
 
Cliquez ici pour voir le vidéo sur le polype sessile de la jonction
recto-sigmoïdienne ( 33.4
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( 12.6
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| 3. MALADIES SPÉCIFIQUES
DU CÔLON |
|
| 3.1 Polypes et
cancer du côlon G.K. Turnbull |
page
398 |
Le cancer du côlon occupe la deuxième
place en importance au Canada, après le cancer du poumon, parmi les
cancers qui frappent à la fois les hommes et les femmes. Contrairement à
ce qui se produit pour le cancer du poumon, on relève un taux de survie
élevé si le cancer du côlon a été diagnostiqué avant que la maladie
ne se soit propagée au-delà de la paroi intestinale. Comme il s’agit
d’un cancer très fréquent, associé avec un taux de survie élevé après
un traitement chirurgical précoce et qu’il répond mal aux autres
formes de traitement du cancer, il faut demeurer vigilants auprès des
patients qui présentent des symptômes de dysfonction du côlon ( tableau
1 ), particulièrement s’ils ont plus de 40 ans, âge à
partir duquel l’incidence du cancer du côlon commence à augmenter.
TABLEAU 1. Manifestations
initiales du cancer du côlon
|
Douleur abdominale, y
compris les symptômes d’obstruction intestinale
Changement dans les habitudes de défécation
Masse abdominale
Malaises abdominaux d’apparition récente
Anémie ferriprive
Hypokaliémie |
|
Les patients qui ont une colite ulcéreuse
(rectocolite hémorragique), des antécédents personnels ou familiaux de
cancer des organes génitaux féminins ou du sein, ou de cancer du côlon,
ou des adénomes, y compris les syndromes de polypose familiale, courent
un plus grand risque.
La classification de Dukes représente les différents stades du cancer
du côlon après une
résection chirurgicale. Elle est basée sur la taille et
l’envahissement de la tumeur primitive du côlon (adénocarcinome) au
moment de la résection ( tableau
2 ). Le stade A de la classification de Dukes signifie que
l’adénocarcinome est limité à la muqueuse et à la sous-muqueuse; la
chirurgie offre alors un taux de guérison de 90 %. Le stade B comprend
deux sous-divisions : B1, où l’adénocarcinome a envahi la muscularis
propria et B2, où l’infiltration a atteint la couche musculaire
longitudinale externe sans toucher les ganglions lymphatiques régionaux.
TABLEAU
2. Stades de l’adénocarcinome colo-rectal
|
| Stades de
Dukes |
Stades TNM |
Invasion
tumorale |
Survie à
5 ans |
|
|
0 |
Muqueuse |
100% |
| A |
I |
Sous-muqueuse
Sans adénopathie ni métastases à distance |
90% |
| B |
II |
B1 : muscle
circulaire
B2 : muscle longitudinal
Sans adénopathie ni métastases à distance |
70 à 75% |
| C |
III |
C1 : de 1 à
4 ganglions positifs
C2 : > 4 ganglions positifs |
45% |
| D |
IV |
Métastases
à distance (p. ex. le foie) |
20 % ou moins |
|
Le stade C signifie que le cancer s’est
propagé aux ganglions lymphatiques régionaux et le stade D, que les métastases
sont diffuses dans les sites distants, habituellement le foie et même au-delà.
Le taux de guérison chirurgicale est très faible si l’adénocarcinome
du côlon a évolué jusqu’aux stades C et D; de même, la chimiothérapie
et la radiothérapie n’ayant qu’un succès limité, le besoin de poser
un diagnostic précoce revêt une plus grande importance. Le tableau
2 explique le nouveau système des stades TNM pour l’adénocarcinome
colo-rectal qui est similaire à la classification de A à D de Dukes. Le
système TNM comprend le stade 0 lorsque le carcinome est limité à la
muqueuse et est appelé « in situ ».
Il importe au plus haut point que le cancer soit décelé tôt, à un
stade où il demeure curable. Par conséquent, il faut procéder à des
examens aussi bien chez les personnes qui présentent des symptômes
intermittents que chez celles qui présentent des symptômes persistants.
En outre, l’apparition occasionnelle de sang dans les selles chez un
patient de plus de 40 ans ne devrait pas être attribuée à une lésion
ano-rectale locale avant que la possibilité d’une lésion plus
proximale ait été écartée. Il se peut que de nombreux patients ne présentent
pas de symptômes gastro-intestinaux et souffrent seulement d’une anémie
ferriprive due à une spoliation chronique provenant d’une tumeur. Il
est possible que les patients ne voient pas de sang dans leurs selles ou
notent des selles méléniques, en particulier s’ils ont une lésion au
côlon droit. Un changement dans les habitudes de défécation, souvent
accompagné de constipation alternant avec de la diarrhée, peut
constituer le premier signe d’une occlusion due à un cancer du côlon
et ne devrait jamais être négligé chez un patient âgé de
plus de 40 ans dont les symptômes viennent d’apparaître. Certains
patients peuvent souffrir surtout de diarrhée si la tumeur sécrète une
forte quantité de mucus et de liquide; dans ce cas, il peut s’agir
d’un adénome villeux et certains d’entre eux accusent une hypokaliémie
attribuable à la perte de grandes quantités de potassium dans la sécrétion
de mucus par la tumeur.
L’antigène carcino-embryonnaire (ACE) est un marqueur tumoral dont
l’utilité pour le diagnostic du cancer du côlon est limitée, mais il
est souvent d’une aide précieuse pour le suivi des patients atteints de
ce cancer. Une concentration élevée d’ACE avant l’intervention
chirurgicale constitue un signe pronostic sombre et suggère la présence
de métastases. Une concentration d’ACE qui ne revient pas à la normale
un mois après l’intervention peut indiquer que le cancer n’a pas été
réséqué en entier. Plus tard, la surveillance régulière des
concentrations d’ACE permet de déceler une récurrence précoce.
Parfois, la recherche de métastases mènera à la découverte d’une lésion
hépatique unique; une combinaison de la résection chirurgicale et de la
chimiothérapie peut conduire à la guérison du cancer.
3.1.1 SÉQUENCE POLYPE-CARCINOME
Il est maintenant admis que, chez la
majorité des gens ayant un cancer du côlon, le cancer provient d’un
polype adénomateux. Les polypes de 2 cm ou plus ont une fréquence de
cancérisation d’environ 50 % comparativement à 1 % pour les adénomes
de 1 cm ou moins. Les polypes adénomateux constituent des lésions précancéreuses;
leur repérage et leur excision avant leur transformation en lésions cancéreuses
les empêchent de dégénérer en cancer du côlon. Ces polypes peuvent se
former n’importe où dans le côlon mais, comme c’est le cas dans le
cancer du côlon, ils se rencontrent plus souvent au niveau du côlon
gauche. La plupart des polypes sont complètement asymptomatiques, mais à
mesure qu’ils grossissent, la fréquence des saignements occultes
augmente. Cependant, les polypes peuvent encore malheureusement, passer
inaperçus malgré la recherche de sang occulte dans les selles, car la
perte de sang peut n’être qu’intermittente.
Il existe trois types de polypes adénomateux sur le plan histologique
: les polypes tubulaires, les polypes tubulovilleux et les polypes villeux.
Les polypes villeux présentent le plus grand risque de cancérisation (40
%), les polypes tubulaires, le plus faible risque (5 %) et les polypes
tubulovilleux, un risque moyen (22 %). Le risque de cancérisation
correspond, sur le plan pathologique, au degré de « dysplasie » : plus
la dysplasie est marquée, plus le risque de cancer est élevé. Les
polypes tubulaires, tubulovilleux et villeux peuvent souvent être enlevés
complètement par excision à l’anse diathermique au moment d’une
coloscopie s’ils ont un pédicule, mais les polypes sessiles avec une
large base d’implantation dans la muqueuse du côlon (surtout s’ils
sont villeux) ne s’enlèvent habituellement au complet que par résection
chirurgicale. Puisque les polypes précèdent le cancer et que leur exérèse
« guérit » le cancer, on espère que la coloscopie de dépistage et
l’exérèse précoce des lésions puissent contribuer à réduire la fréquence
du cancer. L’état actuel des connaissances permet de justifier la réalisation
de coloscopies « de suivi » (programme de surveillance du cancer du côlon).
La fréquence idéale de ces examens de surveillance est probablement une
fois tous les trois ans à partir du moment où la dernière coloscopie a
démontré l’absence de polype résiduel; il reste à déterminer si des
intervalles plus longs ne représentent pas un risque pour le patient.
Malheureusement, la rentabilité du dépistage chez tous les patients de
plus de 40 ans n’a pas été prouvée et, jusqu’à ce qu’on ait pu
reconnaître des sous-groupes particuliers de patients susceptibles
d’avoir des polypes, il n’est pas indiqué de pratiquer un dépistage
systématique par coloscopie.
Certaines maladies ont été associées avec un risque accru de cancer
du côlon. Les syndromes polyposiques de la polypose familiale et le
syndrome de Gardner se manifestent par l’apparition précoce (habituellement
avant 30 ans) d’innombrables polypes adénomateux du côlon qui
finissent invariablement par mener à un cancer du côlon (habituellement
avant 40 ans). Comme les polypes sont trop nombreux dans le côlon pour
qu’on procède à une polypectomie sous contrôle endoscopique, les
patients sont dirigés, alors qu’ils sont jeunes, vers un spécialiste
pour une colectomie totale afin de supprimer le risque de cancer du côlon.
Après colectomie, ces patients ont toujours besoin d’une surveillance
gastroscopique régulière. On procède à des prélèvements au voisinage
de l’ampoule de Vater pour chercher des adénomes qui surviennent fréquemment
dans la partie proximale du duodénum autour de l’ampoule; on examine également
l’estomac par endoscopie pour rechercher des adénomes gastriques.
