
 
| 6. DYSPEPSIE
/ W.G. Thompson |
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Indigestion, maldigestion.
Le terme dyspepsie est imprécis. La
meilleure description que l’on puisse en donner est la gêne épigastrique
ou la sensation de réplétion douloureuses, chroniques (depuis plus de
trois mois), récidivantes et souvent liées à l’horaire des repas. Le
siège de la douleur et sa relation aux repas ressemblent à la
description classique d’un ulcère gastro-duodénal, de sorte que le médecin
doit envisager cette possibilité chez un patient dyspeptique. La
dyspepsie est habituellement un malaise quotidien, mais rarement
invalidant.
On connaît mal le mécanisme de la
dyspepsie. Même lorsque ce malaise accompagne un ulcère gastro-duodénal,
la cause de la douleur demeure incertaine. D’aucuns prétendent que le
malaise est lié à 1) une perturbation de la vidange gastrique, 2) à un
trouble du rythme électrique de base de l’estomac ou 3) à un trouble
de la motilité pyloro-duodénale, mais rien n’a encore été prouvé.
Bien que de nombreux patients attribuent la
dyspepsie à certains aliments en particulier, il semble que les graisses
soient régulièrement seules coupables. Les graisses peuvent déclencher
la dyspepsie en ralentissant la vidange gastrique ou en libérant de la
cholécystokinine, substance reconnue pour son effet inhibiteur sur la
musculature lisse des voies digestives hautes.
D’autres symptômes de troubles des voies digestives hautes sont
associés avec la dyspepsie, notamment les nausées, les vomissements (rarement),
les éructations et la sensation de distension gazeuse. Les expressions
comme dyspepsie biliaire, dyspepsie pancréatique, dyspepsie
appendiculaire et dyspepsie gazeuse sont trompeuses et inutiles. Il faut
éviter toute confusion avec la nature épisodique et la gravité de la
douleur due à la colique biliaire ou à une affection pancréatique. En réalité,
les symptômes dyspeptiques sont tout aussi courants en présence de
calculs biliaires qu’en leur absence.
Il est également important de distinguer la dyspepsie de la sensation
de brûlure rétrosternale que l’on appelle « pyrosis ». Le pyrosis
est causé par un RGO et doit faire l’objet d’approches diagnostiques
et thérapeutiques différentes de celles que l’on utilise pour la
dyspepsie.
| 6.4 Points
importants de l’anamnèse |
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Chez un sujet en particulier, il est
presque impossible, au moment de l’anamnèse, de faire la distinction
entre une dyspepsie ulcéreuse ou non ulcéreuse. De vastes études ont démontré
que, d’après les statistiques, la douleur épigastrique nocturne soulagée
par des antiacides est associée le plus souvent avec un ulcère gastro-duodénal.
La douleur de la dyspepsie n’est pas invalidante. Il va de soi que des
complications comme l’hémorragie, la perte de poids ou les vomissements
n’accompagnent jamais une dyspepsie non ulcéreuse. La douleur ou le
malaise attribuables au syndrome du côlon irritable peuvent être
ressentis à l’occasion dans la région épigastrique. Toutefois, ils se
distinguent des malaises prenant naissance dans les voies digestives supérieures
puisqu’ils sont généralement associés avec des changements des
habitudes de défécation.
La sensibilité épigastrique à la palpation au moment de l’examen
physique ne permet pas de faire la distinction entre une dyspepsie ulcéreuse
ou non ulcéreuse. Dans ce dernier cas, il ne doit y avoir aucune
complication évocatrice d’un ulcère gastro-duodénal, comme des signes
d’irritation péritonéale, un clapotis gastrique ou une masse épigastrique.
| 6.5 Démarche
diagnostique et thérapeutique |
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La dyspepsie affecte environ 10 % de la
population, mais beaucoup ne sollicitent pas l’avis du médecin. Parmi
ceux qui consultent un médecin, près du tiers ne présentent pas d’ulcère
gastro-duodénal. Il existe peu de preuves que les patients qui souffrent
de dyspepsie non ulcéreuse développeront à la longue un ulcère, même
si les symptômes persistent pendant de longues périodes au cours de leur
vie.
Les examens diagnostiques et le traitement dépendront donc de l’établissement
d’un diagnostic précis dès le début, du coût des examens
diagnostiques et du coût du traitement. Comme les médicaments antiulcéreux
sont très efficaces et apparemment sans danger, traiter tous ces sujets
sans effectuer d’examen diagnostique serait une attitude acceptable. Aux
États-Unis, où la radiographie et l’endoscopie coûtent très cher et
sont à la charge du patient, le traitement systématique a ses adeptes.
Dans des pays comme le Canada, par contre, il semble plus efficace d’établir
le diagnostic dès le début avant d’engager le patient dans un
traitement médicamenteux, car même si le coût des médicaments est
semblable à celui des États-Unis, celui des examens y est beaucoup
moindre et n’est pas assumé par le patient. Maintenant que nous savons
que la plupart des ulcères non provoqués par les AINS sont dus à la présence
d’Helicobacter pylori et qu’ils sont guéris par l’élimination
de ces bactéries de l’estomac, d’autres approches sont proposées.
Actuellement, on recommande que les patients ulcéreux infectés par H.
pylori reçoivent les antibiotiques appropriés. L’élimination de
l’organisme n’apportera que rarement un soulagement prolongé des
symptômes à ceux qui ne souffrent pas d’un ulcère. De nouvelles stratégies
incitent à vérifier la présence de H. pylori chez les patients
atteints de dyspepsie et à procéder à l’endoscopie seulement chez
ceux dont les résultats sont positifs. D’autres suggèrent de traiter
sans établir cette distinction. L’analyse des coûts et des résultats
n’a pas permis d’établir quelle approche était la meilleure. On
trouvera dans le chapitre 6, « L’estomac et le duodénum »,
de plus amples renseignements sur cette question en pleine évolution.
Bien que l’étude barytée du tractus digestif supérieur réalisée
avec minutie puisse révéler la plupart des ulcères, l’endoscopie est
plus précise et met aussi en évidence les autres lésions de la muqueuse.
Si la dyspepsie s’avère non ulcéreuse, un diagnostic précoce offre
l’avantage d’éviter l’usage inutile et prolongé de médicaments
systémiques et coûteux. De plus, l’incertitude liée à l’absence de
diagnostic peut entraîner un traitement inadéquat et aggraver l’inquiétude
du patient.

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