
 
4. HÉPATITE VIRALE
AIGUË
V.G. Bain et M. Ma |
page
539 |
Le terme hépatite désigne tout processus
inflammatoire du foie. La cause la plus fréquente d’hépatite aiguë
est l’infection virale ( tableau
3 ). En Amérique du Nord, l’hépatite A, l’hépatite B et
l’hépatite C sont les causes les plus courantes d’hépatite virale.
L’hépatite virale survient moins fréquemment à la suite
d’infections par le virus Epstein-Barr, le cytomégalovirus, l’adénovirus,
le virus Herpes simplex ou le virus Coxsackie. Dans ces derniers
cas, le tableau clinique n’est pas dominé par l’hépatite mais par
d’autres caractéristiques de l’infection virale.
TABLEAU 3 . Causes de
l’hépatite aiguë
|
Virus
-Hépatite A
-Hépatite B
-Hépatite C
-Hépatite D
-Hépatite E
-Herpes simplex
-Cytomégalovirus
-Epstein-Barr
-Adénovirus
Médicaments
Toxines
Alcool
Ischémie
Maladie de Wilson
Autres |
|
L’évolution clinique de l’hépatite
aiguë va des symptômes bénins ne nécessitant aucun traitement à
l’insuffisance hépatique fulminante qui exige une greffe du foie. Au
cours de la dernière décennie, le traitement de l’hépatite virale
aiguë n’a pas progressé aussi rapidement que nos connaissances sur
l’épidémiologie et la biologie moléculaire des virus de l’hépatite.
Le traitement de base consiste encore en soins de soutien parce que dans
la plupart des cas l’inflammation est spontanément résolutive. La
prophylaxie après l’exposition est possible pour certains des virus de
l’hépatite.
| 4.1 Les hépatites
virales et leur épidémiologie |
page
540 |
4.1.1 LE VIRUS DE L’HÉPATITE A (HAV)
L’hépatite A est une affection qui par
le passé était connue sous le nom d’hépatite infectieuse. Elle est
due au virus de l’hépatite A (HAV), un virus à ARN de la famille des
entérovirus, lequel est présent dans les selles pendant la phase
prodromique ou préictérique et jusqu’à deux semaines environ après
l’apparition de l’ictère. Les anticorps de type IgM et IgG spécifiques
du virus (anti-HA) peuvent être décelés. L’observation la plus
importante est la concentration élevée d’anticorps de type IgM, témoignant
d’une infection récente ( figure
2) .
L’infection par le virus de l’hépatite
A est fréquente. Des IgG anti-HAV peuvent être décelés chez 30 % à 40
% des habitants des pays industrialisés et chez 90 % des habitants des
pays en développement. Le HAV est généralement transmis par voie fécale-orale.
Par conséquent, la contamination de l’eau ou des aliments peut mener à
une épidémie. Plusieurs épidémies ont été associées avec
l’ingestion de palourdes et d’huîtres crues provenant d’eaux polluées.
Des cas sporadiques sont la conséquence de la transmission de personne à
personne. La transmission par voie parentérale est aussi possible,
surtout chez les utilisateurs de drogues injectables, mais moins courante.
L’infection peut survenir à tout âge,
mais elle est plus fréquente chez les jeunes. Elle peut se manifester
sous la forme d’une affection gastro-intestinale et, par conséquent, échapper
au diagnostic. Dans les pays où l’alimentation en eau potable et les
conditions d’hygiène sont bonnes, l’hépatite A symptomatique apparaît
à un âge plus avancé, moins de personnes ayant été exposées au virus
durant l’enfance. La période d’incubation est d’environ un mois, et
dure rarement plus de 40 jours. Le taux de mortalité – habituellement
à cause d’une hépatite fulminante – est très faible (0,1 %). Il
n’existe pas de preuve de l’existence d’un état de porteur
chronique ou d’une évolution vers une hépatopathie chronique.
4.1.2 LE VIRUS DE L’HÉPATITE B (HBV)
En 1965, on a découvert chez un hémophile
un anticorps qui réagissait avec un antigène présent dans le sérum
d’un aborigène australien. Le même antigène a par la suite été
trouvé chez des patients atteints d’hépatite virale. D’abord décrit
sous le nom d’antigène Australie, il est aujourd’hui appelé antigène
de surface de l’hépatite B (Ag HBs) puisqu’on reconnaît maintenant
qu’il fait partie de l’enveloppe du virion de l’hépatite B.
