
 
| 8. FIBROSE KYSTIQUE
DE L'ADULTE |
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La fibrose kystique du pancréas, ou
mucoviscidose, n’est plus uniquement considérée comme une maladie
infantile. Elle est la maladie génétique potentiellement mortelle la
plus courante chez les Blancs. Son incidence varie selon les régions mais,
dans l’ensemble, elle est d’environ 1 pour 2 500 naissances vivantes
chez les Blancs. Elle est transmise selon le mode récessif autosomique.
La fibrose kystique est aussi la cause la plus fréquente d’affection
pulmonaire chronique et d’insuffisance pancréatique chez les moins de
20 ans.
Au cours de la dernière décennie, l’anomalie biochimique fondamentale
de la fibrose kystique a été déterminée. Le gène a été cloné et
plus de 300 allèles ont été découverts. Le produit génique est le régulateur
de la conductance transmembranaire de la fibrose kystique. Ce régulateur,
principal système de transport du chlorure, est défectueux chez les
sujets atteints de fibrose kystique. Il est synthétisé dans les cellules
épithéliales, puis acheminé à la membrane apicale des cellules épithéliales
du canal pancréatique proximal. Sa principale fonction consiste à agir
comme canal Cl– activé par une phosphorylation dont la médiation
est assurée par l’AMP cyclique, ce qui permet la sécrétion des ions
chlorure dans le canal pancréatique ou à l’extérieur de l’organisme.
Outre le régulateur de la conductance transmembranaire de la fibrose
kystique, ces cellules contiennent des échangeurs Cl–/HCO3–
qui sont responsables de la sécrétion de bicarbonate et qui dépendent
du chlorure luminal, lequel est fourni par le canal à chlorure activé
par l’AMPc. Ainsi, dans la fibrose kystique, la détérioration de la sécrétion
de chlorure entraîne une diminution de la production de bicarbonate, et
finalement une incapacité à hydrater et à alcaliniser adéquatement les
sécrétions protéiques concentrées des cellules acineuses. Ce matériel
de nature protéique devient épais et obstrue les canaux; il en résulte
la destruction des cellules acineuses, la fibrose et la malabsorption. La
réduction de la sécrétion de bicarbonate se traduit aussi par une
incapacité à neutraliser l’acide duodénal, d’où une plus grande
malabsorption puisque l’activité de la lipase s’en trouve réduite et
que la biodisponibilité du supplément enzymatique à délitement entérique
est altérée.
Le tableau classique d’un enfant sous-alimenté de façon chronique et
atteint d’une affection pulmonaire évolutive et d’une dysfonction
pancréatique aboutissant à une mort précoce constitue une schématisation
extrême. La fibrose kystique devrait présentement être considérée
comme un syndrome comportant une gamme de manifestations hétérogènes, y
compris des dysfonctions ou des lésions organiques plus ou moins marquées.
Dans la plupart des cas, l’affection pulmonaire et ses complications
dominent encore le tableau clinique et constituent les principaux déterminants
de la morbidité et de la mortalité globales. Jusque dans 20 % des cas,
le diagnostic n’est établi qu’après l’âge de 15 ans à cause du
caractère atypique des symptômes (p. ex. sinusite récurrente, polypes
nasaux, bronchite chronique, douleur abdominale récurrente, selles molles
et nauséabondes, cirrhose et stérilité).
L’avènement d’une physiothérapie énergique, d’antibiotiques
plus efficaces, d’extraits pancréatiques améliorés et de soins
continus dans les cliniques spécialisées pour le traitement de la
fibrose kystique ont permis d’obtenir une survie médiane d’au moins
18 ans. De fait, dans de nombreuses cliniques, la moitié des patients
atteignent l’âge de 26 ans, et jusqu’à 90 % des patients survivent
plus de 18 ans après que le diagnostic a été posé. La longévité
accrue se traduit par des complications gastro-intestinales plus fréquentes.
Des anomalies ont été décelées au niveau des glycoprotéines, de la
sécrétion de mucus, des protéases circulantes et des mécanismes de
transport cellulaire. Des maladies du foie et des voies biliaires peuvent
survenir chez les personnes atteintes de fibrose kystique. La fréquence
de cirrhose biliaire atteint 14 % au cours de la deuxième décennie de
vie chez les sujets qui présentent une insuffisance pancréatique. Une
atteinte hépatique subclinique, qui se manifeste par des anomalies
biochimiques ou échographiques du foie, est fréquente chez ces personnes.
