
 
15. GREFFE DU FOIE
L.B. Lilly, A.W. Hemming et G.A. Levy |
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611 |
En 1963, Starzl a réalisé la première
greffe du foie chez un humain, à savoir chez un garçonnet âgé de trois
ans qui présentait une atrésie des voies biliaires. La première greffe
réussie n’a pas été effectuée avant 1967, chez une petite fille
d’un an et demi atteinte d’un carcinome hépatocellulaire; la patiente
est morte d’une récidive de la tumeur, après 17 mois. Le taux de
survie à un an signalé durant les premières années de pratique de
cette intervention était de 25 % à 35 %; les immunosuppresseurs employés
étaient la méthylprednisolone et l’azathioprine; toutefois, grâce à
l’introduction de la cyclosporine au début des années 1980, la greffe
du foie est devenue une réalité clinique et offre maintenant des taux de
survie à un an et à cinq ans supérieurs à 80 % et à 60 %
respectivement.
Avec l’amélioration spectaculaire des résultats,
la greffe du foie est devenue le traitement reconnu pour l’hépatopathie
terminale. Le nombre de centres pratiquant la greffe du foie en Amérique
du Nord était supérieur à 130 en 1993 et, actuellement, il se fait plus
de 3 000 greffes du foie par année aux États-Unis seulement. Le Canada
compte des centres actifs à Halifax (Nouvelle-Écosse), à Montréal (Québec),
à Toronto et à London (Ontario), à Edmonton (Alberta) et à Vancouver (Colombie-Britannique)
et il s’y fait plus de 300 greffes de foie par année. On s’attend
maintenant à des taux de survie à un an se situant entre 80 % et 90 %.
L’étape limitante dans l’application de la greffe pour les hépatopathies
est maintenant la disponibilité des donneurs.
| 15.1 Choix des
candidats à la greffe |
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Un patient devrait être considéré comme
candidat pour une greffe du foie lorsqu’il a reçu un diagnostic d’hépatopathie
irréversible et terminale. Les indications les plus fréquentes de la
greffe du foie chez l’adulte et chez l’enfant sont présentées dans
le tableau 23.
La sélection des candidats appropriés
parmi un grand nombre de patients ayant une hépatopathie, compte tenu de
la relative rareté des organes disponibles, nécessite une évaluation
individuelle rigoureuse qui doit jusqu’à un certain point prendre en
compte la cause de l’insuffisance hépatique. Les indications d’une
greffe du foie pour les patients souffrant de maladie de foie chronique
sont énumérées dans le tableau
24. Dans les cas d’hépatite B, les greffes demeurent controversées
et les médecins devraient s’informer de la politique de leur centre de
transplantation lorsqu’ils considèrent la possibilité d’une greffe
pour ces patients. L’exclusion des patients qui présentent des contre-indications
à la transplantation du foie (tableau
25) permet de faire une utilisation judicieuse des rares organes
disponibles, tout en maximisant les chances de succès pour ceux qui sont
choisis.
TABLEAU 23. Indications
de la greffe du foie
|
| 1. Hépatopathie
chronique |
Troubles
cholestatiques
Cirrhose biliaire primitive
Cholangite sclérosante primitive
Cholestase et cirrhose biliaire d’origine médicamenteuse |
Affection hépatocellulaire
Hépatite virale chronique (B ± D, HCV, non A non B)
Hépatopathie chronique d’origine médicamenteuse
Hépatopathie alcoolique
Hépatopathie auto-immune
Maladie de Wilson, hémochromatose, déficit en a1-antitrypsine |
Affection vasculaire
Syndrome de Budd-Chiari
Maladie veino-occlusive |
| 2. Insuffisance hépatique
fulminante |
Virus
HAV, HBV, (HCV), HDV, HEV, non A-E
HSV, EBV, CMV, HZV, etc. |
Médicaments et
toxines
Acétaminophène, AINS, isoniazide, etc.
