À cause de la complexité du foie, la
maladie hépatique se reflète souvent dans des anomalies des diverses fonctions de
lorgane, cest-à-dire des hépatocytes (dysfonction hépatocellulaire), de
lappareil biliaire excréteur (cholestase) et du système vasculaire (hypertension
portale). De plus, le foie intervient fréquemment dans les affections touchant tout
lorganisme à cause de sa grande activité métabolique et réticulo-endothéliale,
et de son irrigation sanguine importante.
Il est possible de reconnaître les diverses
hépatopathies en observant les anomalies fonctionnelles présentes. Ainsi,
lhépatite à virus se manifeste de manière caractéristique par de la dysfonction
hépatocellulaire, la cirrhose biliaire primitive, par la prédominance dune
cholestase, la cirrhose nodulaire postnécrotique, par de lhypertension portale
surtout et, enfin, la cirrhose alcoolique, par des troubles fonctionnels de lun ou
lautre des trois systèmes évoqués précédemment. Le clinicien peut
sinspirer de ces tableaux cliniques pour poser son diagnostic, mais il ne doit pas
oublier que les chevauchements et les exceptions sont multiples.
Dans le tableau 1 figurent les principales manifestations cliniques de la maladie hépatique, qui apparaissent tant dans les affections aiguës que chroniques. Lastérisque dénote la chronicité, distinction qui peut se révéler précieuse pour le diagnostic. Par exemple, il y a lieu de réviser un diagnostic dhépatite aiguë si lexamen physique montre des angiomes stellaires et de lérythème palmaire.
2.1.1 CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES Lanorexie dapparence banale,
les malaises vagues et la fatigue sont des manifestations courantes de
lhépatopathie aussi bien chronique quaiguë. Un déclenchement soudain
traduit dordinaire une hépatite aiguë à virus ou dorigine médicamenteuse,
tandis quune évolution plus insidieuse caractérise la maladie hépatique
alcoolique, lhépatite chronique active et dautres troubles chroniques.
La fièvre constitue une autre manifestation non spécifique de certains troubles du foie, en
particulier du stade prémonitoire de lhépatite virale aiguë, de lhépatite
alcoolique grave et parfois du cancer. Par ailleurs, les frissons, rares dans ces
maladies, rappellent fortement la cholangite aiguë qui est en général secondaire à une
obstruction des voies biliaires par lithiase.
La maladie hépatique chronique avancée, en
particulier la cirrhose alcoolique, saccompagne souvent dune détérioration
de létat général, dune perte de poids et dun profil cirrhotique où
les extrémités et la ceinture scapulaire atrophiées contrastent avec un abdomen
gonflé par lascite.
Le prurit généralisé est la marque distinctive des
atteintes cholestatiques, en particulier si elles sont chroniques. En cas de cholestase
prolongée, par exemple dans la cirrhose biliaire primitive, on peut observer des dépôts
lipidiques cutanés (xanthélasma, xanthome) et des signes de malabsorption. 2.1.2 ICTÈRE Cette manifestation fondamentale de la
maladie hépatique traduit une hyperbilirubinémie. La bilirubine provient surtout de la
dégradation physiologique dérythrocytes sénescents à laquelle sajoutent en
faible quantité dautres sources dhème. Elle nest pas soluble dans
leau; elle circule donc dans le sang, légèrement fixée à lalbumine. Cette
forme de pigment sappelle la bilirubine non conjuguée ou indirecte dont
la molécule est ensuite captée par les hépatocytes et conjuguée en microsomes avec
lacide glucuronique pour former la diglycurobilirubine. Lenzyme
glucuronyl-transférase catalyse la réaction. Dautres conjugués de moindre
importance sont également formés; leur portée clinique demeure inconnue.
