
 
| 4. CANAL ANAL
/ M. Burnstein |
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| 4.1 Anatomie
fonctionnelle du canal anal et des espaces ano-rectaux |
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427 |
4.1.1 CANAL ANAL
Le canal anal commence à l’endroit où
la partie terminale du gros intestin traverse les muscles du plancher
pelvien et se termine à la marge de l’anus. Il mesure approximativement
4 cm de long. La paroi du canal anal est formée par le prolongement du
muscle circulaire de la paroi rectale; un épaississement de la
musculature lisse dans cette région forme le sphincter interne de
l’anus . Ce sphincter, fait de muscles lisses, est entouré de
muscles striés qui forment le sphincter externe de l’anus .
L’extrémité supérieure du sphincter externe est constituée du muscle
pubo-rectal qui prend naissance et s’insère sur le pubis en formant
un U autour de l’anus. C’est l’ anneau sphinctérien perçu
au toucher rectal en arrière et sur les côtés. La tunique musculaire
longitudinale du rectum descend entre les sphincters pour former le muscle
longitudinal intriqué . Ses fibres traversent la partie inférieure
du sphincter externe pour s’insérer sur la peau (muscle sourcilier
anoderme, responsable du réflexe anocutané ou « réflexe viril »).
Elles traversent aussi le sphincter interne pour s’insérer sur la
sous-muqueuse (« ligament adipeux de la muqueuse »).
Vers le milieu de l’anus, il y a une ligne de démarcation appelée ligne
pectinée . Au-dessus de cette ligne se trouve un épithélium
cylindrique et au-dessous, un épithélium malpighien sans appendices
(l’ anoderme ). En fait, la démarcation ne se présente pas de
façon marquée comme une ligne, mais plutôt comme une zone de transition
de 0,5 à 1 cm de long.
Puisque le rectum devient plus étroit pour former le canal anal, la
muqueuse est constituée de 6 à 14 plis longitudinaux, les colonnes de
Morgagni . Entre les terminaisons distales des colonnes se logent de
petites cryptes, où s’ouvrent les glandes anales au nombre de 4
à 10. Elles sont tapissées par un épithélium malpighien stratifié.
Environ la moitié de ces glandes tubulaires se terminent dans le plan
intersphinctérien.
L’anus est irrigué par l’artère hémorroïdale inférieure,
branche de l’artère honteuse interne qui traverse la fosse
ischiorectale. La veine hémorroïdale supérieure draine la partie supérieure
du canal anal par l’intermédiaire de la veine mésentérique inférieure
et se déverse dans la veine porte. La veine hémorroïdale moyenne et la
veine hémorroïdale inférieure drainent les parties supérieure et inférieure
du canal anal dans la grande circulation, par l’intermédiaire
respectivement de la veine iliaque interne et de la veine honteuse interne.
Le drainage lymphatique au-dessus de la ligne pectinée se fait par les
vaisseaux lymphatiques hémorroïdaux supérieurs (qui suivent les
vaisseaux hémorroïdaux supérieurs) vers les ganglions mésentériques
inférieurs, et latéralement le long des vaisseaux hémorroïdaux moyens
et des vaisseaux hémorroïdaux inférieurs vers les ganglions iliaques
internes. Le drainage lymphatique du canal anal au-dessous de la ligne
pectinée peut s’effectuer en direction céphalique ou latérale, mais
il est surtout orienté vers les ganglions inguinaux.
L’innervation motrice du sphincter externe de l’anus suit la
branche hémorroïdale inférieure du nerf honteux et la branche périnéale
du quatrième nerf sacré. Le sphincter interne de l’anus a une
innervation d’origine sympathique (motrice) et parasympathique (inhibitrice).
L’innervation parasympathique se fait à partir des nerfs érecteurs
(S2, S3 et S4). L’innervation sympathique se fait à partir des trois
premiers segments lombaires par le plexus préaortique. Les fibres venant
du plexus préaortique finissent par rejoindre les nerfs érecteurs pour
former les plexus du bassin. L’influx nerveux au-dessous de la ligne
pectinée (et jusqu’à 1,5 cm au-dessus de la ligne pectinée) est
acheminé par le nerf hémorroïdal inférieur. À part les stimuli
sensoriels transportés par le nerf hémorroïdal inférieur, seulement de
faibles perceptions sont assurées par les fibres parasympathiques.
4.1.2 ESPACES ANO-RECTAUX
La région ano-rectale est entourée d’un
certain nombre d’espaces virtuels remplis de graisse ou de tissu
conjonctif, où peuvent se former des abcès. L’ espace périanal est
situé à la marge de l’anus, et est continu avec l’espace
intersphinctérien . La fosse ischiorectale (ischioanale) en
forme de pyramide est délimitée, dans sa portion centrale, par le
sphincter externe de l’anus et le muscle releveur de l’anus. La paroi
latérale est constituée du muscle obturateur interne et de son aponévrose.
La limite inférieure est déterminée par la peau du périnée, et de
l’apex prend naissance le muscle releveur de l’anus à partir de
l’aponévrose du muscle obturateur. À l’arrière se trouve le muscle
grand fessier, et à l’avant se trouvent les muscles transverses du périnée.
Sur l’aponévrose du muscle obturateur est situé le canal d’Alcock
qui contient les vaisseaux honteux internes et le nerf honteux. La fosse
est remplie de graisse et contient également le nerf et les vaisseaux hémorroïdaux
inférieurs de même que le quatrième nerf sacré. Les deux espaces
ischiorectaux communiquent ensemble derrière le canal anal.
| 4.2 Évaluation
des symptômes ano-rectaux |
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429 |
La présente section traite des symptômes
associés avec les affections ano-rectales ainsi que des techniques de
l’examen ano-rectal.