Les pertes considérables de sodium et de chlorure par
transpiration au cours des périodes de chaleur estivale peuvent entraîner
une déplétion sodique, une déshydratation, un collapsus
cardiovasculaire et la mort. Du mucus anormalement épais est sécrété,
obstrue les canalicules et les tubules, et cause des lésions aux divers
organes, ce qui entraîne une pneumopathie obstructive chronique, une
insuffisance pancréatique, une fibrose hépatique et une obstruction
intestinale. Dans l’intestin grêle, des concrétions acidophiles
dilatent les glandes de la muqueuse et de la sous-muqueuse. La stéatorrhée
et la perte protéique entérale résultent de l’insuffisance pancréatique
exocrine, du pH duodénal peu élevé et peut-être aussi de la détérioration
de l’absorption des acides gras. Ces patients doivent recevoir des suppléments
de vitamines liposolubles A, D, E et K.
La fibrose kystique s’accompagne couramment de douleur abdominale qui
peut être associée avec la stéatorrhée, la constipation, un équivalent
d’iléus méconial, une intussusception, une cholélithiase, un ulcère
duodénal ou une pancréatite. Contrairement aux nourrissons et aux
enfants, les adultes sont moins affectés par la malabsorption, mais un
interrogatoire méticuleux peut révéler qu’ils ont des crampes, de la
flatulence et des selles fréquentes, graisseuses, nauséabondes et
volumineuses.
| 8.1 Complications |
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Chez l’adulte, la fibrose kystique
comporte de nombreuses complications non pulmonaires (tableau
8). La majorité des patients ont une taille et un poids inférieurs
à la moyenne pour leur âge et leur sexe. Même si, à l’âge adulte,
leur état nutritionnel décline progressivement, les patients ne sont pas
tous sous-alimentés au moment du diagnostic. Au début de l’âge adulte,
environ 10 % des patients sont au-dessus du 90e percentile et
certains sont même obèses.
TABLEAU 8. Complications
non pulmonaires de la fibrose kystique chez l’adulte
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Stéatorrhée, diarrhée
Altération de l’état nutritionnel
Équivalent d’un iléus méconial, intussusception
Cholécystopathie
Cirrhose biliaire atrophique
Intolérance au glucose, diabète sucré
Dysfonction du pancréas exocrine
Problèmes psychologiques |
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Il n’existe aucune corrélation entre l’état nutritionnel du
patient, la gravité de la stéatorrhée, les symptômes gastro-intestinaux
ou l’âge au moment du diagnostic. Le poids et la taille ne semblent être
reliés qu’à la gravité de la maladie pulmonaire, et les
individus dont l’insuffisance pancréatique est moindre semblent posséder
une meilleure fonction pulmonaire.
L’insuffisance pancréatique éclipse nettement les autres
complications de la fibrose kystique. Malgré l’impression clinique
d’un appétit vorace, l’apport total d’énergie chez les patients
atteints de fibrose kystique est habituellement inadéquat. La mauvaise
digestion et la malabsorption ainsi que les besoins accrus en énergie
associés avec l’affection pulmonaire compliquent encore plus le problème
d’énergie.
Chez les patients atteints de fibrose kystique, les analyses
biochimiques indiquent aussi une carence en acides gras essentiels.
L’administration orale d’un monoglycéride d’acide linoléique ou
l’administration de la nutrition parentérale totale permettent d’améliorer
la situation.
Une carence en acides gras essentiels est
associée avec une altération de l’oxygénation intracellulaire, une
baisse de la fluidité membraneuse et une détérioration des mécanismes
de transport. L’avantage de traiter et de prévenir une carence en
acides gras essentiels n’a cependant pas encore été établi.
En plus de la carence en acides gras essentiels et en énergie, la
carence en vitamines liposolubles chez les sujets atteints de fibrose
kystique constitue un troisième problème d’importance. Même avec
l’administration d’un supplément standard de 4000 UI de vitamine A
par jour, les taux sériques de vitamine A, d’ a2
-microglobuline et de carotène peuvent demeurer bas. Environ 25 % des
patients présentent des signes de carence en vitamine D.