La bilirubine transformée passe ensuite dans les canalicules biliaires avec les autres constituants de
la bile. Une petite quantité se déverse normalement dans le sang sous forme de bilirubine
conjuguée ou directe. Contrairement à la bilirubine non conjuguée, cette
forme de pigment est soluble dans leau et sexcrète donc dans lurine,
bien quune portion demeure solidement fixée à lalbumine circulante (connue
sous le nom de fraction de bilirubine conjuguée fixée à lalbumine).
Après avoir atteint lintestin par larbre biliaire, la bilirubine est transformée par les
bactéries intestinales en produits de dégradation pigmentés que lon appelle
collectivement urobilinogène. Cest cette substance qui donne aux selles leur
couleur brune normale. En cas de ralentissement de la sécrétion biliaire (cholestase),
les selles sont par conséquent souvent pâles. Mais il sagit là dune
manifestation diagnostique insuffisante et peu fiable.
Une portion de lurobilinogène est absorbée par lintestin et recyclée dans le foie (la
circulation entéro-hépatique), lautre sélimine dans lurine.
Diverses perturbations des étapes métaboliques décrites ci-dessus peuvent se traduire par de
lictère. Une augmentation de la charge de bilirubine résultant de
lhémolyse peut avoir raison de la capacité de conjugaison du foie et produire une
hyperbilirubinémie non conjuguée. Dordinaire, elle est légère, à moins
dune dysfonction hépatique associée. Cette forme isolée
dhyperbilirubinémie non conjuguée survient aussi en présence de troubles
spécifiques du métabolisme de la bilirubine. Ces troubles sont rares, mais ils
sassocient avec la cholémie de Gilbert (voir la section 3).
Dans la vaste majorité des cas, lictère a pour origine une affection hépatocellulaire ou une
obstruction des voies biliaires. Ces troubles saccompagnent de multiples anomalies
du métabolisme de la bilirubine, y compris une dysfonction de la captation et du
transport hépatocellulaires, une déficience de la conjugaison, une diminution de la
sécrétion canaliculaire et une fuite de bilirubine conjuguée dans la circulation.
Lhyperbilirubinémie résultante est un mélange de pigments non conjugués et
conjugués, ces derniers étant en général prédominants. Toutefois, leurs proportions
exactes varient largement et ne présentent aucune valeur diagnostique précise.
Sur le plan clinique, lictère léger saccompagne dun taux de bilirubine
sérique qui atteint environ le double de la limite supérieure de lécart normal.
Mais lexamen de la sclérotique à la lumière du jour constitue la meilleure
technique diagnostique. Les cas les plus avancés se décèlent au premier coup
doeil. Le patient atteint dictère grave chronique a souvent un teint jaune et
terreux généralisé. 2.1.3 HÉPATOMÉGALIE AVEC OU SANS DOULEUR Un foie palpable nest pas
nécessairement hypertrophié; il se peut quil soit tout simplement ptosé, comme
dans lemphysème. Cest donc la limite supérieure quil faut percuter
quand le bord est palpable.
Du point de vue diagnostique, la consistance du foie au
toucher est au moins aussi importante que sa taille. Par exemple, le foie conserve son
bord caoutchouteux et assez tranchant lorsque lhypertrophie a pour cause
linfiltration graisseuse, lhépatite aiguë ou la congestion passive, tandis
quune fibrose chronique donne un bord induré et émoussé. Il est rare que des
nodules cirrhotiques individuels soient décelables à lexamen clinique. Les
nodosités palpables évoquent plutôt linfiltration maligne. Il importe de se
rappeler que lhépatopathie grave, y compris de nombreuses formes de cirrhose, ne
sassocie pas toujours avec lhépatomégalie.
