
 
| 17. HÉMORRAGIE
DIGESTIVE / R.R. Gillies |
page
39 |
L’émission de sang dans les voies
digestives est alarmante, et à juste titre! Les preuves visibles en sont
l’hématémèse, l’émission de selles sanguinolentes et le méléna.
L’hématémèse consiste en
vomissements de sang rouge (frais) ou brun foncé (modifié par réaction
avec l’acide chlorhydrique). La source de l’hémorragie est en amont
de la jonction duodéno-jéjunale (angle de Treitz).
L’émission de selles sanguinolentes est
attribuable à un saignement situé dans le côlon gauche ou même plus
haut, si l’hémorragie est importante et le transit, rapide.
TABLEAU 3. Principales causes d’hémorragie digestive haute
| Ulcère duodénal |
|
| Ulcère gastrique |
|
| Érosions gastriques |
|
| Oesophagite ulcéreuse |
|
| Varices gastro-oesophagiennes |
|
| Syndrome de Mallory-Weiss |
|
| Carcinome, lymphome |
|
| Angiodysplasie |
|
Le méléna se compose de selles
noires, goudronneuses et nauséabondes; elles sont plus liquides et
volumineuses lorsqu’il y a des hémorragies massives. Le saignement se
situe dans les voies digestives hautes, ce qui donne plus de temps aux
bactéries pour dégrader le sang. Il peut aussi provenir des voies
digestives basses lorsque le transit est retardé. Les principales causes
d’hémorragie digestive haute sont énumérées dans le tableau
3 et les causes d’hémorragie digestive basse, dans le tableau
4.
TABLEAU 4. Principales causes d’hémorragie digestive basse
| Hémorroïdes, fissure anale |
|
| Carcinome, polypes adénomateux |
|
| Angiodysplasie |
|
| Colite ulcéreuse |
|
| Maladie de Crohn |
|
| Maladie diverticulaire |
|
| Colite ischémique |
|
| Certaines infections bactériennes |
|
| Colite amibienne |
|
| Diverticule de Meckel |
|
| 17.2 Points
importants de l’anamnèse et caractéristiques de l’examen
physique |
page
39 |
Le vomissement de sang signifie
habituellement une hémorragie massive. Lorsqu’un ulcère duodénal
saigne à profusion, le transit rapide peut expliquer l’évacuation de
sang rouge et de caillots par le rectum en l’absence de vomissements.
Avant même son évacuation rectale, l’hémorragie massive des voies
digestives hautes s’annonce par des bruits intestinaux hyperactifs. Il
va de soi qu’une perte de sang aussi abondante exerce des effets cardio-vasculaires
importants, comparativement à une lésion rectale qui entraîne l’évacuation
de sang rouge et de caillots.
Les symptômes associés avec l’hémorragie
peuvent se manifester avant toute extériorisation de sang (p. ex. les
caractéristiques d’une anémie aiguë – faiblesse, étourdissements,
transpiration, pâleur, soif et évanouissement). Tout en recueillant les
premiers indices sur le siège du saignement, on doit évaluer la tolérance
du patient à la perte de sang. En présence d’un pouls rapide et filant,
d’hypotension, de pâleur, d’une peau froide et moite, il faut de
toute urgence rétablir la volémie pour assurer la survie du patient. Les
signes vitaux peuvent être normaux lorsque le patient est en position
couchée, mais une chute de la tension artérielle de 15 mm Hg lorsqu’il
se redresse en position assise indique une perte de sang importante. La
compensation cardio-vasculaire peut être parfaite, pour le moment... Il
faut installer une tubulure de perfusion de grand diamètre (calibre 18,
au moins) et administrer une solution salée ou du plasma en attendant que
du sang soit disponible et dès lors, administrer ce dernier en fonction
de l’hypovolémie.
Une fois la réanimation amorcée, on peut déterminer la localisation
et la cause de l’hémorragie. On doit d’abord recueillir une anamnèse
détaillée, en prenant soin de noter les symptômes des voies digestives
haute et basse, les épisodes hémorragiques précédents, les
interventions chirurgicales antérieures touchant le tube digestif, la
prise d’acide acétylsalicylique (AAS) ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS), l’usage abusif d’éthanol et les maladies ou traitements
susceptibles de causer des troubles de la coagulation. La douleur ulcéreuse
cesse souvent lorsque débute l’hémorragie; dans 20 % à 25 % des cas,
aucune douleur ne précède l’hémorragie ulcéreuse.
Le médecin doit ensuite procéder à un examen physique complet en
accordant une attention particulière aux lésions vasculaires de la peau
et des muqueuses, aux ecchymoses, au foie, aux signes périphériques de
cirrhose, à la splénomégalie et aux veines abdominales superficielles
proéminentes. L’inspection des narines et de l’oropharynx permet d’éliminer
la possibilité d’épistaxis qui expliquerait la déglutition de sang.
L’examen rectal permet de procéder à l’examen des selles.
| 17.3 Démarche
diagnostique (figure
4) |
page
41 |
Lorsque l’émission de sang par l’une
ou l’autre des extrémités du tube digestif a été signalée, mais non
observée, ou lorsqu’on a constaté l’émission de selles
sanguinolentes ou de méléna sans hématémèse, une simple aspiration à
l’aide d’une sonde naso-gastrique aidera à déterminer si la source
de l’hémorragie se trouve en amont ou en aval du pylore. Si l’état
du patient est satisfaisant en réponse au rétablissement de la volémie
par voie intraveineuse, on peut décider du moment et de la nature des
examens requis pour déterminer la cause de l’hémorragie.
L’endoscopie des voies digestives supérieures constitue la technique la
plus fiable pour détecter les lésions situées en amont de la jonction
duodéno-jéjunale. Pour interrompre l’hémorragie provenant des lésions
décelées, on recourt parfois à l’injection sclérosante
perendoscopique, à la coagulation par thermosonde ou à la polypectomie
à l’anse diathermique. L’état du patient détermine si
l’endoscopie est urgente ou non. Il ne faut pas oublier que l’état du
patient peut s’aggraver rapidement et qu’il faut être prêt à
modifier le plan d’action tout aussi rapidement.
Les hémorragies digestives basses peuvent également être décelées
et traitées par voie endoscopique. Cela n’est habituellement possible
qu’après une préparation adéquate de l’intestin, le sang accumulé
ayant été enlevé. Lorsque l’hémorragie active persiste dans
l’intestin grêle ou le côlon, l’angiographie mésentérique
constitue le meilleur choix pour en établir la source. Par ailleurs,
quand l’hémorragie est moins abondante et intermittente, on peut
utiliser la scintigraphie. Ces examens ne sont toutefois utiles que si
l’hémorragie est active au moment où on les effectue.
En désespoir de cause, il faut recourir à l’entéroscopie totale,
une endoscopie de tout l’intestion grêle. Cette technique est
habituellement plus efficace lorsqu’on l’effectue au moment d’une
laparotomie, puisque le chirurgien peut alors manipuler les anses
intestinales à mesure que progresse l’endoscope.
| 17.4 Démarche
thérapeutique |
page
42 |
Il ne faut pas oublier que l’objectif du
traitement est la survie du patient. Une évaluation minutieuse et
continue de la réaction cardio-vasculaire à la perte de sang et à son
remplacement guidera les interventions, y compris celles de nature
chirurgicale. Le traitement spécifique dépend de la maladie sous-jacente
et sera décrit dans les sections subséquentes.

  |