Actuellement, une approche expérimentale consiste à chercher dans les
monocytes sanguins une mutation du gène APC, la cause de cette maladie
autosomique dominante. Il existe d’autres familles qui présentent un
risque « élevé » de cancer du côlon (cancer colo-rectal à siège spécifique,
syndrome du cancer familial, transmission par le mode autosomique
dominant) et dont plus de deux parents du premier degré ont déjà
souffert d’un cancer du côlon. Cette maladie est appelée cancer
colique héréditaire sans polypose. Il serait prudent de faire participer
ces patients à un programme de surveillance du cancer du côlon par
coloscopie ou par lavement baryté en double contraste, voire par ces deux
examens, si l’examen de dépistage révèle qu’à 40 ans, ils ont des
polypes du côlon. Les femmes atteintes du cancer colique héréditaire
sans polypose semblent également présenter un risque accru de cancer de
l’endomètre et de cancer de l’ovaire.
Il y a un autre groupe de patients exposés à un risque élevé de
cancer du côlon; ce sont les sujets qui présentent une colite ulcéreuse
chronique depuis plus de dix ans. Ce risque semble aussi exister chez les
individus souffrant de la maladie de Crohn touchant le côlon en entier.
Les patients les plus exposés sont ceux qui ont eu une atteinte de tout
le côlon et ceux qui accusent une affection de tout le côlon gauche et
du transverse jusqu’à l’angle hépatique du côlon. Quant aux
patients qui souffrent de proctosigmoïdite, ils sont moins à risque de
cancer, probablement pas plus que la population en général. Fait curieux,
le risque de cancer ne présente pas de corrélation avec le degré d’évolution
de la maladie. Par conséquent, les patients qui n’ont fait qu’une
seule crise de colite ulcéreuse subtotale confirmée courent un risque
accru de cancer dix ans après l’apparition de la maladie. En outre,
plus le sujet est jeune au moment de la survenue de la maladie, plus le
risque cumulatif de cancer sera élevé. À l’opposé des patients qui
sont atteints de cancer à la suite de polypes, les patients souffrant de
colite ne font pas de polypes adénomateux avant d’avoir un cancer et,
par conséquent, ils doivent subir une coloscopie environ tous les 12 à
24 mois ainsi que des biopsies endoscopiques du côlon, afin de déceler
une dysplasie de la muqueuse. Il faut accorder une attention particulière
aux lésions en forme de « masse » ou aux lésions « aplaties » découvertes
à la coloscopie, là où la fréquence du cancer précoce du côlon est
élevée. En présence de dysplasie, quel qu’en soit le degré, le médecin
devrait recommander au patient une colectomie élective.
| 3.2 Diverticulose |
page
403 |
Dans les sociétés occidentales, la
diverticulose touche au moins une personne sur deux âgées de plus de 50
ans et la fréquence augmente avec l’âge. La diverticulose ou la
maladie diverticulaire du côlon est caractérisée par le fait que la
paroi des diverticules est plus mince que celle du côlon et que ces
diverticules ou ectasies sacculaires font saillie à travers la paroi
affaiblie du côlon, là où les vaisseaux sanguins pénètrent dans la muscularis
propria . D’autre part, ces diverticules sont prédisposés à
l’infection ou « diverticulite » probablement parce qu’ils
retiennent des selles contenant des bactéries. Il y a formation d’abcès
si l’infection dépasse les limites du diverticule pour atteindre la
paroi colique. La douleur s’accentue alors dans le quadrant inférieur
gauche de l’abdomen, s’accompagne de fièvre et souvent de
constipation ou de manifestations d’occlusion intestinale telles que le
ballonnement et la distension. Certains patients ayant de graves symptômes
d’occlusion peuvent avoir des nausées et des vomissements. Cela peut se
produire avec ou sans formation d’abcès. La colique de Crohn accompagnée
de la formation de sténoses, le cancer du côlon et la colite ischémique
(voir la section 4) peuvent aussi causer ces symptômes.
À l’examen physique, le patient présente souvent une sensibilité
localisée dans le quadrant inférieur gauche de l’abdomen; une
infection grave et un abcès peuvent faire réapparaître la douleur. Une
masse douloureuse est souvent palpable si le côlon sigmoïde (le siège
privilégié de la diverticulite) est infecté. Le traitement consiste
dans l’administration intraveineuse de solutés et la mise au repos de
l’intestin du patient en lui demandant de ne rien manger ou de ne
prendre que des liquides clairs; des antibiotiques par voie intraveineuse
sont administrés. En général, les antibiotiques à large spectre sont
utilisés pour combattre tant les bactéries entériques Gram négatif que
les bactéries anaérobies habituellement présentes dans le côlon. Une
tomodensitométrie peut être utile pour visualiser les contours du côlon
et déceler un abcès; de plus, elle est préférable à un lavement baryté
pour le diagnostic de la diver-ticulite aiguë.
La diverticulite peut entraîner les nombreuses complications énumérées
dans le tableau 3
.
TABLEAU 3. Complications
de la diverticulite
|
Abcès abdominal / Abcès
hépatique
Obstruction du côlon
Fistules
Colo-vésicales
Colo-vaginales
Colo-cutanées |
|
Le rétrécissement du côlon après la résolution
de la diverticulite est expliqué plus en détail dans la section 3.3. Des
rapports récents préconisent une résection pour les patients de moins
de 40 ans atteints de diverticulite symptomatique parce que ce
petit sous-groupe est à plus haut risque de complications.
Une hémorragie se produit chez moins de 5 % des patients;
d’installation soudaine, elle est indolore et souvent massive. L’hémorragie
diverticulaire peut provenir du côlon gauche ou du côlon droit. La fréquence
de diverticulose du côlon gauche est plus élevée, mais une hémorragie
est plus susceptible de survenir dans la diverticulose du côlon droit, si
bien que les fréquences d’hémorragie sont à peu près égales pour
les deux côtés. La diverticulose provoque rarement une anémie
importante. L’hémorragie s’arrêtera chez plus de 80 % des patients
mais elle continuera chez les autres, ce qui nécessitera des examens et
un traitement (voir la section 5). La résection segmentaire du côlon est
réservée au petit groupe de patients dont l’hémorragie continue ou réapparaît.
| 3.3 Obstruction du
côlon |
page
404 |
L’obstruction aiguë du côlon constitue
une urgence chirurgicale qu’il faut reconnaître tôt et traiter
promptement pour éviter la perforation du côlon associée avec un taux
de mortalité élevé. Les patients les plus exposés à ces perforations
sont ceux avec obstruction du côlon dont la valvule iléo-caecale intacte
empêche le reflux d’air dans l’intestin grêle. La perforation siège
le plus souvent au caecum, car plus le diamètre de l’intestin est
grand, plus la pression sur la paroi est élevée (loi de Laplace).
Le principal symptôme des patients qui présentent une obstruction du
côlon est la douleur, et elle s’accompagne souvent de constipation
avant qu’il n’y ait obstruction complète. Une diarrhée peut
d’abord survenir à mesure que se vide le segment de l’intestin en
aval de l’obstruction, mais la diarrhée peut persister surtout s’il
s’agit d’une obstruction partielle accompagnée d’une augmentation
des sécrétions intestinales en amont de l’obstruction. L’intestin grêle
est le siège le plus fréquent d’une obstruction intestinale, à cause
de son petit diamètre. De même, le côlon descendant est le siège le
plus courant d’une obstruction du côlon, surtout parce que les selles
sont mieux formées dans cette partie du côlon et donc incapables de
transiter dans la lumière rendue plus étroite. L’état général des
patients au moment de l’examen physique dépend de la durée de
l’obstruction. Si elle est soudaine et récente, le patient présentera
des douleurs intenses, parfois avec distension abdominale si la valvule iléo-caecale
est intacte et, au début, des selles diarrhéiques à mesure que le
segment en aval de l’obstruction se vide. La palpation abdominale permet
souvent de discerner une masse au siège de l’obstruction qu’il est
essentiel de déterminer rapidement à l’aide de clichés radiologiques
de l’abdomen en position couchée et debout. Une consultation urgente
avec un chirurgien est requise si le segment du côlon en amont est dilaté
et que le rectum est vide d’air, puisque cela indique une obstruction
totale du côlon.
Dans de nombreux cas, l’obstruction est plus graduelle; ainsi, si la
diarrhée se prolonge jusqu’au moment de l’obstruction complète, la
douleur peut être moins intense; on peut noter une distension abdominale
et une moins grande sensibilité à l’examen abdominal; les patients
montrent souvent des signes de déshydratation. Dans le cas d’une
obstruction du côlon secondaire à une diverticulite, les patients présentent
fréquemment de la fièvre et une masse abdominale. Il existe une troisième
forme d’obstruction du côlon, parfois appelée syndrome d’Ogilvie,
qui est en fait un iléus limité au côlon. Les patients qui en sont
atteints se rencontrent plus souvent dans les unités de soins intensifs,
mais ces symptômes peuvent aussi s’observer après une intervention
chirurgicale sans rapport avec l’intestin. Comme dans les cas
d’obstruction mécanique mentionnés précédemment, les patients
atteints du syndrome d’Ogilvie peuvent présenter une distension
abdominale marquée, souvent avec peu de douleurs abdominales; les clichés
radiologiques de l’abdomen révèlent une dilatation du côlon et des
niveaux liquidiens dans le segment distal du côlon.
Une fois le diagnostic d’obstruction du côlon posé, il faut déterminer
le siège de l’obstruction à l’aide de clichés simples de
l’abdomen ou d’un lavement avec un produit de contraste hydrosoluble (comme
l’iothalamate de méglumine) pour établir la nécessité d’une
intervention chirurgicale urgente. Une coloscopie d’urgence est de plus
en plus utilisée dans une telle situation, surtout s’il existe une
probabilité d’un iléus du côlon ou d’un syndrome d’Ogilvie,
puisque le coloscope permet d’aspirer l’excès d’air du côlon et
d’y placer des tubes de décompression pour prévenir une nouvelle
accumulation dangereuse d’air jusqu’à ce que le problème de l’iléus
ait été réglé.
