
 
| 20. EXAMEN DE
L'ABDOMEN / R.F. Bursey, J.M. Fardy et D.G.
MacIntosh |
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L’examen de l’abdomen est un élément
important de l’évaluation clinique du patient chez lequel on soupçonne
une affection gastro-intestinale. Comme dans toutes les autres parties de
l’examen, il est important de montrer de la considération et du respect
pour le patient tout en s’assurant de procéder à un examen rigoureux
et complet.
Au moment de l’examen, il est utile d’avoir à l’esprit les
concepts de sensibilité et de spécificité. Quelle assurance
pouvons-nous avoir qu’une observation physique est réellement présente
et qu’elle est importante sur le plan clinique? Par exemple, quelles
sont la sensibilité et la spécificité de la recherche d’hépatomégalie
que nous faisons au chevet du patient? Quelle est l’importance clinique
d’un bruit épigastrique selon qu’on l’entend chez une patiente
maigre âgée de 20 ans ou chez un patient âgé de 55 ans, hypertendu et
obèse.
Les sections suivantes décrivent la façon d’effectuer les différentes
étapes d’un examen de l’abdomen et en soulignent certains pièges
potentiels.
Assurez-vous que l’abdomen est à découvert
du rebord costal jusqu’à la symphyse pubienne. Pour décrire le siège
d’une anomalie, il est utile de diviser l’abdomen en quatre quadrants
au moyen d’une ligne verticale allant de la pointe du sternum à la
symphyse pubienne, en passant par l’ombilic. Une ligne horizontale
passant par l’ombilic permet alors de diviser l’abdomen en quatre régions
: les quadrants supérieur gauche, supérieur droit, inférieur gauche et
inférieur droit (figure 5).
Parfois, il peut être utile de diviser l’abdomen en neuf régions délimitées
au moyen de lignes verticales, en l’occurrence les lignes médio-claviculaires
gauche et droite, et de lignes horizontales passant par les bordures
sous-costales et les crêtes iliaques (figure
6).
L’aspect général, par exemple scaphoïde, protubérant ou obèse,
de même que l’emplacement de cicatrices opératoires doivent être notés.
On doit rechercher toute marque anormale de la surface, y compris des lésions
cutanées et des signes de vascularisation. Il faut aussi noter le degré
de facilité apparente des mouvements de la paroi abdominale au cours de
la respiration et des changements de position. Parfois, une hypertrophie
d’un organe ou une masse seront visibles. Il est également utile
d’observer l’abdomen depuis le pied du lit.
| 20.2 Auscultation |
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Il est préférable de faire
l’auscultation de l’abdomen avant la palpation ou la percussion, parce
que les bruits intestinaux provoqués par ces examens peuvent masquer des
souffles vasculaires ou des frottements pleuraux. Lorsqu’on recherche
des bruits vasculaires, il est utile d’avoir à l’esprit les signes
observés à la surface. L’aorte entre dans l’abdomen au niveau de la
pointe du sternum ou juste à sa gauche et se divise au niveau de
l’ombilic en deux artères : les iliaques primitives droite et gauche.
Les artères rénales se trouvent environ à mi-chemin entre la pointe du
sternum et l’ombilic, et il est préférable d’en faire
l’auscultation à 2 cm de la ligne médiane, de chaque côté. Les
bruits sont souvent plus faciles à déceler à la bifurcation des grands
vaisseaux; il est donc également recommandé d’ausculter les zones où
les iliaques primitives se divisent en iliaques internes et externes,
environ à mi-chemin entre l’ombilic et l’arcade crurale. On devrait
également rechercher des bruits fémoraux dans la région de l’arcade
crurale.
Le meilleur endroit pour entendre un bruit de diable est au-dessus de
la veine porte qui se trouve dans une région en forme d’ellipse située
entre l’ombilic et la ligne médio-claviculaire, là où celle-ci croise
le rebord sous-costal droit. Habituellement, les bruits artériels ne sont
entendus qu’au cours de la systole et sont plus faciles à déceler avec
la membrane du stéthoscope, car il s’agit d’un son aigu. Par contre,
le bruit de diable sera généralement plus continu et perceptible au
moyen de la cloche du stéthoscope, parce que c’est un son grave.
Toutefois, aucune étude n’indique que ces observations sont utiles ou
fiables pour l’examen de routine. Un bruit de diable peut être présent
dans l’hypertension de la veine porte, qu’elle qu’en soit la cause.
