

| 2.1
Cholécystite lithiasique chronique |
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Linflammation chronique de la vésicule
biliaire est laffection la plus courante de cet organe. Un certain
degré dinflammation chronique accompagne inévitablement la lithiase,
mais elle est secondaire à la formation des calculs. Même lobstruction
passagère du canal cystique peut provoquer une colique biliaire. Il existe
toutefois peu de corrélation entre la gravité et la fréquence de ces épisodes
douloureux et linflammation de la vésicule biliaire. Il est possible,
par exemple, que des symptômes marqués ne soient associés quà une
légère infiltration de cellules arrondies ou, au contraire, que les symptômes
soient minimes malgré une fibrose prononcée de la vésicule biliaire. Une
obstruction prolongée peut entraîner une cholécystite aiguë.
Linflammation chronique peut suivre une cholécystite aiguë ou
progresser insidieusement. Le processus inflammatoire est dorigine
chimique.
2.1.1 CARACTÉRISTIQUES
CLINIQUES
Les caractéristiques cliniques sont soit
celles de la colique biliaire, soit celles dune inflammation chronique
de la vésicule secondaire à une crise de cholécystite aiguë qui sest
résorbée. La douleur caractéristique est une douleur sourde, constante à
lhypocondre droit et à lépigastre; elle irradie parfois vers
lépaule droite ou le dos. Les nausées sont fréquentes. Une sensibilité
locale peut parfois être décelée à la palpation de lhypocondre droit.
La flatulence, lintolérance postprandiale aux graisses et la dyspepsie
sont courantes, quoique tout aussi fréquentes en labsence de calculs
biliaires. La fièvre ou la leucocytose suggère plutôt une cholécystite aiguë
ou une autre affection.
2.1.2 DIAGNOSTIC
Le diagnostic dépend largement de la mise en évidence des calculs
biliaires soit à partir dun cliché simple de labdomen (de 10 % à 15 % présentent des
calcifications), dune échographie ou dune cholécystographie orale. La précision de ces
deux dernières techniques dépasse 95 %. Sil y a fibrose et rétraction de la vésicule, sa
visualisation peut se révéler difficile. On considère lexamen comme positif, vu la précision de
ces techniques. La simple présence de calculs dans la vésicule biliaire confirme la maladie des voies
biliaires, ce qui ne signifie pas pour autant que les calculs sont à lorigine des symptômes. La
choléscintigraphie peut savérer utile; elle démontre habituellement le remplissage
dune vésicule saine. Labsence de visualisation de la vésicule (une opacification étant
visible dans le cholédoque et le duodénum) chez des patients soupçonnés de cholécystite aiguë établit le
diagnostic. Cet examen est beaucoup moins sensible dans les cas de cholécystite chronique où, en
général, la vésicule sopacifie. Labsence dopacification traduit probablement
une maladie des voies biliaires. Labsence dopacification peut être causée par
lusage de narcotiques ou une longue période de jeûne.
2.1.3 TRAITEMENT
En général, les symptômes sont susceptibles de survenir de nouveau.
Le traitement médical dépend de la grosseur des calculs, de la fonction de la vésicule biliaire et de la
vulnérabilité du patient (p. ex. âge, obésité, diabète). Puisquil y a ablation des calculs et de la
vésicule biliaire, la cholécystectomie fournit un traitement définitif.
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Cholécystite aiguë |
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Il sagit dune inflammation aiguë de la vésicule
biliaire. Dans la plupart des cas, un calcul obstrue le canal cystique et crée un cercle vicieux : une
augmentation des sécrétions vésiculaires cause une distension, une atteinte de la muqueuse et la
libération de médiateurs chimiques du processus inflammatoire. Les agents responsables de
linflammation sont la lysolécithine dérivée de lhydrolyse de la lécithine par la
phospholipase et les prostaglandines dont la synthèse augmente. Le rôle des sels biliaires ou des
enzymes pancréatiques régurgités nest pas clair. Linfection bactérienne est une
complication tardive. Lobstruction du canal cystique entraîne la distension de la vésicule
biliaire par laccumulation de bile, dun exsudat inflammatoire ou même de pus. La paroi
vésiculaire peut se nécroser et se perforer. Sil y a résolution du trouble, la surface de la
muqueuse guérit et la paroi se cicatrise, mais la vésicule peut ne pas être fonctionnelle (dans ce cas,
ne pas se remplir de produit de contraste) à la cholécystographie orale.