TABLEAU 4. Causes de
l’obstruction du côlon
|
Courantes
Cancer du côlon descendant
Diverticulite
Syndrome d’Ogilvie
Autres
Hernie
Rétrécissements
-Maladie de Crohn
-Postischémiques
-Postchirurgicaux
Intussusception
Volvulus
Adhérences |
|
Certains experts mettent en doute la sécurité
de la coloscopie dans le syndrome d’Ogilvie et recommandent plutôt
l’utilisation d’agents procinétiques. Malheureusement, le traitement
médicamenteux seul n’est que rarement efficace dans les cas graves de
syndrome d’Ogilvie et, si une intervention doit être évitée, le côlon
devra être décompressé par endoscopie. Une approche double comprenant
une décompression prudente par coloscopie et une thérapie procinétique
pourrait s’avérer supérieure mais n’a pas encore été éprouvée
dans des essais cliniques.
Les causes d’obstruction du côlon sont nombreuses ( tableau
4 ), les plus courantes étant le cancer du côlon et la
diverticulite. La plupart des cancers du côlon qui produisent une
obstruction sont situés dans le côlon descendant et envahissent les
fibres circonférentielles de la paroi en produisant des lésions dites en
« coeur de pomme » révélant un aspect irrégulier de la muqueuse
accompagné d’un rétrécissement de la lumière sur la radiographie
avec produit de contraste du côlon. La diverticulite se situe couramment
dans le côlon sigmoïde où la maladie diverticulaire est la plus fréquente;
la formation d’un abcès aigu avec oedème des diverticules enflammés
comprime et obstrue le côlon sigmoïde affecté. Le syndrome d’Ogilvie
peut de prime abord donner l’impression d’être un cancer ou une
diverticulite, mais les radiographies à double contraste et la coloscopie
démontrent une lumière perméable, et le diagnostic semble évident.
Les causes moins fréquentes de l’obstruction du côlon sont les
hernies comportant l’étranglement d’une anse du côlon (habituellement
sigmoïde), ce qui se traduit par une obstruction aiguë de l’intestin.
Les hernies causent plus souvent une obstruction de l’intestin grêle.
Les rétrécissements au niveau du côlon peuvent aussi provoquer une
obstruction, surtout lorsqu’ils se situent au niveau du côlon
descendant. Ils peuvent survenir en présence de colite de Crohn ou après
une poussée de colite ischémique, ou encore au siège d’une anastomose
après une chirurgie du côlon. Dans ce dernier cas, l’obstruction
devrait toujours être visualisée, si possible à l’endoscopie, puisque
la majorité des résections coliques sont faites pour les cas de cancer
et que le risque d’une récurrence locale de cancer peut se manifester
par un rétrécissement post-chirurgical.
Une intussusception peut survenir dans le côlon, et chez les adultes,
elle survient presque toujours au siège d’un polype qui « entraîne »
l’intussusception. Typiquement, cela produit une obstruction
intermittente aiguë de l’intestin qui s’accompagne d’une douleur
intense et souvent d’une rectorragie causée par l’atteinte vasculaire
dans l’intestin invaginé. Compte tenu de la nature intermittente de
l’obstruction, il est probable qu’un diagnostic ne sera posé qu’après
des attaques répétées. Dans un tel cas, il faut toujours envisager un
lavement baryté puisqu’il permet de situer la lésion de la muqueuse
qui « entraîne » l’intussusception et qu’il peut contribuer à la réduire
sans qu’on doive recourir à une intervention chirurgicale urgente.
Un volvulus du côlon tend à survenir dans le caecum ou dans le côlon
sigmoïde, voire dans les deux à la fois, parce que le mésentère peut
être allongé et mobile dans ces régions, ce qui amène l’intestin à
s’enrouler sur lui-même. Cet état peut constituer une urgence
chirurgicale, puisque la portion de l’intestin en cause s’étranglera
si le volvulus n’est pas rapidement éliminé. Encore une fois, un
lavement baryté d’urgence peut réussir à réduire le volvulus et par
le fait même l’urgence de l’intervention chirurgicale elle-même.
Cette approche permet aussi habituellement de réduire un volvulus au
niveau du côlon sigmoïde. On a aussi signalé que la coloscopie a permis
une décompression du volvulus à ce niveau. Un volvulus caecal ne peut
pas être traité aussi facilement à l’aide d’un lavement baryté ou
d’une coloscopie; il faut recourir à des mesures chirurgicales
d’urgence si un volvulus caecal est diagnostiqué.
Les adhérences sont souvent décrites comme une cause commune
d’obstruction intestinale, mais cela n’est probablement vrai que pour
l’intestin grêle. Compte tenu du fait que le côlon se situe en grande
partie dans la région rétropéritonéale ou sur une portion limitée du
mésentère, l’adhérence avec obstruction du côlon est rare. Cette
possibilité existe cependant pour le côlon sigmoïde si le mésentère
est très long, surtout après une intervention pelvienne.
| 3.4 Syndrome
du côlon irritable |
page
407 |
La plupart du temps, les patients qui présentent
des symptômes touchant le tube digestif sont atteints du syndrome du côlon
irritable (SCI). Cette affection est caractérisée par une perturbation
de la fonction intestinale. Les causes du SCI sont encore à l’étude,
mais le syndrome apparaît parfois après un épisode de diarrhée
infectieuse. Les patients ne présentent pas de maladie organique du tube
digestif même s’ils ont de fréquents symptômes intestinaux. De vastes
études épidémiologiques laissent supposer que cette affection survient
chez au moins 15 % de la population.
La douleur abdominale est le symptôme le plus courant qui amène le
patient à consulter un médecin. Des critères établis permettent de
reconnaître avec plus de certitude les patients qui souffrent du SCI,
particulièrement chez les femmes, si la douleur abdominale n’est pas
localisée et semble persister pendant plus de trois mois. La douleur est
associée avec un trouble de la motilité intestinale et s’atténue après
la défécation; elle est également associée avec la présence accrue de
selles diarrhéiques et une augmentation de la fréquence de défécation.
Pour poser un diagnostic « formel » de SCI selon les critères
susmentionnés, il faut aussi que trois des symptômes suivants soient présents
: 1) difficulté à aller à la selle; 2) symptômes de ballonnement
abdominal ou de distension; 3) présence de mucus dans les selles; 4)
augmentation de la fréquence de défécation; et 5) présence accrue de
selles diarrhéiques coïncidant avec l’apparition de la douleur
abdominale.
Les patients qui ont de la difficulté à aller à la selle peuvent présenter
les symptômes suivants. Ils peuvent ressentir un « besoin urgent » de défécation
et avoir peur d’être incontinents s’ils ne peuvent se rendre immédiatement
aux toilettes. Ces patients racontent qu’ils doivent toujours savoir où
sont les toilettes quand ils sont loin de leur domicile. La peur de
l’incontinence les limite énormément dans leur capacité de
fonctionner normalement en société. D’autres patients doivent retenir
leur respiration et forcer lorsqu’ils tentent de déféquer. On parle de
« constipation » si le patient, lorsqu’il essaie d’aller à la
selle, doit faire des efforts de défécation au moins une fois sur
quatre. Finalement, certains patients ont une sensation d’évacuation
incomplète après la défécation. Il faut tenir compte de ce symptôme
au moment de l’interrogatoire, car, même s’il est couramment signalé
par les patients atteints du SCI, la plupart oublient généralement de le
mentionner.
La présence de mucus dans les selles peut être alarmante pour
certains patients qui pensent avoir une « colite ». Dans le passé,
certains médecins désignaient le SCI sous le nom de « colopathie
fonctionnelle »; ce terme est impropre puisque le SCI ne s’accompagne
pas de « colite » ou d’inflammation. Le mucus est une sécrétion
normalement présente dans le côlon, et il faut envisager d’autres
diagnostics, tels que la « colite », seulement en présence de sang et
de mucus.
Les patients présentant un SCI notent un changement typique dans la
forme des selles et dans la fréquence de défécation coïncidant avec
l’apparition de la douleur abdominale. Habituellement, les patients
passeront des selles normalement formées (parfois même dures) tôt le
matin. Puis, les crises de douleur abdominale entraînent des selles plus
fréquentes et plus molles, devenant parfois diarrhéiques. La douleur
s’atténue après la défécation, mais elle peut réapparaître plus
tard dans la journée après l’ingestion d’aliments riches en gras ou
d’autres stimulants intestinaux (p. ex. le café).
Selon certains rapports, les critères susmentionnés (appelés critères
de Manning) peuvent être moins utiles pour les hommes que pour les
femmes. Il est également important de noter que la majorité des patients
présentant un SCI manifestent des symptômes dès le début de leur vie
adulte. Il faut envisager la possibilité d’autres affections du côlon
chez les patients de plus de 40 ans qui présentent ces symptômes pour la
première fois sans avoir eu de symptômes prémonitoires de SCI. Plus
tard dans leur vie, ces patients peuvent développer ce syndrome après
des diarrhées infectieuses; il faut s’assurer par des examens plus
poussés que les modifications de la fonction intestinale ne cachent pas
d’autres maladies.
Le SCI affecte l’intestin dans son ensemble et bien que la plupart
des symptômes semblent avoir leur origine dans le côlon, certains
d’entre eux proviennent également d’autres parties du tube digestif
et même d’autres organes. Les symptômes touchent parfois le tube
digestif supérieur et se traduisent par une fréquence accrue du reflux
gastro-oesophagien. De même, la dyspepsie non ulcéreuse est associée
avec le côlon irritable. Les symptômes de la dyspepsie sont généralement
plus fréquents que ceux des voies intestinales inférieures mais, de
toute évidence, ils sont dus à plusieurs autres causes dont
l’oesophagite peptique, la gastrite, l’ulcère gastro-duodénal et,
plus rarement, à l’atteinte du pancréas ou des voies biliaires. Il
faut penser à d’autres affections sous-jacentes si des symptômes
provenant du tube digestif supérieur sont associés avec le SCI. Les
autres symptômes associés sont les céphalées fréquentes et les symptômes
urinaires qui ressemblent à ceux du SCI puisque les patients ont un
besoin urgent et fréquent d’uriner. Ces symptômes sont parfois très
mal tolérés et cela coïncide avec l’intensification des symptômes du
SCI. Chez les femmes, les symptômes du SCI sont souvent exacerbés
pendant les menstruations. Des études semblent indiquer qu’il existe un
lien entre les symptômes du SCI et les menstruations chez au moins 50 %
des femmes en santé.
