
 
| 3. FONCTIONS PANCRÉATIQUES |
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| 3.1 Études de la
fonction sécrétoire |
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Il est facile de diagnostiquer une
insuffisance pancréatique en présence de la triade clinique suivante :
calcifications pancréatiques, diabète et stéatorrhée. Cependant, la
plupart des affections pancréatiques demeurent cliniquement
asymptomatiques jusqu’à ce qu’environ 90 % de la glande soit détruite.
La sécrétion de la lipase semble diminuer avant celle de la trypsine; en
conséquence, la stéatorrhée apparaît plus tôt que la créatorrhée
chez les patients atteints d’une affection pancréatique. La
reconnaissance précoce d’une dysfonction pancréatique peut améliorer
le traitement et la qualité de vie du patient.
Les épreuves de la fonction pancréatique se divisent en deux groupes
principaux : les épreuves directes (le tubage duodénal) et les épreuves
indirectes (tableau 1).
TABLEAU 1. Fonction du
pancréas exocrine
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Épreuves directes
effractives par tubage
Stimulation par la CCK/sécrétine
Repas du Lundh
CPRE et aspiration pancréatique
Épreuves indirectes non effractives
Graisses et azote dans les selles
Trypsine et chymotrypsine dans les selles
Épreuves respiratoires
Épreuves de la fonction pancréatique par voie orale (épreuve au
bentiromide et au pancréolauryl)
Dosage dans le sang
Trypsinogène
Lipase
Amylase pancréatique |
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| 3.2 Épreuves
directes par tubage |
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Les épreuves par tubage requièrent
l’emploi d’une sonde oroduodénale par laquelle les sécrétions pancréatiques
sont aspirées du duodénum, à proximité de la papille de Vater, ce qui
permet de mesurer la réponse à des facteurs stimulants. Les stimulants
utilisés sont la sécrétine, la cholécystokinine et le repas de Lundh.
La précision de ces épreuves peut être diminuée par une mise en place
inadéquate du tube et par l’échec de l’aspiration. Cela peut être
partiellement compensé par des mesures de la concentration des enzymes et
du bicarbonate. La durée du prélèvement varie entre 45 et 120 minutes.
La stimulation du pancréas peut se faire directement par l’injection
de sécrétine seule ou en association avec la cholécystokinine. Cette
association permet l’évaluation non seulement de la sécrétion de
bicarbonate (avec la sécrétine) mais aussi de la sécrétion enzymatique,
principalement celle de la trypsine.
Le repas de Lundh, une autre épreuve de stimulation du pancréas à
caractère plus physiologique, permet d’évaluer la réponse du pancréas
à la sécrétine et à la pancréozymine (ou CCK), endogènes libérées
en réponse à un repas d’épreuve contenant des protéines, des
graisses et des glucides. La concentration de trypsine et le volume de sécrétion
sont mesurés dans des échantillons obtenus par l’aspiration duodénale.
Les résultats obtenus à la suite d’un repas de Lundh sont pratiquement
toujours anormaux dans les cas d’insuffisance pancréatique.
Malheureusement, ils peuvent être difficiles à interpréter, étant donné
qu’il existe une zone limite où les valeurs anormales sont
inexplicables. De plus, de nombreux autres facteurs influent sur les résultats
d’un repas de Lundh, y compris une affection de la muqueuse de
l’intestin grêle, la vitesse de la vidange gastrique, et une sténose
entre l’estomac et le duodénum. Bien que ce soit une épreuve plus
physiologique, sa sensibilité et sa spécificité sont plus faibles (de
70 % à 80 %) que celles de la stimulation hormonale directe.
La canulation du canal de Wirsung par la cholangio-pancréatographie rétrograde
endoscopique (CPRE) a été combinée avec la stimulation directe du pancréas.
