
 
| 18. MASSE ABDOMINALE
/ S. Grégoire |
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Lorsqu’on découvre une masse abdominale
au moment d’un examen physique, il faut en définir la nature. Une
approche systématique permet souvent l’identification de la masse avant
le recours à des examens complexes.
| 18.2 Points
importants de l’anamnèse et caractéristiques de l’examen
physique |
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D’importants indices fournis par
l’anamnèse et l’examen général peuvent faciliter l’identification
du viscère tuméfié. À titre d’exemple, la découverte d’une masse
dans le quadrant inférieur droit chez un jeune patient présentant une
diarrhée, une perte de poids et des douleurs abdominales suggérerait une
maladie inflammatoire de l’intestin. On peut toutefois découvrir une
masse abdominale à l’examen physique d’un sujet asymptomatique.
Certaines observations recueillies durant l’examen de l’abdomen
peuvent se révéler utiles. (Voir aussi la section 20.)
18.2.1 INSPECTION
Où la masse est-elle située? Une façon
commode de procéder consiste à diviser l’abdomen en quatre quadrants (voir
la section 20.1). En partant du principe qu’une masse abdominale
provient d’un organe, l’anatomie de surface peut indiquer lequel est
tuméfié. Une masse décelée dans le quadrant inférieur gauche, par
exemple, pourrait avoir une origine colique ou ovarienne, mais, à moins
d’inversion viscérale, il n’y a pas lieu d’envisager l’abcès
appendiculaire!
La masse est-elle mobile et se déplace-t-elle sous l’effet des
mouvements respiratoires? Dans la partie supérieure de l’abdomen, une
masse intra-abdominale est mobile si elle se déplace vers le bas au cours
du mouvement inspiratoire, mais tel n’est pas le cas s’il s’agit
d’un organe relativement fixe (p. ex. l’aorte, le pancréas) ou
d’une masse de la paroi abdominale (p. ex. l’hématome du muscle grand
droit de l’abdomen).
Y a-t-il un péristaltisme visible ?
18.2.2 AUSCULTATION
L’auscultation attentive à la recherche
de souffle vasculaire, de bruits intestinaux ou de frottements au-dessus
de la masse abdominale fait partie de l’approche systématique.
18.2.3 DÉFINITION DU CONTOUR ET DE LA
SURFACE DE LA MASSE
Il est possible de définir le contour et
la surface de la masse par l’inspection, la percussion et la palpation.
L’organe est-il rempli d’air (p. ex. l’estomac) ou de liquide?
S’agit-il d’une masse bien définie (p. ex. le foie, la rate) ou ses
bords sont-ils difficiles à préciser (les anses entremêlées de
l’intestin grêle)? La surface est-elle régulière? Un foie tuméfié,
ou plus volumineux, par suite d’une infiltration graisseuse peut présenter
une surface lisse, tandis qu’un organe cirrhotique est habituellement
irrégulier et bosselé. Quelle est la consistance de la masse? Est-elle
ferme, dure ou molle? Est-elle pulsatile? En l’absence d’ascite, le
ballottement d’un organe situé dans l’un ou l’autre des quadrants
supérieurs à la palpation bimanuelle suggère plus vraisemblablement une
hypertrophie du rein (structure plus postérieure) qu’une hépatomégalie
ou une splénomégalie.
| 18.3 Diagnostic
différentiel |
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Nous proposons ci-après une démarche pour
le diagnostic différentiel d’une masse abdominale pour chacun des
quadrants.
18.3.1 QUADRANT SUPÉRIEUR DROIT
Une masse perçue dans le quadrant supérieur
droit, aussi appelé hypocondre droit, pourrait être localisée dans le
foie, le rein droit, la vésicule biliaire et, moins souvent, dans le côlon
ou la région gastro-duodénale. Une masse pancréatique est rarement
palpable à ce niveau.