Au moment de l’évaluation d’un patient qui se plaint de symptômes
du SCI, il ne faut pas oublier que seul un faible pourcentage de patients
atteints de SCI consultent un médecin. Des études récentes indiquent
que les patients qui consultent leur médecin en raison de leurs symptômes
présentent souvent des problèmes psychologiques. Il faut donc accorder
beaucoup d’importance à ces problèmes, puisque le succès du
traitement consiste à soulager l’état de détresse ou de dépression,
voire les deux, qui accompagne couramment les symptômes du SCI. L’état
psychologique est souvent la première raison pour laquelle le patient a
consulté le médecin.
3.4.1 DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Les critères de Manning permettent un
diagnostic plus précis du SCI : douleurs abdominales accompagnées de
selles plus fréquentes et plus molles, soulagement des douleurs
abdominales à la défécation, ballonnement abdominal, présence de mucus
dans les selles et troubles de défécation, tels qu’une sensation d’évacuation
incomplète. Cependant, l’intolérance au lactose est une cause courante
de modifications des habitudes intestinales chez les jeunes adultes,
surtout si leur origine raciale n’est pas l’Europe du Nord. Il est
donc utile de rechercher l’intolérance au lactose chez les patients qui
présentent une augmentation des selles molles et de la fréquence de défécation,
puisque l’ingestion d’aliments contenant du lactose peut expliquer ces
symptômes. Tous les patients doivent subir un examen physique complet,
surtout pour permettre de déceler une affection dans d’autres systèmes
organiques, comme la thyroïde, qui pourrait se manifester par un
changement des habitudes intestinales. Les patients atteints de SCI présentent
souvent, à la palpation, de la douleur au côlon, surtout au côlon sigmoïde.
La découverte d’une hypertrophie hépatique ou splénique, ou
d’autres masses abdominales requiert des examens plus approfondis. Il
est rarement nécessaire d’effectuer un lavement baryté chez un jeune
adulte en santé dont les symptômes du SCI viennent de réapparaître.
Par contre, chez un patient de plus de 40 ans n’ayant pas eu de symptômes
antérieurs ou présentant des symptômes qui peuvent traduire une
nouvelle apparition du SCI, un lavement baryté et une sigmoïdoscopie
seraient justifiés. Le lavement baryté devrait également évaluer l’état
de l’iléon terminal s’il y a douleur à la palpation du quadrant inférieur
droit. Il faut effectuer une formule sanguine complète avec numération
plaquettaire, car un nombre élevé de plaquettes représente souvent la découverte
d’une inflammation sous-jacente et peut signifier, en présence de symptômes
du SCI, un indice précoce d’une maladie inflammatoire intestinale. Cela
distingue davantage la maladie de Crohn du SCI. La persistance des
douleurs abdominales, même si ces dernières diminuent après la défécation,
indique la possibilité d’une inflammation sous-jacente de l’intestin
plutôt que d’un SCI. La colite ulcéreuse est souvent accompagnée de
rectorragie, laquelle n’est pas un symptôme du SCI, et il faut toujours
rechercher sa cause. De la fièvre, une perte de poids et des symptômes
qui réveillent un patient pendant son sommeil, par opposition à un réveil
tôt le matin, devraient tous faire l’objet d’examens supplémentaires.
Les symptômes qui éveillent le patient la nuit, surtout s’ils sont
accompagnés de diarrhée, ne sont presque jamais dus au SCI. Les patients
souffrant de dépression qui s’éveillent tôt le matin signalent
parfois ce symptôme, mais il faut généralement effectuer des examens
plus poussés.
3.4.2 TRAITEMENT
Dans les cas de SCI, l’approche thérapeutique
consiste autant à rassurer le patient qu’à lui prescrire un traitement
spécifique, car dans la majorité des cas il ne s’agit pas de
n’importe quelle « maladie ». Il est primordial de procéder
à une anamnèse et à un examen physique
complets afin d’éliminer toute affection sous-jacente. Ensuite, il faut
expliquer au patient comment ces symptômes intestinaux peuvent survenir
et lui assurer qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Puisque les
patients présentant les symptômes du SCI sont plus souvent en état de détresse
et ont plus que d’autres patients tendance à consulter leur médecin
pour des affections mineures (aussi appelées maladies comportementales),
il faut les rassurer et les persuader qu’ils ne souffrent pas d’une
maladie grave. Des tests sanguins tels qu’une formule sanguine complète
avec numération plaquettaire contribueront un peu à les rassurer. Une
sigmoïdoscopie éliminera la plupart des maladies inflammatoires précoces
sous-jacentes de même que toute affection rectale, surtout chez les
patients qui se plaignent de troubles de défécation ou de sensation
d’incapacité à évacuer complètement les selles. En cas de diarrhée,
il faut analyser les selles, à la recherche d’agents pathogènes. Après
ces premiers tests de dépistage, il faut chercher les facteurs de stress
dans la vie du patient. Il serait très utile d’évaluer l’intensité
du stress et de prendre des mesures pour l’atténuer. De nombreux
patients, particulièrement ceux qui ont des symptômes de constipation,
peuvent profiter d’une diète riche en fibres (voir la section 3.6).
Un traitement médicamenteux n’est généralement pas indiqué dans
les cas de SCI. Un seul médicament ne peut réussir à traiter toute la
gamme des symptômes du SCI, et certains patients continuent de présenter
des symptômes réfractaires. Dans ce cas, des symptômes particuliers
peuvent être traités par des médicaments spécifiques dont certains
sont mentionnés dans le tableau
5 .
TABLEAU
5. Traitement médicamenteux dans le syndrome du côlon irritable
|
| Symptômes |
Médicaments |
Posologie |
|
| Douleurs
abdominales |
Anticholinergiques
Hyoscyamine
Dicyclomine |
0,125 mg sublingual aux 4 heures au besoin
De 10 à 20 mg, p.o. 3 à 4 f.p.j. avant les repas |
|
Inhibiteurs
calciques
Bromure de pinavérium |
De 50 à 100 mg p.o. 3 f.p.j. avant les repas |
|
Antidépresseurs
Amitriptyline (p. ex.) |
De 10 à 25 mg p.o. à l’heure du coucher (augmenter par paliers
de 10 à 25 mg tous les 5 à 7 jours si toléré) |
|
Opioïdes entériques
Trimébutine |
De 100 à 200 mg p.o. 3 f.p.j. |
| Constipation |
Diète riche
en fibres |
> 30
g par jour plus 2 L de liquide par jour |
|
Laxatifs
osmotiques
Lait de magnésie |
De 15 à 30 mL p.o. 2 à 3 f.p.j. au besoin |
|
Agent procinétique
Cisapride |
20 mg p.o. 2 à 4 f.p.j. |
|
Autres agents
Misoprostol |
200 mg p.o. 2
à 4 f.p.j. avant les repas |
| Diarrhée |
Agent de
liaison (résine)
Cholestyramine |
4 g p.o. 1 à 4 f.p.j. |
|
Agent
antimotilité
Lopéramide |
De 2 à 4 mg p.o. au besoin jusqu’à une
dose quotidienne maximale de 16 mg |
|
Diphénoxylate |
2,5 mg p.o. 4
f.p.j. au besoin |
| Ballonnement
abdominal, gaz |
Siméthicone |
< 4
f.p.j. au besoin |
|
Comprimé entérosoluble
d’huile de menthe poivrée |
1 capsule
p.o. 4 f.p.j. au besoin |
|
Agent de
motilité ?
Cisapride
Dompéridone |
De 10 à 20 mg p.o. 2 à 4 f.p.j.
De 10 à 20 mg p.o. 4 f.p.j. |
|
L’usage des médicaments pour le SCI doit
toujours être limité à de courtes périodes durant l’exacerbation des
symptômes et doit être interrompu dès que le patient se sent bien. Étant
donné que le SCI est une affection chronique et que cet état est
probablement considéré comme « normal » pour ces patients, l’usage
prolongé de médicaments accentue souvent l’idée qu’ils sont «
malades ». Assurer au patient qu’il n’y a pas de lien entre les symptômes
du SCI et l’apparition de maladies intestinales plus graves, telles que
le cancer du côlon ou une maladie intestinale inflammatoire, peut souvent
atténuer certaines appréhensions exagérées bien que très réelles
chez de nombreux patients.
| 3.5
Incontinence fécale |
page
411 |
Pour comprendre l’incontinence fécale,
il faut connaître le fonctionnement normal de la région ano-rectale. Sur
le plan anatomique, cette région comprend le sphincter anal interne
entouré du sphincter anal externe et le muscle pubo-rectal. Le sphincter
anal interne est fait de muscles lisses et il est en continuité avec la
musculature lisse de la couche circulaire interne du rectum. Le sphincter
anal externe est constitué de muscles striés et il entoure le sphincter
anal interne, tandis que le muscle pubo-rectal (également fait de muscles
striés) est un gros muscle en forme de U qui enveloppe le canal anal supérieur
à la jonction ano-rectale, au-dessus du sphincter anal externe, et décrit
une anse pour s’attacher devant l’os pubien. Une bandelette anatomique
de muscles est ainsi formée et elle tire la jonction ano-rectale vers
l’avant quand elle se resserre, ce qui ferme le canal anal supérieur et
forme l’angle ano-rectal qui est essentiel au maintien de la continence
fécale.
