elle disparaît en laissant le patient bouleversé
mais bien. L’inflammation de la vésicule biliaire évolue vers une cholécystite.
L’obstruction du canal cholédoque par un calcul engendre de la douleur,
un ictère, et parfois de la fièvre (cholangite).
La pancréatite est une maladie dévastatrice; la douleur épigastrique
soutenue irradie dans le dos et s’accompagne parfois d’un état de
choc. Elle nécessite presque toujours une admission à l’hôpital.
L’ischémie intestinale, l’occlusion intestinale subaiguë
causée par la maladie de Crohn, un néoplasme ou un volvulus
peuvent se manifester par des accès récidivants de douleur
abdominale souvent liés à l’ingestion de nourriture. Ces maladies sont
habituellement évolutives et accompagnées d’autres signes physiques.
La diverticulose colique est asymptomatique; les symptômes qui se
manifestent chez les patients qui en souffrent proviennent généralement
d’un syndrome du côlon irritable concomitant.
La colique néphrétique causée par la présence d’un calcul
dans l’uretère est rarement chronique, mais elle peut être récidivante.
Elle cause au flanc droit ou gauche une douleur grave irradiant vers
l’aine et le testicule, et peut s’accompagner d’hématurie. Le
patient atteint d’une colique néphrétique est, de façon typique,
incapable de demeurer immobile.
Toute la gamme des affections gynécologiques, allant des
douleurs au milieu du cycle (rupture d’un kyste ovarien) jusqu’aux
inflammations pelviennes, peut expliquer une douleur abdominale basse récidivante.
La douleur menstruelle chez une jeune femme suggère une endométriose. La
douleur pelvienne chronique est souvent liée au syndrome du côlon
irritable.
L’appendicite chronique n’existe probablement pas.
La douleur abdominale chronique s’explique rarement par les mécanismes
mentionnés précédemment. La douleur abdominale d’origine
fonctionnelle peut prendre naissance n’importe où dans les voies
digestives ou l’arbre biliaire. Elle n’est pas liée aux fonctions
organiques et peut être continue. Il n’est pas évident que la douleur
soit due à la perception normale d’une motilité intestinale anormale
ou à la perception anormale d’une motilité normale, ou même qu’elle
ait son origine dans l’intestin; elle se manifeste souvent lorsqu’il y
a des difficultés psychosociales.
| 14.4 Points
importants de l’anamnèse et caractéristiques de l’examen
physique |
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La douleur liée à une fonction organique
– ingestion d’aliments, défécation, miction ou menstruations –
oriente la démarche diagnostique vers le système concerné. Certaines
observations physiques (p. ex. la présence d’une masse abdominale, de
sang ou d’une masse décelée au toucher rectal) évoquent des maladies
organiques spécifiques. De la fièvre, une perte de poids, une hémorragie
rectale (rectorragie) ou de l’anémie commandent des examens complémentaires.
Ces manifestations sont absentes dans la douleur abdominale fonctionnelle
chronique.
| 14.5 Diagnostic
différentiel, diagnostic et traitement |
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Le traitement des causes organiques de la
douleur abdominale chronique doit s’attaquer au processus pathologique
sous-jacent. Souvent, aucune maladie organique n’est en cause. La
responsabilité du médecin consiste alors à rassurer le patient sur
l’absence de toute maladie grave et à l’aider à composer avec ses
symptômes en tenant compte du contexte social dans lequel il vit. La
digestion peut être améliorée par de bonnes habitudes alimentaires; les
dysfonctions intestinales, en particulier la constipation, peuvent être
corrigées par une augmentation de l’apport de fibres alimentaires.
| 14.6 Douleur
et émotion |
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Certains patients présentent une douleur
abdominale intense et récidivante qui n’est reliée ni à une
dysfonction ni à une affection organiques. Ces patients consultent de
nombreux médecins sans satisfaction, et l’on croit que le symptôme est
d’origine psychogène. Cette douleur est souvent décrite comme un
comportement psychosomatique et une propension à la douleur. Certains
patients sont hypochondriaques, et leur état ne s’améliore pas après
l’exclusion de toute possibilité de maladie organique. L’exemple extrême
est le syndrome de Munchausen où le patient raconte une histoire
fabuleuse de troubles médicaux dont il dit souffrir, afin de subir le
plus tôt possible un traitement, voire une intervention chirurgicale.
La douleur fonctionnelle est fréquente chez la personne qui a été récemment
au centre de conflits, affligée du décès d’un membre de sa famille ou
qui a la phobie d’une maladie mortelle. La dépression et l’anxiété
sont fréquemment associées. Il importe ici de ne pas multiplier les
examens et de ne pas rechercher une cause à tout prix, ce qui ne
servirait qu’à renforcer les craintes du patient sur la gravité de son
état et à miner sa confiance même en présence d’un diagnostic de
trouble bénin.
Ce genre de douleur peut être relié aux émotions, et des visites régulières
s’imposent pour permettre au patient de mieux verbaliser ses problèmes.
Les médicaments, en particulier les narcotiques, doivent être prescrits
avec circonspection, et le médecin doit s’efforcer de développer une
relation étroite avec son patient tout en sachant faire face efficacement
à la dépression, à l’anxiété, à la frustration et, souvent, à
l’hostilité du patient. De tels patients mettent à l’épreuve
l’art du médecin plutôt que sa science.

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