Le HBV est un virus à ADN qui se réplique
par la transcription inverse de son ARN messager. Il se comporte plus à
la façon d’un rétrovirus que d’un virus à ADN. Le HBV se compose
d’un noyau central de 28 nm qui contient le génome (une seule molécule
d’ADN partiellement bicaténaire) et une ADN polymérase spécifique, le
tout recouvert d’une nucléocapside faite de protéines. Le noyau
central apparaît couramment dans les noyaux d’hépatocytes infectés,
l’enveloppe d’Ag HBs étant acquise dans le cytoplasme de l’hépatocyte.
L’antigène du noyau de la particule est distinct de l’Ag HBs sur le
plan antigénique. Cela permet de déceler séparément l’antigène du
noyau central (Ag HBc) et l’antigène Ag HBs. Un autre antigène, appelé
Ag HBe, peut être décelé dans le sérum, conjointement avec l’ADN
polymérase. L’Ag HBe est une sous-unité de l’Ag HBc. La présence de
l’Ag HBe traduit une réplication virale active et est associée avec un
pouvoir infectieux élevé. Il existe des mutants qui ne produisent pas
l’Ag HBe; ces « mutants prénucléocapsides » peuvent causer une hépatite
grave.
La figure
3 montre l’évolution typique de l’infection par le HBV,
l’apparition des antigènes viraux et la réponse immunitaire de l’hôte.
Le tableau 4 présente
un résumé de la signification et de l’importance des marqueurs du HBV
dans l’interprétation.
TABLEAU
4 . Interprétation des marqueurs de l’hépatite B
|
| Marqueur |
Interprétation |
|
| Ag HBs |
Infection à
HBV active; peut être aiguë ou chronique |
| Anti-HBs |
Anti-HBV;
peut être due à une immunité naturelle ou consécutive à la
vaccination |
| Anti-HBc type
IgM |
Infection
aiguë à HBV (les résultats de dosages plus récents ou plus
sensibles peuvent également être positifs au cours de la réactivation
d’infections chroniques) |
| Ag HBe |
Infectivité
élevée, réplication virale active |
| Anti-HBe |
Infectivité
faible ou nulle; ne doit être mesurée que dans l’infection
chronique à HBV |
| ADN de HBV |
Mesure
directe de l’infectivité ou de l’état réplicatif; épreuve de
plus en plus accessible |
|
En Amérique du Nord, l’infection par le
HBV se produit surtout chez les adolescents et les adultes. Le tableau 5 résume
les données sur les groupes à risque élevé d’infection par le HBV.
La transmission de la maladie peut être sexuelle, verticale ou parentérale
(le plus souvent par inoculation avec des aiguilles contaminées chez les
utilisateurs de drogues injectables). L’infection à HBV par transfusion
sanguine a été presque complètement éliminée grâce au dépistage
systématique et par le recours à des donneurs volontaires. La
transmission verticale est courante dans les pays en développement; le
virus passe alors de la mère qui est porteuse chronique de l’hépatite
B au foetus ou au nouveau-né. L’infection est acquise au moment de la
naissance ou peu après. La transmission verticale du HBV est responsable
de la vaste majorité des cas de porteurs chroniques dans le monde.
TABLEAU
5 . Facteurs de risque associés avec les cas signalés
d’infection aiguë à HBV aux É.-U.
|
| Facteurs
de risque |
% |
|
| Activité hétérosexuelle |
48 |
| Usage de
drogues injectables |
11 |
| Activité
homosexuelle |
7 |
| Emploi dans
le secteur de la santé |
2 |
| Contact par
un proche |
1 |
| Transfusion,
dialyse |
1 |
| Inconnu |
30 |
|
| Source:
Données des Centers for Disease Control and Prevention, 1992. |
4.1.3 LE VIRUS DE L’HÉPATITE C (HCV)
Le virus de l’hépatite C est un virus à
ARN monocaténaire de moins de 80 nm de diamètre, récemment
découvert et classé dans la famille des flavivirus. Le virus lui-même
n’a pas été isolé ou visualisé, bien que la plus grande partie de
son génome ait été clonée et séquencée. On le trouve partout dans le
monde. Dans la population en général, la prévalence de l’infection à
HCV est d’environ 1 %, mais elle est extrêmement variable dans les différents
groupes à risque. Ainsi, elle peut atteindre 90% chez les hémophiles
alors qu’elle n’est que de 1 % chez les travailleurs de la santé.
