
 
| 5. HÉMORRAGIES
DIGESTIVES BASSES / S.J Vanner |
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L’hémorragie digestive basse constitue
souvent une urgence médicale. Comme d’autres urgences, le traitement
optimal du patient nécessite une évaluation minutieuse et une réanimation.
Les antécédents et les résultats de l’examen physique fournissent des
indices importants pour établir la cause de l’hémorragie et sont
cruciaux pour en déterminer la gravité et le siège.
Les hémorragies digestives basses peuvent être classées
arbitrairement en deux catégories : les hémorragies majeures et mineures.
Les patients qui présentent l’émission par le rectum de quantités
importantes de sang rouge vif et ayant une atteinte hémodynamique
subissent une perte sanguine majeure par les voies digestives et sont à
risque d’une hypovolémie qui menace le pronostic vital. Il faut agir
avec circonspection devant un patient dont l’état peut s’être
stabilisé temporairement ou qui a reçu des liquides par voie
intraveineuse avant une évaluation clinique complète. Les antécédents
évocateurs d’une hémorragie majeure comprennent la survenue d’une
syncope ou d’une présyncope avant la consultation médicale. Les signes
vitaux, particulièrement les modifications posturales, sont cruciaux pour
l’évaluation de la gravité. L’émission de sang rouge vif par le
rectum a presque toujours son origine dans le côlon. Toutefois, il est
important de se rappeler qu’un saignement abondant des voies digestives
supérieures peut présenter la même apparence qu’une hémorragie
digestive basse majeure. Par contraste avec le patient souffrant
d’une hémorragie digestive basse majeure, mentionnons le patient dont
l’émission de sang rouge vif par le rectum se limite à la présence de
sang sur le papier hygiénique ou à la surface de selles moulées, sans
qu’il y ait d’autre symptôme. Dans ce cas, l’examen physique est
normal, et le patient présente habituellement une hémorragie mineure des
voies digestives basses, très souvent due à une affection périanale.
| 5.1 Détermination
du siège de l’hémorragie (voies digestives supérieures ou inférieures) |
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Devant un tableau clinique d’hémorragie
digestive basse majeure avec émission de sang rouge vif par le rectum et
atteinte hémodynamique, un certain nombre d’indices importants peuvent
faire soupçonner que l’origine de l’hémorragie se trouve dans les
voies digestives supérieures. Ces indices comprennent des antécédents
ou des symptômes d’ulcère gastro-duodénal, de consommation d’AINS,
de réparation d’un anévrisme abdominal, de consommation abusive
d’alcool et d’une hépatopathie coexistante. Malheureusement,
l’absence de symptômes des voies digestives supérieures ne peut
exclure un ulcère gastro-duodénal parce que de nombreux ulcères duodénaux
se manifestent par une hémorragie digestive importante en l’absence des
antécédents typiques d’ulcère gastro-duodénal. À l’examen
physique, l’observation d’un choc hypovolémique, particulièrement
chez une personne jeune, devrait faire immédiatement soupçonner un siège
proximal d’hémorragie. La présence d’une hépatopathie chronique et
d’hypertension portale suggère que des varices pourraient être en
cause. Dans la plupart des cas, une hémorragie digestive haute importante,
même chez des patients jeunes, est accompagnée d’une augmentation
transitoire de l’azote uréique du sang, mais cela n’est pas typique
des hémorragies des voies digestives basses à moins qu’il n’y ait
atteinte rénale coexistante.
Lorsqu’on soupçonne que l’origine de l’hémorragie est dans les
voies digestives supérieures, plusieurs mesures sont nécessaires. Un échantillon
gastrique sanglant prélevé à l’aide d’une sonde gastrique mise en
place par le nez est un signe positif d’une origine proximale. Par
contre, un échantillon négatif n’est pas concluant : il exclura une hémorragie
importante de l’oesophage et de l’estomac, mais il peut ne pas déceler
une hémorragie d’origine duodénale. Même les échantillons contenant
de la bile et pas de sang peuvent ne pas reconnaître des hémorragies
dues à un ulcère duodénal, dans une proportion de 5 % à 10 %.
Lorsqu’on ne peut pas exclure avec certitude que l’origine de l’hémorragie
se trouve dans les voies digestives supérieures, il faut pratiquer
d’urgence une endoscopie haute.
Le patient qui présente un méléna constitue un autre cas
potentiellement déroutant. Un méléna résulte de la digestion du sang
pendant son passage dans les voies digestives et a presque toujours pour
origine les voies digestives supérieures. Toutefois, il peut arriver que
le transit du sang à partir d’une hémorragie du côlon droit soit
assez lent pour que les selles prennent l’aspect d’un méléna ou
d’un méléna mélangé à du sang rouge foncé.
La présence de sang occulte dans les selles indique aussi que l’hémorragie
siège dans les voies digestives. Il y a un grand nombre de faux positifs;
les patients doivent suivre un régime alimentaire au moment de l’épreuve
(pas de viande rouge, de vitamine C ni d’aspirine) afin de minimiser
cette possibilité. La présence de sang occulte dans les selles peut être
due à des hémorragies dont l’origine se trouve dans les voies
digestives hautes ou basses.
| 5.2 Hémorragies
digestives basses majeures |
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L’angiodysplasie et les diverticules sont
les deux causes les plus fréquentes d’hémorragies digestives basses
majeures, expliquant jusqu’à 60 % à 70 % des cas.