La douleur abdominale à lhypocondre droit est courante en présence de troubles biliaires ou pancréatiques
qui pourraient toucher le foie, comme la simple lithiase biliaire ou le cancer du
pancréas, mais elle est assez rare dans la maladie hépatique primitive. La vraie douleur
hépatique, en général due à la distension de la capsule de Glisson, se ressent comme
une douleur profonde siégeant au quadrant supérieur droit de labdomen. Sy
ajoute habituellement une sensibilité du foie à la palpation, sensibilité mieux perçue
par compression de la cage thoracique ou par percussion à laide du poing sur le
foie. Ses causes les plus communes sont lhépatite aiguë, la congestion passive due
à linsuffisance cardiaque et le cancer. La douleur due au cancer est souvent
pleurétique par nature; elle peut à lauscultation saccompagner dun
frottement ou bruit hépatique. La palpation du bord inférieur du foie peut produire
chez certains patients une gêne légère qui na pas de signification spéciale et
quil ne faut pas interpréter comme de la sensibilité hépatique. 2.1.4 MODIFICATIONS ENDOCRINIENNES ET CUTANÉES Les observations qui figurent dans le tableau 1 constituent dimportants indices de lhépatopathie chronique. Leur pathogenèse demeure mal comprise, mais il semble que le métabolisme des hormones sexuelles soit gravement perturbé par la maladie. Les anomalies qui en résultent peuvent coïncider avec toutes les affections hépatiques chroniques, mais elles caractérisent davantage la maladie hépatique alcoolique. Il est probable que leffet toxique direct de léthanol sur les gonades soit responsable de cette situation.
2.1.5 TROUBLES DE LA COAGULATION Le foie synthétise la plupart des facteurs
de coagulation, incluant les facteurs II, VII, IX et X dont la formation dépend de la
vitamine K. La dysfonction hépatocellulaire grave sassocie donc fréquemment avec
une tendance accrue aux ecchymoses et aux hémorragies ainsi quavec des épreuves de
coagulation anormales, en particulier à un INR-temps de prothrombine prolongé. La
malabsorption de la vitamine K liposoluble en présence de cholestase prolongée peut
aussi produire un INR-temps de prothrombine anormal.
La thrombocytopénie est courante en
cas de cirrhose, surtout à cause de lhypertension portale avec hypersplénisme,
mais en général, la numération plaquettaire ne sabaisse pas assez pour
déclencher lhémorragie. En présence dune maladie hépatique alcoolique, la
thrombocytopénie peut également avoir pour étiologie la suppression directe de la
moelle par lalcool ou par une carence en folate alimentaire.
Une fibrinogénémie anormale peut contribuer à la coagulopathie, en cas de trouble grave de la fonction
hépatique. 2.1.6 CHANGEMENTS DANS LA CIRCULATION Une circulation hyperdynamique et une
tension artérielle assez basse accompagnent parfois lhépatopathie grave, en
particulier lhépatite fulminante et la cirrhose avancée. Le mécanisme qui
sous-tend ces réactions serait lié à laccumulation dagents vasoactifs
quun foie normal éliminerait; le tonus vasculaire sen trouverait réduit. Il
peut arriver que la cirrhose se complique de dérivations artérioveineuses
intrapulmonaires, avec désaturation artérielle subséquente et, rarement, hippocratisme
digital (syndrome hépatopulmonaire).
Les sections qui suivent étudieront divers sujets
tels que lhypertension portale (section 11), les déséquilibres hydriques (sections
12 et 14) et lencéphalopathie porto-cave (section 13).
Le foie étant un organe complexe doté de
fonctions métaboliques, excrétrices et de défense interdépendantes, il nexiste
pas danalyse unique qui permette dévaluer son état global. Il faut par
conséquent combiner un certain nombre dépreuves de laboratoire pour déceler les
anomalies hépatobiliaires, déterminer leur gravité, suivre leur développement et
établir leur étiologie. Le diagnostic repose souvent sur des groupes danomalies
qui aident à distinguer la dysfonction hépatocellulaire dun trouble de
lexcrétion (cholestase), bien que les chevauchements soient nombreux. Dans une
minorité de cas, un test de laboratoire spécifique suffit pour poser le diagnostic.