Cette technique permet de mesurer le suc pancréatique pur non contaminé
par les sécrétions intestinales ou biliaires; malheureusement, elle
n’est probablement pas plus sensible que les autres épreuves pour
diagnostiquer une affection pancréatique.
| 3.3 Épreuves
indirectes sans tubage |
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Les épreuves par tubage sont plutôt désagréables
à subir; elles prennent beaucoup de temps, coûtent cher et sont pour la
plupart effectuées dans les centres spécialisés. Les épreuves
indirectes de la fonction pancréatique révèlent les conséquences de
l’affection pancréatique. L’épreuve indirecte type consiste en la détermination
des graisses fécales dans les selles obtenues en une période de 72
heures. Le sujet suit un régime de 100 g de graisses par jour, et les
selles sont recueillies quotidiennement pendant trois jours. En présence
d’une fonction pancréatique normale, l’excrétion fécale quotidienne
est inférieure à 7 % de la quantité totale de graisses ingérée,
tandis qu’en cas d’insuffisance pancréatique, l’excrétion est
souvent supérieure à 20 %. Bien que la stéatorrhée survienne également
dans les cas de malabsorption au niveau de la muqueuse, elle n’est pas
aussi prononcée que celle rencontrée dans les cas d’insuffisance pancréatique.
Les dosages de l’azote et de la chymotrypsine dans les selles ne se sont
pas révélés supérieurs aux déterminations des graisses fécales. Les
principaux inconvénients des estimations des graisses fécales sont le
manque de spécificité et ceux reliés au désagrément de la collecte et
de l’analyse des échantillons. Il existe des épreuves moins déplaisantes
de dépistage de la stéatorrhée (p. ex. la détermination des taux
d’oxalate dans l’urine, l’épreuve d’absorption à la 14C
trioléine / acide 3H-oléique et les épreuves respiratoires
avec le tripalmitate ou l’acide palmitique) qui sont prometteuses mais généralement
mal acceptées. Après une provocation avec de la farine de riz,
l’hydrogène respiratoire est négligeable chez le sujet normal, mais
augmente de façon spectaculaire chez l’insuffisant pancréatique;
toutefois, chez ce dernier, l’hydrogène respiratoire diminuera si des
enzymes pancréatiques sont administrées avec la farine de riz.
Il existe deux épreuves de la fonction pancréatique administrées par
voie orale : l’épreuve au bentiromide et l’épreuve au pancréolauryl.
L’épreuve au bentiromide est utile pour distinguer les patients
atteints de stéatorrhée pancréatique de ceux chez qui l’absorption
des graisses se fait normalement. Le bentiromide, composé synthétique lié
à l’acide para-aminobenzoïque (PABA), est hydrolysé dans le duodénum
par la chymotrypsine pancréatique. Le PABA ainsi produit, substance de
faible poids moléculaire, est absorbé dans la partie proximale de
l’intestin grêle et partiellement conjugué dans le foie. Les métabolites
du PABA sont excrétés dans l’urine. Une excrétion inférieure à 50 %
de la dose ingérée en six heures indique une insuffisance du pancréas
exocrine. L’excrétion urinaire de PABA reflète donc en théorie
l’activité de la chymotrypsine duodénale. De faux résultats anormaux
ont été signalés chez des patients atteints d’une affection de la
muqueuse intestinale, du foie ou du rein, à la suite de troubles
d’absorption, de conjugaison ou d’excrétion du PABA. Une épreuve en
deux étapes a donc été proposée : on compare l’excrétion de PABA
après l’administration de bentiromide avec la récupération urinaire
d’une dose équivalente de PABA libre donnée ultérieurement. Le PABA
peut également être mesuré dans le plasma plutôt que dans l’urine,
et le dosage plasmatique peut être plus fiable pour déceler
l’insuffisance pancréatique. La plus grande utilité de cette épreuve
est de pouvoir exclure la maladie pancréatique comme cause de diarrhée,
de stéatorrhée ou de perte de poids.
