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| 2. COLITE ULCÉREUSE |
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366 |
La colite ulcéreuse ou rectocolite hémorragique
est une maladie inflammatoire d’étiologie indéterminée de la muqueuse
intestinale, qui peut s’étendre du rectum au caecum. Il s’agit
d’une maladie chronique caractérisée par des saignements rectaux et de
la diarrhée; son évolution comprend des rémissions et des
exacerbations.
La colite ulcéreuse n’est pas une entité distincte puisque la
majorité des caractéristiques histologiques de la maladie se retrouvent
dans plusieurs maladies inflammatoires du côlon. Le diagnostic de la
colite ulcéreuse repose donc sur la découverte d’une association de
critères cliniques et pathologiques, la recherche de l’étendue et de
la distribution des lésions, et l’exclusion d’autres formes de colite
inflammatoire causées par des agents infectieux ( Entamoeba
histolytica, Clostridium difficile, Helicobacter, E. coli et Shigella
).
| 2.1
Physiopathologie |
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366 |
Contrairement à la maladie de Crohn qui
s’étend jusque dans les couches musculaires plus profondes, la colite
ulcéreuse est un état inflammatoire qui >se limite à la muqueuse. La
douleur abdominale vive et localisée, la perforation et la formation
d’une fistule, fréquentes dans la maladie de Crohn, sont rarement
observées dans la colite ulcéreuse. L’examen microscopique classique
de la muqueuse colique révèle des micro-abcès qui touchent les cryptes
de Lieberkühn connus sous le nom d’abcès cryptiques. Les granulocytes
s’accumulent dans les abcès cryptiques et une nécrose franche de l’épithélium
cryptique environnant se produit; les infiltrats de granulocytes s’étendent
à l’épithélium du côlon. Ces micro-abcès cryptiques sont invisibles
à l’oeil nu. >Il peut cependant y avoir confluence de plusieurs abcès
cryptiques et production d’un ulcère peu profond visible à la surface
de la muqueuse ( figure 3
). Les abcès cryptiques peuvent parfois s’étendre latéralement
et attaquer la muqueuse sur trois côtés; le lambeau flottant de muqueuse
sera perçu à l’endoscopie et aux clichés radiologiques comme un «
pseudo-polype ». La destruction de la muqueuse amène la formation, dans
les endroits dénudés, de tissu de granulation très vascularisé, ce qui
produit une friabilité et des saignements. Les deux plus importants symptômes
de la colite ulcéreuse, à savoir la diarrhée et les saignements rectaux,
sont reliés à l’étendue des lésions de la muqueuse qui altère la
capacité du côlon à absorber les électrolytes et l’eau, et au tissu
de granulation très vascularisé et friable qui saigne facilement.
L’examen radiologique révèle souvent une diminution de la longueur
et du diamètre du côlon, la disparition des haustrations et la formation
d’un rétrécissement. Ces symptômes sont cependant souvent réversibles
puisqu’ils sont causés par l’hypertrophie et le spasme de la
musculeuse, et non par la fibrose.
| 2.2 Caractéristiques
cliniques |
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368 |
La colite ulcéreuse survient de façon
caractéristique chez les personnes de 20 à 50 ans; elle peut apparaître
sous forme d’une crise fulminante aiguë initiale ou évoluer de façon
insidieuse et devenir chronique. Environ 70 % des malades présentent une
rémission symptomatique complète entre les crises intermittentes. Chez
10 % des malades, une crise initiale peut survenir sans s’accompagner de
rechutes ultérieures mais, dans 15 % à 20 % des cas, les >symptômes
sont continus et aucune rémission n’est notée.
Le symptôme initial le plus courant de la colite ulcéreuse est la
rectorragie. Des taches de sang sur le papier hygiénique ou la présence
de mucus sanguinolent à la surface des selles est généralement le
premier symptôme à >apparaître. Ce saignement initial est souvent
confondu avec un saignement hémorroïdal. En réalité, cette première
apparition de sang peut survenir à la suite d’une période de
constipation qui amène le malade à consulter. Dans un tel cas, la colite
est souvent associée à une maladie limitée au rectum, où le spasme empêche
les selles de pénétrer dans la zone en cause. La constipation initiale
ou des habitudes de défécation normales peuvent donc caractériser la
rectosigmoïdite ulcéreuse.
La diarrhée survient lorsque l’atteinte du côlon est plus étendue.
À ce stade, >du sang est généralement présent dans les selles. Le
principal mécanisme responsable de la diarrhée dans les cas de colite
ulcéreuse est l’exsudation qui entraîne une sécrétion de liquide
interstitiel et la perte de la surface muqueuse destinée à absorber le
liquide, les électrolytes et l’eau. De plus, l’atteinte du rectum empêche
ce segment du côlon de jouer son rôle de réservoir pour les matières fécales
avant la défécation. Cette irritabilité rectale entraîne souvent >l’évacuation
fréquente de petites quantités de sang et de mucus, phénomène appelé
« pseudo-diarrhée ».
Comme la gravité de la maladie influe sur l’approche thérapeutique
et le pronostic, il est important que le médecin évalue la gravité de
la maladie pour chaque cas. Les symptômes et les signes cliniques
constituent les meilleurs indices de la gravité de la maladie. Une diarrhée
importante indique que la muqueuse colique est atteinte au point d’altérer
de façon importante l’absorption de l’eau et du sodium. La fréquence
des selles n’est cependant pas un indicateur fiable de gravité puisque
les évacuations fréquentes peuvent refléter une diarrhée importante ou
une irritabilité rectale. D’importantes quantités de sang dans les
selles, une baisse du taux d’hémoglobine et une hypoalbuminémie
attribuable à une exsudation d’albumine dans la lumière colique
indiquent une atteinte inflammatoire importante du côlon. Une vitesse de
sédimentation globulaire élevée, de la fièvre, des douleurs
abdominales accrues et >une sensibilité abdominale, peuvent refléter
une atteinte transmurale et l’apparition d’une colite ulcéreuse grave
évoluant vers un mégacôlon toxique.
La colite ulcéreuse peut être classée selon le stade de gravité
clinique :
1. Sévère . Diarrhée comprenant six évacuations ou plus par
jour, présence de sang macroscopique dans les selles, fièvre,
tachycardie (plus de 90 battements/min), anémie et vitesse de sédimentation
globulaire élevée.
2. Modérée . Diarrhée comprenant au plus quatre évacuations par
jour, petites quantités macroscopiques de sang dans les selles, absence
de fièvre et de tachycardie, anémie légère et vitesse de sédimentation
globulaire modérément élevée.
3. Légère . Diarrhée comprenant moins de quatre évacuations par
jour, sans anémie, fièvre, tachycardie, perte pondérale ou hypoalbuminémie.