Le HCV se transmet principalement par voie
parentérale, mais une proportion importante des patients ne présentent
aucun facteur de risque bien reconnaissable. La voie parentérale serait
en cause dans au moins 90% des cas d’hépatite post-transfusionnelle (auparavant
appelée hépatite non A, non B) mais ces cas ne représentent que 10 % de
l’ensemble des cas d’hépatite C. L’usage de drogues injectables
constitue la principale cause de l’hépatite C mais, fait intéressant,
l’exposition peut précéder de quelques décennies la phase clinique de
l’hépatite. Le HCV est aussi responsable de 12 % à 25 % des cas d’hépatite
sporadique.
La période d’incubation est de cinq à
dix semaines (moyenne de sept semaines). La phase aiguë est bénigne sur
le plan clinique et elle est anictérique dans la majorité des cas. Les
concentrations élevées d’aminotransférases peuvent être
monophasiques ou multiphasiques, évoquant dans ce dernier cas la forme
chronique de la maladie qui apparaît dans plus de 75 % des cas. Sur le
plan histologique, il est impossible de distinguer les formes évolutives
des formes non évolutives de l’hépatite C chronique, et on ne préconise
pas la biopsie hépatique.
Depuis la découverte du virus en 1989, les
épreuves de dosage sérologique ont rapidement évolué. Les techniques
ELISA (dosage immuno-enzymatique) et RIBA (dosage par immuno-transfert
avec antigène recombinant) permettent de reconnaître des anticorps dirigés
contre des épitopes structuraux et non structuraux du virus. Le dosage
immuno-enzymatique ELISA est très sensible mais non spécifique; il faut
donc confirmer tous les résultats positifs par la technique RIBA, très
spécifique, ou par une autre épreuve. Selon les données de la
Croix-Rouge sur les donneurs de sang, 50 % des personnes qui ont des
enzymes hépatiques normales et dont l’épreuve ELISA est positive quant
aux anticorps anti-HCV auront un résultat négatif à une épreuve RIBA
subséquente. L’hypergammaglobulinémie est souvent à l’origine de
ces résultats faussement positifs à l’épreuve ELISA. Un autre problème
associé avec l’épreuve ELISA est qu’elle ne peut déceler
l’anticorps anti-HCV dans le sang que trois mois après le début de
l’hépatite C aiguë. L’épreuve RIBA, par contre, permet de déceler
l’anticorps dans les six à huit semaines. De plus, entre 60 % et 70 %
seulement des patients atteints d’une hépatite C aiguë présenteront
un résultat positif à une épreuve ELISA recherchant les anticorps anti-HCV.
Des études visant à déceler l’ARN du
virus de l’hépatite C à l’aide de la réaction en chaîne de la
polymérase (PCR), une technique très sensible, ont montré que 80 % des
sujets dont la réponse est positive ont une virémie et sont
potentiellement contagieux. Contrairement à l’hépatite B, l’hépatite
C se transmet peu souvent par voie sexuelle ou verticale. Les infections
à HCV dues à des seringues contaminées touchent moins de 5 % des
travailleurs de la santé.
4.1.4 VIRUS DE L’HÉPATITE D (HDV)
Le virus de l’hépatite D (HDV) est un virus à ARN défectif dont
l’expression requiert la présence de l’antigène de surface de l’hépatite
B. Le HDV utilise l’Ag HBs comme enveloppe externe pour s’attacher aux
hépatocytes et y pénétrer. Il est présent partout dans le monde, mais
les taux de fréquence les plus élevés sont observés en Italie, en
Europe de l’Est, au Proche-Orient, dans le Pacifique Sud, en Amérique
du Sud et en Afrique. En Amérique du Nord, moins de 1 % des patients Ag
HBs positifs présentent des signes d’infection par le HDV, alors que
dans certaines régions d’Italie, de 14 % à 50 % des patients Ag HBs
positifs sont co-infectés par le HDV. Aux États-Unis et au Canada,
l’infection par le HDV est presque exclusivement observée chez les
utilisateurs de drogues injectables et leurs partenaires sexuels.