L’épreuve au pancréolauryl à l’aide du dilaurate de fluorescéine
a été évaluée à fond en Europe. Elle permet de déceler seulement
l’insuffisance pancréatique grave et elle est rarement utilisée.
La pancréatite chronique peut donner lieu à une épreuve de Schilling
anormale, mais cause rarement une carence en vitamine B12 . La
vitamine B12 est extraite des aliments par l’acide
chlorhydrique gastrique et se fixe sur le facteur R présent dans la
salive et le suc gastrique. Dans la partie supérieure de l’intestin,
les enzymes pancréatiques libèrent le facteur R de la vitamine B12
qui se fixe alors au facteur intrinsèque; le complexe ainsi formé est
ensuite absorbé au niveau de l’iléon terminal. L’épreuve de
Schilling est relativement simple mais, malheureusement, elle est anormale
uniquement dans les cas d’insuffisance pancréatique manifeste.
| 3.4 Diverses épreuves |
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459 |
Il semble parfois difficile de distinguer
le carcinome du pancréas de la pancréatite chronique; de nombreuses épreuves
ont été décrites pour faciliter le diagnostic mais aucune d’entre
elles n’a une valeur éprouvée. Le dosage de l’antigène
carcino-embryonnaire (ACE) dans le sérum ou à partir du suc pancréatique
pur obtenu à la CPRE ne s’est pas révélé utile. Par ailleurs, la
signification de l’antigène oncofoetal pancréatique s’est révélée
douteuse. L’activité de la galactosyl II transférase sérique a récemment
été reconnue comme un indicateur passablement spécifique du cancer du
pancréas chez certains patients. Cette analyse complexe ne semble pas
convenir à un usage répandu.
Le trypsinogène, proenzyme protéolytique, est produit exclusivement
dans le pancréas. Cette enzyme peut être décelée par radio-immunodosage.
Elle augmente pendant une crise de pancréatite et en présence
d’insuffisance rénale, mais diminue dans les cas d’insuffisance pancréatique
grave, de fibrose kystique et de diabète insulinodépendant sans
insuffisance exocrine. Les taux de trypsinogène diminuent avec l’âge
chez les porteurs de fibrose kystique en présence de dysfonction pancréatique.
Ils sont peu élevés chez environ 60 % des patients atteints
d’insuffisance pancréatique. Ces patients peuvent avoir des taux élevés
ou normaux s’ils présentent une inflammation. Ce fait, en plus des taux
peu élevés dans les cas de diabète non insulinodépendant, met en doute
l’utilité de cette épreuve pour diagnostiquer l’insuffisance pancréatique.
Par contre, elle peut être utile pour évaluer une stéatorrhée
d’origine non pancréatique.
| 3.5 Épreuves de
confirmation d’une pancréatite évolutive |
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En cas d’hyperamylasémie, il importe
d’exclure l’atteinte de nombreux organes autres que le pancréas (tableau
2).
L’amylase est produite et libérée par divers tissus incluant les
glandes salivaires, l’intestin grêle et les voies urogénitales. Le sérum
normal contient trois types d’isoamylases comme le révèle la
focalisation isoélectrique. Le pancréas sécrète une amylase à un
point isoélectrique de 7,0, laquelle constitue 33 % de l’amylase sérique
totale. La parotide sécrète plusieurs isoamylases dont les points isoélectriques
se situent entre 6,4 et 6,0. L’électrophorèse sur gel de
polyacrylamide permet de séparer cinq isoamylases, selon la mobilité de
l’électrode. Les amylases issues des trompes de Fallope, des larmes, du
mucus et de la sueur ont la même mobilité que l’amylase salivaire.
Toutes ces amylases ont un poids moléculaire similaire et la même
composition aminoacide, mais elles diffèrent quant à leur glycosylation
ou à leur désamination.
