
 
3. HYPERBILIRUBINÉMIE
CONGÉNITALE
P. Paré |
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536 |
Il importe, sur le plan clinique, de
distinguer l’hyperbilirubinémie congénitale d’autres formes plus
graves de maladies hépatobiliaires, comme l’hyperbilirubinémie congénitale
conjuguée ou les affections hépatobiliaires. Si l’on excepte le
syndrome de Crigler-Najjar, l’hyperbilirubinémie congénitale ne
compromet ni la qualité ni l’espérance de vie des sujets atteints.
Dans l’hyperbilirubinémie familiale, les tests habituels de la fonction
hépatique demeurent normaux, de même que l’histologie du foie (sauf
pour l’accumulation de pigment qui caractérise le syndrome de Dubin-Johnson).
À part la cholémie de Gilbert, ces syndromes sont rares et se divisent
en deux groupes, selon le type d’hyperbilirubinémie sérique.
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Hyperbilirubinémie non conjuguée |
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3.1.1 CHOLÉMIE DE GILBERT
La cholémie de Gilbert est le syndrome
congénital d’hyperbilirubinémie le plus commun. Elle touche environ 5
% des personnes de race blanche et se transmettrait selon le mode
autosomique dominant. Sa pathogenèse est liée à une déficience
partielle de l’UDP-glucuronyl-transférase hépatique, l’enzyme
responsable de la glucuronidation de la bilirubine. Elle s’accompagne
parfois d’une réduction de la captation de la bilirubine par les hépatocytes,
ainsi que le montrent certaines substances diagnostiques (bromesulfonephtaléine,
vert d’indocyanine) et des médicaments (tolbutamide). La cholémie est
habituellement décelée chez les adolescents ou les jeunes adultes, le
plus souvent de sexe masculin; il est possible que la testostérone inhibe
l’activité de l’UDP-glucuronyl-transférase d’une part, et que
l’oestrogène et la progestérone la stimulent d’autre part, ce qui
pourrait expliquer cette observation. Elle se manifeste par des symptômes
variés et non spécifiques (fatigue, nausées, gêne abdominale vague).
Elle peut s’accompagner d’un ictère scléral sporadique. Autrement,
l’examen physique est normal. Les tests de la fonction hépatique et
l’hémogramme (pour éliminer l’hémolyse) sont normaux, à
l’exception de la bilirubinémie non conjuguée qui se situe entre 20 et
100 m mol/L et de la bilirubinémie conjuguée
qu’il est souvent impossible de déceler. Il existe des tests
diagnostiques, mais leur emploi est en général inutile : un jeûne de
deux jours ou l’administration intraveineuse d’acide nicotinique
provoquent une augmentation considérable de la bilirubine sérique non
conjuguée, tandis que le phénobarbital la réduit de beaucoup. Aucun
traitement n’est requis et le pronostic est excellent.
3.1.2 SYNDROME DE CRIGLER-NAJJAR
Ce syndrome existe sous deux types. Le type
I, très rare et grave, se caractérise par une hyperbilirubinémie non
conjuguée dont le taux peut s’élever à plus de 400 à 500 m
mol/L. Il est dû à un déficit absolu d’UDP-glucuronyl-transférase.
L’ictère apparaît presque aussitôt après la naissance et peut
aboutir au kernictère qui se complique d’une atteinte neurologique et
de retard mental. Le kernictère porte atteinte aux noyaux gris centraux
et au cortex cérébral parce que la bilirubine non conjuguée peut
traverser la barrière hémato-encéphalique immature du nourrisson. Le
syndrome, héréditaire, se transmet selon le mode autosomique récessif
et la consanguinité fait souvent partie des antécédents familiaux. Le
phénobarbital ne réussit pas à déclencher l’activité de
l’UDP-glucuronyl-transférase. La mort survient à brève échéance. La
transplantation hépatique semble représenter le traitement de choix.
Le syndrome de Crigler-Najjar de type II
est une affection beaucoup moins maligne où l’hyperbilirubinémie non
conjuguée ne dépasse pas 400 m mol/L. Le
kernictère est rare (sauf en cas de jeûne prolongé, alors que la
bilirubinémie peut augmenter). L’activité de l’UDP-glucuronyl-transférase
est très faible, voire indécelable, mais l’administration de phénobarbital
réduit la bilirubinémie. Il semble que le phénobarbital puisse produire
cette enzyme, même si le taux de celle-ci est très bas. Le pronostic est
excellent malgré une hyperbilirubinémie non conjuguée persistant toute
la vie.
| 3.2
Hyperbilirubinémie conjuguée |
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538 |
Deux affections caractérisées par
l’hyperbilirubinémie conjuguée sans cholestase ont été décrites.
Elles se transmettent toutes deux selon le mode autosomique récessif.
Elles sont rares et résulteraient d’anomalies spécifiques dans
l’excrétion hépatobiliaire de la bilirubine. Elles sont bénignes et
un diagnostic juste peut rassurer le patient. Les taux de bilirubine
plasmatique se situent d’ordinaire entre 35 et 85 m mol/L,
mais ils peuvent s’élever jusqu’à 400 m mol/L.
Ils augmentent parfois encore plus en présence d’une infection
intercurrente ou d’une grossesse, ou à l’emploi de contraceptifs
oraux. Il n’y a pas de prurit et les taux sériques d’acides biliaires
sont normaux de même que les résultats des épreuves biochimiques
courantes de la fonction hépatique, à l’exception de la bilirubinémie.
La bilirubinurie est également présente. Ces deux syndromes ne requièrent
pas de traitement.
Des caractéristiques distinctives
permettent d’établir un diagnostic différentiel.
3.2.1 SYNDROME DE DUBIN-JOHNSON
Le syndrome de Dubin-Johnson s’associe
avec un foie noir, résultat de l’accumulation d’un pigment rappelant
la mélanine dans les lysosomes (lipofuscine). Aussi, la visualisation de
la vésicule biliaire au cours de la cholécystographie orale est retardée,
sinon impossible. L’excrétion urinaire de la coproporphyrine totale est
normale tandis que la proportion de l’isomère I est plus élevée que
chez les témoins normaux (plus de 80 %). Enfin, le test de la
bromesulfonephtaléine (BSP) est normal dans sa phase initiale, mais, à
90 minutes, une hausse secondaire de la concentration plasmatique de la
BSP survient à cause d’un reflux de la BSP de l’hépatocyte au
plasma. (À cause de sa toxicité potentielle, le BSP n’est presque plus
utilisé en pratique courante.)
3.2.2 SYNDROME DE ROTOR
Dans ce syndrome, l’apparence et
l’histologie du foie sont normales, et la cholécystographie orale
permet de voir la vésicule biliaire. L’excrétion de la coproporphyrine
totale est supérieure à la normale comme dans les autres affections hépatobiliaires
et la proportion de l’isomère I est plus petite (moins de 80 %) que
dans le syndrome de Dubin-Johnson. La clairance plasmatique de la BSP
injectée est ralentie; il n’y a pas d’élévation secondaire.
  
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