4.2.1 INTERROGATOIRE
En médecine, un interrogatoire minutieux
est généralement l’étape la plus importante pour porter un
diagnostic. Pour évaluer l’état d’un patient présentant des symptômes
ano-rectaux, il faut s’intéresser aux facteurs suivants.
4.2.1.1 Douleur
Il existe trois lésions courantes qui
causent de la douleur ano-rectale : la fissure anale, l’abcès anal et
l’hémorroïde externe thrombosée. Si la douleur est aiguë et survient
au moment de la défécation, et après pendant une courte période, on
peut soupçonner une fissure. Par contre, une douleur continuelle
accompagnée d’oedème périanal peut laisser supposer un hématome périanal,
surtout si le patient se plaint de douleur lorsqu’il y a efforts répétés
de défécation ou exercices physiques intenses. Une douleur persistante,
souvent pulsatile, qui peut être aggravée par la toux ou les éternuements
suggère une thrombose des vaisseaux périanaux. Les abcès ano-rectaux se
manifestent généralement par une inflammation locale. L’absence
d’une masse inflammatoire en présence d’une douleur locale intense
est typique d’un abcès intersphinctérien; l’intensité de la douleur
empêche habituellement de procéder à un examen adéquat, et l’évaluation
sous anesthésie s’impose pour confirmer le diagnostic et drainer le
pus.
La douleur anale, peu importe la cause, peut être aggravée par la défécation.
Le ténesme, besoin pénible d’aller à la selle, est souvent associé
avec des lésions inflammatoires de la région ano-rectale. Alors que les
néoplasmes anaux causent rarement de la douleur, l’atteinte du mécanisme
sphinctérien peut aussi provoquer un ténesme. Le ténesme marqué d’un
besoin urgent de défécation évoque une rectite.
Une douleur passagère et profonde qui n’est pas reliée à la défécation
peut être causée par un spasme du muscle releveur de l’anus («
proctalgie fugace »).
La douleur ano-rectale est si souvent, par erreur, attribuée aux hémorroïdes
qu’il importe de souligner que la douleur n’est pas un symptôme d’hémorroïdes
non compliquées. Si une veine périanale du plexus hémorroïdal inférieur
subit une thrombose ou une rupture, il apparaîtra une tuméfaction
sous-cutanée très sensible et douloureuse; c’est ce qu’on appelle
l’« hémorroïde externe thrombosée ». Les hémorroïdes internes
peuvent subir un prolapsus et par la suite devenir étranglées,
produisant une sensibilité et des douleurs ano-rectales, ainsi qu’un écoulement
de sang et de mucus. La gangrène et une infection secondaire peuvent
s’ensuivre.
4.2.1.2 Hémorragie
La nature de l’hémorragie rectale aide
à déterminer la cause sous-jacente. Cependant, le clinicien doit se
rappeler que les antécédents de l’hémorragie ne peuvent pas servir à
définir le problème avec certitude. La présence de sang rouge clair sur
le papier hygiénique ou à la surface des selles, ou encore dans la
cuvette, évoque une hémorragie d’origine anale locale telle qu’une
fissure ou des hémorroïdes internes. Du sang mélangé aux selles, foncé
et coagulé, évoque une source bien en amont de l’anus. Le méléna est
toujours dû à une affection proximale du tube digestif.
Les symptômes associés sont très utiles. Des antécédents d’hémorragie
anale locale, comme celle décrite ci-dessus, accompagnée de défécation
douloureuse, évoquent une fissure. Le même type d’hémorragie non
accompagnée de douleur suggère la présence d’hémorroïdes internes
qui peuvent être associées avec un prolapsus hémorroïdal plus ou moins
prononcé. L’hémorragie et la diarrhée peuvent survenir au cours
d’une maladie inflammatoire de l’intestin. Si l’hémorragie est
associée avec une tuméfaction douloureuse et n’est pas exclusivement
reliée à la défécation, une hémorroïde externe thrombosée est
probable. Si l’hémorragie est accompagnée d’un écoulement muco-purulent
et de ténesme, peut-être s’agit-il d’une rectite ou d’un néoplasme
rectal.
Une hémorragie rectale est un symptôme important du cancer colo-rectal,
et bien qu’elle ne soit pas la cause la plus courante d’émission de
selles sanglantes, elle est très grave et doit toujours être prise en
considération. Cela ne veut pas dire que chaque patient dont les selles
contiennent du sang doit subir une radiographie à double contraste du côlon
ou une coloscopie totale. Si le saignement est de toute évidence
d’origine anale, il serait prudent de ne pas procéder à un examen
complet du côlon surtout en présence de faibles risques de néoplasmes
colo-rectaux (c.-à-d. sujets âgés de moins de 50 ans, sans antécédents
de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique, sans antécédents
familiaux de cancer du côlon, et sans antécédents personnels de néoplasmes
colo-rectaux). Cependant, si le saignement persiste après le traitement
de l’affection anale, d’autres lésions plus graves doivent être éliminées.
