
 
2. VOMISSEMENTS ET RÉGURGITATION
G. Withers et R.B. Scott |
|
Le reflux gastro-oesophagien est le retour
apparemment sans effort du contenu de l’estomac dans l’oesophage, à
cause d’une déficience du mécanisme antireflux situé à la jonction
gastro-oesophagienne. Le reflux est facilité par la présence d’un
gradient de pression entre la cavité abdominale, où la pression est
positive, et la cavité intrathoracique, où la pression est négative.
Par contre, le vomissement, réflexe coordonné complexe qui peut se
produire en réponse à une variété de stimuli, a pour résultat
l’expulsion violente du contenu gastrique par la bouche. Le réflexe de
vomissement est sous le contrôle du système nerveux, plus précisément
le centre du vomissement du tronc cérébral.
| 2.2
L’enfant qui vomit |
page
643 |
2.2.1 INTRODUCTION
L’enfant qui vomit présente l’un des
problèmes les plus difficiles en pédiatrie parce que le diagnostic différentiel
ne se limite pas au tractus gastro-intestinal et comprend des affections
qui constituent des urgences pédiatriques. De plus, le vomissement
persistant peut mener à des complications telles que la déshydratation,
des anomalies électrolytiques, le syndrome de Mallory-Weiss et
l’aspiration du contenu gastrique. Les commentaires qui suivent sur
l’anamnèse, l’examen, le diagnostic et le traitement servent de guide
sur la conduite à tenir devant l’enfant qui vomit, mais ne peuvent
remplacer de vastes connaissances en pédiatrie ni l’expérience
clinique qui permettent de différencier l’enfant vraiment malade de
celui qui l’est moins.
2.2.2 ANAMNÈSE
Certains éléments de l’anamnèse
peuvent s’avérer particulièrement utiles dans l’établissement du
diagnostic.
2.2.2.1 Âge
Chez le nouveau-né et le nourrisson, le
vomissement peut souvent être dû à des anomalies de la structure de
l’intestin, à des erreurs innées du métabolisme et à des symptômes
de privation chez l’enfant d’une mère toxicomane ( tableau
1 ). Une anamnèse complète portant sur la grossesse (y
compris les antécédents d’usage de drogues, les grossesses antérieures
et les avortements), l’accouchement et le postpartum est essentielle.
Certaines affections se produiront à un âge particulier, par exemple la
sténose du pylore entre 2 et 8 semaines, et l’intussusception entre 3
et 18 mois. L’appendicite est rare avant l’âge de 12 mois. Chez les
enfants plus âgés, d’autres affections, surtout les gastro-entérites,
les otites moyennes et les infections des voies respiratoires, sont plus
fréquentes.
TABLEAU 1.
Causes de vomissements selon l’âge à la manifestation
|
| Nouveau-né
et nourisson |
| Troubles
gastro-intestinaux
Fréquents
Gastro-entérite
Reflux gastro-oesophagien
Sténose du pylore
Intussusception
Obstruction anatomique
Atrésie de l'oesophage, du grêle
Dystopie par malrotation et volvulus
Maladie de Hirschsprung
|
Troubles non gastro-intestinaux
Fréquents
Infection des voies respiratoires supérieures
Septicémie ou méningite
Pneumonie
Infection des voies urinaires
|
Rares
Iléus méconial |
Rares
Erreurs innées du métabolisme
Hypertension intracrânienne - tumeur ou hydrocéphalie
Déficit endocrinien - surrénales, thyroïde
Acidose tubulaire rénale
Syndromes génétiques (trisomie 21, 13, 18) |
|
| Enfant et
a dolescent |
| Troubles
gastro-intestinaux
Fréquents
Gastro-entérite
Appendicite
Intussusception
Pancréatite
Maladie coeliaque
Maladie inflammatoire de l'intestin
|
Troubles
non gastro-intestinaux
Fréquents
Infection - voies respiratoires supérieures, oreille moyenne, voies
urinaires
Ingestion de toxine ou de drogue
Boulimie
Grossesse
|
Rares
Hépatite
Obstruction intestinale
Ulcère gastro-duodénal
Achalasie
Syndrome de Reye |
Rares
Vomissements acétonémiques ou migraine
Tumeur du cerveau
Torsion du testicule
Kyste de l'ovaire ou salpingite |
|
2.2.2.2 Alimentation
Les allergies alimentaires, la plus commune
étant l’intolérance aux protéines du lait de vache, se produisent
surtout chez les nourrissons nourris avec du lait maternisé. Chez le
nourrisson, la maladie coeliaque se manifeste seulement après une
exposition prolongée au gluten dans l’alimentation. Des maladies dues
à des déficits enzymatiques, telles que la galactosémie et la fructosémie,
ne deviennent apparentes qu’après l’introduction dans
l’alimentation du sucre non toléré.