Limagerie médicale et la biopsie du foie fournissent souvent des éléments
diagnostiques essentiels, mais leur emploi doit sadapter aux circonstances
cliniques. 2.2.1 ÉPREUVES DE BIOCHIMIE SÉRIQUE 2.2.1.1 Bilirubine Les taux sériques de bilirubine
représentent un indicateur peu sensible de la maladie hépatique, mais ils donnent une
idée du fonctionnement global du foie. En général, leur degré daugmentation ne
correspond pas à la gravité de laffection. Cependant, sils sont établis en
série, ils peuvent se révéler utiles pour suivre lévolution clinique de la
maladie. Le fractionnement en bilirubine directe et indirecte (conjuguée et non
conjuguée) na pas non plus de valeur diagnostique dans la plupart des cas
dictère. En outre, il ne permet pas de distinguer la maladie hépatocellulaire de
lobstruction des voies biliaires. La mesure de lhyperbilirubinémie non
conjuguée nest utile quen cas délévation isolée et légère de la
bilirubine pour confirmer la présence dhémolyse ou de cholémie de Gilbert.
La bilirubinurie a peu de valeur diagnostique, sauf au début de lhépatite alors
quelle précède lictère clinique et en cas dhyperbilirubinémie non
conjuguée isolée quand la bilirubinurie est absente malgré lictère. (La
bilirubine non conjuguée nest pas excrétée dans lurine.) Autrement, la
bilirubinurie accompagne presque toujours lictère hépatobiliaire, peu importe la
cause. 2.2.1.2 Aminotransférases (transaminases) Parmi ces enzymes hépatiques figurent
lalanine-aminotransférase (ALAT), qui se trouve principalement dans le cytosol
hépatique, et laspartate-amino-transférase (ASAT), que renferment aussi de
nombreux autres tissus, notamment les muscles cardiaque et squelettiques. Ces deux
substances constituent des indicateurs très sensibles et fiables des lésions
hépatocellulaires, telles que la nécrose et linflammation.
Les hausses sériques couvrent un large éventail. Des taux inférieurs à 100 UI sont courants et non
spécifiques; souvent ils nont aucune signification clinique. Des taux de 100 à
300 UI apparaissent dans de nombreux processus inflammatoires légers ou modérés. Dans
lhépatite virale ou médicamenteuse aiguë, ils se situent entre 500 et 1500 UI,
tandis que dans lhépatite alcoolique, même grave, ils sont en général
inférieurs à 300 UI. Les valeurs supérieures à 3000 UI ne se rencontrent
dordinaire quen présence de nécrose toxique aiguë ou dhypoxie grave
(foie de choc, hépatite ischémique). Dans ces deux atteintes, les taux
daminotransférases seffondrent en deux ou trois jours, tandis quils
chutent plus lentement en cas dhépatite virale. Dans lobstruction biliaire,
ils varient mais demeurent en général inférieurs à 200 UI, sauf en cas de migration
dun calcul, atteinte aiguë caractérisée par une hausse soudaine à des niveaux
élevés suivie dune chute rapide en un ou deux jours.
Dans la plupart des affections hépatiques, le rapport ASAT/ALAT est inférieur à 1,0, sauf dans la maladie
hépatique alcoolique où il est souvent supérieur à 1,5. Ce dernier critère, sans
être absolu, peut aider au diagnostic de la lésion alcoolique. La consommation
dalcool réduit laugmentation de lALAT, en raison de la carence en une
coenzyme nécessaire à la synthèse dALAT. 2.2.1.3 Phosphatase alcaline (PA) La concentration de cette enzyme des
canalicules biliaires est exagérément élevée en présence dune excrétion
insuffisante de la bile et cette hausse constitue la marque distinctive de la cholestase.
Lélévation est due à une synthèse accrue et non à une fuite hépatocytaire;
elle évolue donc lentement, pendant des jours ou des semaines, plutôt que subitement. On
observe également une hausse marquée de la phosphatase alcaline en présence
daffections infiltrantes, en particulier de cancer.