4.2.1.3 Prolapsus
Pour évaluer la protrusion de l’orifice
anal, il faut se poser plusieurs questions. Le prolapsus survient-il
spontanément ou exclusivement au moment de la défécation? Le prolapsus
spontané est moins caractéristique des hémorroïdes internes que de
l’hypertrophie de la papille anale ou du prolapsus rectal complet. Le
tissu prolabé diminue-t-il spontanément (comme c’est peut-être le cas
avec les hémorroïdes internes de deuxième degré) ou nécessite-t-il
une réduction manuelle (hémorroïdes internes de troisième degré ou
prolapsus rectal complet)? Le patient peut être capable de décrire la
dimension du tissu prolabé et faciliter ainsi le diagnostic.
Le prolapsus rectal complet (procidence) doit être distingué du
prolapsus muqueux ou des hémorroïdes internes prolabées. La procidence
survient surtout chez les femmes (dans un rapport de six femmes contre un
homme) et principalement chez les septuagénaires. La procidence est
souvent associée avec l’incontinence fécale. Aux stades avancés, la
protrusion survient même aux moindres efforts tels que la toux ou les éternuements.
Le rectum prolabé devient excorié et cause un ténesme, un écoulement
de mucus et un saignement. L’examen du patient atteint de procidence révèle
habituellement un tonus anal médiocre, et les tissus sont dans un état
prolabé, les plis de la muqueuse sont concentriques alors qu’avec les hémorroïdes
prolabées, les plis sont radiés. Il est rare qu’une grosse tumeur
polypoïde du rectum puisse descendre dans le canal anal.
4.2.1.4 Masse périanale
Une tuméfaction périanale douloureuse
peut évoquer un abcès ou une hémorroïde externe thrombosée. Il peut
être utile de savoir s’il y a eu écoulement sanguin ou purulent. Une
tuméfaction intermittente évoque une lésion prolabée.
Les hémorroïdes externes ou « acrochordons » sont des déformations
très courantes de la marge de l’anus. Elles peuvent provenir de
fissures anciennes ou évolutives, ou être des séquelles d’une hémorroïde
externe thrombosée. Les condylomes acuminés, ou verrues vénériennes,
causés par un virus transmis sexuellement, se trouvent très souvent chez
les hommes homosexuels, la peau entourant l’anus étant souvent atteinte.
Le diagnostic différentiel inclut aussi les néoplasmes bénins et
malins.
4.2.1.5 Prurit
La démangeaison est une manifestation
courante associée avec de nombreuses lésions ano-rectales surtout
pendant la phase de guérison ou en présence d’écoulement. Mais le
prurit anal peut aussi être un symptôme isolé ou le premier symptôme
dont se plaint le patient. Comme symptôme principal, le prurit peut être
causé par des infections (p. ex. oxyure, condylome, Candida) ou une
affection cutanée (p. ex. eczéma de contact, psoriasis). Le plus souvent,
aucune maladie sous-jacente spécifique n’est détectée, et le trouble
est idiopathique.
Le prurit anal idiopathique est plus courant chez les hommes et
s’accentue habituellement le soir. Lorsqu’il est chronique, les
modifications caractéristiques d’hypertrophie et de lichénification de
même que la présence de nodules, de cicatrices et de fissures de la peau
deviennent manifestes.
4.2.1.6 Écoulement
Bien que le mucus soit un produit normal de
la muqueuse colo-rectale, il ne se trouve habituellement pas dans les
selles. Une augmentation de mucus peut être causée par une rectocolite
ou un néoplasme colo-rectal, mais surtout par un adénome villeux du
rectum. Des manifestations tant inflammatoires que néoplasiques peuvent
être accompagnées de mucus et de sang. Des lavements au phosphate sont
irritants et provoquent souvent une production abondante de mucus. Les
patients souffrant du syndrome du côlon irritable peuvent signaler des
selles glaireuses.
Des taches de mucus sur les sous-vêtements peuvent être associées
avec un prolapsus. La présence de taches de matières fécales ou
l’incapacité de contrôler les gaz ou de distinguer les gaz des solides
à l’intérieur du rectum indiquent une altération du mécanisme qui
assure la continence. La répétition d’« accidents » ou le besoin de
porter des serviettes hygiéniques pendant le jour ou la nuit aidera à évaluer
l’ampleur du problème. L’écoulement peut être causé par une lésion
externe évidente (p. ex. du sang provenant d’une hémorroïde externe
thrombosée, ou du pus provenant d’un abcès ou de l’orifice externe
d’une fistule anale, d’un sinus pilonidal ou d’une hidrosadénite péri-anale).
D’autres signes peuvent aider à diagnostiquer une affection
ano-rectale, notamment les habitudes de défécation, les maladies
connexes et leurs médications, les pratiques sexuelles, les voyages et
les antécédents familiaux.
4.2.2 EXAMEN
Le patient qui doit subir un examen de la région
ano-rectale peut se sentir mal à l’aise, mais aussi redouter la douleur.
Pour diminuer l’anxiété du patient et gagner sa collaboration, il faut
lui expliquer comment se fera l’examen.
Les quatre étapes de l’évaluation ano-rectale sont l’inspection, la
palpation, l’anuscopie et la rectosigmoïdoscopie.
4.2.2.1 Position du patient
Le patient est placé en décubitus latéral
gauche ou, de préférence, en position génu-pectorale sur une table spéciale
qui permet d’incliner la tête vers le bas et de relever la région
ano-rectale, les fesses ayant alors tendance à s’écarter. C’est la
position qui permet le meilleur accès à l’examinateur bien qu’elle
soit un peu moins agréable pour le patient.