L’infection par le virus de l’hépatite D peut survenir par
co-infection avec l’hépatite B ou par surinfection d’un patient qui
est déjà porteur chronique du HBV. L’hépatite aiguë qui résulte de
la co-infection est plus grave que si elle n’est causée que par le
virus de l’hépatite B, mais elle évolue spontanément vers la guérison.
La surinfection a souvent pour résultat une hépatite chronique plus
grave que celle causée par le virus de l’hépatite B seul. Le virus
delta circule en association avec l’antigène delta, mais tant qu’on
n’aura pas mis au point des épreuves plus sensibles, cet antigène ne
pourra être décelé que pendant les phases précoces de l’infection.
Le marqueur sérologique de l’hépatite D aiguë et chronique est
l’anticorps spécifique à l’antigène delta.
4.1.5 LE VIRUS DE L’HÉPATITE E (HEV)
L’hépatite E (hépatite épidémique) est causée par un virus à
ARN monocaténaire mesurant de 27 à 34 nm. Elle ressemble beaucoup à
l’hépatite A. Auparavant classé dans le groupe des hépatites non A,
non B, le HEV est maintenant défini comme un virus entérique transmis
par une eau potable contaminée ou par voie fécale-orale. Les cas
d’infection à HEV peuvent survenir dans le cadre d’une épidémie ou
sporadiquement, en cas isolés. Le HEV est la cause principale de l’hépatite
virale aiguë chez les jeunes adultes et les adultes d’âge moyen dans
de nombreux pays en développement. Il est associé avec un taux élevé
de mortalité (près de 20 %) chez les femmes enceintes infectées au
troisième trimestre de la grossesse. Il n’est observé que rarement en
Amérique du Nord et presque exclusivement chez des voyageurs revenant de
régions où il est endémique. La période d’incubation est de 10 à 50
jours. L’infection par HEV ne présente aucune caractéristique clinique
et les cas d’infection secondaire sont exceptionnels. La chronicité ne
constitue pas une complication. Le dépistage des anticorps anti-HEV est
possible dans les laboratoires de référence.
4.1.6 LE VIRUS DE L’HÉPATITE F (HFV)
On pense qu’un virus non encore identifié serait associé avec
certains cas d’hépatite fulminante qui sont négatifs pour tous les
autres marqueurs sérologiques viraux. Sans transplantation du foie, la
plupart de ces cas ont une issue fatale.
4.1.7 LE VIRUS DE L’HÉPATITE G (HGV)
En 1995, un nouveau virus causant une hépatite a été cloné. Il a reçu
le nom d’agent GB, d’après les initiales d’un chirurgien qui en
avait été infecté. Il est semblable aux flavivirus et présente 25 %
d’homologie avec le virus de l’hépatite C. Il persiste sous la forme
d’une hépatite chronique bénigne. Les connaissances sur ce virus ou ce
groupe de virus sont encore limitées.
4.1.8 AUTRES CAUSES D’HÉPATITE AIGUË
Un virus de type paramyxovirus a été isolé chez un petit nombre de
patients atteints d’une hépatopathie aiguë grave qui sont morts
d’insuffisance hépatique ou qui ont survécu grâce à une
transplantation du foie. Le diagnostic de présomption repose sur la
biopsie du foie qui montre des cellules géantes multinucléées. La
microscopie électronique, pour sa part, révèle dans le prélèvement
des particules virales de type paramyxovirus. L’épidémiologie,
l’agent infectieux présumé, la réponse au traitement et les diverses
formes de prévention demeurent à définir.
L’hépatite virale aiguë cause une
inflammation du foie touchant principalement le parenchyme. Il y a des
signes de dégénérescence hépatocellulaire (ballonnements, corps
acidophiles, nécrose discontinue), d’inflammation (infiltration
mononucléaire lobulaire et portale) et de régénération hépatocytaire
( figure 4 ). Les cas
les plus graves présentent une nécrose en pont entre les veines
centro-lobulaires et les espaces portes ( figures
5 et 6 ). Comme
la trame réticulaire est habituellement préservée, le foie se
reconstitue complètement par régénération des hépatocytes. En général,
une biopsie hépatique n’est pas utile étant donné que les différents
types d’hépatite aiguë se ressemblent beaucoup sur le plan
histologique.
| 4.3 Caractéristiques
cliniques |
page
546 |
La majorité des hépatites virales sont
asymptomatiques, surtout chez les sujets jeunes. Lorsqu’elles sont
symptomatiques, les symptômes initiaux sont ceux d’une infection virale,
c’est-à-dire malaise, nausées, vomissements, fatigue et fébricule.