Le traitement de l’insuffisance pancréatique chez l’adulte atteint
de fibrose kystique est semblable au traitement de l’insuffisance pancréatique
attribuable à d’autres affections. Environ la moitié des adultes
atteints de fibrose kystique présentent une certaine intolérance au
glucose. L’insuline permet de maîtriser facilement le diabète sucré
et, comme les taux de glucagon sont bas, l’acidocétose est extrêmement
rare. La dysfonction des cellules des îlots pancréatiques serait
attribuable à une destruction des îlots imputable à la fibrose kystique.
L’iléus méconial s’observe chez environ 10 % des nouveau-nés
atteints de fibrose kystique et il est principalement lié à la sécrétion
d’une substance mucineuse anormale (une glycoprotéine) par les glandes
intestinales. Les enfants, les adolescents et les adultes présentent ce
qu’on appelle un équivalent d’iléus méconial; il se caractérise
par des obstructions intestinales répétées. De façon typique, cet état
est associé avec des coliques, une masse palpable au niveau du quadrant
inférieur droit et des signes d’obstruction mécanique. La constipation
est considérée comme une forme bénigne de la maladie, mais elle doit être
distinguée de l’intussusception qui survient chez un petit nombre de
patients atteints de fibrose kystique. Il existe généralement des antécédents
de cause déclenchante, comme l’immobilisation, l’emploi d’agents
antidiarrhéiques, des excès alimentaires, ou une diminution ou un arrêt
brusque d’enzymothérapie orale.
Les symptômes permettent de soupçonner l’équivalent de l’iléus méconial.
Les clichés simples de l’abdomen peuvent montrer un côlon vide avec
une substance granuleuse formant des bulles dans le segment proximal et
une distension iléale avec niveaux hydro-aériques. Il faut confirmer le
diagnostic en pratiquant tôt un lavement avec du Gastrografin®
puisqu’il existe un taux élevé de mortalité associé avec une telle
affection et qu’il faut écarter la possibilité d’une intussusception.
L’aspiration naso-gastrique et le rétablissement du déséquilibre électrolytique
permettent d’éliminer l’obstruction dans 80 % des cas. Une chirurgie
décompressive peut s’avérer nécessaire si le traitement médical échoue.
La pancréatite est relativement rare chez les patients atteints de
fibrose kystique, mais elle tend à survenir chez les patients (environ 15
%) dont la fonction pancréatique était initialement normale. La
physiopathologie de la pancréatite semble liée à la précipitation des
sécrétions anormales dans les tubules et aux lésions subséquentes.
L’alcool et une affection des voies biliaires constituent d’autres
causes possibles de la pancréatite chez ces patients.
On pourrait s’attendre à une fréquence accrue d’ulcères duodénaux
chez les sujets atteints de fibrose kystique à cause de la perte de
bicarbonate pancréatique qui sert de tampon, mais en réalité, les ulcères
duodénaux sont rares.
Les patients dont l’insuffisance pancréatique n’est pas traitée
présentent couramment une malabsorption marquée des acides biliaires
dans l’iléon terminal et une élimination massive de ceux-ci dans les
selles. Il s’ensuit que la circulation entéro-hépatique normale des
acides biliaires est interrompue. La cause de cette interruption est
inconnue, mais serait probablement reliée à la stéatorrhée, les acides
biliaires se liant aux graisses, aux fibres et aux autres substances non
digérées présentes dans la lumière intestinale. À la suite de la
perte excessive des acides biliaires dans les selles, il se produit une
baisse du « pool des acides biliaires » et une saturation de la bile par
le cholestérol. Jusqu’à 60 % des adolescents et des adultes atteints
de fibrose kystique présentent des anomalies de la vésicule biliaire (p.
ex. cholélithiase, non-visualisation, microvésicule et problèmes
marginaux de remplissage ou cloisonnements). Les anomalies de la vésicule
biliaire et les douleurs abdominales chez ces patients sont fréquentes,
mais il n’y a pas forcément une relation de cause à effet entre la
cholélithiase ou les anomalies de la vésicule biliaire et les symptômes
cliniques. Il importe d’évaluer les risques d’une intervention
chirurgicale par rapport aux risques inhérents à un traitement non
chirurgical. La structure et la fonction de la vésicule peuvent être évaluées
par échographie et par cholécystographie orale.