Lorsque des selles (ou des gaz ou du liquide) pénètrent dans le
rectum ou dans le côlon sigmoïde, un réflexe d’inhibition ano-rectale
(RIAR) normal ou un réflexe recto-sphinctérien se déclenche : le
sphincter anal interne se relâche et, si les muscles volontaires se
contractent, le rectum se vide par le canal anal ( figure
2 ). La contraction du sphincter anal externe (SAE) et du muscle
pubo-rectal (PR) qui se produit en réponse à la commande volontaire des
sphincters constitués de muscles striés assure la continence fécale,
jusqu’à ce que l’augmentation de la pression rectale diminue et que
le tonus de repos du sphincter anal interne soit rétabli. Ainsi, les
sphincters « volontaires » (c’est-à-dire le SAE et le PR) possèdent
la capacité de se contracter au maximum pendant approximativement une
minute, après quoi la continence fécale disparaît à cause de la
fatigue musculaire, si le sphincter anal interne ne retrouve pas son
tonus.
Le patient souffrant d’incontinence fécale décrit souvent son problème
comme une « diarrhée » plutôt que comme une perte de maîtrise de la
fonction intestinale. Il faut donc demander à tous les patients qui se
plaignent de diarrhée s’ils ont de la difficulté à « se retenir »,
car cela peut indiquer la source du problème. En présence
d’incontinence fécale, il faut en déterminer la fréquence, s’il y a
eu fuite à la fois de selles liquides et de selles solides, et si la
fuite était précédée d’une envie impérieuse de déféquer. Il est
important de relever les antécédents de traumas ano-rectaux
(chirurgicaux ou autres) et de noter la tonicité des muscles volontaires
du canal anal au toucher rectal.
Chez la plupart des patients affligés d’incontinence fécale,
celle-ci est « idiopathique », mais des recherches récentes menées
chez des femmes présentant ce symptôme indiquent que celles-ci ont subi
une atteinte des nerfs honteux internes au moment de l’accouchement.
Avec le temps, cette atteinte a entraîné un affaiblissement graduel des
muscles striés du sphincter anal. Le trauma chirurgical est la deuxième
cause la plus fréquente, et il faut se rappeler qu’une intervention
chirurgicale (p. ex. une hystérectomie par voie vaginale) peut soumettre
les nerfs et les muscles du plancher pelvien à une tension excessive et
entraîner une faiblesse des sphincters anaux. La rupture du sphincter
anal interne constitue souvent une autre cause d’incontinence fécale;
cette rupture survient soit durant une sphinctérotomie interne latérale
pratiquée pour traiter une fissure anale soit, plus couramment, à la
suite d’une dilatation vigoureuse du sphincter anal faite avec trois ou
quatre doigts, selon l’ancien procédé de Lord, sous anesthésie, sans
que l’ampleur des dommages infligés aux sphincters soit prévisible.
Enfin, l’examen du périnée, effectué au moment où le patient fait
des efforts de défécation, peut révéler un prolapsus périnéal lié
à une faiblesse des muscles du plancher pelvien ainsi qu’à une altération
de l’anatomie normale, ce qui altère le fonctionnement mécanique du
sphincter. Le prolapsus périnéal peut être associé avec une rectocèle
ou, chez les femmes, avec un prolapsus de l’utérus. Le prolapsus rectal
peut aussi s’accompagner de faiblesse musculaire du plancher pelvien et
occasionner une incontinence fécale.
Le traitement de l’incontinence fécale s’est amélioré pendant la
dernière décennie, principalement grâce à l’utilisation de la rétroaction
biologique. Cette technique permet au patient de pratiquer la constriction
des muscles striés du sphincter anal, habituellement à l’aide d’un
bouchon-électrode électromyographique (ÉMG) de surface inséré dans le
canal anal; la rétroaction auditive et visuelle que le patient perçoit
l’incite à contracter ses muscles au maximum. Il faut aussi veiller à
augmenter la teneur en fibres du régime alimentaire afin de prévenir les
selles liquides. Le traitement médicamenteux est limité, mais le lopéramide
permet d’accroître le tonus de repos des sphincters anaux et il représente
un apport thérapeutique utile, en particulier si la fréquence des selles
est élevée (le lopéramide diminue cet effet). La cholestyramine peut être
utilisée si le patient a de la diarrhée ou des selles molles, car ce médicament
rend les selles plus solides (effet de constipation).
Un traitement chirurgical s’impose parfois et il est d’un grand
secours chez les patients ayant un problème mécanique tel qu’un
prolapsus rectal ou une rupture du sphincter. La correction chirurgicale
du prolapsus périnéal s’avère souvent moins utile, puisqu’aucun des
procédés actuellement employés ne remédie de façon satisfaisante à
la faiblesse musculaire qui est à l’origine du prolapsus, et les
tentatives faites
pour « suspendre » les muscles du plancher pelvien ne peuvent renforcer
ces muscles. Les patients doivent s’abstenir de faire des efforts
excessifs s’ils souffrent d’un prolapsus périnéal important, car ces
efforts ne feront qu’aggraver la faiblesse des muscles du plancher
pelvien.
| 3.6
Constipation |
page
415 |
Quand un patient présente ce symptôme, il
faut d’abord définir ce qu’il entend par constipation. Les définitions
abondent, mais la meilleure définition clinique affirme que, chez plus de
95 % de la population d’Amérique du Nord, la fréquence de la défécation
varie entre trois fois par jour et trois fois par semaine. Par conséquent,
les patients qui vont à la selle moins de trois fois par semaine seraient
considérés comme constipés. De nombreux patients qui se disent constipés
entendent habituellement par là qu’ils ont des selles dures ou en
boulettes (scybales), tandis que d’autres peuvent avoir une fréquence
de défécation dans les limites « normales » mentionnées plus haut
tout en ayant la sensation que leur intestin ne s’est pas vidé complètement.
Ce dernier symptôme est souvent concomitant du syndrome du côlon
irritable et la plupart des gens qui l’éprouvent se plaindront de
souffrir parfois de constipation. Les constipés qui ont des selles peu fréquentes
alternant avec une diarrhée intermittente présentent les symptômes les
plus typiques du syndrome du côlon irritable. Pourtant, il existe un
grand nombre de personnes, presque toutes des femmes, qui ont des défécations
peu fréquentes, et elles ne doivent pas être confondues avec les
porteurs du syndrome du côlon irritable ordinaire. Il est possible
qu’elles fassent partie de ces quelques patients relativement rares chez
qui la constipation a une cause secondaire.
Dans les sociétés occidentales, la cause la plus fréquente de
constipation est le manque de fibres alimentaires. La notion de « fibres
» est devenue assez confuse pour nombre de patients, en raison de
l’accent de plus en plus grand qu’on met sur le « son d’avoine »
conseillé dans le traitement de l’hypercholestérolémie. En fait, de
nombreux aliments que les patients croient riches en fibres, comme les
salades, la laitue, les tomates, le céleri, etc., renferment surtout de
l’eau et certains légumes peuvent même aggraver les symptômes des
patients. Les fibres sont des glucides complexes incomplètement digérés
dans l’intestin grêle et ensuite « digérés » par les bactéries du
côlon, libérant des gaz de fermentation et des acides gras à chaîne
courte qui peuvent occasionner et aggraver de nombreux symptômes
abdominaux concomitants (p. ex. douleur, gaz et ballonnement abdominaux).
Il faut cependant souligner que les fibres insolubles fournies par les céréales
à grains entiers (par opposition aux fibres solubles du son d’avoine)
sont les meilleures pour augmenter la fréquence des selles, mais on doit
les ajouter graduellement à son alimentation pendant 8 à 12 semaines
jusqu’à l’obtention d’une dose quotidienne d’environ 30 g. On
peut ajouter au son de blé d’autres fibres offertes sous la forme de préparations
laxatives mucilagineuses à base de psyllium, de méthylcellulose de Sterculia
ou d’isphagula, afin d’obtenir cet apport de fibres sans modifier
complètement le régime du patient. Nombre de sujets constipés
continuent de passer des selles dures et sèches, malgré un accroissement
de la quantité de fibres alimentaires parce qu’ils n’augmentent pas
la teneur en eau de leur régime. Dans l’intestin, les fibres agissent
en absorbant plus d’eau et en gardant les selles molles; pour atteindre
ce but, il faut augmenter l’apport de liquides. Dans un régime
contenant 30 g de fibres, il est recommandé de boire huit verres de 225
mL de boisson sans caféine, soit deux litres par jour.
Les causes secondaires de la constipation doivent être écartées.
L’obstruction intestinale peut se manifester par de la constipation, et
elle doit toujours être envisagée chez un patient qui présente des
symptômes de constipation après l’âge de 40 ans (âge où
l’incidence du cancer du côlon augmente). Parmi les causes plus rares
de la constipation figure l’hypothyroïdie, qui peut se manifester par
un symptôme primaire de constipation. L’hypercalcémie atteint rarement
des niveaux qui produisent de la constipation, mais il faut toujours tenir
compte de cette possibilité, puisqu’elle peut menacer la vie du sujet
et que, dans ce contexte, la constipation résiste toujours aux mesures thérapeutiques
jusqu’à ce que l’hypercalcémie soit traitée. La rectite (ou
proctite) peut se traduire par une défécation peu fréquente due à
l’obstruction fonctionnelle causée par l’inflammation du rectum;
toutefois, le côlon continue à produire en amont des selles moulées qui
ne peuvent passer facilement dans le rectum enflammé. La rectite se
manifeste habituellement par une production excessive de mucus accompagné
ou non de sang dans les selles; la rectosigmoïdoscopie permet toujours de
diagnostiquer cette entité pathologique.
Le diabète sucré constitue une autre cause de constipation, souvent
attribuable à un trouble de la motilité, mais les facteurs alimentaires,
de même que la neuropathie du système autonome, peuvent aussi y
contribuer. Une faible proportion de ces diabétiques souffrant de
constipation peuvent, à la longue, être affligés de diarrhée qui, elle
aussi, est reliée à la neuropathie du système nerveux autonome observée
dans le diabète sucré de longue date.