2.2.2.3 Nature du vomissement
Des vomissements contenant de la bile
indiquent une obstruction intestinale en aval de la deuxième partie du
duodénum, alors que des vomissements sanglants font envisager une maladie
de la muqueuse oesophagienne, gastrique ou duodénale.
2.2.2.4 Installation et durée des
vomissements
Une installation brutale et une courte durée
laissent entrevoir une maladie passagère, tandis que des antécédents de
plus longue date indiquent une maladie chronique, particulièrement si les
vomissements sont associés avec un déficit de croissance.
2.2.2.5 Symptômes associés
La diarrhée accompagne fréquemment les
infections gastro-intestinales, mais un certain manque de consistance des
selles peut aussi être observé dans d’autres affections telles que les
infections urinaires. Une selle sanglante ressemblant à une gelée de
groseilles rouges est un signe classique d’intussusception. S’il y a
douleur abdominale, la nature, l’intensité et le siège de cette
douleur sont importants. L’obstruction du tractus gastro-intestinal est
souvent accompagnée d’une douleur à type de colique, centrale et
intermittente, comme les crampes associées avec les gastro-entérites. La
douleur à type de colique peut être accompagnée de pâleur, surtout
dans les cas d’intussusception. D’autres affections sont associées
avec une douleur plus soutenue ou touchant un endroit particulier, par
exemple une douleur de la fosse iliaque droite dans l’appendicite, une
douleur épigastrique ou centrale irradiant vers le dos dans la pancréatite.
La présence de fièvre indique une origine infectieuse et des foyers situés
hors du tractus gastro-intestinal, comme dans la méningite, devraient être
envisagés. Des symptômes neurologiques tels que céphalée, confusion et
perte d’habiletés de développement peuvent indiquer une maladie dont
la cible primaire est le système nerveux.
2.2.3 EXAMEN
Un examen physique complet est nécessaire,
car il est important de déterminer si l’enfant est malade ou bien
portant. Il est souvent possible de procéder à une évaluation initiale
par une observation attentive au chevet du patient. La taille, le poids et
le périmètre crânien devraient être portés (avec des données antérieures
si possible) sur un graphique de croissance pour permettre de déterminer
s’il y a eu diminution au cours des derniers mois. Une augmentation
rapide du périmètre crânien suggère une affection intracrânienne. Une
évaluation de la déshydratation (y compris turgescence des tissus,
muqueuses, retour capillaire, pouls et tension artérielle) ainsi qu’un
examen complet de chaque appareil ou système sont essentiels. Lorsqu’on
examine l’abdomen, il est particulièrement important de rechercher
toute distension, masse, sensibilité et particulièrement rigidité ou défense
musculaire indiquant la nécessité d’un examen chirurgical d’urgence.
2.2.4 INVESTIGATION
L’investigation de l’enfant qui vomit dépend
de ses antécédents et des résultats de l’examen physique. Un nouveau-né
fiévreux souffrant d’une maladie aiguë exige une investigation différente
de celle faite à un enfant plus vieux. L’investigation peut comprendre
les examens suivants.
2.2.4.1 Épreuves sanguines
Un hémogramme complet peut révéler une
numération élevée de leucocytes en présence d’une infection ou
d’une inflammation, mais cette élévation est relativement non spécifique.