Les isoenzymes de la phosphatase alcaline sont aussi présentes dans les os et le placenta. Si
létiologie dune augmentation isolée de la PA est obscure, il y a lieu de se
rappeler quune élévation concomitante de la g-glutamyl-transpeptidase (GGT)
indique une atteinte hépatobiliaire. La 5'-nucléotidase (5'-NT) est une forme de PA
particulière au foie. 2.2.1.4 Gamma-glutamyltranspeptidase (GGT) Les taux de GGT suivent habituellement ceux de la phosphatase alcaline, mais léthanol et de nombreux médicaments peuvent facilement élever la concentration de cette enzyme microsomique. Cest pourquoi des hausses exagérées sont souvent observées en présence dune affection hépatique alcoolique; toutefois, ce phénomène est trop peu spécifique pour quon puisse sy fier pour le diagnostic. 2.2.1.5 Protéines 2.2.1.5.1 Albumine Synthétisée par le foie, lalbumine est lagent principal du maintien de la pression oncotique dans le sérum. Le taux ne sabaisse en général quen cas de dysfonction hépatique grave, le plus souvent de cirrhose avancée, traduisant dans ces conditions un pronostic sombre. Lalbuminémie demeure normale dans lhépatite aiguë; si elle diminue, elle reflète une évolution particulièrement sérieuse de la maladie. 2.2.1.5.2 Globulines Une hausse diffuse non spécifique est courante et sans conséquences dans lhépatopathie chronique. Parfois, il y a une hausse disproportionnée dimmunoglobuline G (IgG) en présence dhépatite auto-immune, dIgM en présence de cirrhose biliaire primitive et dIgA en présence dhépatopathie alcoolique. 2.2.1.6 Rapport normalisé international (INR)-temps de prothrombine LINR-temps de prothrombine fournit un indice précieux de la capacité du foie à synthétiser les facteurs de coagulation dont la formation dépend de la vitamine K, une véritable épreuve « fonctionnelle ». Une prolongation indique une dysfonction assez grave, de la même manière quune albuminémie faible, et elle est tout particulièrement inquiétante en présence dhépatite aiguë. Le résultat anormal qui accompagne parfois la cholestase chronique montre plutôt une malabsorption de la vitamine K quun ralentissement de la synthèse hépatique des facteurs de coagulation. Une amélioration du temps de prothrombine après ladministration parentérale de vitamine K favorise davantage un diagnostic de cholestase que dinsuffisance hépatocellulaire, mais il y a trop dexceptions à cette règle pour quelle constitue un signe diagnostique fiable. 2.2.1.7 Lipides Les complexes lipoprotéiques présentent souvent des anomalies en cas de maladie hépatique, mais ils ne sont pas régulièrement évalués. La cholestérolémie est souvent basse dans linsuffisance hépatique aiguë ou chronique, tandis quelle augmente en présence de cholestase prolongée. Des hausses impressionnantes des triglycérides surviennent parfois dans lhépatopathie alcoolique (lipémie alcoolique). 2.2.2 ÉPREUVES IMMUNOLOGIQUES 2.2.2.1 Sérologie de lhépatite Les épreuves sérologiques sont cruciales pour le diagnostic spécifique de lhépatite A, B, C et D. La section 4 en donne une description détaillée. 2.2.2.2 Anticorps antimitochondriaux Ils représentent un groupe complexe danticorps dirigés contre les sous-unités de la déshydrogénase des membranes mitochondriales de différents tissus, et servent néanmoins de marqueurs précieux pour le diagnostic de la cirrhose biliaire primitive, où ils sont présents dans plus de 90 % des cas. Ils sont rares dans les autres affections, bien quun chevauchement puisse apparaître en cas dhépatite auto-immune. 2.2.2.3 Facteur antinucléaire et anticorps antimuscle lisse Ces marqueurs immuns non spécifiques se rencontrent couramment dans lhépatite auto-immune; ils sont rares dans dautres maladies hépatiques. 