2.2.1 COLITE ULCÉREUSE SÉVÈRE
La colite ulcéreuse sévère est la forme
la plus rare de colite ulcéreuse et elle ne survient que chez 15 % de
tous ces malades. La première crise de la maladie peut avoir cette sévérité
ou encore il peut s’agir d’une aggravation d’une forme moins sévère.
La diarrhée est profuse et les saignements rectaux sont >continus et
abondants. La fièvre est significative et persistante, et la perte de
poids et d’appétit est importante. Les crampes abdominales sont très sévères
et le malade peut présenter une sensibilité localisée, indiquant une
perforation imminente. Une numération leucocytaire supérieure à 10 000,
une anémie grave et une hypoalbuminémie résultant d’un apport protéinique
médiocre (anorexie) et d’une augmentation chronique de la perte
d’albumine caractérisent la sévérité de la maladie.
Le traitement médical est souvent inefficace chez ces malades et une
colectomie est souvent indiquée.
2.2.2 COLITE ULCÉREUSE MODÉRÉE
La colite ulcéreuse modérée frappe 25 %
de tous les malades souffrant de colite ulcéreuse. La diarrhée en est le
principal symptôme et elle se manifeste >trois ou quatre fois par
jour. Invariablement, la diarrhée renferme des quantités macroscopiques
de sang. Des douleurs abdominales réveillent souvent le malade la nuit.
La défécation soulage généralement les crampes. Le malade >peut
aussi présenter une température subfébrile et se plaindre de fatigue,
d’anorexie et d’une légère perte pondérale.
En règle générale, la colite ulcéreuse modérée réagit rapidement
au traitement approprié. La mortalité immédiate dans ce groupe est
faible. Le pronostic à long terme comporte cependant des crises répétées
de même gravité ou plus graves, et le risque de voir apparaître par la
suite un cancer dans la partie atteinte du côlon est appréciable. De
plus, à tout moment pendant une crise de colite ulcéreuse modérée,
l’état du malade peut s’aggraver et il peut présenter une colite
fulminante caractérisée par une forte fièvre, une diarrhée profuse,
une dilatation progressive du côlon (mégacôlon toxique) et une détérioration
rapide.
2.2.3 COLITE ULCÉREUSE LÉGÈRE
La colite ulcéreuse légère est la forme
la plus courante de la maladie et on la retrouve dans 60 % des cas. Chez
80 % de ceux qui sont atteints de cette >forme de la maladie,
l’inflammation est limitée à la muqueuse du côlon distal (côlon
sigmoïde et rectum); chez les 20 % restants, tout le côlon est atteint.
L’âge, le sexe et l’incidence familiale de colite ulcéreuse sont les
mêmes pour les formes légères, modérées ou sévères. De plus, le
nombre de malades qui ne présentent qu’une seule crise, des crises
intermittentes ou des symptômes continus est le même, quelle que soit la
gravité de la colite ulcéreuse. >
Dans la forme légère de la maladie limitée au côlon sigmoïde et au
rectum, la maladie reste généralement confinée à cette région;
cependant, dans 10 % des cas, elle s’étend à tout le côlon et déclenche
l’apparition simultanée de >diarrhée grave et de saignements.
Ni les saignements ni les diarrhées ne sont graves dans la colite ulcéreuse
légère et il n’y a jamais de complications systémiques comme
l’anorexie, la perte pondérale et la fatigue. Il peut arriver que,
pendant quelques jours, un malade présente des crampes au bas-ventre.
L’hospitalisation n’est généralement pas requise et la réponse au
traitement est rapide.
Chez les malades de ce groupe, surtout chez ceux ayant une proctosigmoïdite,
la fréquence du cancer du côlon est similaire à celle des populations témoins.
Le cancer du côlon n’est observé que chez le cinquième des malades
atteints de la forme légère de colite ulcéreuse, comparativement à la
fréquence observée chez les patients atteints des formes plus graves de
la maladie.
Le diagnostic de colite ulcéreuse repose
sur les symptômes cliniques énumérés ci-dessus, les observations
physiques et les résultats des examens de >laboratoire et de
l’endoscopie.
2.3.1 EXAMEN PHYSIQUE
L’examen physique au cours d’une colite
ulcéreuse légère ou entre les crises peut donner des résultats complètement
normaux. Contrairement à la maladie de Crohn, même si l’atteinte
colique est très sévère, il n’existe pas de masse palpable ni de région
sensible à la palpation. L’atteinte de la séreuse indique >une
atteinte transmurale, donnant à l’examen abdominal de la distension et
des signes d’irritation péritonéale : le mégacôlon toxique représente
une menace de perforation. Il arrive que des infiltrations graisseuses ou
d’autres anomalies hépatiques rendent le foie palpable.
L’auscultation de l’abdomen peut révéler une augmentation des bruits
intestinaux et des borborygmes audibles. En présence d’un mégacôlon
toxique, les bruits intestinaux sont très faibles ou absents.
L’examen rectal est généralement douloureux et le sphincter anal
est souvent spastique. L’examinateur peut ressentir une sensation de
surface « en papier sablé » au niveau de la muqueuse au toucher rectal.
Des pseudo-polypes, une stricture anale ainsi qu’un carcinome peuvent être
détectés au moment de cet examen. Les complications rectales et périanales
sont beaucoup moins fréquentes et destructives que celles observées dans
la maladie de Crohn; il ne s’agit généralement que de fissures
mineures.
L’examen de la bouche, des yeux, de la peau et des articulations peut
révéler la présence de complications extracoliques (uvéite, stomatite,
érythème >noueux, pyoderma gangrenosum , arthrite dans les
grosses articulations, spondylarthrite ankylosante).
2.3.2 ANALYSES DE LABORATOIRE
Aucune analyse ne peut, par elle-même,
confirmer le diagnostic de colite ulcéreuse. L’anémie, la leucocytose
et la vitesse de sédimentation élevée reflètent souvent la gravité de
la maladie. L’analyse du fer révèle une anémie ferriprive (faible
concentration sérique de fer, capacité totale de fixation du fer élevée,
faible concentration de ferritine). Les anomalies électrolytiques telles
que l’hypokaliémie, l’acidose métabolique, l’hypocalcémie,
l’hypomagnésiémie ou l’hypoalbuminémie peuvent être décelées
dans les cas de >diarrhée sévère. Les épreuves hépatiques révèlent
alors un taux élevé de phosphatase alcaline résultant de la péricholangite.
Les hémocultures peuvent être positives chez les malades qui présentent
un mégacôlon toxique.
L’examen des selles révélera un nombre important de globules blancs
et de globules rouges. Une coproculture pour détecter la présence de Shigella
,de Campylobacter jejuni , de Salmonella , de Clostridium
difficile (culture et toxine), de E. coli 0157 et de Entamoeba
histolytica doit être effectuée dans tous les cas pour exclure la
possibilité d’une colite infectieuse.