Le traitement de l’insuffisance pancréatique par enzymothérapie
orale diminuera la perte des acides biliaires, corrigeant ainsi la
nature lithogène de la bile. Cependant, le rapport anormal glycine /
taurine et la prépondérance de l’acide cholique et de l’acide chénodésoxycholique
persistent malgré le traitement enzymatique supplétif. Le traitement par
l’acide ursodésoxycholique demeure expérimental.
Les affections hépatiques sont de plus en plus fréquentes chez les
patients atteints de fibrose kystique puisqu’ils vivent maintenant plus
vieux. Le trouble hépatique le plus courant est la stéatose causée par
une baisse des taux de lipoprotéines circulantes et par une diminution de
la clairance des triglycérides hépatiques. Les autres troubles hépatiques
comprennent des changements portaux non spécifiques, une quantité
excessive de mucus dans les canaux biliaires, une légère prolifération
des canaux et une cirrhose biliaire en foyer. Un petit nombre de ces
patients présenteront une cirrhose biliaire atrophique dont l’évolution
restera cliniquement asymptomatique jusqu’à ce que survienne
l’hypertension portale accompagnée des manifestations classiques de
l’ascite, d’hypersplénisme ou d’hémorragie variqueuse. La décompensation
hépatique et l’encéphalopathie porto-cave sont extrêmement rares à
cause de l’intégrité relative du parenchyme hépatique et de la nature
en foyer de la maladie. Le seul indice clinique est l’apparition d’un
foie nodulaire ferme, alors que les épreuves biochimiques de la fonction
hépatique demeurent relativement normales. Les résultats des anastomoses
porto-caves thérapeutiques sont encourageants et l’on n’observe pas
l’apparition d’encéphalopathie hépatique.
Le diagnostic de la fibrose kystique
classique chez le nourrisson et l’enfant est facile, mais il est plus
difficile chez l’adulte ou dans les cas mineurs ou atypiques. Il repose
sur l’épreuve de la sueur qui mesure les taux de chlorure par iontophorèse
après stimulation par la pilocarpine. Cette épreuve devrait être faite
à deux occasions différentes avec un échantillon d’au moins 100 mg de
sueur. En pratique, des taux de chlorure continuellement supérieurs à 60
mEq/L confirment le diagnostic; de tels taux ne se retrouvent dans aucune
autre affection pulmonaire ou gastro-intestinale chronique. Cependant, les
concentrations de chlorure dans la sueur peuvent à l’occasion atteindre
60 mEq/L ou plus dans certaines autres maladies, dont l’insuffisance
surrénale non traitée, le diabète insipide néphrogène héréditaire,
l’hypothyroïdie et diverses mucopolysaccharidoses héréditaires.
L’épreuve de la sueur doit être pratiquée chez les nourrissons et
les enfants présentant une affection pulmonaire chronique, un iléus méconial,
de la stéatorrhée, un prolapsus rectal, un retard du développement, une
insolation, une pansinusite, et chez les frères et soeurs des sujets
atteints de fibrose kystique. De plus, un dépistage doit être fait chez
les enfants, les adolescents et les jeunes adultes qui souffrent d’une
affection hépatique chronique quelconque, d’une cirrhose nodulaire
postnécrotique ou infantile, d’une aspermie ou de malabsorption, ou
encore qui présentent depuis longtemps des malaises digestifs.
Chez les patients atteints de fibrose
kystique accompagnée d’insuffisance pancréatique, le traitement
consiste essentiellement en une enzymothérapie supplétive. Il est
recommandé de sélectionner des comprimés à délitement entérique
puisque les enzymes sont inactivées par l’acide gastrique. Ces enzymes
peuvent aussi être administrées en concomitance avec un inhibiteur des récepteurs
H2 . Au moins 30 000 unités de lipase USP doivent être
administrées avec les aliments. L’hyperuricurie peut survenir chez ces
patients, étant donné la forte teneur en purine de la préparation
enzymatique. Elle peut être corrigée par une réduction de la dose.
  
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