Les symptômes les plus caractéristiques sont une anorexie prononcée,
une aversion pour le tabac et des urines foncées. L’hépatite aiguë
est souvent associée avec une gêne localisée au quadrant supérieur
droit mais il n’y a pas de douleur abdominale intense. Après plusieurs
jours, l’ictère apparaît et il souvent précédé par des urines foncées
et des selles pâles. La convalescence s’étend de sept à dix jours et
la maladie dure en tout de deux à six semaines. Les observations
physiques sont d’ordinaire minimes, mis à part l’ictère et un foie
sensible et de volume augmenté.
Il y a lieu de soupçonner une hépatite
virale aiguë en présence de symptômes viraux prodromiques qui précèdent
souvent les symptômes classiques (y compris l’ictère, les urines foncées
et le prurit). Sur le plan diagnostique, il importe de savoir si le
patient a été en contact avec des personnes atteintes d’ictère,
s’il a récemment reçu des transfusions ou pris des drogues par voie
intraveineuse. Il faut aussi connaître son orientation sexuelle, savoir
s’il a des rapports sexuels protégés, s’il a voyagé récemment,
s’il a été exposé à des drogues ou à des toxines (y compris les
herbes) et confirmer l’absence de douleurs abdominales marquées.
Si les signes cliniques permettent
d’envisager une hépatite virale, les analyses de laboratoire aident à
confirmer la présence de lésions hépatiques aiguës, à définir la
cause de l’affection, à en surveiller l’évolution et, enfin, à en
établir le pronostic. Les taux des aminotransférases sériques sont
couramment très élevés et se chiffrent souvent à plus de 1000 UI/L (la
normale se situant entre 10 et 40 UI/L) alors que ceux de la phosphatase
alcaline ne montrent qu’une augmentation légère ou modérée. La
bilirubine sérique est surtout sous forme conjuguée et reflète la
gravité de l’hépatite. L’INR-temps de prothrombine révèle l’étendue
de l’atteinte hépatique au stade aigu et un allongement de ce temps
indique un pronostic sombre et la nécessité de diriger le patient vers
un centre régional de transplantation du foie. Les premières épreuves sérologiques
devraient comprendre uniquement l’IgM anti-HAV et l’Ag HBs. La
recherche d’anti-HCV devrait être effectuée au début seulement s’il
y a certains facteurs de risques (particulièrement l’usage de drogues
injectables) ou plus tard si les résultats des épreuves sérologiques
pour le HAV et le HBV se révèlent négatifs.
Le diagnostic différentiel doit tenir compte d’autres infections
virales (comme la mononucléose infectieuse ou l’infection à cytomégalovirus),
de l’hépatopathie d’origine médicamenteuse, de l’hépatite
auto-immune et de la maladie de Wilson. L’affection des voies biliaires
(y compris la cholécystite et la cholangite) se distingue de
l’infection virale par la présence de fièvre et de fortes douleurs
abdominales. S’il persiste un doute quant au diagnostic d’hépatite,
une échographie abdominale visant à écarter l’obstruction biliaire
extrahépatique, et même une biopsie hépatique peuvent s’avérer nécessaires.
| 4.5
Complications |
page
549 |
L’hépatite virale aboutit la plupart du
temps à un rétablissement complet. La complication la plus importante
est l’évolution vers la chronicité qui peut suivre les hépatites B,
C, D et G. La majorité des autres complications sont heureusement peu fréquentes.
4.5.1 HÉPATITE FULMINANTE
Cette forme d’hépatite se manifeste par des lésions hépatocytaires
aiguës évoluant en moins de huit semaines vers une insuffisance et une
encéphalopathie hépatiques chez un patient sans hépatopathie préexistante
connue. Sur le plan clinique, l’état du patient se détériore avec
l’apparition d’un ictère prononcé, de confusion, de somnolence.
