
 
| 4. MALADIES DES
VOIES BILAIRES |
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| 4.1 Maladies
congénitales |
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513 |
La maladie de Caroli (dilatation
congénitale des canaux biliaires intra-hépatiques) est une affection
rare dans laquelle la dilatation segmentaire sacculaire des canaux
biliaires intra-hépatiques entraîne la constitution de calculs, d’une
cholangite récidivante et d’abcès hépatiques accompagnés de septicémie.
Les épisodes de douleur abdominale, de fièvre et d’ictère peuvent débuter
à tout âge, mais le plus souvent durant l’enfance ou au début de l’âge
adulte.
La CPRE révèle la dilatation segmentaire
irrégulière des canaux biliaires intra-hépatiques qui se raccordent aux
canaux principaux. Le canal cholédoque est normal. On peut extraire
quelques calculs par voie endoscopique (ou chirurgicale), mais
l’intervention connaît peu de succès lorsque les calculs sont logés
dans les canalicules biliaires intra-hépatiques. Si l’atteinte est
unilatérale, l’hépatectomie partielle peut se révéler curative.
Sinon, le traitement est conservateur et recourt à l’antibiothérapie
contre les complications infectieuses. Des épisodes répétés de
cholangite évoluent parfois vers une cirrhose biliaire secondaire, une
hypertension portale et, finalement, un cholangiocarcinome. Dans
d’autres cas, une greffe de foie peut s’avérer nécessaire.
La fibrose hépatique congénitale accompagne
souvent la maladie de Caroli (reflétant peut-être une agénésie des
petits canaux interlobulaires) et se manifeste cliniquement chez
l’enfant par une hypertension portale et des varices oesophagiennes. Le
diagnostic est établi par biopsie hépatique, où l’on observe de
larges bandes de tissus fibreux qui emprisonnent les canaux biliaires,
mais sans évidence de cirrhose (c.-à-d. pas de régénération). Dans
les cas compliqués, la greffe de foie peut être nécessaire.
Le kyste cholédocien est une
dilatation congénitale d’une portion du canal cholédoque formant un
diverticule dans le segment intraduodénal. Cette anomalie kystique congénitale
peut être associée avec la maladie de Caroli : toutes deux représentent
un éventail d’anomalies du bourgeonnement et de la canulation
embryonnaires de l’intestin antérieur primitif. Les symptômes peuvent
se manifester sous forme de cholestase chez les nourrissons, ou d’ictère
intermittent, de douleur et de fièvre (cholangite) chez les jeunes
adultes. Les complications comprennent l’obstruction chronique entraînant
la cirrhose biliaire et le développement d’un carcinome. Le diagnostic
est fourni par l’échographie (ou la tomodensitométrie) et vérifié
par une cholangiographie endoscopique. Le traitement chirurgical comporte
l’excision du kyste et le rétablissement du drainage biliaire par une
anastomose bilio-digestive.
Le syndrome d’Alagille consiste en
une diminution marquée des canaux biliaires intra-hépatiques (en fait,
inter-lobulaires). Bien qu’on croie qu’il s’agit d’une affection
congénitale à transmission autosomale dominante, elle peut se manifester
par un ictère néonatal ou par une cholestase chez les enfants plus âgés.
Elle s’accompagne d’un faciès triangulaire, d’anomalies cardio-vasculaires
(p. ex. sténose de l’artère pulmonaire) et d’anomalies des corps
vertébraux. L’issue varie selon les anomalies concomitantes et la
gravité de l’hépatopathie.
L’atrésie biliaire est une cause
fréquente d’ictère cholestatique néonatal. Bien que congénitale (apparaissant
à la naissance), elle n’est pas héréditaire. L’absence totale de
canaux biliaires extrahépatiques reflète soit un arrêt du remodelage de
la plaque canalaire in utero ou plus probablement, une destruction
inflammatoire des canaux biliaires formés pendant la période postpartum.
Ce dernier processus est mis en évidence par une infiltration
inflammatoire des espaces portes et, dans certains cas, par une hépatite
néonatale ayant l’aspect d’une infection virale. L’obstruction des
gros canaux entraîne des lésions au niveau des petits canaux intra-hépatiques
et une cirrhose biliaire secondaire. Une cholestase grave peut apparaître
durant la période néonatale. Les selles sont pâles et l’urine est
foncée et dépourvue d’urobilinogène. Les manifestations
cholestatiques prédominent avec l’apparition de stéatorrhée, de
xanthomes cutanés, de maladie osseuse et de retard de croissance.