Substances industrielles, champignons |
Autres causes
Troubles métaboliques
Hypoperfusion
Stéatose microvésiculaire
Hépatite auto-immune
Causes « chirurgicales » |
| 3. Cancers hépatiques
(non résécables, confinés au foie) |
| 4. Troubles métaboliques
et héréditaires |
|
TABLEAU 24. Critères de
sélection des patients pour l’intervention*
|
Hépatopathie
chronique en général
Hypertension portale avec saignements de varices oesophagiennes ou
gastropathie portale
Ascite réfractaire
Péritonite bactérienne spontanée (récurrente)
Encéphalopathie hépatique
Malnutrition
Fatigue réfractaire
Hypoalbuminémie
Valeur croissante d’INR
Cirrhose biliaire primitive et
cholangite sclérosante primitive**
Ictère évolutif
Prurit réfractaire
Ostéodystrophie hépatique évolutive
Cholangite ascendante (dans la cholangite sclérosante primitive) |
|
| * En supposant qu’il
n’y ait pas de contre-indications. ** En plus des critères
susmentionnés. |
TABLEAU 25. Contre-indications
de la greffe du foie
|
1. Absolues
Septicémie à l’extérieur de l’arbre biliaire
Cancer extrahépatique
Affection cardio-pulmonaire de stade avancé
Séropositivité pour le VIH
Abus régulier d’alcool ou de drogues
Incapacité d’accepter l’intervention, d’en comprendre la
nature et de collaborer aux soins médicaux requis par la suite
2. Relatives
Insuffisance rénale chronique
Âge
Problèmes vasculaires, y compris une dérivation antérieure
Autres affections extrahépatiques importantes |
|
| 15.2 Bilan préopératoire |
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612 |
Le bilan préopératoire a pour objectifs
d’établir de façon certaine la cause de l’hépatopathie et de déterminer
les contre-indications de l’opération. Les patients sont évalués par
une équipe multidisciplinaire composée d’un médecin, d’un
chirurgien, d’un anesthésiste, d’un travailleur social et d’un
psychiatre, afin d’assurer le succès de la transplantation.
Une fois que le patient a été accepté
pour une greffe du foie, il est inscrit sur une liste de receveurs en
attendant un donneur approprié. L’attente est variable d’un centre à
un autre, mais l’attribution d’un organe à un patient donné dépend
du temps pendant lequel ce patient est inscrit sur la liste d’attente,
de même que de la gravité de sa maladie. Pendant qu’ils attendent
l’opération, les candidats à la transplantation peuvent présenter des
complications qui nécessitent une attention immédiate, telles une hémorragie
gastro-intestinale, une péritonite bactérienne spontanée, une encéphalopathie
hépatique ou d’autres complications liées ou non à leur hépatopathie
sous-jacente. De plus, les patients peuvent voir leur état se dégrader
avec l’évolution de leur maladie, jusqu’à devenir trop malades pour
supporter une transplantation. De nombreux programmes prévoient que de 15
% à 20 % des patients qui sont inscrits sur la liste d’attente mourront
ou seront retirés de la liste avant qu’un organe devienne disponible.
| 15.3 Moment choisi
pour la greffe |
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Grâce à l’amélioration des résultats
de la greffe du foie, les patients qui, auparavant, étaient opérés
seulement pour traiter des complications mettant leur vie en danger
subissent maintenant une transplantation plus tôt au cours de leur
maladie. De nos jours, de nombreux patients ont une greffe du foie à
cause de problèmes liés à la qualité de la vie, tels qu’une fatigue
extrême, un prurit et l’incapacité de garder un emploi ou de vaquer
aux activités de la vie quotidienne. Il est évident que la
transplantation doit être envisagée avant que ne surviennent des
complications catastrophiques et qu’il ne devienne nécessaire
d’assurer le maintien des fonctions vitales, bien que les listes
d’attente risquent de s’allonger parce que les patients y sont
inscrits plus tôt.
| 15.4 Modalités de
l’intervention |
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615 |
Une description détaillée des modalités
de l’intervention n’entre pas dans le cadre de cette discussion;
toutefois, certains points saillants méritent d’être mentionnés. Au
cours de l’opération, le foie est détaché de son point d’ancrage au
diaphragme, et l’arrivée de sang au foie et le retour vers le coeur par
la veine cave inférieure sont interrompus. Cela peut provoquer une
instabilité hémodynamique qui, si l’on ne peut la corriger, nécessite
une dérivation veino-veineuse par laquelle le flux sanguin de la veine
cave inférieure et de la veine porte est détourné vers la veine
axillaire. Le foie est ensuite retiré et la nouvelle greffe est mise en
place. Bien que la solution de conservation concentrée en potassium soit
éliminée auparavant, il peut y avoir des anomalies cardiaques appréciables
au moment de la reperfusion. Tous ces événements peropératoires exigent
une évaluation complète de l’état cardiaque du patient avant l’opération.