2.3.3 OBSERVATIONS ENDOSCOPIQUES
La méthode la plus utile pour déterminer
le diagnostic de colite ulcéreuse repose sur l’évaluation directe de
la muqueuse. Puisque chez 97 % des personnes souffrant de colite ulcéreuse
le rectum est atteint, une simple sigmoïdoscopie permet de poser le
diagnostic dans la majorité des cas.
La muqueuse normale du côlon est lisse, luisante et de couleur rose.
Les ramifications des vaisseaux sanguins superficiels présents sous
cette >muqueuse lisse forment un réseau vasculaire important.
L’effleurement de la muqueuse normale du côlon à l’aide d’un
coton-tige ne produit aucun saignement puisque la muqueuse n’est pas
friable.
L’examen endoscopique effectué pendant la phase inactive de la
colite ulcéreuse révélera une distorsion ou une disparition du réseau
vasculaire et une muqueuse légèrement granuleuse ( tableau
8 ).
TABLEAU 8. Classification
endoscopique de l’activité de la colite ulcéreuse
|
| Activité |
Aspect |
|
| Inactive |
Absence ou
distorsion du réseau vasculaire de la muqueuse
Aspect granuleux |
| Peu active |
Érythème continu
ou en foyer
Friabilité (saignement au toucher) |
| Modérément active |
Exsudat muco-purulent
(muco-pus)
Un ou plusieurs ulcères (quelques mm); moins de 10 par
segment de 10 cm |
| Très active |
Gros ulcères (>
5 mm); plus de 10 par segment de 10 cm
Saignement spontané |
|
|
Lorsque la maladie est légèrement active,
la muqueuse est friable et présente un érythème continu. Lorsqu’elle
est modérément active, l’examen révèle un exsudat muco-purulent (muco-pus)
et de petits ulcères en concentration inférieure à 10 par >segment
de 10 cm. Lorsque la colite ulcéreuse est sévère, les ulcères sont
plus gros (quelques millimètres de diamètre) et leur nombre est supérieur
à 10 par segment de 10 cm; ces ulcères s’accompagnent souvent d’hémorragies
spontanées. La coloscopie longue est rarement nécessaire pour
diagnostiquer un nouveau cas de colite ulcéreuse. La muqueuse du côlon
sigmoïde distal et du rectum est presque toujours atteinte et la sigmoïdoscopie
faite délicatement à >l’aide d’un instrument rigide ou flexible
permet habituellement de poser le diagnostic précis. Il ne faut jamais
pratiquer une coloscopie totale dans les cas aigus, modérément sévères
ou sévères de colite ulcéreuse, à cause du risque de perforation au
cours de l’examen. >
En présence d’une colite ulcéreuse, la coloscopie totale doit être
réservée à certaines indications qui ont pour but 1) de déterminer
l’étendue ou l’activité de la maladie chez les malades qui présentent
peu de symptômes; >2) d’effectuer une surveillance du cancer ou de
le diagnostiquer; 3) de déterminer le type de maladie inflammatoire –
colite ulcéreuse ou maladie de Crohn ( tableau
9 ).
TABLEAU 9. Maladies
inflammatoires de l’intestin : indications pour la coloscopie
|
| Faire la distinction
entre les maladies inflammatoires de l’intestin et les autres
maladies, et entre la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse
Déterminer l’étendue de la
maladie
Pratiquer un dépistage pour établir
s’il y a une néoplasie maligne ou des signes précurseurs
Évaluer les anomalies radiologiques
Rétrécissements
Masses
Évaluer les malades qui ne répondent
pas à un traitement habituel ou procéder à un examen pour
expliquer une exacerbation récente; rechercher les complications
Procéder à un examen avant une
intervention chirurgicale
Établir l’atteinte intestinale (maladie
intestinale inflammatoire active) en présence de fistules
Distinguer la
colite ulcéreuse de la colite de Crohn |
|
2.3.4 EXAMENS RADIOLOGIQUES
À cause du risque de mégacôlon toxique
en présence d’une colite sévère, un cliché radiologique sans préparation
de l’abdomen doit toujours être fait. Cet examen révèle souvent un
raccourcissement du côlon ou la disparition des haustrations; par
ailleurs, une quantité suffisante d’air dans le côlon permettra >de
distinguer un épaississement de la paroi et de savoir si elle est irrégulière
ou si elle présente des ulcérations et des projections digitiformes.
Lorsque le malade souffre d’un mégacôlon toxique, il peut exister une
dilatation de 6 cm ou plus au niveau du côlon transverse. >
Le lavement baryté peut être utilisé dans le même but que la
coloscopie : déterminer l’étendue ou l’activité de la maladie,
poser un diagnostic de cancer ou distinguer la colite ulcéreuse de la
maladie de Crohn. Le lavement baryté doit donc être pratiqué chez tous
les malades qui souffrent de colite ulcéreuse, mais cet examen doit être
pratiqué au bon moment. Au cours de la phase active de la maladie, la préparation
du côlon et même le baryum lui-même peuvent déclencher un mégacôlon
toxique. Il vaut donc mieux retarder >l’examen baryté jusqu’à ce
que la maladie soit maîtrisée par le traitement médical.
Les caractéristiques radiologiques varient en fonction du siège et de
l’étendue de la maladie. Il peut exister une disparition des
haustrations dans le côlon gauche (ce qui peut être normal chez les
personnes âgées) ( figure
4 ). De plus, des anomalies de remplissage par la substance
barytée au niveau de la paroi causées par les pseudo-polypes moyennement
opaques peuvent être observées dans tout le côlon.
Malgré d’importants progrès réalisés en radiologie, la
comparaison des résultats de la coloscopie avec ceux du lavement baryté
à double contraste semble indiquer que l’étendue de la maladie est
souvent considérablement sous-évaluée avec le lavement baryté. Néanmoins,
la coloscopie est nettement supérieure lorsqu’il s’agit d’évaluer
la maladie chez une personne qui présente plusieurs symptômes de colite
et pour laquelle les résultats de la sigmoïdoscopie >et du lavement
baryté sont à peu près les mêmes parce qu’elle permet d’obtenir
des biopsies de régions suspectes.
| 2.4
Diagnostic différentiel |
page
374 |
Il est important de faire la distinction
entre la colite ulcéreuse et la maladie de Crohn du côlon. Plusieurs
autres maladies peuvent aussi ressembler à la >colite ulcéreuse et la
possibilité de ces maladies doit aussi être écartée ( tableau
10 ).
Le tableau 11 donne
les indices utilisés pour déterminer s’il s’agit de la colite ulcéreuse
ou de la colite de Crohn. Il est important de noter que, compte tenu de la
distribution anatomique de la colite ulcéreuse, la proctosigmoïdoscopie
est presque toujours anormale. Par ailleurs, même lorsque la maladie de
Crohn s’étend à tout le côlon, il arrive souvent que le rectum soit
épargné. De plus, la maladie périanale est beaucoup plus fréquente
dans la maladie de Crohn. Même si la diarrhée et la perte pondérale ont
une fréquence >approximativement semblable dans les deux maladies, les
douleurs abdominales sont plus prononcées dans la maladie de Crohn. Les
manifestations extra-intestinales ont une fréquence à peu près
semblable dans les deux maladies.