2.2.2.4 Alphafoetoprotéine (AFP) Cette protéine hépatique, normale chez le foetus, disparaît peu de temps après la naissance. Par conséquent, sa présence traduit une dédifférenciation hépatique. Un taux élevé à plus de 250 ng/mL constitue un signe relativement spécifique de cancer hépatocellulaire, bien que de tels taux se rencontrent aussi à loccasion dans dautres tumeurs. Des valeurs inférieures à 100 ng/mL montrent de façon non spécifique une régénération hépatique, par exemple à la guérison dune hépatite. 2.2.3 IMAGERIE DIAGNOSTIQUE En général, les images radiologiques sont essentielles au diagnostic précis dune atteinte des voies biliaires, et importantes pour la découverte des lésions hépatiques focales (p. ex. les tumeurs), mais trop utilisées et de peu de valeur en présence dune maladie hépatocellulaire diffuse (p. ex. lhépatite, la cirrhose). 2.2.3.1 Échographie Léchographie représente
aujourdhui la méthode dimagerie diagnostique la plus utilisée. Très
précise pour montrer les calculs biliaires (à plus de 95 %), elle a remplacé la
cholécystographie orale. Elle décèle moins bien les calculs du cholédoque (à moins de
40 %). Toutefois, elle montre clairement la dilatation de larbre biliaire, signe
dune obstruction mécanique. Elle constitue loutil de choix pour distinguer la
cholestase extrahépatique de la cholestase intra-hépatique. Elle montre aussi les
lésions hépatiques focales (p. ex. les tumeurs, les kystes), dégageant parfois des
caractères diagnostiques spécifiques. Elle est moins utile pour déceler la maladie
hépatocellulaire diffuse dont les traits distinctifs sont dordinaire non
spécifiques. Léchographie abdominale peut être utile pour déceler une stéatose
du foie, celle-ci provoquant une augmentation diffuse de léchogénicité.
Léchographie peut aussi apporter dimportants renseignements auxiliaires sur
latteinte hépatobiliaire, comme une splénomégalie ou une masse pancréatique.
Léchographie de Doppler aide à établir la perméabilité des vaisseaux
hépatiques, en particulier de la veine porte. 2.2.3.2 Tomodensitométrie Beaucoup plus coûteuse que léchographie, la tomodensitométrie fournit parfois des renseignements supplémentaires sur le foie. Mais elle est moins utile pour létude de la maladie biliaire et par contre plus précieuse pour lévaluation du pancréas. 2.2.3.3 Visualisation biliaire directe 2.2.3.3.1 Cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) Il sagit dune approche par endoscopie de la deuxième portion duodénale, qui permet la mise en place directe dune canule dans lampoule de Vater pour opacifier le cholédoque ou le canal pancréatique, ou les deux à la fois. Linjection dun produit de contraste donne une excellente définition de lanatomie des différents conduits. Elle facilite la visualisation de larbre biliaire et assure la découverte des calculs du cholédoque, de la cholangite sclérosante, etc. Elle permet également des interventions thérapeutiques, comme lélimination des calculs du cholédoque par papillotomie endoscopique ou la dilatation dune sténose. 2.2.3.3.2 Cholangiographie transhépatique percutanée (CTP) La CTP permet une visualisation directe de
larbre biliaire par ponction percutanée dun canalicule biliaire dilaté du
foie et injection dun produit de contraste. Elle est moins utilisée que la CPRE,
mais savère particulièrement utile en présence dobstruction des voies
biliaires supérieures, causée par une tumeur à la bifurcation des canaux hépatiques,
par exemple. Elle facilite aussi les interventions thérapeutiques, comme linsertion
dun greffon (stent) servant à contourner une tumeur maligne des conduits.