| 15.5 Prise en
charge postopératoire |
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615 |
Durant la période postopératoire, il faut
veiller à conserver l’équilibre des liquides et des électrolytes, à
maintenir la fonction respiratoire, à surveiller l’état neurologique
et l’immunosuppression du patient, ainsi que le fonctionnement de
l’organe greffé.
Dans la plupart des cas, les patients sont
rapidement extubés, soit dans les 24 heures suivant l’intervention.
Cependant, il peut être nécessaire d’assurer une assistance
ventilatoire pendant une période prolongée, particulièrement lorsque la
greffe tarde à devenir fonctionnelle, ou en présence d’un épanchement
pleural grave, d’un infiltrat pulmonaire et d’une dysfonction ou
d’une paralysie diaphragmatique.
Les anomalies de la coagulation constituent
des marqueurs sensibles du dysfonctionnement hépatique et la correction
de ces anomalies par l’administration de facteurs exogènes est évitée
à moins qu’il n’y ait hémorragie. La coagulation est habituellement
évaluée par l’INR-temps de prothrombine, le temps de céphaline ou le
dosage des facteurs de coagulation V ou VII. Après une greffe du foie réussie,
les paramètres de coagulation devraient revenir à la normale dans les 48
heures chez la plupart des patients. L’absence de retour à la normale
de ces paramètres est de mauvais augure et suggère la nécessité
d’une nouvelle transplantation.
Il n’est pas rare, après l’opération,
que les greffés présentent une insuffisance rénale nécessitant parfois
la dialyse. L’insuffisance rénale peut être attribuable à une
combinaison de divers facteurs, dont une affection rénale préexistante,
un syndrome hépatorénal, une perte de sang peropératoire et une
hypotension entraînant une nécrose tubulaire, des effets néphrotoxiques
d’origine médicamenteuse (particulièrement la cyclosporine ou le
FK-506), un mauvais fonctionnement du foie et une septicémie.
La plupart des patients se réveillent dans
les heures qui suivent la transplantation du foie, tandis que les patients
atteints d’une insuffisance hépatique fulminante peuvent avoir besoin
de un à trois jours après l’intervention pour revenir à leur état
neurologique normal. L’administration de narcotiques et de sédatifs est
réduite au minimum durant la période suivant immédiatement l’opération.
Il arrive qu’on observe une confusion et des convulsions; celles-ci sont
habituellement liées à des perturbations métaboliques (faibles
concentrations sériques de magnésium), mais elles constituent une
complication connue de l’emploi de la cyclosporine et du FK-506. À
l’Université de Toronto, tous les patients reçoivent une perfusion
continue de sulfate de magnésium pendant les 72 à 96 heures qui suivent
l’opération et, ensuite, un supplément par voie orale.
| 15.6
Immunosuppression |
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616 |
15.6.1 IMMUNOSUPPRESSEURS UTILISÉS
ACTUELLEMENT
15.6.1.1 Cyclosporine
L’emploi de la cyclosporine est considéré
comme l’une des causes les plus importantes de l’amélioration des résultats
de la greffe du foie. Depuis l’arrivée de ce produit à la fin de 1978,
le taux de survie à un an chez les greffés du foie est passé de 30 % à
plus de 70 %. La cyclosporine se lie à une protéine cellulaire spécifique,
la cyclophilline, et elle empêche l’activation des lymphocytes T et la
production de l’interleukine-2 (IL-2) au terme d’une série complexe
d’événements intracellulaires. La cyclosporine s’administre de préférence
par voie orale ou par perfusion intraveineuse lente. Sa posologie est
ajustée de façon à maintenir une concentration minimale de 300 à 400
ng/mL (radio-immunodosage utilisant des anticorps monoclonaux) au cours de
la période postopératoire immédiate. La cyclosporine A est liposoluble
et son absorption se fait en fonction de la sécrétion biliaire. Il est
donc difficile d’obtenir les concentrations de cyclosporine nécessaires
avant le rétablissement d’un écoulement biliaire suffisant. Une préparation
de cyclosporine en microémulsion, Néoral® , qui dépend moins des
acides biliaires pour son absorption, a complètement remplacé la préparation
administrée par voie intraveineuse. Une surveillance quotidienne des
concentrations de cyclosporine durant la période postopératoire immédiate
s’impose, car ce composé possède un index thérapeutique étroit (efficacité
par opposition à toxicité). La cyclosporine interagit avec de nombreux médicaments
tels que des antibiotiques et des inhibiteurs calciques. Il faut donc
faire montre de prudence lorsqu’on administre un médicament, quel
qu’il soit, aux patients traités par la cyclosporine.
