
 
| 9. GAZ INTESTINAUX
ET BALLONNEMENT / W.G. Thompson |
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9.1 Synonymes et termes connexes |
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Météorisme, flatulence, distension
gazeuse, éructations, rots, rapports, borborygmes, « pets » et
flatuosités. Les termes gaz intestinaux et ballonnement recouvrent trois
phénomènes qui ne sont pas liés. Les gaz intestinaux constituent
un phénomène physiologique dû à la production de gaz par les bactéries
du côlon. L’éructation excessive est associée avec l’aérophagie
(déglutition d’air). Il s’agit également d’une manifestation
physiologique qui peut toutefois devenir exagérée si l’habitude en est
prise. Le mécanisme du ballonnement est inconnu. Ces phénomènes
n’ont pas de lien entre eux malgré qu’ils se produisent souvent
ensemble.
| 9.2 Gaz
intestinaux, flatulence, flatuosités |
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9.2.1 MÉCANISME
L’émission de gaz par l’anus est un phénomène
d’excrétion physiologique. Normalement, l’intestin contient de 100 à
200 mL de gaz. Une personne moyenne ayant une alimentation normale émet
environ 1 L de gaz par jour. Nous émettons en moyenne de 50 à 500 mL,
13,6 fois par jour, bien qu’il existe une grande variabilité d’une
personne à une autre et d’une fois à une autre. Ceux qui sont sujets
à produire une plus grande quantité de gaz ou qui sont trop sensibles
peuvent en souffrir sur le plan social. La majeure partie du gaz émis
vient du côlon. Certains glucides, tels que la cellulose, les glycoprotéines
et d’autres matières ingérées qui ne sont pas assimilées dans
l’intestin grêle, arrivent intacts dans le côlon et les bactéries qui
y sont présentes les digèrent et produisent de l’hydrogène, du gaz
carbonique, du méthane et des traces d’autres gaz.
La flore intestinale varie selon les personnes. Certaines bactéries
produisent de l’hydrogène, alors que d’autres en consomment. Chez une
personne sur trois, un organisme appelé Methanobrevibacter smithii transforme
l’hydrogène en méthane. La présence de ce micro-organisme et la
capacité de produire du méthane sont le résultat de la flore
intestinale d’un individu. Les conjoints n’ont pas nécessairement
tous deux cette caractéristique. Un autre produit de fermentation, le gaz
carbonique, est aussi libéré lorsque l’acide chlorhydrique réagit
avec le bicarbonate dans l’intestin. Toutefois, ce gaz est rapidement réabsorbé.
L’hydrogène, le gaz carbonique, le méthane et l’azote dégluti représentent
99 % des gaz du côlon. Le 1 % qui reste est composé de traces de gaz
dont la forte odeur contrebalance la faible quantité. Les gaz malodorants
comprennent le sulfure d’hydrogène, l’ammoniac, le scatole,
l’indole et des acides gras volatiles.
Les borborygmes désignent les bruits produits lorsque l’air
et les liquides se déplacent dans l’intestin. Les émissions de gaz et
les borborygmes n’expliquent pas le ballonnement.
9.3.1 MÉCANISME
Au moment de l’inspiration, la pression
intra-oesophagienne normalement négative aspire l’air ambiant. Une
inspiration forcée lorsque la glotte est fermée (trachée fermée
intentionnellement) aspire encore plus d’air. Lorsque la pression intra-oesophagienne
augmente au moment de l’expiration, l’air peut être expulsé. Les
adolescents adorent choquer leurs aînés par des éructations volontaires.
Sur le plan pratique, ceux qui ont perdu leur larynx en raison d’un
cancer apprennent à utiliser ce moyen, la voix oesophagienne, pour
s’exprimer. De manière plus générale, l’aérophagie est une
habitude indésirable qui se manifeste par des éructations répétées en
réponse à d’autres symptômes intestinaux.
De l’air est ingéré à chaque déglutition, peut-être davantage
avec des aliments. Les patients nerveux qui subissent une radiographie de
l’abdomen accumulent une plus grande quantité de gaz intestinaux que
ceux qui sont plus détendus. Les autres mécanismes de l’aérophagie
comprennent la succion du pouce, la mastication de gomme à mâcher,
l’ingestion de boissons gazeuses, le fait de manger trop rapidement et
le port de prothèses dentaires mal ajustées. Le gaz de l’estomac a la
même composition que l’air ambiant.
Dans l’achalasie, où le sphincter oesophagien inférieur ne peut se
relâcher, l’estomac ne contient pas de gaz. Dans les cas d’occlusion
intestinale ou de fistule gastro-colique, les gaz du côlon atteignent
l’estomac. Parfois, la stase gastrique permet une prolifération bactérienne,
ce qui produit de l’hydrogène dans l’estomac. Normalement, le gaz de
l’estomac est de l’air dégluti.
9.3.2 MANIFESTATIONS CLINIQUES DE L’AÉROPHAGIE
L’éructation est l’émission bruyante
par la bouche de gaz venant de l’estomac. Le terme rot désigne
le même phénomène. Une éructation après un repas copieux est l’émission
physiologique d’air provenant de l’estomac. Le muscle de l’estomac
peut s’étirer pour recevoir les aliments, ce qui cause un malaise sans
grande augmentation de la pression intragastrique. Or, une éructation après
le repas soulage cette gêne. Certaines personnes semblent particulièrement
sensibles à l’augmentation de la pression intragastrique. Les personnes
qui souffrent de gastro-entérite, de pyrosis ou d’ulcères déglutissent
plus fréquemment. Si la libération de gaz soulage temporairement la
sensation de distension, il peut s’installer un cycle de déglutition
d’air et d’éructations qui se poursuivent parfois longtemps après
que la gêne initiale a été oubliée.