2.2.1 CARACTÉRISTIQUES
CLINIQUES
La cholécystite aiguë débute comme un épisode de colique biliaire
(tableau 4). La douleur sintensifie jusquà un plateau et demeure constante.
Elle siège habituellement dans lhypocondre droit ou lépigastre et irradie quelquefois
dans le dos ou à lépaule droite. On retrace souvent des antécédents de douleur biliaire.
Contrairement à celle de la colique biliaire, la douleur de la cholécystite aiguë persiste pendant 6 à 12
heures. À mesure que la vésicule devient enflammée, la douleur viscérale est remplacée par une
douleur pariétale que le mouvement accentue. Lanorexie et les vomissements sont courants.
La fièvre est habituellement de faible intensité. En présence de frissons, il faut soupçonner un
envahissement bactérien. Lexamen de labdomen met en évidence, de façon
caractéristique, une sensibilité à la palpation dans lhypocondre droit. Linspiration
profonde durant la palpation de lhypocondre droit augmente la douleur; linspiration
cesse alors subitement (signe de Murphy). Dans les cas graves, on observe des signes
dirritation péritonéale : défense musculaire à la palpation appuyée. Un iléus paralytique
réflexe peut être présent. Les patients sont réticents à bouger, incommodés par une douleur pariétale
aussi intense. On peut parfois palper une vésicule distendue, dès la première crise.
2.2.2 DIAGNOSTIC
Un ictère accompagné dune légère hyperbilirubinémie et
dune hausse des enzymes hépatiques survient chez environ 20 % des patients, même en
labsence de lithiase du cholédoque. Plus le taux de bilirubine est élevé, plus la présence
dune lithiase du cholédoque est probable. Des taux élevés daminotransférase et
damylase ou de lipase font soupçonner la présence dun calcul dans le cholédoque. La
leucocytose est courante. Si le patient est fébrile avec frissons, les hémocultures risquent
dêtre positives. La cholangite évoque la présence dun calcul dans le cholédoque. La
meilleure façon de confirmer le diagnostic est de mettre en évidence le ou les calculs et
lépaississement de la paroi vésiculaire, au moyen de léchographie. Pendant cet
examen, il peut arriver que le médecin déclenche une douleur en appuyant sur la vésicule avec la sonde
(signe de Murphy échographique). Un simple cliché radiologique de labdomen peut révéler la
calcification du ou des calculs. La choléscintigraphie est aussi très utile au diagnostic de la
cholécystite aiguë, car la non-visualisation de la vésicule au bout dune heure est une
caractéristique diagnostique très précise. Au contraire, une scintigraphie normale avec opacification
de la vésicule élimine pratiquement la cholécystite aiguë, mais ne permet pas de détecter les calculs
dans la vésicule. Une opacification tardive (après une heure) survient parfois en présence de
cholécystite chronique.
2.2.3 TRAITEMENT
Le traitement est chirurgical et exige lhospitalisation. Des
mesures générales comme la réhydratation, lobservation du patient, ladministration
danalgésiques et dantibiotiques peuvent simposer. Dans les cas de
cholécystite aiguë bénigne qui se résolvent après un traitement médical, la cholécystectomie peut être
reportée pour une période allant jusquà six semaines. En raison du risque de récidive de la
cholécystite, on recommande de pratiquer précocement lintervention chirurgicale pendant la
période dhospitalisation, dès que létat du patient sest stabilisé.
2.2.4 COMPLICATIONS
En général, la cholécystite aiguë peut disparaître spontanément en
moins de trois jours. Dans environ le tiers des cas, linflammation peut évoluer vers la
nécrose, lempyème ou la perforation. Ces complications seront précédées dune
douleur persistante accompagnée de tachycardie, de fièvre, de signes péritonéaux et de leucocytose.
On doit alors soupçonner une infection secondaire comme lempyème, la cholangite ou une
perforation. Lintervention chirurgicale simpose alors durgence.