18.3.1.1 Foie
Organe situé sous le diaphragme, le foie
se déplace vers le bas au moment de l’inspiration. Cet organe antérieur
possède un bord inférieur facilement palpable qui permet d’en évaluer
la consistance. Dans certaines maladies, on peut entendre un «souffle»
ou un «murmure veineux». Un lobe gauche hypertrophié est généralement
palpable dans la région épigastrique.
18.3.1.2 Rein droit
Le rein tuméfié peut faire saillie antérieurement,
et il est alors difficile de le distinguer d’un lobe hépatique surnuméraire
(lobe de Riedel). On peut le faire ballotter par palpation bimanuelle.
18.3.1.3 Vésicule biliaire
Cet organe de forme ovale se déplace vers
le bas au moment de l’inspiration, et il est habituellement lisse, régulier,
et n’est pas palpable à l’état normal.
18.3.1.4 Côlon
Les masses coliques sont profondes et mal définies,
et elles ne se déplacent pas au cours des mouvements respiratoires. Des
bruits intestinaux accentués suggèrent une obstruction.
18.3.2 QUADRANT SUPÉRIEUR GAUCHE
Une masse dans le quadrant supérieur
gauche évoque la rate ou le rein gauche. On peut aussi percevoir, mais
moins souvent, une masse colique (angle gauche du côlon) ou gastrique.
Une masse pancréatique est rarement palpable, sauf si elle est
volumineuse.
18.3.2.1 Rate
Cet organe antérieur se déplace vers le
bas au moment de l’inspiration. Puisqu’il possède un axe longitudinal
oblique, il s’étend vers le quadrant inférieur droit lorsqu’il est
tuméfié. La rate présente une échancrure médiane et son bord est
tranchant à la palpation. Une rate de volume normal n’est pas palpable.
18.3.2.2 Rein gauche
Sa situation plus postérieure et la présence
d’un ballottement facilitent sa distinction d’avec la rate.
18.3.2.3 Côlon, pancréas, estomac
Il est presque impossible de différencier
les masses dans ces organes à l’épigastre par un simple examen
physique. L’anamnèse est utile, mais on doit souvent s’en remettre
aux techniques radiologiques ou endoscopiques.
18.3.3 QUADRANT INFÉRIEUR DROIT
Une masse dans cette région provient soit
des voies digestives basses (côlon, intestin grêle distal, appendice) ou
d’une structure pelvienne (ovaire, utérus, trompe de Fallope).
18.3.3.1 Voies digestives basses
Ces organes plus profonds sont
habituellement mal définis. Le contexte clinique est important. Une
maladie inflammatoire de l’intestin serait habituellement associée avec
une douleur à la palpation, tandis que le cancer du caecum serait
indolore.
18.3.3.2 Organes pelviens
La palpation bimanuelle constitue la méthode
de prédilection.
18.3.4 QUADRANT INFÉRIEUR GAUCHE
Comme dans le cas d’une masse située
dans le quadrant inférieur droit, le diagnostic différentiel repose ici
entre une origine digestive basse (dans ce quadrant, le côlon sigmoïde)
et une origine pelvienne. La forme de l’organe et l’examen pelvien
devraient faciliter la distinction entre les deux.
| 18.4 Démarche
diagnostique |
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Pour l’identification définitive d’une
masse abdominale, il existe plusieurs moyens diagnostiques.
L’utilisation d’épreuves ou d’examens spécifiques est fonction de
leur disponibilité et de l’organe en cause.
L’échographie est en général utile. Cette technique non effractive,
sûre, peu coûteuse et très répandue, permet de déceler la masse et
renseigne sur son origine et sa nature. L’échographie peut aussi servir
à diriger une biopsie. Les autres méthodes non effractives sont la
scintigraphie et la tomodensitométrie. La radiographie peut mettre en évidence
les organes creux au moyen d’un produit de contraste (p. ex. le lavement
baryté, le transit du grêle, l’échographie, la pyélographie
intraveineuse, la cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique,
etc.). L’établissement du diagnostic nécessite parfois une laparotomie
ou une laparoscopie.

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