La CTP et la CPRE requièrent des connaissances techniques approfondies et comportent des
risques importants. Il ne faut pas les utiliser à la légère. Néanmoins, il y a lieu de
se rappeler quelles peuvent être fort valables dans certaines atteintes
cholestatiques où elles préviennent souvent la laparotomie. 2.2.3.4 Scintigraphie La scintigraphie du foie et de la rate à laide dune suspension de soufre colloïdal marqué au technétium 99m met en évidence les lésions circonscrites et les atteintes parenchymateuses diffuses. Mais comme il sagit dune technique moins sensible que léchographie et la tomodensitométrie, elle est devenue de moins en moins pratiquée. La scintigraphie aux globules rouges marqués au technétium 99m peut confirmer la présence de lésions vasculaires, en particulier dhémangiomes. La scintigraphie du cholédoque à laide de dérivés de lacide iminodiacétique marqué au technétium 99m (HIDA) peut révéler une obstruction du canal cystique, surtout en cas de cholécystite aiguë. Elle permet aussi dévaluer lanatomie et la perméabilité des voies biliaires de même que lexcrétion hépatobiliaire. Mais ses résultats peuvent être imparfaits, voire même trompeurs. Parfois, la scintigraphie au citrate 67Ga sert à déceler des abcès et des tumeurs hépatiques. 2.2.3.5 Imagerie par résonance magnétique nucléaire (RMN) Cette épreuve représente une technique dimagerie coûteuse, encore peu accessible mais fort utile. Elle peut montrer certaines lésions mieux que léchographie et la tomodensitométrie, et permet parfois de clarifier la nature des atteintes en foyer. La RMN permet également de visualiser larbre biliaire, bien quavec moins de détails que la CPRE, et elle peut offrir une solution de rechange non invasive dans certains cas dobstruction biliaire. 2.2.4 BIOPSIE HÉPATIQUE La biopsie hépatique percutanée fournit
des renseignements diagnostiques utiles et comporte un risque relativement faible. Mais
ses indications se limitent à une minorité de cas de dysfonction hépatique. Effectuée
au chevet du malade sous anesthésie locale, elle permet dobtenir par aspiration un
petit échantillon de tissu hépatique. Elle peut être étonnante de précision quant au
trouble sous-jacent. Mais elle ne fournit pas toujours un prélèvement satisfaisant en
présence dune maladie focale ou dans certains cas de cirrhose.
Ses principales indications figurent dans le tableau 2. Une
douleur temporaire au quadrant supérieur droit de labdomen peut apparaître après
la biopsie. Mais les hémorragies importantes, la péritonite biliaire ou dautres
complications graves sont rares lorsque le choix des patients est judicieux. Les contre-indications relatives incluent une tendance aux hémorragies, un INR supérieur à
1,5 ou un temps de prothrombine supérieur de plus de trois secondes à celui du témoin,
une thrombocytopénie grave, une ascite volumineuse et une obstruction biliaire
importante. Lapproche transjugulaire peut se révéler assez sûre en cas de
coagulopathie ou dascite volumineuse.
En présence de certaines lésions hépatiques spécifiques, la ponction-aspiration à laide dune aiguille fine peut
seffectuer sous contrôle échographique ou tomodensitométrique. Elle permet alors
de faire un prélèvement cytologique, mais ce dernier ne suffit pas pour une évaluation
histologique complète. On peut recourir à léchoguidage pour obtenir une biopsie
de tissu hépatique.
En présence dun patient souffrant
dune maladie hépatique reconnue ou soupçonnée, le médecin doit tenter de
répondre à quelques questions essentielles. 1) Laffection est-elle aiguë ou
chronique? 2) Sagit-il dun problème hépatocellulaire primitif (p. ex. une
hépatite), dun trouble de la sécrétion hépatobiliaire (une cholestase) ou
dune atteinte vasculaire (p.ex. lhypertension portale)? 3) Si cest une
anomalie hépatocellulaire, quel en est lagent responsable? Lalcool, un virus
ou un médicament? Sil y a cholestase, le problème est-il intra-hépatique ou
est-il attribuable à une obstruction biliaire extrahépatique mécanique? Sil y a
atteinte vasculaire, la cause en est-elle la cirrhose ou sagit-il dune
étiologie plus rare? 4) Une affection générale touchant aussi le foie pourrait-elle
être en cause plutôt quune hépatopathie primitive? 5) Y a-t-il des complications
qui justifient un traitement spécifique? Cest au chevet du malade que le médecin
trouvera réponse à ces questions pertinentes et à dautres encore, grâce à un
jugement clinique sûr et à des épreuves auxiliaires.