L’encéphalopathie peut évoluer vers un coma profond. La nécrose hépatique
massive produit un déficit des facteurs de la coagulation et, par voie de
conséquence, le temps de prothrombine est toujours augmenté. À ce stade,
le taux de mortalité est supérieur à 50 %, à moins qu’on ne procède
à une transplantation du foie. La mort peut résulter d’une infection,
d’hypoglycémie, de l’augmentation de la pression intracrânienne
accompagnée d’oedème cérébral ou d’insuffisance rénale.
L’examen histologique révèle une nécrose hépatique massive accompagnée
d’un affaissement de l’architecture du parenchyme ( figures
7 et 8 ).
Malgré cela, si la régénération se produit, il y a récupération du
point de vue histologique.
4.5.2 CHOLESTASE
Il arrive que l’hépatite virale aiguë comporte une phase
cholestatique au cours de laquelle le prurit et l’ictère
s’intensifient et le profil enzymatique se modifie à la baisse pour le
taux d’aminotransférases et à la hausse pour le taux de phosphatase
alcaline. Il faut alors écarter la possibilité d’une affection des
voies biliaires et d’une intoxication médicamenteuse. La cholestase guérit
généralement en quelques semaines. Cette complication survient surtout
dans les cas d’hépatite A.
4.5.3 HÉPATITE RÉCIDIVANTE (BIPHASIQUE)
Sur le plan clinique, le patient va mieux, puis de nouveau il présente
des signes et des symptômes d’hépatite. La guérison est presque
toujours complète. Ce tableau est surtout typique de l’hépatite A.
Dans certains cas d’hépatite B, la seconde phase est attribuable à une
hépatite D aiguë. L’hépatite C se caractérise par
d’importantes fluctuations des taux d’aminotransférases hépatiques,
mais une évolution clinique biphasique est peu fréquente.
4.5.4 MALADIE DES COMPLEXES IMMUNS
De 5 % à 10% des cas d’hépatite B s’accompagnent d’un syndrome
semblable à la maladie sérique précoce (caractérisé par une éruption
cutanée, un oedème de Quincke et de l’arthrite). Ce syndrome est causé
par des complexes immuns circulants composés des particules virales et
d’anticorps, et par l’activation du complément. Les autres
manifestations immunitaires comprennent la péricardite, l’anémie
aplasique ou des anomalies neurologiques, comme le syndrome de
Guillain-Barré. La maladie des complexes immuns circulants peut persister
dans les cas d’hépatite B chronique et entraîner des affections comme
la glomérulonéphrite membraneuse avec syndrome néphrotique ou la
polyartérite noueuse. L’hépatite C chronique peut causer une
cryoglobulinémie consécutive à l’interaction entre protéines virales
et anticorps.
4.5.5 HÉPATITE CHRONIQUE
L’hépatite est dite chronique si elle dure depuis plus de six mois.
L’hépatite chronique est une complication rare de l’hépatite B aiguë
chez l’adulte mais survient dans plus de 75 % des cas d’hépatite C.
Ni l’hépatite A ni l’hépatite E ne deviennent chroniques. On peut
soupçonner une hépatite chronique si les symptômes subsistent ou si
l’élévation des taux sériques des aminotransférases persiste après
six mois.
Dans la plupart des cas, l’hépatite
virale aiguë guérit spontanément et n’exige aucun traitement précis.
Le repos absolu au lit n’est pas nécessaire. Toutes les activités qui
n’exacerbent pas les symptômes sont permises. Il n’y a pas lieu de
prescrire un régime strict et il faut assurer un apport suffisant de
calories; l’alcool doit être exclu. L’hospitalisation n’est pas nécessaire.
Il faut éviter tous les médicaments, en particulier les tranquillisants
et les sédatifs. Les corticostéroïdes ne modifiant pas la gravité de
l’hépatite ni la vitesse de guérison, il faut les éviter pour
favoriser une réponse immunitaire normale permettant d’éliminer le
virus. De fait, leur emploi en présence d’une hépatite virale aiguë
peut faire que le malade risque davantage de devenir un porteur chronique.
L’interféron alpha pourrait être utile contre l’hépatite C aiguë,
mais cela est encore à l’étude.
