
 
| 2. PHYSIOLOGIE DU CÔLON
/ S.J. Vanner |
|
Le côlon contribue à trois fonctions
importantes de l’organisme : 1) la concentration des matières fécales
par absorption d’eau et d’électrolytes, 2) l’entreposage et l’évacuation
maîtrisée des selles et 3) la digestion et l’absorption des aliments
non encore digérés. Bien que le côlon ne soit pas un organe vital, ses
fonctions contribuent de manière importante au bien-être général des
humains. Sur le plan fonctionnel, le côlon peut être divisé en deux
parties séparées par le côlon transverse, soit le côlon droit et le côlon
gauche. Le côlon droit (caecum et côlon ascendant) joue un rôle majeur
dans l’absorption de l’eau et des électrolytes, de même que dans la
fermentation des sucres non digérés; le côlon gauche (côlon
descendant, côlon sigmoïde et rectum) intervient surtout dans
l’entreposage et l’évacuation des selles.
| 2.2 Anatomie
fonctionnelle |
page
393 |
Le côlon humain est un organe musculaire
d’environ 125 cm de long in vivo . Sa paroi comprend les quatre
couches fondamentales présentes dans les autres organes creux du tube
digestif – la muqueuse, la sous-muqueuse, la couche musculaire
circulaire et la couche musculaire longitudinale – mais elle se
distingue par plusieurs caractéristiques importantes. Ainsi, la muqueuse
n’a pas les villosités trouvées dans l’intestin grêle et présente
un aspect relativement lisse, mais elle est parsemée de nombreuses
glandes qui s’ouvrent à sa surface. Les types cellulaires présents à
la surface ainsi que les glandes ressemblent à ceux de l’intestin grêle,
mais le nombre de cellules caliciformes y est beaucoup plus élevé. Ces
cellules sécrètent un mucus dans la lumière et l’on trouve parfois à
l’état normal des filaments glaireux dans les selles. Certains patients
croient, à tort, que ce phénomène est la conséquence d’une affection
colique sous-jacente. Les haustrations que l’on utilise pour distinguer
le côlon dans les radiographies au baryum ne sont pas des caractéristiques
anatomiques statiques du côlon, mais elles représentent plutôt des
contractions de la musculeuse circulaire qui sont maintenues pendant des périodes
de plusieurs heures. La musculeuse longitudinale ou externe est composée
de trois bandes appelées taenia coli , qui s’étendent du caecum
au rectum où elles fusionnent pour former une couche musculaire externe
uniforme. Ces bandes musculaires et les petits sacs remplis de gras de la
séreuse, appelés appendices épiploïques, aident à situer le côlon
dans la cavité péritonéale.
L’innervation du côlon se fait par l’interaction complexe de nerfs
intrinsèques (système nerveux entérique) et extrinsèques (système
nerveux autonome) ( figure
1 ). Les corps cellulaires des neurones du système nerveux
entérique sont regroupés dans des ganglions reliés les uns aux autres
par des réseaux de fibres constituant le plexus de Meissner et le plexus
d’Auerbach. Ces nerfs sont organisés en chaînes nerveuses locales qui
modulent la motilité (myentérique, d’Auerbach), la sécrétion, la
circulation sanguine et probablement la fonction immunitaire (sous-muqueux,
de Meissner). La libération de neurotransmetteurs excitateurs tels que
l’acétylcholine, la substance P et la sérotonine (5-HT) a pour
fonction l’activation des chaînes nerveuses locales dont celles qui
commandent les contractions musculaires. Leurs différents récepteurs
constituent des cibles pharmacologiques pour la mise au point de médicaments
capables d’altérer les fonctions coliques, telle la motilité. Le
principal neurotransmetteur inhibiteur est l’oxyde nitrique.
L’importance du système nerveux entérique est démontrée dans la
maladie de Hirschsprung où l’on observe une absence congénitale de
neurones inhibiteurs contenant de l’oxyde nitrique dans des segments de
longueur variable du côlon et du rectum. Cela a pour conséquence une
incapacité du côlon à se décontracter dans les régions affectées.
Les nouveau-nés atteints souffrent généralement d’occlusion
intestinale ou de constipation grave. Une radiographie au baryum montre la
région atteinte comme un segment contracté, les effets excitateurs de
l’acétylcholine ne subissant aucun antagonisme, en raison de
l’absence de neurotransmetteurs inhibiteurs.