Lempyème est une cholécystite suppurée avec abcès intraluminal (c.-à-d. une vésicule
biliaire enflammée contenant du pus). Lempyème se constitue à partir dune
obstruction continue du canal cystique entraînant une infection bactérienne secondaire. Outre les
symptômes abdominaux de la cholécystite aiguë, on observe les manifestations systémiques
dune bactériémie accompagnée de fièvre hectique et de frissons. Le traitement consiste en une
antibiothérapie et une intervention chirurgicale urgente. La perforation de la vésicule biliaire
survient lorsquune inflammation non résorbée entraîne une nécrose siégeant souvent dans le
fond de la vésicule biliaire, une partie relativement avasculaire. Les calculs biliaires peuvent
également éroder une paroi gangréneuse. Lorsque la perforation est localisée, il peut se former un
abcès perceptible cliniquement sous forme dune masse palpable, très sensible à la palpation de
lhypocondre droit. La perforation libre entraînant une péritonite biliaire est rare,
heureusement, car le taux de mortalité atteint alors 30 %. Lorsquil y a perforation, la
vésicule saffaisse soudainement. La douleur et la fièvre peuvent également rétrocéder
temporairement, mais uniquement pour être remplacées par une péritonite diffuse aiguë. En présence
de perforations localisées aussi bien que libres, le drainage chirurgical de labcès est
indispensable. La rupture dans un viscère adjacent (p. ex. lintestin grêle) crée une fistule
biliaire interne. Les calculs de grande taille peuvent produire une obstruction mécanique de
lintestin grêle (iléus biliaire). Lobstruction survient habituellement au niveau
de liléon terminal, rarement au niveau du bulbe duodénal ou de la jonction duodéno-jéjunale.
Chez la personne âgée, cest une cause assez fréquente dobstruction de
lintestin grêle distal. Le diagnostic radiologique repose sur lobservation dair
dans les voies biliaires, la présence dune obstruction de lintestin grêle et, peut-être,
dun calcul calcifié ectopique. Une intervention chirurgicale urgente avec une antibiothérapie
appropriée simpose. Lhydrocholécyste de la vésicule biliaire survient
lorsque linflammation disparaît alors que le canal cystique demeure obstrué. La lumière
devient distendue par un liquide mucoïde transparent. Lhydrocholécyste se présente comme
une masse non sensible à la palpation dans lhypocondre droit. Le traitement est la
cholécystectomie. La bile calcique survient lorsquune obstruction prolongée de la
vésicule biliaire entraîne la déperdition de substances pigmentaires dans la bile et la précipitation des
sels de calcium résiduels. La vésicule obstruée au niveau de son col sécrète du calcium dans la
lumière. Le calcium peut aussi saccumuler dans la paroi de la vésicule et produire une
vésicule porcelaine. Les calcifications intrapariétales sont facilement identifiées sur les clichés
simples de labdomen. Même si lon soupçonne quil y a eu au moins un épisode de
cholécystite aiguë dans le passé, la plupart des patients présentant une vésicule porcelaine sont
asymptomatiques. Laffection évoluera vers un cancer de la vésicule biliaire chez le quart
dentre eux, ce qui rend nécessaire la cholécystectomie prophylactique.
| 2.3
Cholédocholithiase (calculs du cholédoque) |
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Les calculs du cholédoque sont classés daprès leur point
dorigine : les calculs primitifs se forment dans les voies biliaires; les calculs
secondaires prennent naissance dans la vésicule et migrent ensuite dans le canal cholédoque. En
Amérique du Nord, pratiquement tous les calculs de cholestérol et la plupart des calculs pigmentaires
sont considérés comme secondaires lorsque la vésicule est intacte. Ainsi, plus de 85 % des patients
ayant des calculs dans le cholédoque ont également des calculs dans la vésicule biliaire. Par contre,
seulement 10 % des patients qui subissent une cholécystectomie en raison dune cholécystite
chronique présentent des calculs dans le cholédoque. Les calculs résiduels
sont ceux que la cholécystectomie na pas décelés; les
calculs récidivants sont ceux qui apparaissent dans les voies biliaires plus de trois ans après
lintervention chirurgicale. La composition des calculs diffère également selon leur point
dorigine. Les calculs situés dans la vésicule et le cholédoque sont principalement composés de
cholestérol (environ 80 %). Après une cholécystectomie, la proportion des calculs dans les voies
biliaires augmente avec le temps (après plus de trois ans); la plupart sont des calculs pigmentaires.
Ces calculs bruns résultent dune stase biliaire (p. ex. sténose postopératoire) et dune
infection. Les bactéries et le tissu enflammé libèrent la ß-glucuronidase, et cette enzyme déconjugue
la biliburine. Le bilirubinate de calcium ainsi constitué se polymérise et forme un précipité avec les
savons de calcium. Le mucilage consistant en une glycoprotéine produite par les bactéries comme
glycocalyx agglomère ensuite cette substance pigmentaire pour former des calculs bruns.