TABLEAU 10 . Diagnostic
différentiel de la colite ulcéreuse
|
Origine infectieuse
Virale
- Cytomégalovirus
- Herpès
Bactérienne
Espèces de Salmonella
Espèces de Shigella
Yersinia enterocolitica
Vibrio parahaemolyticus
Aeromonas hydrophila
Neisseria gonorrheae
Chlamydia trachomatis
Syphilis
Staphylococcus aureus
Escherichia coli
Protozoaires
Amibiase
Balantidiase
Schistosomiase
Fongique
Histoplasmose
Candidose
Autre
Clostridium difficile
Colite radique
Colite de Crohn
Médicaments
Lavements
Laxatifs
Anti-inflammatoires non stéroïdiens locaux
Sulfasalazine
Pénicillamine
Or
Méthyldopa
Gastro-entérite éosinophilique
Syndrome de Behçet
Colite dans la maladie du greffon
contre l’hôte
|
|
TABLEAU
11 . Différence clinique entre la colite ulcéreuse et la colite de
Crohn
|
| Caractéristiques |
Colite ulcéreuse |
Colite de
Crohn |
|
| Caractéristiques
cliniques |
|
|
| Hémorragie
rectale |
Très
courante – 90 % |
Rare – peut
être occulte |
| Diarrhée |
Précoce, fréquente,
petites selles |
Moins fréquente
ou absente |
| Douleur
abdominale |
Avant la défécation,
urgence |
Coliques, après
les repas |
| Fièvre |
Rare si non
compliquée |
Fréquente |
| Masse
palpable |
Rare |
Fréquente,
quadrant inférieur droit |
| Récidive après
résection |
Rare |
Fréquente |
| Évolution
clinique |
Rechutes / rémissions
65 %
Chronique / continue 20 % à 30 %
Aiguë / fulminante 5 % à
8 % |
Évolution généralement
lente; fulminante |
| Caractéristiques
endoscopiques |
|
|
| Proctosigmoïdoscopie |
Petits ulcères
diffus, lésions continues |
Ulcérations
aphteuses discrètes, lésions disséminées |
| Caractéristiques
radiologiques |
|
|
| Atteinte
rectale |
Invariable |
Peu fréquente |
| Distribution |
Continue |
Segmentaire,
discontinue |
| Muqueuse |
Fines ulcérations |
Aspect «
pavimenteux » |
| Rétrécissements |
Rares |
Fréquents |
| Fistules |
Rares |
Fréquentes |
| Caractéristiques
histologiques |
|
|
| Distribution |
Muqueuse |
Transmurale |
| Infiltrat
cellulaire |
Polymorphes |
Lymphocytes |
| Glandes |
Carence en
mucine
Destruction glandulaire
Abcès cryptiques |
Préservation
de la glande |
| Caractéristiques
spéciales |
Aucune |
Granulomes,
ulcères aphteux, fissures tapissées d’histiocytes |
|
2.5.1 HOSPITALISATION
L’hospitalisation est indiquée dans les
cas suivants :
1. Absence d’amélioration marquée dans les quatre semaines qui suivent
le traitement en situation externe. L’hospitalisation permet de placer
le >malade dans un milieu optimal et donne au médecin l’occasion de
prendre des mesures thérapeutiques plus efficaces et plus énergiques.
2. Maladie grave accompagnée d’anorexie, de nausées, de vomissements,
de fièvre, de diarrhée sanglante rebelle (colite ulcéreuse sévère).
L’hospitalisation précoce est essentielle chez ces malades afin
qu’ils reçoivent le traitement qui permet de stabiliser la maladie et
de prévenir les complications, surtout le mégacôlon toxique.
3. Apparition de complications locales ou systémiques incluant l’hémorragie
massive, l’anémie persistante, l’hypoalbuminémie grave et le cancer.
L’hospitalisation à ce stade permet d’évaluer la pertinence d’une
intervention chirurgicale.
2.5.2 TRAITEMENT DE SOUTIEN
Le traitement de soutien se compose de médicaments
qui améliorent l’état de santé général du malade ou soulagent ses
symptômes. Une perte persistante de potassium, de sodium et d’eau doit
être remplacée par des liquides administrés par voie orale ou
intraveineuse, puisqu’une carence liquidienne et électrolytique
favorise le mégacôlon toxique et les calculs rénaux. Des transfusions
>s’imposent en présence d’une perte sanguine importante
attribuable à une maladie grave. Lorsque la maladie est légère, le fer
perdu est remplacé par voie orale. L’emploi des antidiarrhéiques comme
le diphénoxylate (Lomotil ® ) ou le lopéramide (Imodium ®
) est généralement contre-indiqué dans certains cas de colite ulcéreuse
: si la maladie est grave et que la muqueuse colique est grandement
endommagée, les antidiarrhéiques sont généralement inefficaces à
cause de la perte de la capacité d’absorption. De plus, ils peuvent
entraîner un mégacôlon toxique. Les anticholinergiques pouvant aussi précipiter
le mégacôlon toxique, il faut éviter de les prescrire dans les cas de
colite ulcéreuse.
2.5.3 THÉRAPIE NUTRITIONNELLE
Ni l’alimentation parentérale totale ni
l’alimentation entérale ne s’est avérée bénéfique pour provoquer
la rémission de la colite ulcéreuse.
2.5.4 TRAITEMENT PHARMACOLOGIQUE
2.5.4.1 Corticostéroïdes
Les corticostéroïdes doivent être utilisés
pour le traitement de la colite ulcéreuse active. Ils ne jouent aucun rôle
dans le traitement d’entretien pour prévenir les rechutes. La posologie
et les voies d’administration des corticostéroïdes varient en fonction
de la gravité et du siège de la colite ulcéreuse.
2.5.4.1.1 Préparations rectales de
corticostéroïdes
Les préparations rectales existent sous
forme de lavement, soit l’hydrocortisone à raison de 100 mg dans une
suspension aqueuse de 60 mL (Cortenema ® ) et le budésonide
(stéroïde métabolisé au moment du premier passage hépatique) à
raison de 2 mg dans une suspension aqueuse de 100 mL, sous forme de
mousse, soit l’acétate d’hydrocortisone à raison de 80 mg dans un
gel de propylèneglycol (Cortifoam ® ), et sous forme
d’onguent, soit l’acétate d’hydrocortisone à raison de 10 mg ou de
40 mg dans un excipient d’onguent (Cortiment ® ). En général,
la préparation pour lavement couvre une surface plus importante du côlon,
alors que l’effet de la mousse et de l’onguent est généralement
limité au rectum. Dans la forme légère de la maladie affectant surtout
le côlon distal, l’instillation rectale de stéroïdes permet de
provoquer ou de maintenir la rémission chez un grand nombre de malades.