Les effets indésirables courants de la
cyclosporine comprennent le dysfonctionnement rénal, l’hypertension,
une vulnérabilité accrue aux infections, les cancers (particulièrement
la maladie lymphoproliférative postgreffe), l’hypertrichose, les
tremblements, la céphalée et de l’hyperplasie des gencives. Cet agent
a d’autres effets indésirables moins fréquents dont la confusion, les
convulsions, l’agitation, la perte auditive, l’anorexie, la diarrhée,
la nausée et les vomissements, la gêne abdominale et la gynécomastie.
15.6.1.2 FK-506 (Tacrolimus® ;
Prograf®)
Le FK-506 se lie à une protéine liant le
FK et empêche ensuite l’activation des lymphocytes T et la production
d’IL-2 par un mécanisme semblable à celui de la cyclosporine.
Tacrolimus® et Prograf® ont été approuvés par la FDA, aux États-Unis,
pour la greffe de foie. Tacrolimus® est en cours d’évaluation au
Canada. La toxicité et l’efficacité sont semblables à celles de la
cyclosporine; toutefois, de récents essais multicentriques semblent
indiquer une légère diminution de la fréquence des rejets qui ne
s’est pas traduite jusqu’ici par une amélioration de la survie de la
greffe.
15.6.1.3 Corticostéroïdes
Tous les patients reçoivent de la méthylprednisolone
durant la période périopératoire. Il y a probablement autant de
protocoles d’administration des stéroïdes qu’il y a de programmes de
transplantation. À l’Université de Toronto, on administre une dose de
500 mg de Solumédrol® avant l’opération. Par la suite, cette dose est
abaissée rapidement à 0,3 mg/kg/jour. Les effets indésirables à court
terme comprennent une hausse de la fréquence des infections (bactériennes
et fongiques), une hyperglycémie et une altération du processus de
cicatrisation.
15.6.1.4 Produits antilymphocytaires
Les produits antilymphocytaires peuvent être
monoclonaux (OKT3) ou polyclonaux (ALG, RATS, ATG). Dans les deux cas, le
but de la thérapie est de prévenir le rejet de la greffe par déplétion
des lymphocytes. L’utilisation de ces produits est associée avec une
augmentation de la fréquence d’infections virales, en particulier à
cytomégalovirus (CMV), de même qu’avec un risque accru de troubles
lymphoprolifératifs. OKT3 a été associé avec des effets indésirables
découlant de la libération du facteur de nécrose des tumeurs et de
l’IL-1 et pouvant aller de symptômes pseudogrippaux bénins jusqu’à
un oedème pulmonaire et un collapsus cardio-vasculaire menaçant le
pronostic vital. Dans la greffe de foie, ces médicaments qui servaient à
produire l’immunosuppression sont maintenant utilisés pour le
traitement des rejets réfractaires.
15.6.2 NOUVEAUX AGENTS
IMMUNOSUPPRESSEURS
15.6.2.1 Mycophénolate (Mofétil® ;
Cellcept® )
Pour la biosynthèse des purines, les
cellules T et B dépendent d’abord de la voie de novo, leur
capacité d’utiliser la voie de récupération étant moins grande. Le
mycophénolate bloque la voie de novo de biosynthèse des purines
et devrait donc inhiber spécifiquement la prolifération des cellules T
et B sans avoir beaucoup d’effets sur d’autres organes importants. On
a montré récemment que le mycophénolate pouvait diminuer de 50 % les
rejets aigus dans la greffe de rein. Le mycophénolate fait présentement
l’objet d’essais cliniques en rapport avec la greffe de foie.