Évidemment, l’émission de gaz est importante; ceux qui en sont
incapables pourront en témoigner. Lorsque le sphincter oesophagien inférieur
est renforcé par une intervention chirurgicale anti-reflux, l’éructation
peut devenir impossible. Les patients alités, tels ceux qui se rétablissent
d’une opération, peuvent avoir de l’air enfermé dans l’estomac. En
position couchée sur le dos, le contenu de l’estomac bloque la jonction
oeso-gastrique de telle sorte que l’air ne peut sortir à moins que le
sujet ne se couche sur le ventre.
Un patient peut prétendre que son estomac produit une quantité
prodigieuse de gaz, alors qu’en réalité l’air est simplement aspiré
dans l’oesophage pour être ensuite expulsé. Une faible quantité de
cet air peut même se rendre jusqu’à l’estomac. Certaines personnes
peuvent éructer à volonté et l’inspiration contre une glotte fermée
peut être démontrée. Dans la plupart des cas, ceux qui sont affligés
de cette habitude sont soulagés qu’on le leur signale mais certains
sont incrédules. Se défaire de cette habitude est souvent difficile. Les
éructations répétées incoercibles sont appelées eructio nervosa.
| 9.4 Ballonnement
abdominal fonctionnel |
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9.4.1 MÉCANISME
Ceux qui se plaignent de ballonnement et de
distension sont souvent convaincus que ces derniers sont dus à un excès
de gaz intestinaux. Bien que cette sensation puisse provoquer une aérophagie,
elle en est rarement le résultat. L’émission de gaz par l’anus peut
temporairement soulager le ballonnement, mais la production de gaz
intestinaux n’en est pas la cause. Les recherches ont démontré que le
volume des gaz chez les personnes qui se plaignent de ballonnement n’est
pas anormal. Malgré une distension visible, les rayons X et la
tomodensitométrie ne révèlent pas d’accumulation de grandes quantités
de gaz intestinaux. La distension disparaît pendant le sommeil et au
cours d’une anesthésie générale.
Une hypersensibilité intestinale peut expliquer la sensation de
ballonnement abdominal. L’intestin hypersensible reçoit une sensation
de plénitude à un degré de remplissage plus faible que la normale et
les muscles abdominaux se relâchent pour s’adapter à la distension
ressentie. L’estomac est distendu et perçoit une distension causée par
des quantités normales d’air.
Chez les patientes atteintes du syndrome du côlon irritable qui se
plaignent de distension, le volume de l’abdomen peut augmenter de 3 à 4
cm en une période de 8 heures. La tomodensitométrie a démontré une
modification de ce profil malgré l’absence de changement du contenu en
gaz ou de leur distribution. On n’observe pas de modification
correspondante chez les témoins normaux. Parfois, on note une
augmentation de lordose lombaire (colonne vertébrale arquée). Lorsque
des femmes font délibérément ressortir leur abdomen, la forme est différente
de celle qu’on observe en présence d’un ballonnement; un mécanisme
conscient ne peut donc pas expliquer l’augmentation du volume abdominal.
Peut-être les muscles abdominaux sont-ils affaiblis. La réalité du phénomène
est indiscutable, mais le mécanisme demeure un mystère.
9.4.2 TABLEAU CLINIQUE
Le ballonnement se produit chez 30 % des
adultes et il est fréquent chez 10 % d’entre eux. Parmi ceux qui
souffrent du syndrome du côlon irritable et de dyspepsie, les proportions
sont beaucoup plus élevées. C’est souvent la manifestation qui dérange
le plus les patients atteints de ces maladies. Généralement, l’abdomen
est plat au réveil mais la distension s’accroît progressivement au
cours de la journée pour ne disparaître que durant le sommeil. Les
femmes se plaignent de devoir desserrer leurs vêtements et se comparent
parfois à une femme enceinte de six mois. Bon nombre de sujets signalent
que le ballonnement survient rapidement, dans certains cas en moins
d’une minute. Il est souvent aggravé par l’ingestion d’aliments et
soulagé lorsque les personnes s’allongent. Les menstruations et le
stress ont un effet aggravant dans quelques cas. En général, c’est
dans la partie inférieure de l’abdomen que la sensation est le plus évidente,
mais de nombreux sujets rapportent une sensation localisée dans la région
ombilicale ou dans tout le ventre.
9.4.3 DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Le ballonnement observable a été appelé ballonnement
non gazeux hystérique, pseudotumeur ou grossesse nerveuse (fausse
grossesse). Si la distension est présente au moment de l’examen (plus
probable vers la fin de la journée), le phénomène est vraisemblablement
fonctionnel. Il n’y a pas de tympanisme abdominal pouvant indiquer la présence
de gaz intestinaux et parfois l’abdomen distendu peut être confondu
avec une ascite ou avec une tumeur.
Le ballonnement est souvent associé avec la dyspepsie ou le syndrome
du côlon irritable. Il ne constitue pas en soi le symptôme d’une
maladie organique et ne devrait donner lieu à aucun examen. Dans
l’occlusion intestinale ou l’iléus postopératoire (intestin paralysé),
les gaz s’accumulent et distendent l’intestin, ce qui provoque une gêne
et une douleur. Dans ces cas, il y a d’autres signes et symptômes
permettant d’établir le diagnostic.

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