L’amylase est filtrée à travers la membrane glomérulaire et réabsorbée
dans le tubule proximal. Chez les sujets en bonne santé, la clairance de
l’amylase correspond à celle de la créatinine. Pendant la pancréatite
aiguë, la clairance de l’amylase augmente, contrairement à celle de la
créatinine. Alors qu’on croyait que ce rapport entre la clairance de
l’amylase et la clairance de la créatinine était particulière à la
pancréatite aiguë, l’hyperamylasémie se retrouve dans d’autres
affections (comme l’acidocétose diabétique, les brûlures,
l’insuffisance rénale et l’ulcère duodénal perforé). À
l’occasion, l’amylase sérique peut augmenter sensiblement en
l’absence d’affections du pancréas ou des glandes salivaires, tandis
que l’amylase urinaire est normale.
TABLEAU 2. Affections
associées avec l’hyperamylasémie
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Amylase pancréatique
(Pancréatite pancréatique / carcinome / trauma incluant les
complications chirurgicales et post-CPRE de la pancréatite)
Intra-abdominales (autres causes)
Médicaments
Acidocétose diabétique
Amylase salivaire
Néoplasmes malins
Affections pulmonaires / pneumonie / tuberculose / carcinome
Acidocétose diabétique / rupture de grossesse extra-utérine /
kyste ovarien
Affections mixtes ou inconnues
Insuffisance rénale
Brûlures thermiques
Macroamylasémie |
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Il faut alors soupçonner une atteinte rénale
ou une macroamylasémie. Dans cette situation, l’amylase normale du sérum
est liée à une immunoglobuline A, formant un complexe qui est trop
volumineux pour être filtré par le glomérule. Les personnes atteintes
ont un taux élevé d’amylase sérique et un taux d’excrétion
urinaire de faible à normal.
Les médecins se trouvent souvent devant un patient atteint
d’hyperamylasémie, qui ne présente pas d’affection manifeste des
glandes salivaires ni de problèmes abdominaux particuliers. En général,
le taux d’amylase pendant une pancréatite est jusqu’à 3 fois plus élevé
que la limite supérieure de la normale, et revient à la normale en 2 à
10 jours. Si l’amylase continue d’être élevée en l’absence de
complications pancréatiques, d’autres causes (comme une tumeur maligne
ou une macroamylasémie) devraient être soupçonnées.
Une élévation ou une chute rapides de l’amylase sérique chez un
patient ayant des douleurs abdominales peut indiquer le passage d’un
calcul dans l’ampoule de Vater. L’amylase sérique reste
habituellement élevée pendant plusieurs jours lorsque la lithiase
biliaire est compliquée par une pancréatite.
Une hyperamylasémie marquée a été observée dans les cas de tumeurs
et de kystes ovariens accompagnés de métastases, ainsi que dans les cas
de rupture d’une grossesse extra-utérine. L’analyse de l’isoamylase
révèle que l’amylase a la même mobilité électrophorétique que
l’isoenzyme de type salivaire. La macroamylase consiste principalement
en amylase salivaire liée à des globulines, et les molécules ainsi formées
sont trop volumineuses pour être filtrées par le glomérule. Les sujets
ont donc un taux élevé d’amylase sérique, un faible taux d’amylase
urinaire et le rapport entre la clairance de l’amylase et celle de la créatinine
est faible.
Alors que les taux d’amylase dans le sérum et l’urine servent
habituellement à diagnostiquer la pancréatite aiguë, les taux de lipase
peuvent être plus spécifiques et plus sensibles que ceux de l’amylase
sérique totale. Le dosage de la lipase est aussi précis que celui de
l’isoamylase pancréatique, et il remplacera éventuellement le dosage
de l’amylase. Effectuer les deux dosages n’offre aucun avantage. Les
dosages d’amylase et de lipase sont facilement réalisables en clinique,
alors que les radio-immunodosages demeurent au stade expérimental pour
les autres enzymes pancréatiques telles que la trypsine, la chymotrypsine
et l’élastase. Leur rôle dans le diagnostic d’une affection pancréatique
reste à déterminer.
  
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