15.6.2.2 Rapamycine
La rapamycine est un nouvel agent qui présente
des ressemblances structurales avec le FK-506. Toutefois, son mode
d’action est tout à fait différent en ce qu’il semble bloquer la libération
d’IL-2 à une étape post-transcriptionnelle et pourrait donc agir en
synergie avec la cyclosporine. Les essais cliniques de phase I sur la
rapamycine dans la greffe de foie viennent de commencer.
| 15.7 Complications
postopératoires |
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618 |
Les complications communes à la plupart
des interventions chirurgicales peuvent survenir au cours des greffes de
foie. Toutefois, il y a plusieurs effets indésirables qui sont propres à
cette intervention. La plus inquiétante complication postopératoire est
le non-fonctionnement primitif (NFP) de la nouvelle greffe. La fréquence
de NFP se situe entre 2 % et 10 % et se manifeste par des anomalies de
coagulation de plus en plus graves qui ne peuvent être corrigées, une
acidose en augmentation et la détérioration de l’état mental du
patient. La cause du NFP n’est pas claire et le traitement consiste en
une retransplantation d’urgence. Un dysfonctionnement primitif de la
greffe de gravité moindre a été traité avec un certain succès par
l’administration de prostaglandine E1 , de N-acétylcystéine
ou des deux.
Les thromboses vasculaires qui se
produisent tôt au cours de la période postopératoire sont
habituellement de nature technique. Bien que la thrombectomie de la veine
porte et de l’artère hépatique ait connu un certain succès, la
retransplantation est habituellement nécessaire en cas de thrombose de
ces vaisseaux.
Le canal biliaire a été appelé le
talon d’Achille de la greffe du foie. Des problèmes surviennent dans 10
% à 30 % des cas. Des fuites surviennent à la suite d’une ischémie,
d’une septicémie ou d’un rejet grave.
Le rejet aigu d’une allogreffe survient
chez 40 % à 60 % des greffés, habituellement dans les trois mois qui
suivent l’intervention. Le rejet est soupçonné chez les patients présentant
une élévation de la concentration des enzymes hépatiques. L’élévation
peut prendre une forme hépatocellulaire (ASAT élevée) ou cholestatique
(bilirubine et phosphatase alcaline élevées). La fièvre, les malaises
et une gêne dans le quadrant supérieur droit sont des signes tardifs de
cette élévation et ne devraient pas être nécessaires pour
diagnostiquer un rejet de greffe. Le diagnostic est confirmé par biopsie
hépatique. Les résultats de l’examen histologique montrent une
inflammation périportale avec cellules mononucléaires et éosinophiles,
une lésion des canaux biliaires et une endophlébite. Les épisodes de
rejet cellulaire répondent habituellement au traitement par des doses élevées
de stéroïdes. Les patients dont le rejet ne répond pas aux stéroïdes
reçoivent habituellement un traitement de 7 à 14 jours par une globuline
antithymocyte (monoclonale ou polyclonale). Récemment, un certain succès
a été obtenu avec le FK-506 dans le traitement des rejets réfractaires
aux stéroïdes ou à l’OKT3. L’absence de réponse au traitement
immunosuppresseur peut entraîner un rejet chronique dû à la rareté des
canalicules biliaires (rejet chronique) et aboutir à une cirrhose
biliaire, ce qui peut nécessiter une nouvelle greffe chez 5 % à 10 % des
transplantés.
Les infections constituent la
principale cause de décès consécutif à une greffe du foie. Les
patients immunodéprimés courent le risque de contracter des infections
bactériennes, virales et fongiques. Les infections bactériennes causées
par des germes non opportunistes sont habituellement observées au début
de la période postopératoire. Les infections bactériennes dues à des
germes opportunistes apparaissent un à deux mois ou plus après la
transplantation. Les infections des plaies et la septicémie
intra-abdominale représentent la majorité des infections bactériennes
rencontrées chez les greffés. Les infections virales se voient fréquemment
chez les patients immunodéprimés et elles surviennent habituellement à
la sixième semaine ou plus tard. Le cytomégalovirus (CMV) est présent
chez plus de la moitié de la population et, chez les patients non immunodéprimés,
il est pratiquement non pathogène. Cependant, chez les greffés, les
infections à CMV peuvent constituer 30 % des infections observées et
sont une source de morbidité et d’un faible pourcentage de mortalité.