En présence d’une proctite ulcéro-hémorragique légère ou modérée,
l’administration de stéroïdes deux fois par jour par voie rectale
combinée au traitement par voie systémique favorise la rémission et
aide le rectum à reprendre plus tôt son rôle fonctionnel normal de réservoir.
Les malades doivent s’instiller la solution alors qu’ils sont en décubitus
latéral gauche, puis en décubitus latéral droit, chaque position étant
suivie d’une pronation d’au moins 20 minutes pour permettre une action
locale maximale. Selon des études, jusqu’à la moitié des stéroïdes
administrés par voie rectale sont absorbés. Même s’il survient une
absorption systémique, la réponse du cortex surrénal n’est pas affectée.
2.5.4.1.2 Préparations de corticostéroïdes
à action systémique
Lorsque la >colite ulcéreuse est légère
ou modérée et qu’elle touche tout le côlon, le traitement doit débuter
à raison de 40 mg de prednisone par jour. Une seule dose quotidienne de
prednisone est très commode, mais elle produit une suppression surrénalienne.
Aucune différence importante sur le plan curatif n’a été décelée
entre les groupes recevant des doses quotidiennes uniques ou des doses
quotidiennes fractionnées de stéroïdes par voie orale. Lorsque les
>malades réagissent rapidement au traitement oral par les stéroïdes,
la dose doit être réduite de 5 mg par semaine jusqu’à ce qu’elle
soit de 20 mg par jour; par la suite, la dose devrait être diminuée
graduellement de 2,5 mg par semaine jusqu’à l’arrêt complet du
traitement. En présence d’une colite ulcéreuse sévère, il faut
hospitaliser le malade et lui administrer des stéroïdes par voie
intraveineuse (équivalant à 40 mg de prednisone par jour). Le sevrage
doit alors être effectué selon les directives données ci-dessus.
Il faut éviter de poursuivre l’administration des stéroïdes au
cours d’une rémission. Lorsque la rechute survient, le traitement est
amorcé de nouveau et la dose administrée est fonction de la gravité de
l’exacerbation (lavements à base de stéroïdes pour les exacerbations
légères ou modérées de proctosigmoïdite, stéroïdes par voie orale
ou intraveineuse pour les rechutes modérées ou sévères de tout le côlon).
Si une rechute survient au cours du sevrage des stéroïdes, une corticothérapie
prolongée peut s’avérer nécessaire pour obtenir une rémission. Les
fortes doses de stéroïdes en traitement d’entretien sont >déconseillées
à cause de leurs effets secondaires possibles. Si un malade a besoin de
plus de 15 mg par jour de prednisone par voie orale pendant plusieurs mois
pour stabiliser sa colite, une colectomie élective est envisagée comme
traitement de rechange.
Les stéroïdes, surtout les fortes doses administrées dans les cas
graves, peuvent « masquer » une perforation du côlon, causer une péritonite
stercorale et la mort; une étroite surveillance des malades recevant de
telles doses revêt une importance vitale.
2.5.4.2 Dérivés de la mésalamine
La mésalamine (acide 5-aminosalicylique ou
5-ASA) possède le même métabolite actif que la sulfasalazine; elle est
efficace pour le traitement de la >forme active de la maladie et comme
traitement d’entretien pour prévenir les rechutes.
2.5.4.2.1 Préparations rectales de mésalamine
(5-ASA)
Des lavements et >des suppositoires de mésalamine
ont été mis au point au cours de la dernière décennie. Les lavements
ont une efficacité globale d’environ 80 % lorsque la colite est limitée
au côté gauche du côlon. Des effets secondaires à ces médicaments
surviennent chez moins de 2 % des malades souffrant de colite >ulcéreuse
et, dans plusieurs cas, il s’agit de malades ayant des antécédents de
réactions allergiques à la sulfasalazine. Les études comparatives ont démontré
que les lavements à base de mésalamine sont aussi efficaces que les
lavements à base de corticostéroïdes pour le traitement de la proctite
et de la proctosigmoïdite 16 . Chez les malades souffrant de
proctite distale, les suppositoires de mésalamine (500 mg 2 f.p.j.)
agissent rapidement sans causer d’effets secondaires 17 .
2.5.4.2.2 Préparations orales de mésalamine
(5-ASA)
Depuis les années 1950, le 5-ASA original
était offert sous forme de sulfasalazine (Salazopyrin ® ).
Maintenant, on utilise davantage les produits 5-ASA de deuxième génération
(Asacol ® , Dipentum ® , Mesasal mc ,
Pentasa ® , Salofalk ® ) (tableau 7).
La flore colique métabolise la sulfasalazine, libérant ainsi la
sulfapyridine, un antibiotique absorbable, et l’acide 5-aminosalicylique
(5-ASA), l’ingrédient actif. La sulfapyridine ne fait que transporter
le 5-ASA au >côlon et, au moment de sa libération, elle est absorbée
et cause des effets secondaires qui sont fonction de la dose. Le taux
d’acétylation de la sulfapyridine est déterminé génétiquement; les
acétyleurs lents développent des effets secondaires avec des doses plus
faibles de sulfasalazine que les acétyleurs rapides. Les effets
secondaires les plus courants sont l’anorexie, les nausées, la
dyspepsie et la diarrhée. Les complications hématologiques
>habituelles comprennent l’altération de l’absorption du folate
(un supplément de folate est donc requis chez tous les malades recevant
de la sulfasalazine) et l’anémie hémolytique avec corps de Heinz. Une
hypospermie peut survenir, mais cet état est réversible à l’arrêt du
traitement. Les réactions >d’hypersensibilité rares sont la fièvre,
le rash, la suppression de la moelle osseuse, l’infiltration pulmonaire,
un syndrome ressemblant au lupus érythémateux aigu disséminé, la pancréatite
et la toxicité hépatique. La sulfasalazine >est moins efficace que
les corticostéroïdes pour traiter la colite aiguë d’intensité modérée.
C’est pour cette raison que la sulfasalazine est utilisée comme
adjuvant au traitement par les stéroïdes et non comme thérapie de
premier recours dans les crises aiguës de colite ulcéreuse. Ainsi, une
fois que le traitement par les stéroïdes a été amorcé et que le
malade tolère bien les liquides oraux, l’administration de la
sulfasalazine peut débuter à raison de 1 g par jour; il est possible de
porter graduellement cette dose à 4 à 6 g par jour au cours d’un
intervalle de 7 jours. Les composés de deuxième génération en mesure
de libérer la mésalamine directement dans le côlon semblent avoir moins
d’effets toxiques systémiques que la sulfasalazine. Les malades qui tolèrent
bien la sulfasalazine continuent généralement à prendre ce produit,
mais les nouveaux malades atteints de colite ulcéreuse reçoivent souvent
la mésalamine, un produit de deuxième génération, plutôt que la
sulfasalazine.