L’intervention chirurgicale s’impose habituellement pour confirmer le
diagnostic et tenter une forme quelconque de drainage biliaire. Dans
certains cas, un canal hépatique perméable ou une dilatation des canaux
du hile s’associe avec une obstruction susceptible d’être corrigée
par une anastomose à l’intestin grêle (p. ex. une cholédo-jéjunostomie
avec anastomose de Roux en Y). Il est toutefois beaucoup plus fréquent
que l’on observe une absence de perméabilité des canaux; un tissu
fibreux dense enchâsse la région entourant le hile hépatique et empêche
une intervention chirurgicale classique. Cette oblitération des canaux
extrahépatiques impose une intervention de type Kasai. Un conduit pour le
drainage de la bile est façonné par la résection des résidus fibreux
de l’arbre biliaire et l’anastomose de la porta hepatis à une
boucle de Roux en Y du jéjunum. La majorité des enfants qui ont subi
l’une ou l’autre de ces interventions chirurgicales finiront par présenter
une cholangite chronique, une fibrose ou une cirrhose hépatique avec
hypertension portale. Lorsque l’enfant est plus grand, la
transplantation hépatique améliore le pronostic de façon spectaculaire.
| 4.2 Maladies
inflammatoires |
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4.2.1 CHOLANGITE
La cholangite consiste en tout processus
inflammatoire touchant les canaux biliaires mais, selon l’usage, elle
signifie une infection bactérienne, habituellement en amont d’une
obstruction. La présence de bactéries dans l’arbre biliaire et la
hausse de la pression intrabiliaire entraînent de graves manifestations
cliniques de cholangite (cholangite suppurée). Tout état qui
cause une obstruction des canaux biliaires est susceptible de provoquer
une infection bactérienne de la bile. L’obstruction proviendrait le
plus souvent d’un calcul du cholédoque (voir la section 2.3), d’une
sténose bénigne des voies biliaires (traumatismes à la suite d’une
intervention chirurgicale sur les voies biliaires, ischémie à la suite
d’une transplantation du foie ou cholangite sclérosante), d’une stase
dans un kyste biliaire congénital (voir la section 4.1), d’un parasite
qui infeste les voies biliaires (Clonorchis sinensis, Opisthorchis
viverrini ou Fasciola hepatica), d’une prothèse obstruée ou
d’une compression extrinsèque par une atteinte ampullaire ou pancréatique.
L’obstruction néoplasique est une cause moins probable d’infection.
La différence réside dans le fait que les néoplasmes causent une
obstruction persistante marquée, tandis que l’obstruction causée par
un calcul ou une sténose inflammatoire est intermittente. La sténose
inflammatoire permet l’ascension rétrograde des bactéries; le calcul
peut alors devenir un foyer d’infection. On croit généralement que les
bactéries remontent l’arbre biliaire, d’où l’appellation «
cholangite ascendante », mais les bactéries peuvent pénétrer par le
haut, par la veine porte ou les vaisseaux lymphatiques péricanalaires.
Dans les cas de cholangite bactérienne aiguë, la triade classique
de Charcot, fièvre et frissons intermittents, ictère et douleur
abdominale, peut être suivie d’un choc septique. Le plus souvent elle
est moins grave et ne menace pas le pronostic vital; l’ictère peut être
absent. Les atteintes bénignes peuvent répondre à des traitements
conservateurs et à l’administration d’antibiotiques. Chez tous les
patients, il faut procéder à des examens complémentaires et à la décompression
du système biliaire soit par CPRE, cholangiographie transhépatique
percutanée ou chirurgie.
4.2.2 CHOLANGITE SCLÉROSANTE
La cholangite sclérosante primitive est
un syndrome cholestatique chronique d’étiologie inconnue, caractérisé
par une inflammation évolutive des canaux biliaires intra- et extrahépatiques.
Cette affection peut se manifester seule ou en association avec une
maladie inflammatoire de l’intestin, en particulier la colite ulcéreuse
ou rectocolite hémorragique. Elle peut précéder la maladie
inflammatoire de l’intestin, suivre son propre cours et ne pas être guérie
par une colectomie. La formation par plaques de tissu cicatriciel (sclérose)
entraîne un rétrécissement fibrotique et, finalement, l’oblitération
des canaux biliaires. À l’instar d’autres organes, les voies
biliaires présentent un nombre limité de réponses aux lésions : dans
ce cas-ci, elles réagissent par la formation de rétrécissements diffus
et de dilatations segmentaires. L’inflammation autour des canaux
biliaires et la fibrose dans les espaces portes, que l’on appelle « péricholangite
», représentent probablement le prolongement intra-hépatique de ce
processus. La péricholangite peut être causée par un agent infectieux,
une toxine entéro-hépatique ou une réaction immunologique de l’épithélium
biliaire.