Une anamnèse approfondie et un examen physique complet constituent en général les principaux outils de diagnostic. Les
épreuves de laboratoire, limagerie médicale et la biopsie du foie sont utiles et
parfois indispensables, mais cest la perspicacité clinique qui fournit le plus de
renseignements. En outre, un bon jugement aide à choisir les épreuves complémentaires
et à donner une interprétation juste des résultats. Les erreurs de diagnostic relèvent
le plus souvent dune anamnèse et dun examen physique incomplets associés
avec une confiance exagérée dans les épreuves complémentaires.
Lévaluation clinique doit souligner les aspects décrits dans la section 2.1. Il y a lieu
dinterroger le patient sur sa consommation dalcool et de médicaments
(dordonnance, en vente libre et prohibés) et sur les facteurs épidémiologiques
relatifs à lhépatite virale, en particulier lorsquune lésion
hépatocellulaire est soupçonnée. La recherche dune atteinte générale est
souvent nécessaire. Les antécédents familiaux peuvent également être obtenus des
patients atteints de certaines affections métaboliques observées chez lenfant,
telles que la maladie de Wilson, la carence en a1-antitrypsine et une maladie hépatique
auto-immune. Si lon soupçonne un trouble cholestatique, on doit également
vérifier la présence de signes indiquant une origine extrahépatique, par exemple une
douleur biliaire ou pancréatique, des frissons ou une perte de poids. Lexamen
physique peut fournir des renseignements précieux sur la taille et létat du foie,
la présence ou labsence de signes dune atteinte hépatique chronique et de
complications telles que lhypertension portale, la rétention aqueuse ou
lencéphalopathie (voir la section 2.1).
Lévaluation clinique initiale permet de déterminer la nature et lampleur des épreuves de laboratoire à effectuer. Un
examen préliminaire minimal comportera la numération globulaire, la mesure de la
bilirubine, de lASAT et de lALAT, ainsi que de la phosphatase alcaline. Ces
simples analyses suffisent dordinaire pour déterminer sil sagit
surtout dune lésion hépatocellulaire (élévation exagérée des
aminotransférases) ou dune anomalie de lexcrétion (élévation
prédominante de la phosphatase alcaline). Si le tableau clinique montre une lésion
hépatocellulaire, mais que létiologie nest pas évidente, les marqueurs de
lhépatite virale peuvent se révéler utiles surtout en présence dune
affection aiguë. Dans le cas où la cholestase semble en cause, une échographie (ou une
tomodensitométrie) précoce aidera à distinguer un trouble intra-hépatique dun
problème extrahépatique. Si léchographie montre une obstruction extrahépatique,
il faudra envisager la visualisation biliaire directe par CPRE (ou CTP). Mais si elle
révèle une anomalie intra-hépatique, il faudra plutôt penser à la biopsie hépatique.
À ce jour, aucun marqueur biochimique fiable de la fibrose hépatique na été
trouvé. Par conséquent, les indicateurs de lhépatopathie sont souvent normaux ou
légèrement perturbés dans la cirrhose inactive. Il convient de se rappeler que la
maladie hépatique alcoolique est la cause la plus courante de la lésion
hépatocellulaire chronique, même si, de prime abord, le patient nie une consommation
abusive dalcool.
Dans la grande majorité des cas, le diagnostic de dysfonction hépatobiliaire est facile si lévaluation est bien faite. Mais, dans certaines circonstances, surtout si les anomalies hépatiques sont légères, la solution la plus
sage consiste à suivre lévolution de la maladie à laide dépreuves
cliniques et biochimiques périodiques.
|