Il peut y avoir une anémie, secondaire à une perte aiguë de sang ou de
plus longue date en présence d’une maladie chronique (normochrome) ou
de pertes sanguines persistantes (hypochromatique, microcytaire). Les électrolytes,
l’urée, la créatinine et le trou anionique procurent des
renseignements sur le bilan hydrique et sur l’état du métabolisme. Généralement,
des vomissements fréquents ont pour résultat une alcalose hypochlorémique
et hypokaliémique; toutefois, une acidose peut survenir si la déshydratation
est grave ou consécutive à un trouble métabolique sous-jacent. Des
anomalies de l’urée sont observées dans les cas de déshydratation (élévation)
et dans les troubles du cycle de l’urée (baisse). Une hyponatrémie ou
une hypernatrémie peuvent se produire si une rééquilibration hydrique
inadéquate est administrée.
2.2.4.2 Radiologie
Chez tout enfant qui présente des symptômes
d’un problème chirurgical tel qu’une obstruction intestinale, il faut
effectuer d’urgence une radiographie abdominale avec clichés en
position couchée et debout. L’obstruction intestinale est suggérée
par des anses intestinales dilatées avec niveaux hydro-aériques,
quoiqu’une image semblable puisse être observée en présence d’un iléus
accompagnant une gastro-entérite. L’anamnèse et l’examen permettent
généralement de distinguer ces deux possibilités. D’autres affections
présentent des aspects plus particuliers, tels qu’une masse dans le
quadrant supérieur droit de l’abdomen dans les cas d’intussusception,
une image en double bulle de l’atrésie duodénale et une anse distendue
dans un volvulus de l’intestin. Une échographie abdominale peut être
utile pour le diagnostic de sténose du pylore (masse hypertrophiée à la
sortie de l’estomac), d’hépatopathie (calculs et épaississement des
parois de la vésicule biliaire dans la cholécystite, grossissement du
foie dans l’hépatite), de pancréatite (pancréas gonflé et oedémateux),
de néphropathie (hydronéphrose ou atrophie des reins). Chez un enfant
qui présente des vomissements persistants contenant de la bile, il faut
effectuer une radiographie du tractus gastro-intestinal supérieur pour
exclure les causes anatomiques d’obstruction, y compris une dystopie de
l’intestin par rotation incomplète ou par malrotation, des anneaux et
des rétrécissements. La radiographie peut comprendre un transit de
l’intestin grêle pour déceler des problèmes plus distaux tels
qu’une maladie de Crohn d’un segment terminal.
2.2.4.3 Épreuves microbiologiques
L’examen des urines est important pour
exclure des troubles urinaires tels que des infections. L’examen bactériologique,
parasitologique et virologique des selles est indiqué s’il y a diarrhée,
ainsi que la recherche de la toxine de Clostridium
difficile s’il y a des antécédents
récents d’utilisation d’antibiotiques. Chez l’enfant gravement
malade ou fiévreux qui vomit et chez qui l’on soupçonne une septicémie
ou une méningite, des cultures du sang et du liquide céphalorachidien
sont nécessaires.
2.2.4.4 Endoscopie
L’endoscopie du tractus gastro-intestinal
supérieur peut être utilisée pour exclure une maladie de la muqueuse
oesophagienne (oesophagite), gastrique (gastrite à H. pylori , ulcération)
ou duodénale (ulcération, maladie de Crohn, maladie coeliaque).
2.2.5 PRISE EN CHARGE
La prise en charge de l’enfant qui vomit
est axée sur l’établissement d’un diagnostic exact et sur la
stabilisation de l’état du patient en ce qui concerne les anomalies
hydriques et électrolytiques. Chaque affection exige un traitement
particulier, par exemple une intervention chirurgicale pour une
appendicite et des antibiotiques pour une méningite. Le traitement immédiat
de la déshydratation exige une évaluation exacte, soit bénigne (< 5
%), modérée (de 5 % à 10 %) ou grave (> 10 %). Les besoins hydriques
sont alors calculés de façon à combler le déficit (généralement
pendant une période de 8, de 12 ou de 24 heures), à répondre aux
besoins (selon l’âge) et à compenser les pertes gastro-intestinales
continues. Une déshydratation bénigne à modérée peut habituellement
être corrigée par voie orale, à moins qu’il n’y ait contre-indication
(p. ex. dans des cas où il y aura une opération, comme l’appendicite
ou l’obstruction intestinale), alors que la déshydratation grave exige
habituellement une rééquilibration par voie intraveineuse, souvent avec
des solutions colloïdales et des solutés cristalloïdes.