La position latérale gauche (position de Sims) offre les avantages
suivants : le patient est plus à l’aise, et toute table d’examen ou
civière, ou tout lit convient. Les fesses du patient sont placées de façon
qu’elles dépassent le bord de la table, les hanches sont fléchies et
les genoux légèrement relevés. L’examinateur peut être assis ou
debout.
Le patient est incapable de voir ce qui se passe derrière lui, et il
est important de lui expliquer constamment ce qui se passe et ce à quoi
il doit s’attendre.
4.2.2.2 Inspection
Un coup d’oeil à la région anale peut révéler
une affection externe évidente. L’orifice anal au repos doit être
observé; un orifice distendu peut être accompagné d’une procidence,
d’une lésion sphinctérienne ou d’un trouble neurologique. Demander
au patient de forcer et de contracter son sphincter anal peut fournir de
l’information sur la fonction ano-rectale.
Un léger écartement des fesses peut provoquer de la douleur chez un
patient qui a une fissure anale. Demander au patient de « forcer » peut
fournir des renseignements tels que des hémorroïdes internes qui sortent
ou de la procidence qui se manifeste. Cependant, si la procidence est soupçonnée,
une vérification s’impose avec le patient en position accroupie ou
assis sur la cuvette.
4.2.2.3 Palpation
Un gant en plastique à usage unique et un
lubrifiant soluble à l’eau sont nécessaires. Le patient est averti
qu’un doigt pénétrera doucement dans le rectum. Alors qu’une main
sert à séparer les fesses, l’index est placé sur la marge de l’anus;
puis, les efforts expulsifs du patient provoquent la détente de l’anus
et permettent au doigt d’avancer dans le canal anal. Le siège d’une
sensibilité ou d’une anomalie palpable doit être noté avec précision.
Une démarche méthodique est la meilleure façon de procéder.
D’abord, la palpation s’effectue vers l’avant au niveau de la
prostate chez l’homme, et du col utérin chez la femme. Ensuite, le
doigt parcourt de long en large le reste de la circonférence de la cavité
ano-rectale. Cette partie de l’examen peut être le seul moment où il
est possible de déceler des lésions de la sous-muqueuse qui peuvent
facilement passer inaperçues à l’endoscopie. Le tonus à l’état de
repos et la capacité de contraction doivent également être évalués.
Le siège de toute sensibilité ou anomalie palpable doit être noté avec
précision.
4.2.2.4 Anuscopie
L’anuscope est l’instrument optimal
pour examiner les lésions du canal anal. L’anuscopie ne remplace pas la
rectosigmoïdoscopie, et le rectosigmoïdoscope ne permet pas une
visualisation du canal aussi satisfaisante que l’anuscope. Il existe de
nombreux anuscopes; le meilleur instrument est muni à son extrémité
d’une source lumineuse fibroscopique.
4.2.2.5 Rectosigmoïdoscopie
Le sigmoïdoscope (ou rectoscope) rigide de
25 cm est le meilleur instrument pour examiner le rectum. Un lavement
baryté, à cause de la sonde à extrémité gonflable utilisée pour
administrer l’opacifiant radiologique, ne permet pas une juste évaluation
de l’ampoule rectale et ne constitue jamais une investigation suffisante
pour des problèmes du tractus gastro-intestinal inférieur.
Une variété de sigmoïdoscopes rigides sont offerts : à usage unique
ou réutilisables, de divers diamètres (1,1 cm, 1,9 cm et 2,7 cm) et
munis d’une lumière proximale ou distale. L’instrument de 1,9 cm
offre une bonne visibilité avec le minimum d’inconvénient pour le
patient. L’instrument comprend un tube de 25 cm, une lentille
grossissante, une source de lumière et une poire pour l’insufflation
d’air. De longs écouvillons peuvent aider à maintenir la visibilité,
mais l’aspiration donne de meilleurs résultats.
Un lavement Fleet ® assure une excellente préparation de
la portion distale de l’intestin et devrait être administré juste
avant l’examen. Le lavement Fleet ® peut causer des
modifications passagères de la muqueuse et devrait être évité si une
maladie inflammatoire de l’intestin est soupçonnée.
Le toucher rectal favorise le relâchement du sphincter et doit précéder
l’examen à l’aide d’un instrument. Le sigmoïdoscope, dont l’extrémité
est bien lubrifiée, est introduit dans le rectum et en parcourt
rapidement toute la longueur. Comme d’habitude, le patient est informé
de ce qui est fait et est rassuré sur la sensation d’évacuation
imminente causée par l’instrument qui ne provoquera toutefois pas la défécation.
L’insufflation d’air devrait être utilisée le moins possible
puisqu’elle peut causer de la douleur; mais elle reste valable, à
l’insertion comme au retrait, pour mettre en évidence la muqueuse et la
lumière, évaluer la compliance rectale et déterminer si la sensation
normale de distension rectale est présente. Il faut avancer seulement si
la lumière est bien visible. Quand la lumière est « perdue », il faut
retirer l’instrument, le diriger de nouveau, la lumière étant bien en
vue.
Quand le rectosigmoïde est atteint (environ 15 cm), le patient doit être
averti qu’il peut ressentir des crampes qui disparaîtront au retrait de
l’instrument. Souvent, même avec de l’expérience, il est impossible
d’atteindre l’angle rectosigmoïdien, ce qui met fin à l’examen. Le
plus important est de ne pas blesser le patient, ni de lui causer des
douleurs intenses. Le retrait de l’instrument s’effectue par de
grandes motions circulaires en explorant soigneusement la circonférence
de la paroi intestinale et en rabattant les plis de la muqueuse et les
valvules de Houston. La paroi rectale postérieure dans la cavité sacrée
doit être expressément cherchée, sinon elle passera inaperçue.