Les rétrécissements diffus surviennent aussi dans la cholangite
sclérosante secondaire, une complication qui peut survenir à la
suite d’une obstruction du cholédoque par un calcul, d’une sténose
biliaire, d’un cholangiocarcinome, ou encore à la suite de certaines
infections liées au sida.
Dans la plupart des cas, la cholangite sclérosante primitive débute
insidieusement et s’accompagne de fatigue, de prurit ou simplement
d’une hausse des phosphatases alcalines. Dans d’autres cas, la
cholangite aiguë entraîne un ictère obstructif, du prurit, des douleurs
abdominales et de la fièvre. La stagnation biliaire se traduit par la
formation de calculs pigmentaires. Puis vient s’ajouter une cirrhose
biliaire secondaire accompagnée d’hypertension portale, de cholestase
prononcée et d’insuffisance hépatique évolutive. L’épreuve des
anticorps antimitochondries est négative. Le diagnostic s’établit par
CPRE : épaississement et rétrécissement en chapelet des lumières des
canaux biliaires.
Les tentatives de traitement suivantes ont toutes échoué : les
corticostéroïdes et immunosuppresseurs administrés contre le processus
inflammatoire que l’on présume d’origine immunologique, la pénicillamine
pour mobiliser le cuivre puisque cette substance potentiellement toxique
s’accumule en présence de cholestase et la proctocolectomie chez les
patients atteints d’une maladie inflammatoire de l’intestin. Comme
certains patients peuvent demeurer asymptomatiques pendant une décennie,
seule une surveillance attentive est justifiée au début. La cholangite
bactérienne récidivante exige une antibiothérapie. La dilatation
endoscopique ou transhépatique parfois accompagnée de la mise en place
d’une endo-prothèse se révèle particulièrement efficace pour les sténoses
des gros canaux. Il faudra attendre de bonnes études cliniques pour déterminer
la valeur de l’acide ursodésoxycholique (le soulagement du prurit
n’influe pas nécessairement sur l’évolution de la maladie), de la
cyclosporine, du méthotrexate et de la colchicine. De 10 % à 15 % des
cas évoluent vers un cholangiocarcinome, ce qui complique le diagnostic.
La cholangite sclérosante primitive est devenue une indication fréquente
de la transplantation hépatique, et l’on obtient de bons résultats.
| 4.3 Néoplasies
(y compris le cholangiocarcinome) |
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Les tumeurs bénignes (adénomes,
papillomes, cystadénomes) causent rarement une obstruction mécanique des
voies biliaires.
Les adénocarcinomes sont également peu courants en Occident, même
s’ils constituent le type de cancer le plus fréquent. Les facteurs prédisposants
sont les infestations parasitaires chroniques des voies biliaires (p. ex.
douves du foie, Clonorchis sinensis et Opisthorchis viverrini),
les lésions ectatiques congénitales (maladie de Caroli, kyste cholédocien)
et la cholangite sclérosante primitive.
Le mode de présentation est varié, mais l’ictère et le prurit sont
courants. La cholestase et la perte de poids se manifestent éventuellement.
Une douleur vague localisée profondément dans l’hypocondre droit peut
être ressentie; elle contraste avec la douleur intense de la colique
biliaire et le tableau clinique septique de la cholangite. En fait, la
cholangite n’entre pas en ligne de compte si aucune manipulation des
voies biliaires n’a été effectuée, telle l’installation d’une
prothèse par CPRE. L’hépatomégalie est fréquente. En cas
d’obstruction du cholédoque en aval de l’entrée du canal cystique,
on peut parfois palper une vésicule biliaire distendue non sensible, qui
est perçue comme une petite balle de caoutchouc (signe de Courvoisier).
L’obstruction entraîne une dilatation des voies biliaires facilement décelable
à l’échographie ou à la tomodensitométrie. Le diagnostic est établi
par cholangiographie, ordinairement par une CPRE. Cette tumeur à
croissance lente se manifeste tardivement. La manifestation terminale est
ordinairement une insuffisance hépatocellulaire. Un traitement palliatif
à l’aide de prothèses biliaires placées en travers des rétrécissements
est parfois utile. À l’occasion, une lésion du cholédoque distal
justifie un traitement chirurgical curatif. La transplantation ne donne
pas de bons résultats.
  
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