Le système nerveux autonome est constitué de nerfs sensitifs, dont
les corps cellulaires sont situés dans les ganglions spinaux, et de nerfs
moteurs sympathiques et parasympathiques. Les nerfs parasympathiques qui
innervent le côlon droit sont issus du nerf vague, alors que ceux qui
innervent le côlon gauche proviennent des nerfs sacrés du pelvis. Les
nerfs parasympathiques sont principalement excitateurs et les nerfs
sympathiques, surtout inhibiteurs. Les nerfs du système autonome
modulent les chaînes nerveuses entériques dans le côlon et participent
aux réflexes neuraux dans les ganglions sympathiques, la moelle épinière
et le cerveau. Les connexions entre le cerveau et l’intestin sont
importantes pour la perception des stimuli viscéraux (fonction sensitive)
et pour la modification de la fonction colique (fonction motrice) en réponse
aux stimuli centraux. Le stress aigu est un exemple de stimulus central
pouvant déclencher des modifications importantes de l’activité colique
par l’entremise de ces connexions. Ce stimulus provoque la libération
d’hormones centrales telles que la substance libératrice de la
corticotropine. Ces hormones activent les voies parasympathiques qui, à
leur tour, stimulent la motilité du côlon et peuvent causer une diarrhée.
| 2.3 Absorption et
sécrétion |
page
395 |
Le côlon absorbe l’eau très
efficacement. Dans des conditions physiologiques normales, environ 1,5 L
de liquide pénètre chaque jour dans le côlon, mais de 100 à 200 mL
seulement sont excrétés dans les selles. La capacité maximale
d’absorption du côlon est d’environ 4,5 L par jour, de sorte qu’une
diarrhée (augmentation de la quantité de liquide dans les selles) ne
surviendra que si le débit iléo-caecal excède la capacité
d’absorption ou que la muqueuse colique elle-même sécrète du liquide.
La caractéristique fondamentale du transport des électrolytes dans le côlon
qui permet cette absorption efficace de l’eau est la capacité de la
muqueuse colique de produire un important gradient osmotique entre la lumière
intestinale et l’espace intercellulaire. Ce gradient osmotique est créé
par le transport de sodium producteur d’électrons qui est effectué par
l’ATPase Na + K + dépendante d’énergie de la
membrane basolatérale laquelle pompe le sodium de l’intérieur de la
cellule vers l’espace intercellulaire à l’encontre d’un important
gradient de concentration (voir la figure 5 dans le chapitre 7, «
L’intestin grêle »). Le sodium présent dans la lumière du côlon
passe à son tour à travers la membrane apicale de la cellule par des
canaux sodiques, dans le sens du gradient de concentration créé par la
pompe. À l’opposé de ce qui se produit dans l’intestin grêle, où
le sodium de l’espace intercellulaire peut revenir par diffusion vers la
lumière de l’intestin et atteindre une concentration iso-osmotique, un
milieu hypertonique est maintenu dans l’espace intercellulaire parce que
les jonctions serrées sont beaucoup moins perméables au sodium. Le résultat
net est que le liquide hypertonique présent dans l’espace
intercellulaire pompe l’eau de manière passive de la lumière vers la
muqueuse. Il s’ensuit également une grande efficacité d’absorption
du sodium. Des 150 mEq de sodium qui pénètrent dans le côlon chaque
jour, moins de 5 mEq sont perdus dans les selles.
Les jonctions serrées sont très perméables au potassium,
contrairement à ce qui en est pour le sodium, ce qui permet au potassium
de passer du plasma vers la lumière. Le potassium pompé dans la
cellule par l’ATPase Na + K + peut aussi être sécrété
dans la lumière. Le potassium est normalement sécrété dans la lumière
à moins que sa concentration intraluminale ne dépasse 15 mEq/L. Ce
traitement du potassium peut expliquer l’hypokaliémie observée dans la
diarrhée colique et peut jouer un rôle dans le maintien de l’équilibre
potassique aux derniers stades de l’insuffisance rénale. D’autres mécanismes
de transport semblables à ceux de l’intestin grêle (voir la section 5
du chapitre 7) sont aussi observés dans les entérocytes coliques où ils
assurent la neutralité électrique, le pH intracellulaire et la sécrétion.
Toutefois, il n’y a pas de cotransporteurs de nutriments dans le côlon.
La régulation du transport de l’eau et des électrolytes dans le côlon
fait également intervenir des interactions complexes entre les voies de régulation
humorale, paracrine et neurale (voir le chapitre 7). Il y a toutefois une
différence importante : l’effet de l’aldostérone, qui n’agit pas
au niveau de l’intestin grêle. Cette hormone est sécrétée en réponse
à une déplétion du sodium total corporel ou à une surcharge potassique,
et elle stimule l’absorption du sodium et la sécrétion du potassium
dans le côlon.
| 2.4 Motilité
du côlon |
page
24 |
On en sait beaucoup moins sur la motilité
du côlon que sur celle des autres régions du tractus gastro-intestinal.
Le mouvement des matières fécales du caecum au rectum est un processus
lent qui demande quelques jours. Sur le plan fonctionnel, les caractéristiques
de contraction dans le côlon droit (caecum et côlon ascendant)
produisent un brassage important qui facilite l’absorption d’eau,
alors que dans le côlon gauche (sigmoïde et rectum), elles ralentissent
le mouvement des selles formées, ce qui constitue un réservoir jusqu’à
ce que les réflexes stimulent les contractions pour faire avancer et évacuer
les selles.
Il existe plusieurs types fondamentaux de contraction dans le côlon.