Dans une étude portant sur des patients souffrant de diverses affections
du foie, on a observé une fréquence de bruits inférieure à 3 %. La
capacité des cliniciens à distinguer les bruits artériels hépatiques
des autres bruits artériels tels que les bruits de l’artère rénale
n’a pas été étudiée.
On peut entendre des frottements dans la région du foie ou de la rate;
ces bruits, quoique rares, sont toujours anormaux. Chez des patients
atteints d’une tumeur du foie, une auscultation, même très attentive,
ne décèlera un frottement que dans moins de 10 % des cas.
20.2.1 BRUITS INTESTINAUX
La recherche des bruits intestinaux par
auscultation est un sujet quelque peu controversé. Les bruits intestinaux
devraient être recherchés avant la palpation ou la percussion, mais le
rendement de cet examen est faible. Le diaphragme du stéthoscope doit être
placé sur l’abdomen, sur le quadrant inférieur droit près de la
valvule iléo-colique, au début du moins. Les caractéristiques des
bruits intestinaux et même leur absence ne permettent pas d’établir le
diagnostic d’un état particulier, sauf peut-être les bruits très
aigus de l’occlusion aiguë de l’intestin grêle. En fait, il est
probablement plus utile de déterminer la façon dont les bruits
intestinaux évoluent en une période de plusieurs heures.
La palpation de l’abdomen doit être
faite dans un ordre déterminé, le patient étant couché sur le dos. On
doit commencer par une palpation superficielle des quatre quadrants pour
reconnaître les régions potentiellement sensibles. La palpation
superficielle se fait à l’aide d’une seule main. Si aucune région de
sensibilité évidente n’est décelée, on passe à une palpation
bimanuelle profonde des quatre quadrants. La pression est exercée en
appliquant une main sur l’autre qui est posée sur l’abdomen, parce
qu’on pense que la palpation profonde à l’aide d’une seule main
peut ne pas reconnaître une plénitude ou une masse subtile si la main
qui exerce la pression profonde doit aussi déceler l’anomalie. La précision
de cette technique n’a pas été vérifiée. On dit que si le patient éprouve
de la difficulté à relaxer la musculature de la paroi abdominale, on
peut lui replier les jambes et poser ses pieds à plat sur le lit, ce qui
l’aidera à se détendre; toutefois, il est probable qu’une approche
calme et méthodique accompagnée de paroles rassurantes de la part du médecin
sera tout aussi efficace.
Les techniques de palpation du foie et de la rate sont discutées dans
les sections 20.5 et 20.6.
La percussion de l’abdomen décèlera la
présence de gaz intestinaux. Les applications de cette technique pour la
description d’une hypertrophie d’un organe et le dépistage de
liquides sont discutées dans les sections suivantes.
| 20.5 Examen
du foie |
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L’examen du foie consiste principalement
en une palpation, où l’on vérifie s’il est possible de détecter le
bord inférieur du foie, et en une percussion visant à en déterminer la
largeur. Cet examen est réalisé après qu’on a examiné s’il y avait
une voussure du quadrant supérieur droit et des signes extra-hépatiques
d’hépatopathie. Pour palper le bord inférieur du foie, l’examinateur
commence par appliquer une légère pression sur le quadrant inférieur
droit de l’abdomen. On demande au patient de respirer doucement et
lentement, de manière à abaisser le bord du foie jusqu’aux doigts de
la main droite de l’examinateur. Celui-ci bouge la main droite en
direction céphalique de 2 cm environ, à chaque respiration. Si le bord
n’est pas perçu, aucun autre examen n’est nécessaire. Si l’on soupçonne
une hépatopathie, le bord inférieur du foie peut être délimité par
percussion.
Si le bord inférieur est repéré, marquez-en l’emplacement sur la
ligne médio-claviculaire. Cherchez le bord supérieur par percussion en
commençant dans le troisième espace intercostal, un doigt étant étendu
à plat dans l’espace. Dirigez-vous vers le bas, en percutant un espace
à la fois, jusqu’à ce que la sonorité soit diminuée. Pour confirmer
le changement de sonorité, frappez le majeur et l’auriculaire étendus
dans des espaces intercostaux adjacents. Il devrait y avoir un son résonant
sur le doigt supérieur et un son mat sur le doigt inférieur. Mesurez la
distance entre les bords supérieur et inférieur de percussion sur la
ligne médio-claviculaire. La détermination de la largeur du foie peut se
faire en situant le bord inférieur au moyen d’une percussion ferme ou légère.
La méthode recommandée est la percussion légère, parce qu’elle
semble donner la meilleure estimation selon l’échographie. Il faut se
rappeler que le bord supérieur du foie est en forme de dôme et non pas
droit.