L’inactivité, indépendamment de la cause, semble augmenter le
risque de constipation. Cet état semble secondaire à une diminution de
l’activité colique et pourrait être aggravé par un apport insuffisant
de fibres. Les affections cardio-pulmonaires graves de toute origine qui
limitent l’activité physique peuvent favoriser la constipation. Les
maladies neurologiques limitant la capacité de marche peuvent
s’accompagner de constipation; de plus, il est possible que certains de
ces patients ne ressentent pas la distension rectale signalant un besoin
de déféquer, et leurs troubles neurologiques (tant périphériques que
centraux) peuvent altérer le transit intestinal. Enfin, les personnes âgées
peuvent présenter des troubles de défécation et, même en présence
d’un fécalome, elles peuvent se plaindre de « diarrhée » ou de «
souillures » résultant du surplus de selles causé par le fécalome qui
inhibe le tonus de repos du sphincter anal. Il n’est pas surprenant que
nombre de ces patients répondent à un traitement par les laxatifs une
fois le fécalome éliminé, puisque cela prévient la formation d’un
nouveau fécalome accompagné de fuites. L’utilisation régulière et
abusive de laxatifs peut aggraver la constipation de longue date, et
certaines théories veulent que cette pratique puisse de fait endommager
l’innervation normale du côlon, le rendant atonique et non fonctionnel.
Les observations physiques sont souvent minimes dans la plupart des
cas, mais les causes secondaires particulières à la constipation doivent
être recherchées. Il peut exister des signes d’hypothyroïdie et il
faut tenter de découvrir des signes de déshydratation puisque cela peut
constituer un indice précoce d’hypercalcémie. Des examens
cardio-pulmonaires et neurologiques minutieux s’imposent afin de mettre
en évidence d’autres affections pouvant être traitées et qui
permettraient d’améliorer l’état de santé général du patient et,
de ce fait, sa fonction intestinale. Au moment de l’examen abdominal, la
recherche de signes de distension, d’hyperpéristaltisme ou de masses
peut permettre de découvrir la source des troubles de constipation. Il
faut noter toute sensibilité abdominale localisée ainsi que tout signe
d’hypertrophie hépatique, splénique ou rénale. Un examen rectal
complet ainsi qu’une rectosigmoïdoscopie sont requis dans tous les cas
de constipation afin de déterminer si le patient présente ou non un fécalome,
une dilatation ou une distension du rectum, ou encore une rectite.
3.6.1 MÉGARECTUM
En présence d’une dilatation du rectum,
d’autres examens sont nécessaires pour exclure d’autres causes, dont
la maladie de Hirschsprung (voir la section 3.6.2). La plupart des
patients qui présentent de la constipation et une dilatation du rectum ou
du côlon, voire des deux, à la rectosigmoïdoscopie ou au lavement baryté
souffrent d’un mégarectum idiopathique ou acquis. Une indication utile
pour le diagnostic d’un mégarectum est un diamètre rectal de plus de 6
cm sur les clichés radiologiques en incidence latérale au niveau de la
vertèbre S2. Ces patients présentent souvent un fécalome dans
l’enfance (bon nombre d’entre eux souffrant d’encoprésie) et à un
âge avancé. La cause du mégarectum est inconnue, mais s’il survient
pendant l’enfance, cela peut provenir d’une rétention chronique chez
l’enfant, amenant une distension pro-gressive du rectum et une perte éventuelle
de reconnaissance de distension rectale. Quand cela se produit, le patient
ne peut plus ressentir la présence de selles dans son rectum, car la
distension rectale cause une inhibition chronique du tonus de repos du
sphincter anal interne, ce qui entraîne une perte de contrôle des selles
liquides ou semi-liquides qui s’écoulent le long du fécalome sans que
le patient s’en aperçoive.
3.6.2 MALADIE DE HIRSCHSPRUNG
La maladie de Hirschsprung apparaît, dans
la plupart des cas, peu de temps après la naissance ou pendant la tendre
enfance. Il s’agit d’une lésion congénitale où des segments de
longueur variable du côlon distal (rectum) sont dépourvus de plexus
myentérique ou plexus d’Auerbach. La portion distale du côlon reste
contractée pendant que la portion proximale normale se dilate à mesure
qu’elle se remplit de selles. La plupart de ces patients présentent très
tôt dans la vie une constipation opiniâtre et une obstruction colique;
il faut alors recourir à une intervention chirurgicale. Il arrive parfois
qu’un très court segment du côlon distal n’ait pas de cellules
nerveuses, ce qui empêche de surmonter l’obstruction et nécessite l’évacuation
des selles du rectum. Ces patients souffrent habituellement de
constipation leur vie durant et la portion normale rectale en amont du
segment non innervé se dilate avec le temps et entraîne de la
constipation et un mégarectum. Les patients ne souffrent pratiquement
jamais d’incontinence fécale ou de « souillures » comme c’est le
cas en présence d’un mégarectum idiopathique parce que le sphincter
anal interne et le rectum distal non innervé maintiennent un tonus de
repos élevé. Un examen manométrique ano-rectal permet de diagnostiquer
cette affection parce qu’il révèle l’absence d’un réflexe
inhibiteur ano-rectal normal ( figure
2 ). Seule une biopsie rectale profonde de la partie du
segment non innervé permet de poser un diagnostic définitif, car elle révèle
l’absence de cellules ganglionnaires du plexus d’Auerbach et une
hypertrophie des faisceaux de fibres nerveuses. Il importe aussi de
souligner qu’une forme identique de cette maladie peut être acquise. En
effet, la maladie de Chagas, fréquente en Amérique du Sud, attaque les
ganglions d’Auerbach et d’autres cellules des ganglions du système
nerveux autonome, de sorte qu’elle peut se manifester par de
l’achalasie ou une pseudo-obstruction intestinale et des arythmies
cardiaques. Ces patients seront également dépourvus de réflexe
d’inhibition ano-rectal si la maladie atteint le plexus myentérique
rectal.
3.6.3 DYSSYNERGIE DU PLANCHER PELVIEN
La majorité des patients atteints de
constipation présentent une forme du syndrome du côlon irritable mais,
chez un petit nombre d’entre eux, un désordre précis de la fonction
colique ou ano-rectale, voire des deux à la fois, peut produire des symptômes
de constipation. Chez ces patients, presque tous des femmes, les symptômes
peuvent provenir d’un allongement du temps de transit ou d’une
dysfonction ano-rectale accompagnée d’une absence de prise de
conscience d’une distension rectale (sans mégarectum) ou encore résulter
de l’obstruction de l’orifice anal causée par une contraction
inappropriée du sphincter anal volontaire pendant la défécation. Voilà
en quoi consiste la dyssynergie du plancher pelvien ou anismus. Ces
patients peuvent représenter un important dilemme thérapeutique, et ils
doivent subir d’autres examens dans les unités de coloproctologie spécialisées
dans le soin de ces patients.
| 3.7
Infections du côlon |
page
419 |
3.7.1 SHIGELLA
Cette diarrhée infectieuse aiguë est la
cause classique de la dysenterie bacillaire. Ses manifestations typiques
sont la fièvre, des crampes abdominales et une diarrhée liquide qui
devient habituellement sanglante de 24 à 48 heures après avoir commencé.
La période d’incubation est de 36 à 48 heures. À mesure que la
maladie évolue, les symptômes deviennent typiques de la dysenterie
colique avec des selles peu abondantes et fréquentes, des crampes et un ténesme
qui chez certains, peut mener, à un prolapsus rectal après un effort
prolongé.
L’organisme en cause est une bactérie Gram négatif qui n’a pour
seul hôte que l’humain. Cette bactérie est bien adaptée pour causer
une maladie chez les humains. Il suffit en effet de 200 bactéries pour
causer une infection, comparativement à 10 6 ou plus pour
d’autres infections entériques. Elle peut persister dans les aliments
pendant des semaines et sur les surfaces contaminées du corps pendant
plusieurs heures. La pathogenèse fait intervenir la production d’une
cytotoxine appelée toxine shiga ou des toxines semblables qui sont à la
fois cytotoxiques et neurotoxiques, et qui ressemblent beaucoup à la
toxine produite par la souche 0157:H7 de E. coli . La bactérie Shigella
, bactérie micro-invasive, pénètre dans l’hôte par les cellules
M de l’intestin et se propage ensuite latéralement à travers la
muqueuse colique pour atteindre la membrane basolatérale des cellules
avoisinantes. On la trouve surtout chez les voyageurs revenant des régions
endémiques (tropicales et subtropicales). On observe aussi une fréquence
plus élevée chez les hommes homosexuels qui ont des rapports
oraux-anaux.
Le traitement dépend de la résistance aux antibiotiques de la souche
bactérienne en cause. Les espèces de Shigella élaborent
rapidement une résistance aux antibiotiques; les patients devraient être
encouragés à suivre au complet leur antibiothérapie pour prévenir ce
phénomène. Les antibiotiques diminuent la durée des symptômes et le
portage des germes. Les fluoroquinolones constituent les antibiotiques de
choix à cause de la faible fréquence de résistance actuellement, mais
cette situation pourrait changer. L’ampicilline et le triméthoprime-sulfaméthoxazole
sont également efficaces contre les souches sensibles. Si l’infection a
été contractée à l’étranger, une fluoroquinolone administrée deux
fois par jour pendant cinq jours est le meilleur traitement d’une
infection à Shigella confirmée, mais on a rapporté qu’une
forte dose unique pouvait éradiquer l’infection. Des inhibiteurs de la
motilité tels que le lopéramide, le diphénoxylate ou des narcotiques
analgésiques sont contre-indiqués pour cette infection, à cause du
risque de mégacôlon toxique. De manière générale, les inhibiteurs de
la motilité ne devraient jamais être utilisés contre une diarrhée
infectieuse aiguë accompagnée de selles sanglantes.