Les contractions annulaires sont dues à la contraction du muscle
circulaire et peuvent être toniques ou rythmiques. Les contractions
toniques sont maintenues pendant des heures et produisent les haustrations
mises en évidence par radiographie au baryum; elles semblent jouer un rôle
dans le brassage. Les contractions rythmiques peuvent être intermittentes
ou régulières. Les contractions régulières sont non occlusives, durent
quelques secondes et se déplacent en direction céphalique (côlon droit)
et en direction caudale (côlon gauche). Vraisemblablement, elles jouent
aussi un rôle dans le brassage. Les contractions annulaires
intermittentes se produisent à quelques heures d’intervalle, obstruent
la lumière colique et se déplacent en direction caudale : ceci représente
un mouvement de masse des selles pour effectuer le remplissage du sigmoïde
et du rectum. Les contractions du muscle longitudinal produisent les
saillies de la paroi colique entre les taenia coli , mais
l’importance de ce phénomène demeure mal comprise. L’origine de ces
contractions est également mal connue mais semble reliée aux propriétés
d’ondes lentes du muscle lisse (contractions rythmiques régulières)
dans certaines situations, et à des facteurs principalement neuraux
(contractions rythmiques intermittentes) dans d’autres situations. À
leur tour, ces facteurs sont modulés par des interactions avec les voies
paracrine et humorale, et d’autres voies neurales.
Les caractéristiques de contraction du côlon dépendent de l’état
alimentaire. L’activation du réflexe gastrocolique à l’ingestion de
nourriture en est le meilleur exemple. Les aliments dans le duodénum, en
particulier les aliments gras, déclenchent dans le côlon des
contractions rythmiques intermittentes réflexes et un mouvement de masse
correspondant des selles. Cette activité, à médiation humorale et
nerveuse, explique que l’ingestion d’aliments provoque le besoin de déféquer,
observation faite par de nombreuses personnes.
| 2.5
Digestion et absorption de produits alimentaires non digérés |
page
397 |
On trouve dans la lumière du côlon un
plus grand nombre de bactéries (et plus d’anaérobies que d’aérobies)
que partout ailleurs dans le tractus gastro-intestinal. Ces bactéries digèrent
un certain nombre de produits alimentaires non digérés qui se trouvent
normalement dans les effluents déversés dans le côlon, tels les sucres
complexes contenus dans les fibres alimentaires.
Les sucres complexes sont dégradés par fermentation bactérienne en
acides gras à chaîne courte, en butyrate, en propionate et en acétate.
Ces acides gras à chaîne courte constituent des sources nutritives
essentielles pour l’épithélium colique et, de plus, peuvent satisfaire
jusqu’à 500 calories/jour des besoins alimentaires globaux. Ils sont
acheminés par transport passif et actif à l’intérieur des cellules où
ils constituent une importante source d’énergie pour la cellule par
l’intermédiaire de la voie de ß-oxydation. L’importance de cette
fonction est démontrée par l’effet d’une colostomie qui détourne
les matières fécales du côlon distal. L’examen de cette région révèle
généralement des signes d’inflammation que l’on appelle « colite de
détournement ». Cette inflammation peut être traitée par
l’instillation dans le rectum de mélanges d’acides gras à chaîne
courte.
La fermentation des sucres par les bactéries du côlon est aussi une
source importante de gaz coliques tels l’hydrogène, le méthane et le
dioxyde de carbone. Ces gaz, particulièrement le méthane, expliquent en
grande partie la tendance de certaines selles à flotter dans la cuvette.
L’azote, qui diffuse dans le côlon à partir du plasma, est le
principal gaz. Toutefois, l’ingestion de grandes quantités de sucres
complexes non digérés, tels que ceux qui se trouvent dans les haricots,
ou la mauvaise digestion de sucres simples, tels que le lactose, peuvent
occasionner une augmentation importante de la production de gaz coliques.
Cela peut amener les patients à se plaindre de gonflements abdominaux et
de flatulence accrue.
Lorsque les sels biliaires des acides gras à longue chaîne sont mal
absorbés en assez grande quantité, leur digestion par les bactéries
coliques produit des sécrétagogues puissants. Une malabsorption des sels
biliaires causant une diarrhée cholérique se produit typiquement après
une résection de l’iléon terminal, habituellement pour le traitement
de la maladie de Crohn. Lorsque la longueur des segments réséqués dépasse
100 cm, ce problème se complique d’une diminution de la réserve de
sels biliaires parce que leur production ne peut compenser
l’augmentation des pertes fécales. Dans cette situation, une diarrhée
est également le résultat de la malabsorption des graisses. Les mécanismes
proposés, par lesquels de multiples métabolites des sels biliaires et
des métabolites hydroxylés des acides gras à longue chaîne agissent
comme sécrétagogues, constituent un exemple de la façon dont de
multiples systèmes de régulation peuvent interagir pour maîtriser la
fonction colique. Ces mécanismes comprennent la perturbation de la perméabilité
de la muqueuse, la stimulation de la sécrétion d’ions Cl - et
d’eau par des neurones sécrétomoteurs entériques, l’augmentation
des activités paracrines des prostaglandines par une augmentation de leur
production et des effets directs sur l’entérocyte qui augmentent le
calcium intracellulaire.
  
|