Les lésions angiodysplasiques sont dues à la dilatation et à la
tortuosité des veines sous-muqueuses, auxquelles s’ajoutent de petites
communications artérioveineuses avec les artérioles de la sous-muqueuse.
Généralement, ces lésions sont multiples, ont moins de 5 mm de diamètre
et, dans la majorité des cas, se trouvent dans le côlon droit et le
caecum. Leur pathogenèse est inconnue, mais elles se produisent le plus
souvent chez des patients âgés et diffèrent des lésions vasculaires
congénitales. Les diverticules sont situés surtout dans le côlon
gauche, mais les études angiographiques ont révélé que les lésions du
côlon droit saignent plus souvent. La physiopathologie sous-jacente aux hémorragies
diverticulaires est également incertaine, mais on pense qu’elle fait
intervenir la rupture des artères qui pénètrent le sommet du
diverticule.
Plusieurs autres causes possibles mais moins fréquentes ont été répertoriées
( tableau 6 ),
mais bon nombre d’entre elles sont typiquement associées avec une hémorragie
digestive basse moins importante et un tableau clinique dominé par
d’autres caractéristiques telles que la diarrhée.
TABLEAU 6. Causes de
l’hémorragie digestive basse majeure
|
Très fréquentes
Affection diverticulaire
Angiodysplasie
Moins fréquentes
Ischémie
Néoplasie
Maladie inflammatoire de l’intestin
Hémobilie
Affection périanale
Fistule aorto-entérique
Ulcère rectal solitaire |
|
L’angiodysplasie, contrairement à l’hémorragie
diverticulaire, peut aussi être associée avec une hémorragie digestive
chronique mineure et peut même se manifester par une anémie chronique résultant
d’une perte de sang microscopique. Par contraste avec l’angiodysplasie
et l’hémorragie diverticulaire qui sont relativement indolores, l’hémorragie
consécutive à une ischémie colique est typiquement précédée d’une
douleur abdominale importante qui peut durer de quelques minutes à
plusieurs heures. Une radiographie abdominale peut révéler des images en
empreinte de pouce mais cette observation n’est ni spécifique ni
sensible.
La plupart des hémorragies digestives basses majeures s’arrêteront
spontanément et on peut en différer l’investigation, mais jusqu’à
25 % d’entre elles continueront à saigner et exigeront une
investigation et un traitement immédiats ( figure
3 ). Après la réanimation, la priorité consiste à établir
le siège de l’hémorragie. Une scintigraphie isotopique avec des
globules rouges marqués au technétium est moins invasive et généralement
disponible dans la plupart des centres hospitaliers, mais son interprétation
est compliquée par la possibilité de faux négatifs et de faux positifs.
Bien que l’angiographie soit moins accessible et plus invasive, elle est
plus précise et présente l’avantage de permettre une intervention thérapeutique,
l’embolisation de l’artériole alimentant la lésion hémorragique. La
coloscopie peut également être tentée pour situer l’hémorragie; si
l’angiodysplasie est évidente, elle peut être traitée par électrocautérisation
ou par laser. Toutefois, à moins que l’hémorragie ne soit relativement
peu abondante, l’écoulement de sang obscurcit la lumière; il est alors
difficile de localiser la lésion en cause et compliqué, d’un point de
vue technique, de faire avancer le coloscope jusqu’au siège de l’hémorragie.
Dans certains cas, la persistance de l’hémorragie (requérant la
transfusion de 6 à 10 unités de sang) exige soit une angiographie
d’urgence avec embolisation ou une résection avec colectomie subtotale.
| 5.3 Hémorragies
digestives basses mineures |
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Les hémorragies digestives basses mineures
sont un symptôme courant qui requiert une approche minutieuse ( figure
3 ) pour permettre de distinguer les affections mineures
telles que les hémorroïdes et les fissures des problèmes sérieux tels
que les tumeurs du côlon. Les patients ont pu remarquer du sang
uniquement à la surface des selles moulées ou sur le papier hygiénique,
ce qui semble indiquer que le sang provient du canal anal ou de la région
recto-sigmoïdale. Dans d’autres cas, les patients remarquent que le
sang est mêlé aux selles, ce qui suggère que l’hémorragie est plus
proximale dans le côlon.
Les hémorroïdes sont la cause d’hémorragie mineure la plus fréquente
( tableau 7 );
toutefois, même lorsque les antécédents sont peu évocateurs, une évaluation
proctoscopique ou sigmoïdoscopique devrait être réalisée pour établir
que des lésions rectales telles qu’une rectite ou une tumeur ne sont
pas à l’origine du symptôme.
TABLEAU 7. Causes de
l’hémorragie digestive basse mineure
|
Très fréquentes
Hémorroïdes
Fissures
Autres affections périanales
Rectite
Moins fréquentes
Néoplasie
Maladie inflammatoire de l’intestin
Colite infectieuse
Colite de radiation
Angiodysplasie
Ischémie
Ulcère rectal |
|
Chez les patients souffrant de rectite ulcéro-hémorragique,
les défécations sont fréquentes mais sont bien souvent limitées à du
sang rouge vif et à du mucus. Une rectite de radiation peut se manifester
peu de temps après la radiothérapie mais survient souvent plusieurs mois
ou plusieurs années plus tard. Cette affection résulte d’une
inflammation chronique à l’intérieur des vaisseaux sanguins, appelée
endartérite oblitérante, et ce processus indolent explique cette
manifestation retardée.
  
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