Les deux principales approches pharmacologiques adoptées avec la >mésalamine,
sont :
1. la création de dérivés azoïques similaires à la sulfasalazine,
mais conjugués par une liaison diazoïque à une autre molécule de mésalamine
(olsalazine, comme dans Dipentum ® ),
2. l’incorporation de la mésalamine dans des capsules dont le délitement
est fonction du pH comme Asacol ® (pH 7,0) ou Mesasal mc et
Salofalk ® (pH 6,0) ou dans un polymère mixte à libération
lente qui dépend aussi du pH >(Pentasa ® ). Ces composés
ont une efficacité comparable à celle de la sul-fasalazine, mais ils
produisent généralement moins d’effets secondaires 18 . Les
études comparatives déterminant quel composé favorise une plus
>grande libération de mésalamine dans le côlon et, de ce fait,
convient mieux aux malades dont le côlon est enflammé ne sont pas encore
achevées. Le tableau 7 donne une comparaison de la dose et du coût de la
mésalamine. >
Une fois que le traitement par les corticostéroïdes ou la mésalamine
a provoqué la rémission, le traitement d’entretien par la mésalamine
permet de ramener le risque de rechute de la colite ulcéreuse de 60 % à
environ 20 %, avec à peu près la moitié de la dose requise pour le
traitement actif.
2.5.4.3 Agents immunosuppresseurs
En règle générale, l’emploi des
immunosuppresseurs (azathioprine et 6-mercaptopurine) a été décevant
dans la colite ulcéreuse. Des résultats préliminaires encourageants ont
été publiés sur le méthotrexate dans la colite ulcéreuse sévère;
toutefois, de plus vastes essais visant à confirmer ces résultats ne
sont pas encore terminés 19 . De fortes doses de cyclosporine
administrées >par voie intraveineuse (10-15 mg/kg/jour) se sont avérées
efficaces dans des cas graves de colite ulcéreuse qui autrement auraient
dû être traités par intervention chirurgicale. Cependant, une fois que
la cyclosporine cesse d’être administrée, la vaste majorité des
patients ont une récidive et finissent par devoir subir une opération
(colectomie). À cet égard, la cyclosporine peut être utile chez les
patients qui, sur le plan psychologique, ne sont pas encore prêts à
subir la colectomie totale. Comme on peut traiter la colite ulcéreuse par
la colectomie, la plupart des spécialistes n’emploieraient pas
d’agents immunosuppresseurs comme traitement de longue durée de cette
maladie, en raison de leurs effets indésirables appréciables.
2.5.4.4 Métronidazole
Contrairement à la maladie de Crohn, la
colite ulcéreuse ne répond pas au métronidazole.
2.5.5 TRAITEMENT CHIRURGICAL
De 20 % à 25 % des patients souffrant de
colite ulcéreuse finissent par subir une colectomie, en général parce
que la maladie n’a pas répondu au traitement médical. Souvent, le
choix entre l’intervention chirurgicale et le traitement médical
continu n’est pas évident et, dans de nombreux cas, on peut défendre
l’une ou l’autre démarche. Dans la colite ulcéreuse, la colectomie
est une mesure « curative », contrairement à la maladie de Crohn où il
existe un risque appréciable de récidive après l’intervention. La
mise au point de l’anastomose >iléo-anale, éliminant la nécessité
de pratiquer l’iléostomie, a fait de la colectomie une perspective plus
tolérable pour de nombreux patients. En général, les patients qui
doivent prendre des corticostéroïdes ou des immunosuppresseurs à forte
dose pour maîtriser leur maladie devraient être fortement encouragés à
envisager la colectomie. Par ailleurs, les sujets à haut risque de cancer
du côlon (colite du côlon entier depuis au moins 10 à 15 ans) devraient
également considérer la colectomie ou alors participer à un programme
de >surveillance par coloscopie.
| 2.6
Complications |
page
382 |
Plusieurs autres maladies peuvent
compliquer la colite ulcéreuse. Il s’agit 1) de complications locales
survenant à l’intérieur du côlon et autour de celui-ci; 2) de
complications systémiques ( tableau
12 ).
TABLEAU
12. Complications de la colite ulcéreuse
|
| Complications
locales |
Fréquence(%) |
|
| Mineures |
|
| Hémorroïdes |
20 |
| Pseudo-polypes |
15 |
| Fissures
anales |
12 |
| Fistules
anales |
5 |
| Abcès périanal |
5 |
| Prolapsus
rectal |
2 |
| Fistules
recto-vaginales
|
2 |
| Majeures |
|
| Mégacôlon
toxique |
2 |
| Perforation
du côlon |
3 |
| Hémorragie
massive du côlon |
4 |
| Cancer du côlon |
- |
| Rétrécissement
du côlon |
5 |
|
| Complications générales |
Fréquence(%) |
|
| Hépatiques |
|
| Biliaires |
|
| Péricholangite |
30 |
| Cholangite
sclérosante |
1 |
| Cancer
des canaux biliaires |
0.5 |
| Hépatocellulaires |
|
| Infiltration
graisseuse |
30 |
| Hépatite
active chronique |
5 |
| Cirrhose |
3 |
| Amyloïdose |
1 |
| Hématologiques |
|
| Anémie |
15 |
| Carence en fer |
5 |
| Anémie hémolytique
auto-immune |
1 |
| Anémie hémolytique
micro-angiopathique |
<1 |
| Anémie hémolytique avec
corps de Heinz (avec le traitement par la sulfasalazine) |
<1 |
| Thrombocytose |
20 |
| Maladie thrombo-embolique |
2 |
| Articulaires |
|
| Arthrite périphérique,
migratrice, non déformante, grosses articulations, séronégative |
20 |
| Spondylarthrite
ankylosante, sacro-iliite |
20 |
| Cutanées |
|
| Érythème noueux |
3 |
| Pyoderma gangrenosum |
4 |
| Oculaires |
|
| Épisclérite, uvéite |
5 |
| Iritis |
5 |
|
2.6.1 COMPLICATIONS LOCALES MINEURES
Contrairement à la colite de Crohn, les
complications locales mineures sont habituellement rares et un traitement
classique permet généralement d’y >remédier. Les fistules périanales
et entéro-entériques se développent chez un très petit nombre de
malades atteints de colite ulcéreuse. Dans ces cas, le médecin doit
s’assurer qu’il ne s’agit pas de la colite de Crohn puisque les
fistules entéro-entériques sont fréquentes dans cette maladie.
2.6.2 COMPLICATIONS LOCALES MAJEURES
2.6.2.1 Mégacôlon toxique
Le mégacôlon toxique se caractérise par
une dilatation aiguë de tout le côlon ou d’une partie de celui-ci
(jusqu’à un diamètre supérieur à 6 cm mesuré au milieu du côlon
transverse) et il est associé avec une grave toxicité systémique. Cela
survient chez 1 % à 2 % des malades souffrant de colite ulcéreuse.