| 2.3 Reflux
gastro-oesophagien (RGO) |
page
648 |
2.3.1 INTRODUCTION
Le reflux sans effort du contenu de
l’estomac est observé chez environ 50 % des nouveau-nés en bonne santé.
Chez la majorité des enfants atteints, il disparaît au cours de la première
année de la vie, surtout après six mois quand l’ingestion de solides
augmente et que les enfants commencent à s’asseoir et à se tenir
debout. Chez tous les enfants, un reflux sporadique après un repas est
normal. Le reflux est dit pathologique lorsqu’il est causé par un
trouble sous-jacent ou lorsqu’il est compliqué par un retard de
croissance, une oesophagite ou une affection respiratoire telle que
l’asthme ou la pneumonie par aspiration.
2.3.2 PATHOGENÈSE
Le reflux du contenu de l’estomac dans
l’oesophage est stoppé par un mécanisme anti-reflux situé à la
jonction gastro-oesophagienne et composé principalement des piliers du
diaphragme et du sphincter oesophagien inférieur (SOI). Le SOI est une région
de la partie inférieure de l’oesophage, définie sur le plan
physiologique, qui est maintenue dans un état de contraction partielle
afin de créer une zone de haute pression, mais qui se relâche pendant le
réflexe palatin pour permettre aux aliments de passer dans l’estomac.
La principale cause du reflux est une relaxation transitoire du SOI qui
n’est pas liée à la déglutition, plutôt qu’une pression
continuellement plus faible du sphincter. Bien que le volume gastrique et
la composition du contenu gastrique jouent un rôle important, le mécanisme
de cette relaxation transitoire n’est pas compris. D’autres facteurs
importants pour la prévention des complications du reflux comprennent le
péristaltisme oesophagien qui fait sortir de l’oesophage la matière
qui a reflué, les sécrétions salivaires, qui contribuent à la
neutralisation de l’acide gastrique du reflux, la résistance de la
muqueuse oesophagienne et les réflexes pulmonaires de protection qui empêchent
le reflux dans l’arbre respiratoire.
2.3.3 TABLEAU CLINIQUE
Une anamnèse et un examen médical
complets sont nécessaires pour tenter de préciser si l’enfant a un
reflux ou des vomissements. Le reflux gastro-oesophagien se produit
souvent sans effort alors que le vomissement est forcé, mais il peut y
avoir un certain chevauchement. Le reflux gastro-oesophagien se manifeste
généralement tôt après la naissance chez le nourrisson. Une survenue
soudaine de reflux chez un enfant qui n’a pas d’antécédents de
reflux ni de vomissements bilieux exige la recherche d’une cause
secondaire. L’anamnèse de l’alimentation est importante. Un volume
trop important pour les besoins de l’enfant est plus susceptible
d’entraîner un reflux. Le médecin devrait toujours déterminer si par
ailleurs l’enfant est en bonne santé et, si ce n’est pas le cas,
reconnaître les symptômes ou les signes indiquant une maladie
sous-jacente ou prédisposant au reflux ou aux vomissements ( tableau
1 ). La fréquence des épisodes de reflux et le volume du
reflux devraient être établis, et tous les symptômes ou signes de
complication de reflux gastro-oesophagien devraient être cherchés.
2.3.4 COMPLICATIONS DU RGO ( tableau
2 )
2.3.4.1 Retard de croissance
Un retard de croissance est associé avec
le reflux gastro-oesophagien lorsque l’apport calorique est insuffisant
à cause de la perte de lait causée par le reflux ou lorsque des enfants
qui souffrent d’oesophagite limitent leur alimentation à cause de la
douleur ou de la dysphagie associée avec l’ingestion.