2.3.1 CARACTÉRISTIQUES
CLINIQUES
Les calculs du cholédoque sont parfois asymptomatiques, mais ils
peuvent être à lorigine dune colique biliaire, un ictère obstructif, une cholangite ou
une pancréatite (figure 2). La colique biliaire résulte dune obstruction soudaine du canal
cholédoque faisant augmenter la pression biliaire; elle se manifeste par une douleur térébrante
constante dans lhypocondre droit ou lépigastre, irradiant souvent dans le dos entre
les omoplates. La cholangite aiguë se produit lorsquune obstruction des canaux
biliaires se complique dune infection. Lobstruction et les lésions des canaux biliaires
permettent aux bactéries de traverser lépithélium des canaux pour pénétrer dans le sang
veineux hépatique et causer ainsi une bactériémie accompagnée de frissons et de poussées de fièvre.
Laugmentation de la pression biliaire provoque aussi la douleur abdominale. La triade de
Charcot classique comprend lictère, la douleur abdominale haute et la fièvre hectique.
Lictère résulte dune obstruction mécanique des canaux biliaires et dun
élément de la cholestase intra-hépatique attribuable à une septicémie (une endotoxine peut altérer la
formation de la bile dans le foie). La douleur et la fièvre sont courantes quoique lictère soit
souvent moins apparent lorsque sinstalle la cholangite. La plupart des patients présentent des
signes de toxi-infection. On observe une sensibilité abdominale à la palpation, un foie volumineux et
sensible (contenant souvent des abcès). Lhypotension, la confusion et un tableau septique
prédominent dans les cas très graves.
2.3.2 DIAGNOSTIC
La leucocytose et des épreuves biochimiques anormales de la fonction
hépatique sont courantes. Lurine peut contenir de la bilirubine. Les hémocultures révèlent
habituellement les microorganismes responsables, dorigine intestinale (p. ex. E. coli ou
Klebsiella). Léchographie met en évidence la dilatation des voies biliaires et, dans les
cas graves, des abcès hépatiques. La cholangiographie rétrograde endoscopique ou transhépatique
percutanée simpose pour déterminer le siège et la cause de lobstruction.
2.3.3 TRAITEMENT
La présence de cholangite nécessite une décompression urgente du
système biliaire. Dans le passé, la laparotomie constituait le seul recours. De nos jours, la chirurgie
endoscopique avec cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) est une intervention
chirurgicale de pratique courante réalisée en association avec une antibiothérapie efficace contre les
germes Gram négatif, les entérocoques et les anaérobies de la flore intestinale. La CPRE permet aussi
deffectuer une sphinctérotomie suivie de lextraction du ou des calculs et au besoin de
la mise en place dune prothèse (stent) à travers le rétrécissement. Il est possible que
les gros calculs du cholédoque doivent tout dabord être fragmentés par des moyens
mécaniques, à laide dun dispositif capable de les broyer ou par lémission
dondes de choc ou laser. Par la suite, on peut procéder à une cholécystectomie élective.
Lalternative thérapeutique consiste en une cholécystectomie ouverte avec exploration du
cholédoque, ablation de la vésicule et extraction de tous les calculs. La pancréatite peut
résulter de lenclavement de calculs dans lampoule de Vater. La pancréatite biliaire
aiguë ne diffère pas, sur le plan clinique, des autres formes de pancréatite aiguë. La pancréatite
biliaire est plus souvent que la pancréatite alcoolique associée avec un ictère et des taux sériques
élevés de bilirubine, de phosphatases alcalines et daminotransférases, mais on constate un
important chevauchement. Léchographie devrait être en mesure de déceler les calculs
vésiculaires ainsi que linflammation du pancréas. Chez les patients inaptes à la chirurgie, on
peut réaliser une CPRE précoce conjointement avec une papillotomie, mais son rôle comme traitement
définitif na pas été prouvé. Dans la plupart des cas, on optera pour une cholécystectomie
élective afin de prévenir la récidive de la pancréatite. Contrairement à la pancréatite alcoolique, la
pancréatite dorigine lithiasique névolue pas vers la pancréatite
chronique.
 
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