L’examen histologique révèle d’importantes et profondes ulcérations
ainsi qu’une inflammation aiguë qui affecte toutes les couches
musculaires du côlon, incluant la séreuse. Cette inflammation disséminée
explique la toxicité systémique associée au mégacôlon toxique (fièvre,
tachycardie, douleur abdominale localisée et leucocytose). La perte de
tonus musculaire du côlon entraîne sa dilatation.
Bien que le lien entre le lavement baryté et le mégacôlon toxique
n’ait pas été démontré sur le plan expérimental, plusieurs rapports
de mégacôlon toxique >ont été signalés après un tel examen. Il
faut donc éviter les lavements barytés chez les malades qui souffrent de
colite ulcéreuse aiguë.
Sur le plan clinique, la personne qui souffre d’un mégacôlon
toxique est très malade et présente de la fièvre, de la tachycardie, de
la déshydratation, des douleurs abdominales et de la distension ( tableau
13 ).
TABLEAU 13. Diagnostic du
mégacôlon toxique
|
Signes de toxicité –
Trois des critères suivants sont requis :
Fièvre > 38,6 °C
Tachycardie > 120 battements par minute
Leucocytose > 10 000/mm 3
Anémie < 60 % de la normale
Hypoalbuminémie < 3 g/dL
Signes concomitants – Un des
critères suivants est requis :
Déshydratation
Confusion mentale
Hypotension
Perturbations électrolytiques
Signes de dilatation
Diamètre du côlon transverse > 6 cm ou dilatation progressive
avec présentation anormale des haustrations |
|
L’examen abdominal révèle une
distension, l’absence de bruits intestinaux, du tympanisme et une
sensibilité au rebond. Une leucocytose (nombre de leucocytes supérieur
à 10 000), de l’anémie et une hypoalbuminémie sont souvent présentes.
Un cliché radiologique sans préparation de l’abdomen révèle une
dilatation exagérée d’un segment ou de tout le côlon. En supination,
ce cliché montre le plus souvent une dilatation du côlon transverse.
Cette dilatation n’est cependant pas un indice spécifique de la gravité
de la maladie dans ce segment du côlon; la dilatation est déterminée
par la position antérieure du côlon transverse. Le fait de replacer le
malade en pronation permet la redistribution des gaz dans la partie plus
postérieure du côlon descendant et la diminution de façon spectaculaire
de la tension gazeuse au niveau du côlon transverse.
Si le mégacôlon toxique est la première manifestation d’une colite
ulcéreuse, le diagnostic peut être difficile puisque l’histoire antérieure
de diarrhées sanglantes n’est pas toujours retracée. Dans la majorité
des cas, le mégacôlon toxique est une complication de la colite ulcéreuse
chronique intermittente et le diagnostic est facile à poser. Il peut
cependant arriver >qu’une baisse soudaine dans la fréquence des
selles soit observée chez un malade en phase aiguë de colite ulcéreuse
accompagnée de diarrhée sanglante profuse lorsqu’il développe un mégacôlon
toxique. Cette diminution dans la fréquence des selles reflète une
diminution de l’évacuation du côlon plutôt qu’une amélioration de
l’état du malade. Dans un tel cas, tout délai à poser le diagnostic
peut entraîner une perforation du côlon et la mort.
Le traitement du mégacôlon toxique consiste à prendre les mesures de
soutien générales, incluant le remplacement des pertes liquidiennes et
électrolytiques, >la correction de l’hypokaliémie, les transfusions
et la succion nasogastrique. Les stéroïdes (prednisone équivalant à 60
à 80 mg par jour) doivent être administrés par voie intraveineuse
pendant 48 à 72 heures. Si la réponse >du malade est insuffisante, il
faut envisager sérieusement une intervention chirurgicale. Par ailleurs,
si les symptômes systémiques régressent et que les signes abdominaux
s’améliorent, l’administration de fortes doses de stéroïdes doit se
poursuivre pendant 10 à 14 jours; cette dose est ensuite diminuée
graduellement. >
Lorsque le malade ne répond pas dans les trois jours au traitement médical
intensif approprié, le risque de perforation du côlon est de 50 %. La
mortalité associée à une perforation diagnostiquée ou non diagnostiquée
est de 85 % environ. Il faut donc envisager une intervention chirurgicale
précoce plutôt que tardive.
2.6.2.2 Cancer du côlon
Le cancer du côlon atteint de 7 à 30 fois
plus souvent les malades souffrant de colite ulcéreuse que la population
générale. Le risque de cancer du côlon chez >ces malades est relié
à deux facteurs : 1) la durée de la colite et 2) l’étendue de la
maladie. Ce risque est faible chez les malades affectés depuis moins de
10 ans, mais il augmente graduellement. Chez ceux qui en souffrent depuis
10 >à 20 ans, le risque de cancer est 23 fois plus élevé que chez la
population générale, et il est 32 fois plus élevé lorsque la maladie
persiste depuis plus de 20 ans. L’étendue de l’atteinte du côlon
influe aussi sur le risque de cancer. >Lorsque la colite ulcéreuse est
limitée au rectum ou au côlon gauche, l’incidence de cancer est
beaucoup plus faible que celle associée à une colite totale.
La néoplasie associée avec la colite ulcéreuse est généralement un
adénocarcinome qui est souvent multicentrique. L’adénocarcinome est
souvent plus plat que les cancers observés dans la population générale
et les bords sont moins surélevés. Ce type d’adénocarcinome est généralement
considéré comme très agressif.
Compte tenu du risque cumulatif élevé de cancer, des examens
diagnostiques prophylactiques sont effectués pour dépister tôt les
changements coliques potentiellement néoplasiques chez les malades
atteints de colite ulcéreuse. La coloscopie et la biopsie ont démontré
qu’il existe un lien entre une dysplasie colorectale et une néoplasie
maligne du côlon. Cependant, les régions dysplasiques peuvent être
sous-évaluées par les biopsies, et il est difficile de donner un sens précis
à la dysplasie en présence d’une maladie inflammatoire active, puisque
l’épithélium régénératif peut présenter plusieurs des caractéristiques
de la dysplasie.
En résumé, aucun test ou groupe de tests (pas même les coloscopies
et les biopsies fréquentes) ne peuvent garantir l’absence de foyers de
néoplasie maligne chez un malade qui souffre d’une colite ulcéreuse de
longue date.
Les malades atteints d’une colite ulcéreuse devraient subir une
coloscopie et de multiples biopsies à différents niveaux du côlon cinq
ans après le début >de la maladie. Si les biopsies ne révèlent
aucune dysplasie, la coloscopie doit alors être répétée tous les deux
ans. Si les biopsies révèlent une dysplasie modérée ou sévère, il
est souhaitable de répéter la coloscopie à intervalles de >six mois
à un an. Tant qu’il n’existera pas d’outils diagnostiques en mesure
d’identifier les malades à risque de cancer, il est fortement justifié
de pratiquer >une colectomie après 10 ans pour mettre fin à la colite
ulcéreuse et prévenir le cancer du côlon.