TABLEAU 2.
Complications du RGO
|
Générales
Retard de croissance |
Oesophagiennes
Douleur
Oesophagite
Hématémèse
Anémie
Hypoprotéinémie
Dysphagie secondaire à un rétrécissement ou à un trouble de
motilité
Syndrome de Sandifer - association d'une posture inhabituelle de la
tête et du torse avec une oesophagite par reflux, chez le
nourrisson |
Respiratoires
Apnée
Bronchospasme
Laryngospasme
Pneunomie par aspiration |
|
2.3.4.2 OEsophagite
L’oesophagite peut être suggérée par
une dysphagie, une hématémèse, une anémie, une hypoalbuminémie ou une
thrombocytose. Bien que la dysphagie puisse se produire à la suite
d’une ulcération ou d’un rétrécissement de l’oesophage, elle peut
aussi survenir en raison de la diminution de la motilité qui est associée
avec une oesophagite et qui se manifeste souvent par le fait que des
aliments collent.
2.3.4.3 Complications respiratoires
La pneumonie causée par l’aspiration du
contenu gastrique est relativement fréquente chez l’enfant ayant une
atteinte neurologique, mais l’aspiration d’aliments peut également se
produire pendant l’ingestion à cause d’une incoordination de la déglutition.
Certains enfants asthmatiques, surtout ceux qui souffrent d’asthme
nocturne, peuvent présenter des symptômes consécutifs au reflux. Le
reflux gastro-oesophagien est une cause moins fréquente d’apnée chez
les prématurés, la plupart des cas d’apnée dans ce groupe d’âge étant
d’origine centrale. Le reflux gastro-oesophagien n’est pas en cause
dans la mort soudaine du nourrisson.
2.3.5 INVESTIGATION
Chez la grande majorité des nourrissons
souffrant de reflux gastro-oesophagien, il n’est pas nécessaire de
faire des examens additionnels. Par contre, lorsque le reflux est
persistant, grave ou associé avec des symptômes ou des signes d’un
trouble sous-jacent, d’autres examens s’imposent. Les premières
analyses de laboratoire devraient comprendre un hémogramme complet, un
ionogramme, la détermination du taux d’urée et du trou anionique,
l’examen des urines et, chez les enfants plus âgés, les tests de
l’exploration fonctionnelle hépatique et une détermination de la
lipase et de l’amylase. Une radiographie de contraste du tractus
gastro-intestinal supérieur devrait être faite dans le but d’exclure
des anomalies anatomiques prédisposantes telles qu’une malrotation ou
une sténose. Le reflux observé au cours de cet examen est une indication
peu fiable de reflux pathologique. Si l’on soupçonne la présence
d’une complication du reflux gastro-oesophagien, un examen plus poussé
pourrait être requis. Ces examens ne sont généralement possibles que
dans les centres de soins tertiaires et comprennent la pH-métrie de 24
heures de l’oesophage distal, qui sert à déterminer la fréquence, la
durée et les caractéristiques (postprandial, nocturne) des épisodes de
reflux et l’association de ces épisodes avec d’autres manifestations.
Idéalement, la pH-métrie est utilisée en conjonction avec le monitorage
respiratoire pour permettre de déterminer si les symptômes
respiratoires, tels que l’apnée ou la respiration sifflante, coïncident
avec le reflux.
On peut effectuer une manométrie
oesophagienne pour exclure des troubles moteurs de l’oesophage tels
qu’une achalasie; par ailleurs, des études de vidange gastrique en médecine
nucléaire peuvent, le cas échéant, documenter un retard de la vidange
gastrique contribuant au reflux. Pour déterminer s’il y a une
oesophagite, on peut pratiquer une biopsie de la muqueuse oesophagienne
par endoscopie ou par aspiration. À la biopsie, les caractéristiques de
l’oesophagite comprennent un infiltrat inflammatoire oesophagien
(particulièrement une augmentation du nombre d’éosinophiles), une épaisseur
accrue de la couche basale, une augmentation de la hauteur papillaire et
une ulcération accompagnée d’infiltration de neutrophiles. Une
bronchoscopie et un lavage broncho-alvéolaire visant à déceler des
macrophages chargés de lipides peuvent être utiles pour le diagnostic
d’infections respiratoires liées au reflux.