L’examen par grattement a été utilisé pour repérer le bord inférieur
du foie. La membrane du stéthoscope est placée au rebord costal droit
sur la ligne médio-claviculaire. On remonte avec un doigt le long de la
ligne médio-claviculaire en grattant doucement tout en appliquant une
pression constante. Lorsque le bord du foie est atteint, on note une
augmentation subite du bruit de grattement entendu dans le stéthoscope.
Dans une étude comparative, on a jugé que cet examen n’offrait pas
d’avantage par rapport aux techniques de palpation et de percussion.
Lorsque le bord du foie est palpable, tracez-en le contour en allant du
côté vers le centre. Essayez de déterminer les caractéristiques de sa
surface, par exemple molle, ferme ou bosselée. Ces caractéristiques
peuvent aider à l’évaluation des patients souffrant d’une hépatopathie;
toutefois, on s’entend très peu sur ces observations, même parmi les
experts. L’auscultation est rarement utile. On doit tenter d’évaluer
le lobe gauche dans l’épigastre à l’aide de ces techniques.
Que signifie un bord de foie palpable? Selon une revue récente, un
foie palpable n’est pas nécessairement hypertrophié ni atteint. Une
comparaison des résultats de l’examen clinique et de la scintigraphie révèle
que dans la moitié des cas environ, le foie palpable n’est pas
hypertrophié. L’incapacité de déceler le bord du foie n’écarte pas
l’hépatomégalie mais en réduit la probabilité.
Quelle est la largeur normale obtenue par percussion? Une seule étude
a été réalisée dans le but d’établir la largeur normale du foie.
Castell a examiné 116 sujets en bonne santé en ayant recours à la
percussion ferme. La largeur moyenne au niveau de la ligne mamelonnaire a
été de 7 cm chez les femmes et de 10,5 cm chez les hommes. Les
nomogrammes suivants ont été élaborés pour obtenir au moyen de la
technique de percussion ferme une estimation de la matité dans une
population normale : la matité hépatique chez l’homme égale (0,032
fois le poids en livres) + (0,183 fois la hauteur en pouces) – 7,86.
Chez la femme, la matité hépatique égale (0,027 fois le poids en livres)
+ (0,22 fois la hauteur en pouces) – 10,75. L’intervalle de confiance
de 95 % était de plus ou moins 2,64 cm. Par conséquent, selon cette
formule, un homme mesurant 5 pi 10 po et pesant 175 lb aurait une largeur
de foie probable de 10,2 cm (écart : de 7,6 à 12,8); chez une femme de 5
pi 5 po pesant 130 lb, la valeur correspondante serait de 7,1 cm (écart :
de 4,5 à 9,7).
| 20.6 Examen
de la rate |
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La rate normale est un organe courbé, situé
sous le gril costal dans l’hypocondre gauche. La rate se trouve sous la
dixième côte gauche; son poids normal est d’environ 150 g et elle
mesure environ 12 cm de longueur, 7 cm de largeur et 3 cm d’épaisseur.
La rate normale n’est pas palpable; cependant, lorsqu’elle grossit,
elle descend sous le gril costal et déborde dans l’abdomen en direction
du quadrant inférieur droit. Une rate hypertrophiée peut présenter une
encoche palpable le long de son bord médian.
L’examen de la rate devrait commencer par la recherche d’une masse
palpable dans l’hypocondre gauche, bien que cette observation soit peu
fréquente. L’examinateur doit ensuite percuter la région de la rate
pour vérifier s’il y a une matité, ce qui indique une hypertrophie.
Les deux méthodes les plus utiles sont la percussion de l’espace sonore
de Traube et le signe de Castell.
Les repères de surface pour l’espace sonore de Traube sont la sixième
côte gauche, la ligne axillaire moyenne gauche et le rebord costal
gauche. Une rate hypertrophiée peut causer une matité au niveau de
l’espace sonore de Traube. La percussion doit être effectuée à un ou
à plusieurs points le long de cette région, en allant du milieu vers le
côté. La sensibilité et la spécificité de cette manoeuvre se situent
entre 60 % et 70 % pour ce qui est de la splénomégalie; cependant, elles
augmentent à environ 80 % chez le sujet non obèse à jeun.