2.6.2.3 Rétrécissement du côlon
Les rétrécissements du côlon sont rares,
mais ils peuvent ressembler sur les plans clinique et radiologique à un
adénocarcinome du côlon. Si des doutes >persistent au sujet du
diagnostic, il vaut mieux recourir à une résection.
2.6.2.4 Hémorragie massive du côlon
Bien que les saignements rectaux soient
toujours présents dans la colite ulcéreuse, les hémorragies massives du
côlon menaçant la vie des malades >sont rares. Dans la majorité des
cas, le traitement consiste à faire des transfusions sanguines et à
administrer des stéroïdes par voie parentérale. La forme sévère doit
être traitée de façon intensive. L’hémorragie est généralement
spontanément résolutive.
2.6.3 COMPLICATIONS SYSTÉMIQUES
2.6.3.1 Maladie hépatocellulaire
La péricholangite est présente chez 30 %
des malades atteints de colite ulcéreuse. Elle a tendance à survenir
plus souvent dans les cas où la colite >affecte tout le côlon que
dans ceux où elle est limitée au côlon distal. La lésion hépatique se
caractérise par des infiltrats inflammatoires périportaux, des
changements dégénératifs dans les canalicules biliaires et divers degrés
>d’oedème et de fibrose périportaux. Les lésions associées à la
péricholangite sont en foyers. Les prélèvements ou les
ponctions-biopsies du foie comportent souvent des erreurs d’échantillonnage.
Les manifestations cliniques de la péricholangite ou son évolution vers
la cirrhose sont très rares et la majorité des malades ne présentent
que de légères anomalies de la phosphatase alcaline sérique.
La cholangite sclérosante survient chez moins de 1 % des malades
atteints de colite ulcéreuse. Cette maladie se caractérise par un fort rétrécissement
des canaux biliaires, ce qui entraîne des épisodes d’ictère à répétition,
de la douleur dans le quadrant supérieur droit de l’abdomen, de la fièvre
ou une leucocytose. Il importe de distinguer cette lésion des autres
causes d’obstruction du canal cholédoque. La cholangite sclérosante ne
réagit à aucun traitement. Les infiltrations graisseuses du foie
s’observent chez 30 % des malades atteints de colite ulcéreuse. L’étiologie
des dépôts graisseux est obscure, mais ils peuvent provenir d’une
malnutrition ou d’une carence en protéines résultant de la diarrhée
et de la maladie. Les tests hépatiques sont normaux ou légèrement
anormaux chez les malades qui présentent des infiltrations graisseuses.
2.6.3.2 Anomalies hématologiques
L’anomalie hématologique la plus
courante dans la colite ulcéreuse est l’anémie ferriprive secondaire
à une perte sanguine gastro-intestinale. Le traitement consiste généralement
à administrer du sulfate ferreux par voie orale (300 mg 3 f.p.j.). Dans
certains cas, l’intolérance gastro-intestinale au sulfate ferreux nécessite
des injections parentérales de fer (Imferon ® ).
L’anémie hémolytique avec corps de Heinz peut être présente chez
les malades qui reçoivent de la sulfasalazine. Ce type d’anémie hémolytique
est directement relié à la sulfasalazine et disparaît à l’arrêt du
traitement. De plus, l’anémie hémolytique de type auto-immune ou
micro-angiopathique, avec ou sans coagulation intravasculaire disséminée,
peut survenir.
Une thrombocytose secondaire peut apparaître. Elle n’est pas associée
à des troubles de coagulation. Cependant, en plus de la thrombocytose, de
plus grandes concentrations en facteur V et en fibrinogène peuvent être
observées, ainsi que des baisses des concentrations d’antithrombine
III. Dans de rares cas, une embolie pulmonaire et une thrombose des
vaisseaux mésentériques ou crâniens attribuables à une affection
thrombo-embolique peuvent survenir. Une récidive d’embolie pulmonaire
malgré une anticoagulothérapie appropriée, ou une hémorragie colique
massive pendant l’anticoagulothérapie nécessitent une ligature de la
veine cave inférieure et une colectomie.
2.6.3.3 Manifestations articulaires
L’arthrite associée avec la colite ulcéreuse
peut précéder les symptômes coliques. Elle tend à être migratrice et
à affecter les plus grosses articulations; elle est associée à une
synovite et à des articulations oedématiées et douloureuses, mais elle
n’est pas déformante et elle n’atteint pas le cartilage et les os
adjacents. >Les facteurs rhumatoïdes sont négatifs chez ces malades.
L’arthrite disparaît généralement lorsque la colite est maîtrisée.
Il existe une forte incidence de spondylarthrite ankylosante et de
sacroiliite chez les malades souffrant de colite ulcéreuse. Contrairement
à l’arthrite >périphérique, la spondylarthrite ankylosante associée
à la colite ulcéreuse est chronique, évolutive, déformante et généralisée.
Elle ne répond pas aux corticostéroïdes >et elle évolue indépendamment
de la colite. L’incidence de sacroiliite est plus élevée que la
spondylarthrite ankylosante chez les malades souffrant de colite ulcéreuse;
elle est souvent asymptomatique et ne peut être décelée qu’avec des
clichés pelviens. Ces patients sont souvent HLA B27 positifs.
2.6.3.4 Manifestations cutanées
L’érythème noueux caractérisé par des
nodosités érythémateuses à la surface des extenseurs des jambes et des
bras est moins fréquent dans la colite ulcéreuse que dans la maladie de
Crohn. >
Le pyoderma gangrenosum est une complication de la colite ulcéreuse
grave, mais il s’observe rarement dans la forme légère de la maladie.
Cette lésion cutanée se manifeste d’abord par un petit nodule cutané
surélevé qui se >gangrène graduellement, entraînant une nécrose
progressive de la peau environnante. L’ulcère tend à être profond et
à attaquer les tissus mous sous-jacents et parfois les os.
En général, l’érythème noueux et le pyoderma gangrenosum réagissent
positivement lorsque la colite ulcéreuse est maîtrisée. Il arrive
cependant que >le pyoderma gangrenosum continue de progresser et
constitue donc une indication pour la colectomie.
2.6.3.5 Manifestations oculaires
L’iritis survient chez 5 % des malades
atteints de colite ulcéreuse et elle se traduit par une vision trouble,
des douleurs oculaires et de la photophobie. >Les crises peuvent entraîner
l’atrophie de l’iris, des synéchies antérieures et postérieures, et
des dépôts de pigments sur le cristallin. L’épisclérite et les
autres lésions oculaires sont rarement observées avec la colite ulcéreuse.
  
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