Dans la plupart des études, la profondeur moyenne d’insertion est de
18 à 20 cm, et l’instrument est introduit dans sa totalité chez moins
de la moitié des patients.
La perforation du rectum normal par le sigmoïdoscope est extrêmement
rare (1 cas ou moins sur 50 000). Cependant, l’introduction de
l’instrument ou l’insufflation d’air peuvent représenter un danger
dans certaines circonstances : maladie inflammatoire de l’intestin,
rectite radique (contractée par irradiation), diverticulite ou cancer.
Bien entendu, la biopsie et l’électrocoagulation doivent être effectuées
avec minutie, et avec une bonne connaissance de la technique et de
l’instrument.
L’incidence et l’importance de la septicémie après les
manipulations ano-rectales sont controversées et ont été signalées
dans 0 % à 25 % des rectoscopies. L’antibiothérapie prophylactique
devrait être envisagée chez les patients porteurs de valvules aortiques
prothétiques.
| 4.3 Problèmes
ano-rectaux spécifiques |
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435 |
La présente section passera brièvement en
revue quelques-uns des problèmes ano-rectaux les plus courants.
4.3.1 HÉMORROÏDES
4.3.1.1 Description
La partie supérieure du canal anal
comprend trois zones où il y a épaississement de la sous-muqueuse
contenant des artérioles, des veinules et des anastomoses artério-veineuses.
Ces trois « coussinets » vasculaires sont en position latérale gauche,
antérieure droite et postérieure droite. De plus petits coussinets
peuvent s’étendre entre les trois principaux. Les coussinets sont
soutenus dans la partie supérieure du canal anal par les fibres
musculaires du muscle longitudinal intriqué du plan intersphinctérien.
Les hémorroïdes surviennent si les coussinets anaux descendent après
une rupture de leur mécanisme suspensoir, ou s’il y a dans les
coussinets une dilatation des veines et des anastomoses artério-veineuses.
Diverses théories peuvent expliquer l’apparition d’hémorroïdes
internes : élévation de la pression intra-abdominale, pression sur les
veines hémorroïdales causée par une hypertrophie de l’utérus,
drainage veineux médiocre secondaire à un excès d’activité du
sphincter anal interne, efforts de défécation provoquant un prolapsus
des coussinets, par exemple.
Les acrochordons sont des projections de la peau à la marge de
l’anus. Ils peuvent être causés par d’anciennes hémorroïdes
externes thrombosées, des fissures anales ou une maladie inflammatoire de
l’intestin.
Les hémorroïdes externes sont dues à une dilatation des
veines du plexus hémorroïdal inférieur (rectal). Ce plexus siège juste
au-dessous de la ligne pectinée et est recouvert par un épithélium
malpighien. Les hémorroïdes internes sont dues à une dilatation
symptomatique des coussinets vasculaires sous-muqueux du canal anal. Les
coussinets sont situés au-dessus de la ligne pectinée et sont recouverts
par un épithélium cylindrique et transitionnel. Selon les antécédents
du patient, les hémorroïdes internes peuvent être subdivisées. Les hémorroïdes
de premier degré provoquent un saignement indolore mais ne sortent pas du
canal anal; à l’anuscopie, elles font saillie dans la lumière. Les hémorroïdes
de deuxième degré font saillie à l’extérieur durant la défécation
mais se résorbent spontanément d’elles-mêmes. Les hémorroïdes de
troisième degré sortent par l’orifice anal, soit spontanément ou lors
de la défécation, mais elles nécessitent la réduction digitale. Les hémorroïdes
de quatrième degré sont toujours prolabées et ne peuvent être réduites.
4.3.1.2 Diagnostic et traitement
4.3.1.2.1 Hémorroïdes externes
thrombosées
En principe, les hémorroïdes externes
sont asymptomatiques jusqu’à ce qu’elles se compliquent d’une
thrombose (caillot intravasculaire) ou d’une rupture (hématome périanal).
Dans un cas comme dans l’autre, il y a douleur intense avec tuméfaction
périanale, souvent après un effort de défécation. Normalement, les hémorroïdes
externes causent une douleur continue durant 4 ou 5 jours, puis une lente
résolution pendant 10 à 14 jours. Par conséquent, le traitement dépend
de l’intensité de la douleur et du moment de la consultation. Si les
douleurs intenses remontent à 24 ou 48 heures, il est préférable de
recourir à la chirurgie. Le vaisseau périanal atteint et le caillot sont
alors excisés sous anesthésie locale. La plaie peut être laissée
ouverte ou, de préférence, être refermée. Une simple élimination du
thrombus est moins efficace. Si le patient se présente après avoir enduré
des douleurs pendant 3 ou 4 jours, on lui conseillera de prendre de fréquents
bains chauds, un laxatif mucilagineux, un produit mouillant surfactant et
des analgésiques oraux. Ce traitement est également prescrit pour la période
suivant l’excision.
4.3.1.2.2 Hémorroïdes internes
Une hémorragie rectale rouge clair et
indolore est le symptôme le plus courant. Habituellement, elle accompagne
ou suit la défécation. Du sang se retrouve sur le papier hygiénique ou
à la surface des selles, ou encore dans la cuvette. Il est très rare que
la perte de sang causée par des hémorroïdes internes suffise à
expliquer une anémie ferriprive; dans ce dernier cas, des examens supplémentaires
sont toujours indiqués.