3.7.2 SALMONELLA
L’infection par des souches de
salmonelles non typhoïdes résulte de l’ingestion d’aliments contaminés
par ces organismes. Ces bactéries sont endémiques chez la volaille et le
bétail. De grandes épidémies ont été provoquées par la consommation
d’oeufs insuffisamment cuits. Ces bactéries sont également souvent présentes
chez les reptiles et les amphibiens. La contamination de la marijuana par
des salmonelles peut également être une autre source importante
d’infection chez les jeunes adultes. La période d’incubation
habituelle est de 8 à 48 heures.
S. typhi , qui cause la fièvre
typhoïde, n’est observé que chez les humains. Nous ne le mentionnons
que pour insister sur le fait que toutes les espèces de salmonelles sont
apparentées et qu’elles peuvent donc causer des affections générales
de gravité similaire, en particulier chez les patients immunodéprimés
et chez ceux qui sont aux âges extrêmes de la vie (c.-à-d. les moins de
deux ans et les personnes âgées affaiblies).
La salmonelle est une bactérie invasive qui peut causer une septicémie,
après s’être multipliée dans les ganglions lymphatiques mésentériques.
La résistance à l’infection repose d’abord sur la présence
d’acide gastrique et ensuite sur l’intégrité de la flore intestinale
et sur la motilité. L’utilisation de purgatifs, d’inhibiteurs de la
motilité et d’antibiotiques à large spectre en même temps qu’un
traitement suppresseur de l’acidité incluant les anti-acides est associée
avec une augmentation des infections. Une intervention chirurgicale à
l’intestin augmente également les risques d’infection symptomatique.
Certaines maladies, notamment l’anémie à hématies falciformes, le
lupus érythémateux aigu disséminé et le sida, prédisposent à
l’infection parce qu’elles affaiblissent les défenses de l’hôte.
Le traitement est habituellement symptomatique. Les antibiotiques ne
devraient être utilisés que si le patient montre des signes de bactérémie,
car ils accroissent souvent le risque d’apparition d’un état de
porteur chronique. Les antibiotiques de prédilection sont l’ampicilline
et le triméthoprime-sulfaméthoxazole, mais on a récemment démontré
que les fluoroquinolones et les céphalosporines de troisième génération
(particulièrement la ceftriaxone dont le taux d’excrétion biliaire est
élevé) étaient très efficaces chez les patients qui avaient besoin
d’une antibiothérapie. Les antibiotiques ne devraient normalement être
envisagés que chez les patients de moins de deux ans et chez les
personnes âgées atteintes d’une maladie vasculaire, de même que chez
les patients qui ont des implants métalliques dans les os, une maladie
lymphoproliférative, une anémie à hématies falciformes ou le sida. Le
siège d’infection chronique est habituellement les voies biliaires. Une
maladie de l’arbre biliaire, particulièrement la lithiase biliaire, nécessite
une intervention chirurgicale suivie d’une cure de deux semaines, ce qui
fait souvent disparaître l’état de porteur chronique.
3.7.3 CLOSTRIDIUM DIFFICILE
Cette bactérie sporulée, Gram positif et
anaérobie est la cause la plus fréquente de diarrhée infectieuse chez
les patients hospitalisés. L’organisme n’est pas invasif mais,
lorsque la flore bactérienne colique normale est réduite, il se
multiplie et produit deux toxines qu’on appelle toxines A et B. La
toxine A cause une colite. La toxine B est une cytotoxine qui est souvent
utilisée pour diagnostiquer cette infection.
Dans la majorité des cas, l’infection survient à la suite d’une
antibiothérapie. Les flambées d’infections dans les hôpitaux se
produisent souvent parmi les patients les plus malades, certains n’ayant
pas reçu d’antibiotiques avant cette manifestation. Bien que les pénicillines,
les céphalosporines et la clindamycine soient plus susceptibles d’être
associées avec l’infection à C. difficile , tous les
antibiotiques ont été reliés, y compris le métronidazole et la
vancomycine. Les autres facteurs de risque comprennent des agents qui
influent sur la motilité intestinale, tels les lavements, les antidiarrhéiques
et la chimiothérapie intensive. Les patients qui ont des maladies graves
et qui sont plus âgés sont également plus susceptibles de présenter
les symptômes de la maladie.
La diarrhée est le symptôme initial le plus fréquent et elle est
habituellement non sanglante. Cependant, après une diarrhée prolongée,
une certaine quantité de sang peut apparaître à la suite d’une
irritation ano-rectale. À l’endoscopie du côlon et du rectum,
l’aspect typique consiste en « pseudo-membranes » ou plaques blanchâtres
à la surface de la muqueuse colique sur un fond de muqueuse d’aspect
presque normal. C’est pour cette raison que l’infection est souvent
appelée « colite pseudo-membraneuse ». Malheureusement, ces
modifications caractéristiques ne sont pas toujours présentes dans le
rectum, de sorte que le diagnostic est habituellement confirmé par la
mise en évidence de cytotoxine dans un échantillon de selles en culture
tissulaire. Le clinicien doit toujours garder à l’esprit la possibilité
de cette infection chez les patients à risque parce que, chez certains
d’entre eux, ni la culture de C. difficile ni la recherche de la
cytotoxine dans les selles ne donneront des résultats positifs. Il est
crucial de faire une revue minutieuse de toutes les antibiothérapies au
cours des trois mois précédents lorsqu’on envisage cette cause pour
une diarrhée, étant donné que de nombreux patients peuvent avoir reçu
les antibiotiques responsables plusieurs jours ou plusieurs semaines avant
l’apparition des symptômes.
Pour le traitement, le métronidazole (Flagyl ® ) est préférable
à la vancomycine : les deux antibiotiques ont une efficacité semblable
contre cette infection, mais le prix du métronidazole est environ dix
fois moindre que celui de la vancomycine. Le traitement dure de 7 à 10
jours, habituellement à une posologie de 250 mg par voie orale 4 f.p.j.
dans les études qui ont été rapportées. La vancomycine est administrée
à raison de 125 mg par voie orale 4 f.p.j. mais n’est efficace que par
voie orale alors que le métronidazole est également efficace lorsqu’il
est administré par voie intraveineuse chez les rares patients qui ont un
iléus postopératoire. Le taux de récidive est élevé et peut atteindre
20 % avec les deux schémas. On ignore quelle est la meilleure méthode
pour prévenir les récidives, mais les symptômes récidivants peuvent répondre
à un deuxième traitement par le métronidazole ou la vancomycine.
3.7.4 ENTAMOEBA HISTOLYTICA (AMIBIASE)
Entamoeba histolytica , le parasite
responsable de l’amibiase, semble être la seule amibe à causer des
maladies chez les humains. Les autres amibes qu’on trouve souvent dans
le côlon sont des commensaux normaux. E. histolytica est un
parasite qui forme des kystes, mais ces derniers ne causent pas de
maladie. Ils sont ingérés et résistent à l’acide gastrique; le
trophozoïte se développe ensuite dans le côlon. Les kystes sont
responsables de la dissémination de la maladie et il arrive souvent que
des porteurs non atteints propagent la maladie en excrétant des kystes.
Les trophozoïtes qui envahissent la muqueuse colique causent la maladie,
mais les trophozoïtes passés dans les selles des personnes qui ont des
symptômes ne peuvent pas survivre à l’extérieur de l’organisme et
transmettent rarement l’infection. C’est dans les régions tropicales
où les conditions d’hygiène sont mauvaises que la maladie est le plus
fréquente. C’est habituellement dans le côlon que la maladie débute.
L’invasion de la muqueuse par les trophozoïtes est due à la production
d’une molécule d’« amibapore » qui provoque la lyse des colonocytes
tapissant la muqueuse; les cellules lysées sont ensuite ingérées par
les amibes, ce qui provoque une ulcération du côlon et permet la dissémination
de l’amibe dans tout l’organisme. L’amibe infecte le côlon et
rarement l’iléon, mais le caecum est habituellement atteint. E.
hystolytica est un agent pathogène invasif; il peut s’étendre par
la voie hématogène à d’autres organes, particulièrement au foie.
Le diagnostic repose habituellement sur la mise en évidence d’ E.
hystolytica par examen microscopique des selles, mais on peut également
déceler les amibes par diagnostic histologique de tissu prélevé du côlon
par biopsie. L’efficacité de l’analyse des selles diminue après des
épreuves au baryum et si des antibiotiques ou de l’huile minérale sont
administrés avant la collecte. À l’endoscopie, les ulcères du rectum
et du côlon peuvent présenter un aspect caractéristique avec des bords
surélevés; parfois la muqueuse environnante semble normale,
contrairement à la dysenterie bacillaire aiguë (voir la section 3.7.1)
et à la colite ulcéreuse. Le diagnostic peut également être posé par
des épreuves d’hémagglutination indirecte et par la technique ELISA
sur le sérum visant à déceler l’infection; toutefois, si le patient
est un porteur qui n’excrète que des kystes, les résultats sont
souvent négatifs. L’infection chronique du caecum produit une apparence
« conique » à la radiographie. D’autres complications coliques
comprennent la perforation, l’amoebome (une réaction tissulaire
granulomateuse dans le côlon; cette masse peut provoquer une occlusion ou
être prise à tort pour une tumeur maligne du côlon), l’abcès péricolique
et les fistules. Le foie est l’organe extra-intestinal le plus souvent
infecté, mais E. hystolytica peut aussi s’étendre au cerveau,
aux poumons, au péricarde et aux yeux. Il y a un risque accru de dissémination
de la maladie et de formation d’abcès si la personne atteinte prend des
stéroïdes, est enceinte ou immunodéprimée.