2.3.6 PRISE EN CHARGE
Dans la plupart des cas, la prise en charge
des enfants qui souffrent de reflux gastro-oesophagien ne requiert pas
plus qu’une explication aux parents, indiquant que le reflux est un phénomène
normal chez les nourrissons. Des mesures simples peuvent être utiles.
Celles-ci comprennent la position du nourrisson et une alimentation plus
fréquente avec des portions plus petites et plus consistantes; dans de
rares cas, il peut être nécessaire d’avoir recours à une alimentation
continue au goutte à goutte. Il peut être utile de placer le nourrisson
à plat ventre après le repas, de façon que sa tête soit surélevée,
mais l’emploi de sièges pour nourrissons semble empirer le reflux. L’épaississement
de l’alimentation (habituellement avec une préparation à base de riz)
diminue le nombre des vomissements et la durée des pleurs, mais ne
diminuerait pas le temps que dure le reflux, comme l’a démontré la
pH-métrie oesophagienne.
Pour les enfants qui ont des complications
ou un reflux grave qui ne répond pas à des mesures simples, un
traitement médicamenteux peut être nécessaire. Cela consiste généralement
en un agent procinétique ou en un agent suppresseur d’acide. Le
cisapride est l’agent procinétique de préférence parce qu’il n’a
pas les effets indésirables neurologiques et respiratoires de certains
autres agents procinétiques tels que le métoclopramide et le béthanéchol.
Le cisapride, qui agit à la périphérie et augmente la libération
d’acétylcholine du plexus myentérique intestinal, a démontré son
efficacité dans le traitement du reflux gastro-oesophagien chez
l’enfant. Il est administré par voie orale environ 30 minutes avant
l’alimentation, à raison de 0,2 mg/kg 4 f.p.j., jusqu’à une dose
maximale de 0,3 mg/kg. Il est bien toléré et ses effets indésirables se
limitent généralement à une augmentation de la fréquence des selles.
Toutefois, des rapports récents ont révélé que le cisapride pouvait
provoquer des arythmies ventriculaires potentiellement mortelles chez des
personnes qui souffrent d’anomalies de la conduction telles qu’un
intervalle Q-T prolongé; il doit donc être employé avec une extrême
prudence chez ces patients. La suppression de l’acidité est utile chez
les patients qui présentent des signes de douleur associée avec une
oesophagite ou un reflux. Un antagoniste des récepteurs H 2 tel
que la ranitidine ou la cimétidine suffit souvent à soulager la douleur,
mais en cas d’oesophagite, la guérison nécessitera peut-être une
suppression de l’acidité plus forte par un inhibiteur de la pompe à
protons tel que l’oméprazole.
L’intervention chirurgicale peut être nécessaire
dans les cas de reflux gastro-oesophagien réfractaire au traitement médical
ou d’apnée potentiellement fatale liée au reflux. L’intervention préférée
est la fundoplicature de Nissen, où le fundus gastrique est enroulé à
360º autour de la partie inférieure de l’oesophage, de manière à y
produire une zone de haute pression. La fundoplicature est efficace et le
succès clinique est observé chez près de 90 % des patients après cinq
ans; toutefois, des complications majeures telles que des adhérences
postopératoires, une infection de la plaie et une pneumonie se produisent
chez 10 % à 20 % des patients. La fundoplicature réussit moins bien à
maîtriser le reflux chez les enfants qui ont une atteinte neurologique et
dans ce cas les taux de succès clinique sont de l’ordre de 50 % à 60 %
et les taux de complications, plus élevés. Récemment, de nouvelles
techniques chirurgicales, telles que l’enroulement partiel (< 360º)
et la fundoplicature laparoscopique, ont été mises au point, mais on ne
sait pas encore si les taux de succès à long terme de ces interventions
ou les complications qui peuvent survenir seront différents des résultats
obtenus par la technique ouverte de Nissen.
  
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