Un prolapsus survenant au moment de la défécation ou à la suite
d’autres activités exigeant des efforts est également un symptôme
courant d’hémorroïdes internes. Un prolapsus chronique est associé
avec de l’écoulement de mucus, des taches de matières fécales sur les
sous-vêtements et du prurit anal.
Un spasme du sphincter anal peut provoquer une thrombose et un étranglement
des hémorroïdes prolabées, ce qui se traduit par une crise aiguë
attribuable à un paquet hémorroïdaire oedémateux, suppuré et
douloureux.
L’inspection permettra de reconnaître les dernières étapes de la
maladie surtout au moment où le patient doit faire des poussées
expulsives. Le toucher rectal peut éliminer d’autres affections de même
qu’évaluer l’état des sphincters. En cas d’anomalie à la
palpation, d’autres examens sont recommandés. L’anuscopie fournit un
diagnostic pour les phases un et deux de la maladie. Lorsque l’anuscope
est en place, le patient doit une fois de plus faire des efforts, et le
degré de prolapsus est observé. La rectosigmoïdoscopie devrait toujours
être effectuée pour éliminer d’autres maladies, particulièrement le
néoplasme rectal et la maladie inflammatoire de l’intestin.
Si les symptômes sont le moindrement atypiques ou que les observations
physiques laissent quelque doute que ce soit sur l’origine du
saignement, un examen du côlon, par coloscopie ou lavement baryté,
devrait être réalisé.
Chez les patients de plus de 50 ans, il est raisonnable de profiter de
l’occasion pour dépister le cancer colo-rectal en effectuant une sigmoïdoscopie
au moyen d’un instrument flexible de 60 cm. S’il y a des facteurs de
risque pour une néoplasie colo-rectale, la coloscopie longue ou le
lavement baryté s’impose.
Un saignement occasionnel, surtout s’il est relié à des selles
dures ou à des efforts de défécation, devrait être maîtrisé en améliorant
les habitudes de défécation par une alimentation riche en fibres et par
l’utilisation de produits mucilagineux augmentant le volume des selles
(p. ex. le psyllium). Si le saignement persiste ou devient fréquent, il
est indiqué de pratiquer une intervention qui, dans la plupart des cas,
devrait prendre la forme d’une ligature avec bandes élastiques. Les hémorroïdes
prolabées qui se réduisent spontanément ou qui peuvent facilement être
réduites sont également traitées adéquatement par la ligature avec
bandes élastiques. Si le tissu prolabé n’est pas facilement réduit,
ou s’il y a une composante externe importante, c’est l’hémorroïdectomie
qui offre les meilleures possibilités de guérison. De même, les hémorroïdes
internes thrombosées et prolabées devraient être excisées
chirurgicalement.
4.3.1.2.3 Ligature avec bandes élastiques
Cette technique consiste à effectuer une
ligature en plaçant des bandes élastiques sur les hémorroïdes internes
en direction céphalique. L’absence de fibres douloureuses somatiques
au-dessus de la ligne ano-cutanée en fait une intervention relativement
indolore, pourvu que les bandes soient placées correctement. Le tissu étranglé
devient infarci et se détache au cours de la semaine qui suit, provoquant
une diminution du tissu hémorroïdaire de même qu’une fixation de
l’hémorroïde résiduelle dans le canal anal supérieur. C’est un
procédé simple pouvant être réalisé au cabinet du médecin. Il nécessite
un anuscope et un obturateur. En général, seulement une ou deux hémorroïdes
sont ligaturées à la fois, de sorte que souvent plusieurs traitements
sont nécessaires. On peut prévoir une réussite à long terme chez
environ 75 % des patients souffrant d’hémorroïdes de second degré.
Douleurs, saignements et infections sont des complications peu fréquentes.
4.3.1.2.4 Hémorroïdectomie
Depuis que la ligature avec bandes élastiques
gagne en popularité, l’hémorroïdectomie excisionnelle est effectuée
beaucoup moins souvent. Pour éviter la sténose anale, lorsqu’il y a
intervention excisionnelle, il faut éliminer toutes les hémorroïdes
externes et internes, protéger le sphincter anal interne contre les
blessures et maintenir l’ano-derme.
4.3.2 FISSURE ANALE
La fissure anale consiste en une fente linéaire
dans la muqueuse du canal anal, partant de la ligne pectinée jusqu’à
la marge de l’anus. Elle se rencontre autant chez les hommes que chez
les femmes, de tout âge, mais elle est particulièrement fréquente chez
les jeunes adultes. Elle se situe surtout dans le plan médian postérieur,
mais se trouve à l’occasion dans le plan médian antérieur. Si la
fissure persiste, on observe à son extrémité distale les hémorroïdes
de Brodie et à son extrémité proximale une hypertrophie de la papille
anale. Ces modifications sont dues à de l’oedème et à une infection légère.
4.3.2.1 Pathogenèse
La fissure anale provient probablement
d’un trauma dû au passage de selles dures, mais les patients ayant une
fissure anale ne présentent pas tous des antécédents de constipation.
Alors que la plupart des fissures guérissent rapidement avec un
changement approprié des habitudes de défécation, quelques-unes
persistent. Cela peut être dû à un trauma persistant ou à un spasme du
sphincter anal interne.
Il faut se rappeler qu’il existe une relation entre les fissures et
la maladie inflammatoire de l’intestin, et plus particulièrement la
maladie de Crohn.