La colite aiguë est habituellement traitée par le métronidazole, à
raison de 400 à 750 mg 3 f.p.j., pendant 5 à 10 jours. Si le patient a
une affection colique chronique associée avec une excrétion chronique de
kystes, le médicament de choix est la diloxanide, à raison de 500 mg 3
f.p.j., pendant 10 jours. Si ce traitement n’est pas disponible, on peut
utiliser l’iodoquinol, à raison de 650 mg 3 f.p.j., pendant 20 jours,
mais il s’agit là de la dose maximale, car ce médicament peut causer
une névrite optique. Les patients qui ont des abcès hépatiques
d’origine amibienne devraient d’abord être traités par le métronidazole
pendant 10 jours, puis recevoir de la diloxanide pendant 10 jours. Tous
les patients devraient être revus de deux à trois mois après le
traitement pour s’assurer de l’élimination du parasite et de
l’absence d’état de porteur chronique associé avec l’excrétion de
kystes.
3.7.5 BALANTIDIUM COLI
Ce très gros protozoaire cilié cause dans
de rares cas une maladie qui ressemble à la dysenterie amibienne, et il
est en général facile à mettre en évidence dans les selles, à cause
de sa taille. Il est contracté dans les pays tropicaux ou subtropicaux
par exposition aux porcs fréquemment porteurs asymptomatiques de cet
organisme. Le traitement se fait au moyen de la tétracycline, à raison
de 500 mg 4 f.p.j., pendant 10 jours. B. coli est également
sensible à l’ampicilline et au métronidazole.
3.7.6 BLASTOCYSTIS HOMINIS
Cette levure fréquemment décelée chez
des personnes asymptomatiques, B.
hominis a récemment été mise en
cause dans des cas de diarrhée inexpliquée chez certains patients dont
les selles contenaient un grand nombre de ces protozoaires. Il semble que
le traitement soit obtenu par le métronidazole, à raison de 750 mg 3
f.p.j., pendant 10 jours, ou par l’iodoquinol, à raison de 650 mg 3
f.p.j., pendant 20 jours. L’iodoquinol peut procurer un taux plus élevé
de réussite, mais on n’a pas encore déterminé quel est le meilleur
traitement.
| 3.8
Infections intestinales à nématodes |
page
424 |
3.8.1 VER ROND (ASCARIS
LUMBRICOIDES)
Le ver rond ou ascaris, l’un des plus fréquents
nématodes trouvés chez les humains, est plus souvent observé sous les
tropiques. Habituellement, les oeufs sont ingérés par l’intermédiaire
d’aliments contaminés ou de mains souillées. Les oeufs éclosent dans
l’intestin et, par voie hématogène, se rendent au foie, puis aux
poumons. Une pneumopathie à éosinophile peut apparaître, puis les
larves migrent à travers les alvéoles, remontent jusqu’à la trachée
et passent dans le larynx où elles sont avalées. Elles se développent
ensuite dans l’intestin grêle jusqu’au stade de vers adultes,
lesquels peuvent causer des symptômes d’occlusion intestinale s’ils
sont présents en grand nombre, et des symptômes biliaires s’ils
migrent jusqu’au canal cholédoque.
3.8.2 ANKYLOSTOME (ANCYLOSTOMA
DUODENALE; NECATOR AMERICANUS)
L’ankylostome peut s’infiltrer dans la
peau au contact de terre contaminée et il est susceptible de se trouver
dans des endroits où le sol est contaminé par des matières fécales. Un
érythème prurigineux apparaît au point de pénétration dans
l’organisme. Les larves filariennes se rendent ensuite jusqu’aux
poumons, migrent à travers les alvéoles et remontent jusqu’au larynx où
elles sont avalées. Elles causent ensuite de la nausée, des diarrhées,
des vomissements, des douleurs abdominales et de la flatulence. De
nombreux patients présentent une carence en fer due à une perte de sang
quotidienne de 0,1 à 0,4 mL par ver.
3.8.3 TRICHOCÉPHALE (TRICHURIS
TRICHIURA)
Le trichocéphale peut également causer
une carence en fer si un grand nombre de vers infectent le tractus
gastro-intestinal. Il envahit essentiellement le côlon. Il apparaît une
diarrhée sanglante lorsque l’infestation est importante. Le parasite
est facilement diagnostiqué par la recherche d’oeufs typiques dans les
selles mais, de plus en plus, le diagnostic est effectué par coloscopie
dans le cadre d’examens réalisés en raison d’une diarrhée
sanglante; les vers, s’il y en a, sont ainsi facilement décelables.
3.8.4 OXYURE (ENTEROBIUS
VERMICULARIS)
L’oxyure est probablement le nématode le
plus répandu dans le monde. Il cause habituellement un prurit anal,
souvent pire la nuit lorsque les vers migrent sur la peau de la région périanale
et pondent leurs oeufs. L’oxyure est probablement le nématode le plus
fréquent au Canada, particulièrement chez les enfants. Le diagnostic est
posé par la mise en évidence des oeufs recueillis sur la peau périanale,
habituellement tôt le matin avant la défécation.
3.8.5 STRONGYLOIDES STERCORALIS (ANGUILLULOSE)
Strongyloides stercoralis est très
souvent présent dans les régions tropicales. C’est le seul nématode
capable de se multiplier et d’accomplir tout son cycle biologique à
l’intérieur de l’hôte humain, causant ainsi des réinfections
persistantes pendant de nombreuses années après l’infection initiale.
Les larves peuvent pénétrer par la peau intacte et les oeufs peuvent être
ingérés. Les larves filariformes qui traversent la peau se déplacent
par voie hématogène jusqu’aux poumons et, ensuite, comme les autres
vers, migrent dans les voies respiratoires, puis sont avalées. Dans
l’intestin, les larves deviennent des vers adultes. Lorsque les oeufs
sont ingérés, ils se transforment en larves filariformes dans
l’intestin; les larves envahissent ensuite les vaisseaux sanguins, réinfectant
ainsi l’hôte.
Les symptômes d’anguillulose sont variables et peuvent comprendre
des douleurs abdominales, une diarrhée, des nausées et des vomissements.
Lorsque l’atteinte est surtout intestinale, une diarrhée peut apparaître;
chez les enfants en particulier, il peut survenir un syndrome semblable à
la maladie coeliaque accompagné d’une entéropathie exsudative. Chez
l’adulte, la majorité des infections sont asymptomatiques ou
symptomatiques uniquement de manière intermittente. Un urticaire récurrent
peut apparaître là où les vers s’infiltrent à travers la peau,
particulièrement dans les régions périanale et fessière.
Le diagnostic peut être confirmé par l’examen des selles;
cependant, jusqu’à 25 % des cas peuvent être négatifs même après
plusieurs examens. Les larves ressemblent à celles de l’ankylostome.
Une épreuve par la technique ELISA est utile pour le diagnostic, mais il
peut y avoir chevauchement avec d’autres espèces filariennes. Une éosinophilie
est souvent présente même chez les personnes asymptomatiques.
Pour le traitement, on administre habituellement le thiabendazole, à
raison de 25 mg/kg 2 f.p.j., jusqu’à un maximum de 3 g par jour pendant
2 jours, ou 5 jours dans les cas d’infection disséminée.
L’albendazole ou l’ivermectine peuvent être utilisés si le patient
ne tolère pas le thiabendazole, mais ces médicaments semblent moins
efficaces contre S. stercoralis . Dans le syndrome
d’hyperinfection, lorsqu’un grand nombre de vers sont présents (une
situation souvent associée avec une immunodépression, par exemple dans
un traitement aux stéroïdes), des antibiotiques sont souvent nécessaires
pour traiter la septicémie qui survient si les lésions intestinales
permettent une invasion bactérienne secondaire.
| 3.9 Colite
microscopique |
page
426 |
Trouble rare, la colite microscopique est
une affection de plus en plus reconnue qui se manifeste par une diarrhée
habituellement indolore. Les examens mettent souvent en évidence des
signes d’inflammation, mais le côlon paraît normal tant par
radioscopie que par coloscopie. Cette affection est parfois appelée «
colite lymphocytaire » et peut également faire partie d’un éventail
d’entérocolites comprenant la « colite collagénique ». L’histoire
naturelle de ces maladies est encore incertaine actuellement, et aucun
agent infectieux n’a été mis en évidence. Ces troubles ne peuvent être
diagnostiqués qu’au moyen d’une biopsie coloscopique. La muqueuse du
côlon est d’apparence normale, pourtant à l’examen histologique on
note une augmentation de l’infiltrat inflammatoire du chorion. Dans la
colite collagénique, la membrane basale de la muqueuse du côlon est épaissie
par une bande de collagène. Chez la plupart des patients, la maladie
semble bénigne, mais environ la moitié d’entre eux continuent
d’avoir une diarrhée importante pendant plus de deux ans. La maladie
est maîtrisée par des inhibiteurs de la motilité, tels que le lopéramide,
ou par des traitements à base d’acide 5-aminosalicylique visant le côlon
(voir le chapitre 10 « Les maladies inflammatoires de l’intestin »)
qui aident souvent à diminuer la diarrhée. Les glucocorticoïdes maîtrisent
également la diarrhée mais, étant donné la bénignité de la maladie
chez la plupart des patients, ce traitement ne devrait être utilisé
qu’en présence de graves symptômes et de l’échec des autres
traitements.
| 3.10 Colite
éosinophile |
page
427 |
La gastro-entérite éosinophile est une
affection inflammatoire peu fréquente qui touche surtout le tractus
gastro-intestinal supérieur et l’intestin grêle (voir les chapitres 5,
6 et 7). Cependant, des rapports récents ont fait état d’une affection
apparemment distincte appelée « colite éosinophile », où des patients
atteints d’une maladie des tissus conjonctifs présentent une diarrhée
de cause incertaine et des résultats négatifs à l’examen des selles.
Dans tous les cas, le diagnostic effectué au moyen d’une biopsie
coloscopique a révélé une muqueuse à l’aspect essentiellement normal
malgré une augmentation des éosinophiles dans le chorion. Tous les
patients répondent aux stéroïdes mais, chez certains d’entre eux, la
maladie ne semble pas se résorber, de sorte qu’un traitement aux stéroïdes
peut devoir être administré pendant une longue période.
  
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