Ce sont les symptômes qui doivent décider
du retour au travail et de la reprise des activités. L’éducation du
patient permettra de soulager son anxiété. Il n’est habituellement pas
nécessaire de diriger le patient vers un spécialiste. La prophylaxie et
la prévention de la dissémination secondaire sont probablement les
aspects les plus importants du traitement.
La maîtrise de l’hépatite A dépend de
l’adoption de bonnes mesures d’hygiène, y compris l’hygiène
personnelle, parce que le virus est excrété dans les selles très tôt
au cours de l’infection. Une crise d’hépatite A procure l’immunité
à vie. Un vaccin efficace contre l’hépatite A vient d’être mis au
point pour les personnes à haut risque telles que celles qui voyagent
dans des régions endémiques ou qui vivent en établissement. Des préparations
prophylactiques faites à partir d’un mélange d’immunoglobulines sériques
(IGS) existent aussi, et elles doivent être administrées à
l’entourage de la personne atteinte, à raison de 0,02 mL/kg par voie
intramusculaire, idéalement dans la semaine qui suit l’exposition. Les
simples contacts à l’école ou au travail ne justifient pas un
traitement préventif, à moins qu’il y ait épidémie.
Une préparation de globulines spécifiques
et un vaccin contre l’HBV sont disponibles. L’immunoglobuline de l’hépatite
B (IGHB) ne doit être administrée qu’après un contact sans équivoque,
tel que piqûre d’aiguille accidentelle ou rapport sexuel. Le nouveau-né
dont la mère souffre d’hépatite B aiguë ou chronique devrait recevoir
cette préparation ainsi que le vaccin contre l’HBV dans les 24 à 48
heures suivant la naissance. Le vaccin contre l’hépatite B, auparavant
fabriqué à partir d’un mélange de sérums de différents donneurs,
est maintenant synthétisé à partir d’ADN recombinant. Les effets indésirables
des deux préparations sont minimes. Fait étonnant, la vaccination des
sujets à risque élevé, tels que les homosexuels, les travailleurs de la
santé, les utilisateurs de drogues injectables, les proches d’un
porteur chronique, les receveurs de transfusions fréquentes et les dialysés,
n’a pas eu d’effet sur la fréquence de l’hépatite B. La
vaccination universelle est donc préconisée et a été entreprise dans
certaines provinces. La vaccination contre l’hépatite B protège également
de l’hépatite D.
Il n’existe ni vaccin ni immunoglobulines
spécifiques contre l’hépatite C. Un mélange de gammaglobulines de
plusieurs donneurs peut contribuer à réduire l’hépatite C
post-transfusionnelle et, par conséquent, est administré empiriquement
après des expositions comportant un risque élevé, telles que piqûre
d’aiguille accidentelle ou transfusion du sang d’un porteur connu
d’hépatite C.
Le tableau
6 résume les aspects importants des différents types d’hépatite
virale. L’hépatite virale aiguë est une maladie spontanément résolutive
qui ne nécessite que des soins de soutien. Pour les quelques cas
d’insuffisance hépatique fulminante, une transplantation du foie peut
être nécessaire. L’infection chronique peut survenir chez les patients
infectés par les virus HBV, HCV, HDV ou HGV.
TABLEAU
6 . Survol de l’hépatite virale
|
|
Virus |
Transmission |
Incubation
(jours) |
Diagnostic
sérologique |
Chronicité |
|
| HAV |
ARN |
Fécale-orale |
20 à 35 |
IgM-HAV |
Non |
| HBV |
ADN |
Percutanée,
vénérienne |
60 à 110 |
Ag HBs |
Adultes<5%
Enfants, âge préscolaire 25 %
Nouveau-nés > 90 % |
| HCV |
ARN |
Percutanée |
35 à 75 |
Anti-HCV |
>75% |
| HDV |
ARN |
Percutanée,
vénérienne(?)
|
60 à 110 |
Anti-HDV |
Habituel dans
la surinfection; rare dans la co-infection |
| HEV |
ARN |
Fécale-orale |
10 à 50 |
Anti-HEV |
Non |
| HFV |
? |
? |
? |
? |
Non |
| HGV |
ARN |
Percutanée |
? |
(Recherche
seulement; ARN-HGV) |
Oui |
|
  
|