4.3.2.2 Diagnostic
La douleur ressentie à la défécation est
le principal symptôme. Elle peut persister pendant quelques minutes ou même
des heures. La présence de sang rouge clair est souvent observée sur le
papier hygiénique et sur les selles. Le patient ayant un acrochordon oedémateux
sensible (hémorroïdes de Brodie) peut se plaindre d’hémorroïdes
douloureuses. La défécation douloureuse peut entraîner la constipation
chez le patient.
Il est possible de voir la plupart des fissures en écartant les fesses
avec douceur. Les hémorroïdes de Brodie secondaires à une fissure
chronique peuvent être la première observation. Il est habituellement
impossible de procéder à une anuscopie et à un toucher rectal en présence
de fissures aiguës, à cause de la douleur locale. Cependant, ces examens
devraient être réalisés plus tard pour éliminer d’autres maladies.
En présence de fissures chroniques, l’anuscopie révèle l’anomalie
de l’anoderme en exposant les fibres musculaires du sphincter anal
interne à la base de la fissure. L’hypertrophie de la papille anale
peut aussi être observée.
Les fissures en dehors du plan médian devraient évoquer la possibilité
d’autres affections. La maladie de Crohn peut être associée avec des
fissures d’apparence atypique qui sont en dehors du plan médian et avec
des symptômes atypiques. À la palpation, le carcinome anal et le
carcinome rectal sont différents des fissures, mais en cas de doute, une
biopsie devrait être réalisée. Un chancre syphilitique peut parfois
ressembler à une fissure idiopathique.
4.3.2.3 Traitement
Le traitement des fissures aiguës consiste
principalement à favoriser l’émission quotidienne de selles molles.
Cela empêchera d’autres déchirures et soulagera le spasme anal,
permettant à la plupart des fissures aiguës de guérir en une ou deux
semaines. Des bains chauds apaisent, nettoient et peuvent aussi diminuer
le spasme. Grâce à une alimentation riche en fibres et à la prise de
laxatifs mucilagineux et de produits mouillants surfactants, l’effet désiré
sera obtenu.
Si les lésions remontent à plus de quelques semaines et que les
observations physiques évoquent la chronicité (c.-à-d. fibres du
sphincter découvertes, hypertrophie de la papille, hémorroïdes de
Brodie et induration à la palpation), ce traitement conservateur peut
s’avérer inefficace. Si les symptômes le justifient, les fissures
doivent être traitées par chirurgie, généralement par une sphinctérotomie
interne latérale. L’intervention soulage le spasme du sphincter anal
interne et permet à la fissure de guérir dans plus de 90 % des cas. Chez
5 % à 10 % des patients, la sphinctérectomie peut avoir comme
complication de légers troubles de continence, en particulier en ce qui a
trait aux flatulences.
4.3.3 ABCÈS ET FISTULE
L’abcès ano-rectal et la fistule
ano-rectale correspondent à la phase aiguë et à la phase chronique de
la même maladie. La maladie commence par une infection dans les glandes
anales et revêt d’abord la forme d’un abcès. Quand l’abcès est
drainé chirurgicalement ou spontanément, il se crée une communication
(c.-à-d. une fistule) entre la glande d’origine et la peau périanale.
L’infection commence dans le plan intersphinctérien jusqu’où s’étendent
de nombreuses glandes anales. L’infection peut demeurer circonscrite
sous forme d’abcès intersphinctérien ou, dans la plupart des cas, elle
peut migrer pour former un abcès périanal. De la même façon,
l’infection peut atteindre le sphincter externe pour entrer dans la
fosse ischiorectale. De nombreuses variations complexes sont observées
selon la direction que prend l’infection ou à la suite d’une
intervention chirurgicale inappropriée. L’infection peut parcourir le périmètre
du canal anal d’un côté à l’autre pour former un abcès en « fer
à cheval ». Les abcès périanaux et ischiorectaux sont responsables des
trois quarts des abcès ano-rectaux au moins.
Les signes classiques d’inflammation sont généralement présents même
s’il arrive qu’un abcès intersphinctérien ne laisse rien voir. Dans
le cas d’un abcès intersphinctérien, le patient sera trop souffrant
pour subir un examen adéquat et un examen sous anesthésie sera nécessaire.
Le traitement de l’abcès consiste en l’incision et le drainage; il
peut généralement être réalisé sous anesthésie locale. Une incision
cruciforme ou elliptique assure un drainage adéquat. De la moitié aux
deux tiers des patients présentant une fistule anale doivent être soumis
à une fistulotomie ou mise à plat par section, avec curetage du trajet
fistuleux. Ensuite, la plaie guérit; si la fistule ne guérit pas ou réapparaît,
cela indique habituellement un échec quant à la destruction de la glande
d’origine. Au moment de la fistulotomie, il est nécessaire d’accorder
la plus grande attention à la relation anatomique entre le trajet
fistuleux et le mécanisme sphinctérien. Une résection excessive du
muscle à l’intérieur de la fistule peut entraîner une incontinence fécale
totale ou partielle.
4.3.4 MALADIE PILONIDALE
La maladie pilonidale est une lésion
acquise survenant lorsqu’un poil perce la peau du sillon interfessier à
cause du frottement des fesses l’une contre l’autre. L’ouverture de
la peau fournit une voie d’entrée primaire d’où peuvent se former
des abcès, ou des orifices primaires ou secondaires.
La maladie survient principalement chez les jeunes hommes ayant une
pilosité excessive. Elle se manifeste habituellement sous forme d’abcès
aigu, mais peut aussi se présenter comme un « sinus » chronique
comportant ordinairement de multiples orifices.