La méthode de Castell consiste à percuter l’espace intercostal le
moins élevé dans la ligne axillaire antérieure gauche. Chez les
personnes en santé, cette région est sonore à la percussion et le
demeure à l’inspiration. En présence d’une légère hypertrophie de
la rate, elle sera sonore à la percussion et montrera une matité à
l’inspiration maximale. Cette méthode a une sensibilité et une spécificité
d’environ 80 % pour le dépistage d’une hypertrophie de la rate et
semblerait convenir particulièrement au dépistage d’une rate légèrement
hypertrophiée non palpable.
Pour palper la rate, on doit commencer dans le quadrant inférieur
droit et aller vers l’hypocondre gauche, de manière à suivre la
direction de l’hypertrophie. Le sujet étant en décubitus dorsal, on
procède à une palpation bimanuelle en utilisant la main gauche pour
soulever doucement la partie la plus basse du gril costal gauche vers
l’avant. On utilise le bout des doigts de la main droite pour chercher
la pointe de la rate en palpant doucement lorsque le sujet inspire. La
main glisse du quadrant inférieur droit vers le quadrant supérieur
gauche. Si la rate n’est pas palpable en décubitus dorsal, le sujet se
couche sur le côté droit et le pôle de la rate est de nouveau cherché
par la technique bimanuelle, le bout des doigts de la main droite
effectuant la palpation au moment de l’inspiration. Cette technique a
une sensibilité de 70 % et une spécificité de 90 % pour ce qui est de
l’hypertrophie de la rate.
| 20.7 Examen
en présence d’une ascite présumée |
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La présence d’une ascite, accumulation
de liquide circulant librement dans la cavité péritonéale, est toujours
due à un processus pathologique sous-jacent. Le plus souvent, la cause
est une cirrhose d’un type quelconque. Les autres causes possibles
comprennent une insuffisance cardiaque droite grave, une obstruction
lymphatique, un cancer intra-abdominal primitif et des métastases péritonéales.
Il est facile de déceler en clinique de gros volumes d’ascite, mais la
sensibilité des techniques d’examen diminue lorsque les volumes sont
faibles. L’échographie, qui peut révéler aussi peu que 100 mL de
liquide, est la technique de référence à laquelle sont comparées les
manoeuvres cliniques de diagnostic.
L’une des démarches consiste à vérifier d’abord si les flancs
sont bombés et à déterminer ensuite, par palpation, la présence ou
l’absence du signe du flot et, par percussion, la matité du flanc ainsi
que la mobilité de la matité. Il faut savoir que le tissu adipeux des
flancs peut parfois être confondu avec du liquide. Pour démontrer le
signe du flot, il faut demander l’aide du patient ou d’une autre
personne. Le patient étant en décubitus dorsal, on place une main sur le
flanc du patient et avec l’autre main, on donne de petits coups brefs
sur l’autre flanc. Une troisième main applique au milieu de l’abdomen
une pression suffisante pour amortir toute vague qui pourrait passer à
travers le tissu adipeux de la paroi abdominale antérieure. En présence
de liquide, une onde de choc sera perçue par la main qui effectue la
palpation. La sensibilité de cette technique est d’environ 50 % mais sa
spécificité est supérieure à 80 %.
Pour rechercher par percussion une masse liquidienne libre, on doit
placer le doigt parallèlement à la limite présumée et percuter la région
de sonorité au milieu de l’abdomen jusqu’à la région de matité
dans les flancs. Après avoir marqué cette région, on fait rouler le
patient du côté opposé. Par exemple, si la matité du flanc est perçue
à gauche, on doit rouler le patient sur son côté droit. On doit laisser
s’écouler environ 30 secondes pour permettre au liquide de passer de la
région située entre le mésentère et les boucles de l’intestin vers
la partie inférieure de l’abdomen. La région du flanc gauche qui présentait
auparavant une matité doit maintenant être sonore. L’ordre dans lequel
on procède n’a pas d’importance. Dans trois études séparées, la
mobilité de la matité a montré une sensibilité variant entre 60 % et
88 %, et une spécificité variant entre 56 % et 90 %.
Dans une étude à laquelle ont participé 6 gastro-entérologues et 50
patients alcooliques hospitalisés, la concordance globale quant à la présence
ou à l’absence d’une ascite a été de 75 %, pour atteindre 95 %
parmi les médecins les plus expérimentés.
Fait intéressant, les symptômes sont souvent aussi utiles que
l’examen physique pour le diagnostic clinique de l’ascite. Les
observations les plus précieuses à cet égard sont un signe du flot
positif, une mobilité de la matité ou un oedème périphérique.
L’absence de ces observations peut servir à écarter une ascite, tout
comme l’absence d’antécédents de gonflement de la cheville ou
d’augmentation du volume de l’abdomen.

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