L’infection à CMV se caractérise par une forte fièvre,
habituellement associée avec de l’anorexie, un malaise et des
arthralgies; le diagnostic est confirmé par détermination d’antigènes
viraux et par biopsie du foie. Le traitement des infections à CMV
comporte la réduction de l’immunosuppression et l’administration
d’agents antiviraux comme l’acyclovir ou des immunoglobulines
anti-CMV. Parmi les autres infections virales observées chez les greffés
figurent Herpes simplex, les infections causées par le virus
Epstein-Barr, par le virus varicelle-zona et par l’adénovirus. Jusqu’à
20 % des patients présentent des infections fongiques associées avec un
taux de mortalité allant de 20 % à 100 %. Les infections sont généralement
proportionnelles au degré d’immunosuppression.
| 15.8 Résultats de
la greffe du foie |
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620 |
Il n’est pas rare maintenant d’obtenir
un taux de survie à un an de >80 % après une greffe du foie.
La plupart des décès surviennent dans les 90 premiers jours. Après un
an, peu de patients ou de greffons sont perdus. De plus, 60 % des patients
reprennent un emploi rémunéré, ce qui démontre que cette intervention
est profitable non seulement pour le patient mais aussi pour la société
en général. Bien qu’il existe peu de rapports d’études de
rentabilité, des chercheurs de Pittsburgh ont démontré que la greffe du
foie coûtait moins cher que les soins à prodiguer pour les complications
d’une cirrhose. Les patients atteints de maladies telles qu’une hépatopathie
cholestatique, qui n’ont généralement pas de récidive après une
greffe du foie, ont un excellent pronostic à longue échéance (taux de
survie à cinq ans supérieur à 80 %). À l’opposé, les patients ayant
subi une greffe à cause d’une hépatite virale, en particulier l’hépatite
B, ont un mauvais pronostic à longue échéance, à cause du problème de
la récurrence de leur maladie. Pour cette raison, les patients souffrant
d’une hépatite B ne sont habituellement pas des candidats à une greffe
de foie, sauf dans des protocoles expérimentaux. Les patients qui présentent
de petits carcinomes hépatocellulaires asymptomatiques et qui font
l’objet d’une sélection rigoureuse peuvent avoir un excellent taux de
survie à longue échéance en l’absence d’infection coexistante causée
par le virus de l’hépatite B.
| 15.9 Progrès récents
et orientations pour l’avenir |
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620 |
La greffe de foie chez l’enfant est limitée
par la pénurie des donneurs. Par conséquent, on a mis au point une
technique de greffe de foie de taille réduite où le foie d’un adulte
est ramené à la taille de celui d’un enfant. Les greffes hépatiques dédoublées,
dans lesquelles le foie du donneur sert à deux receveurs, ont été
effectuées avec succès et sont utilisées de plus en plus fréquemment
maintenant que plusieurs des problèmes techniques ont été résolus. Les
greffes du foie à partir de tissu de donneurs apparentés se pratiquent désormais
de façon systématique dans certains centres et le taux de survie à un
an est supérieur à 80 %.
Des greffes d’hépatocytes isolés, qui
présentent un certain intérêt pour le traitement des hépatopathies métaboliques,
ont été réussies en laboratoire. Des systèmes d’assistance
artificielle ont connu des débuts prometteurs pour l’insuffisance hépatique
fulminante et pourraient diminuer la nécessité d’une greffe.
Le problème de la tolérance a été résolu
dans des modèles animaux. Si elle peut être provoquée chez l’humain,
elle permettrait d’éviter l’immunosuppression et ses complications.
L’hétérogreffe pointe à l’horizon; l’utilisation d’animaux
transgéniques sera peut-être un jour une solution à la pénurie de
donneurs et permettra une plus large application de la greffe de foie au
traitement des hépatopathies.
  
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