L’abcès est traité par incision et drainage, habituellement sous
anesthésie locale. Une fois l’abcès cicatrisé, quelques patients
auront besoin d’une intervention chirurgicale décisive pour guérir les
orifices primaires et secondaires. Le traitement préféré consiste à
sectionner la paroi antérieure des orifices et à suturer les bords de
l’orifice aux bords de la peau. Cette technique s’appelle la «
marsupialisation ».
| 4.4 Maladies
de la région ano-rectale transmises sexuellement |
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Les infections vénériennes de la région
ano-rectale sont de plus en plus fréquentes et souvent mixtes,
principalement à cause des comportements des hommes homosexuels. Un grand
nombre de ces infections peuvent simuler les lésions non vénériennes de
la région ano-rectale.
Alors que les hommes homosexuels immunocompétents sont exposés aux
infections par les agents pathogènes vénériens habituels, les patients
atteints du sida peuvent de plus souffrir d’infections intestinales
opportunistes.
Voici les infections vénériennes courantes, touchant la région
ano-rectale, rencontrées en Amérique du Nord.
Les condylomes acuminés , ou verrues vénériennes, se situent
dans la région périanale et le canal anal aussi bien que sur la vulve,
dans le vagin et sur le pénis. Ils sont plus fréquents chez les hommes
homosexuels. L’agent causal semble être un virus papilliforme ayant une
période d’incubation de un à six mois. Les symptômes sont généralement
mineurs : démangeaisons et saignements occasionnels. Les condylomes périanaux
s’accompagnent souvent de condylomes à l’intérieur du canal anal,
que l’anuscopie permet de déceler.
Il existe de nombreux traitements, mais aucun n’a plus de 70 % de
chances de supprimer la maladie en une seule fois. Pour les condylomes de
la région périanale et du canal anal, l’électrocoagulation ou la
destruction au laser est le traitement de choix. Pour les lésions
persistantes étendues, l’immunothérapie par un vaccin autologue
s’est avérée très efficace.
Certains condylomes acuminés ont dégénéré en cancer de la peau.
Le Neisseria gonorrhoeae peut causer une rectite. La phase
d’incubation de la rectite gonococcique est de cinq à sept
jours. Bien que la plupart du temps asymptomatique, l’infection peut se
manifester par un écoulement muco-purulent et un ténesme. La rectoscopie
révèle un écoulement purulent et épais attribuable à une inflammation
légère et non ulcérée localisée à la portion distale du rectum. La
coloration de Gram n’est pas fiable mais la culture de pus confirme le
diagnostic. L’épreuve sérologique de la syphilis devrait être effectuée.
Le traitement pour les hommes homosexuels consiste en une seule injection
intramusculaire (i.m.) de 250 mg de ceftriaxone.
La syphilis peut toucher la région anale. La phase
d’incubation varie entre 9 et 90 jours. La lésion primaire est un
chancre qui, à cause de la douleur, peut être confondu avec une fissure.
Le chancre de la syphilis est cependant en dehors du plan médian; souvent
multiple, il a une apparence atypique. Une adénopathie inguinale bilatérale
peut être présente. Le chancre régresse en l’espace de six semaines.
Le Treponema pallidum , prélevé d’une lésion primaire, est mis
en évidence à l’examen microscopique sur fond noir. L’épreuve sérologique
sera positive dans les quelques semaines qui suivent l’apparition du
chancre. Si le chancre n’est pas traité, la syphilis secondaire peut
apparaître de six à huit semaines après la guérison du chancre. Elle
prend la forme d’une éruption cutanée ou condylomes plats, lésions
verruqueuses causées par le tréponème. Le traitement de la syphilis
primaire et secondaire consiste en une seule injection intramusculaire de
2,4 millions d’unités de benzathine-pénicilline G. Les relations
sexuelles doivent être protégées.
L’ Herpes simplex 2 peut infecter la région ano-rectale. La période
d’incubation est de 4 à 21 jours. Les symptômes généraux sont suivis
d’une douleur intense dans la région ano-rectale. De petites vésicules
et des ulcères aphteux sont visibles au niveau du périnée, du canal
anal et de la partie inférieure du rectum. L’examen rectal peut révéler
une adénopathie inguinale douloureuse. Les cultures virales du liquide
des vésicules seront positives et la biopsie rectale a un aspect caractéristique.
Une résolution spontanée survient après plusieurs semaines. Les
rechutes sont fréquentes, mais moins graves. Les patients immunodéprimés
peuvent être victimes d’un processus destructeur grave. Le traitement
consiste en des bains de siège et des analgésiques. Une application
locale d’acyclovir toutes les 8 heures pendant 5 jours diminue la durée
des symptômes et la propagation du virus. L’acyclovir par voie
intraveineuse est utilisé si les lésions anales et périanales sont
accompagnées d’une rectite. Chez les patients atteints du sida,
l’acyclovir est administré par voie intraveineuse pendant la phase aiguë,
puis par voie orale pendant six mois.
La rectite à Chlamydia avec des sérotypes non LGV
(lymphogranulome vénérien) est presque identique à la rectite
gonococcique. Cependant, l’infection causée par les sérotypes LGV est
envahissante et provoque une rectocolite grave accompagnée de douleur, de
ténesme, d’écoulement et de diarrhée. Le Chlamydia est isolé
à partir de prélèvements au niveau du rectum. L’infection est traitée
par les tétracyclines.
  
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