
 
4. CONSTIPATION
CHRONIQUE, ENCOPRÉSIE ET SOUILLAGE
R.B. Scott |
|
La constipation est un symptôme indicateur
d’une anomalie des selles ou de leur élimination : les selles sont trop
volumineuses ou trop dures; le passage n’est pas assez fréquent, il est
douloureux et incomplet. Il y a beaucoup de variation dans ce qu’il est
convenu d’appeler une habitude d’élimination intestinale normale, et
cette habitude change considérablement entre la naissance et
l’adolescence. En général, la fréquence des selles est moindre chez
le bébé nourri avec une formule préparée que chez celui qui est nourri
au sein. Le nourrisson alimenté avec une formule préparée a tendance à
passer de trois à cinq selles par jour; le bébé allaité, cependant,
peut fort bien passer des selles molles sans difficulté à une fréquence
qui peut aller de dix selles par jour à une selle tous les dix jours. À
l’âge de deux ou trois ans, la fréquence de défécation est de deux
selles par jour. De trois ans à l’âge adulte, les selles varient entre
trois fois par jour et trois fois par semaine chez 96 % des individus. Le
quart de tous les cas de constipation chronique commence au cours de la
première année de vie, mais chez la majorité des enfants touchés, les
problèmes apparaissent au cours des années préscolaires. La
constipation chronique est une cause très fréquente de consultation en
gastro-entérologie pédiatrique et a tendance à affecter les garçons légèrement
plus que les filles (dans un rapport de 1,5:1).
Encoprésie est
un terme qui est devenu synonyme de passage de selles volontaire ou
involontaire à un endroit inapproprié (habituellement dans les sous-vêtements).
Le terme souillage définit la fuite involontaire constante de
selles associée avec un fécalome. La constipation chronique compliquée
d’encoprésie ou de souillage compte pour 3 % de tous les cas dirigés
vers les grandes cliniques des hôpitaux universitaires. Elle survient
chez 1 % à 2 % des enfants de sept ans des écoles primaires et est plus
fréquente chez les garçons que chez les filles (dans un rapport de 5:1).
| 4.2
Pathophysiologie |
page
564 |
Le côlon absorbe l’eau et les électrolytes,
et accumule et entasse le résidu indigeste en selles formées pour évacuation
subséquente. La fonction motrice du côlon consiste spécialement à
effectuer ces activités. Des contractions annulaires répétées ou des
contractions haustrales provoquent un va-et-vient du contenu luminal,
retardant ainsi le transit et augmentant l’absorption. De une à trois
fois par jour, des mouvements «de masse» transportent le contenu du côlon
à distance. La défécation normale est une combinaison des fonctions
autonome et volontaire. La distension du rectum est le stimulus qui amorce
la défécation réflexe. Lorsque le bol fécal distend le rectum, les récepteurs
sensoriels dans la paroi rectale sont stimulés, entraînant une
perception consciente de la distension rectale et la relaxation
involontaire du sphincter anal interne. En l’absence de contraction
volontaire du muscle puborectal et du sphincter anal externe, le bol fécal
est expulsé.
Le temps de transit intestinal est étroitement
lié à la fréquence de défécation. La diminution de la fréquence de défécation
qui vient avec l’âge est associée avec une augmentation du temps de
transit intestinal. Au cours du premier mois de vie, le temps de transit
est de 8 heures; à 2 ans, il est de 16 heures; entre 3 et 13 ans, il est
de 26 heures et, chez l’adulte, il est d’au moins 48 heures. Le temps
de transit est largement influencé par la quantité de fibres dans
l’alimentation. Les régimes riches en fibres favorisent la rétention
d’eau et, de ce fait, augmentent le poids et le volume des selles,
raccourcissent le temps de transit et augmentent la fréquence des défécations.
Les selles normales ont une teneur en eau de 60 % à 85 % de la masse. Une
augmentation ou une diminution du volume d’eau dans les selles d’aussi
peu que 100 mL chez l’adulte peuvent représenter de la diarrhée ou de
la constipation, respectivement. Dans la constipation, la dessication
accrue du contenu colique est due à un contact plus long avec la muqueuse
plutôt qu’à une altération de la fonction absorbante de la muqueuse.
| 4.3 Diagnostic
différentiel |
page
655 |
Chez l’enfant qui se présente avec un
trouble d’élimination, le médecin doit déterminer si le problème est
fonctionnel ou organique, ou s’il s’agit d’une mauvaise interprétation
parentale des symptômes. Parmi les exemples de ce dernier cas, on trouve
le bébé en santé, nourri au sein qui passe une selle molle tous les 10
jours, et le nourrisson normal qui passe des selles molles régulièrement,
mais qui devient souvent irritable, pleure, devient rouge et grogne au
moment de la défécation. De même, les enfants de un à deux ans
cesseront leurs activités, deviendront rouges, adopteront une posture
rigide et auront l’air de se concentrer sur l’expulsion d’une selle
difficile à passer. Très souvent, il n’y a aucun problème et en fait,
ces enfants tentent d’utiliser une habileté nouvellement acquise et
retiennent le passage d’une selle.
La constipation organique peut être le résultat
d’une obstruction mécanique, de difficultés périanales causant une défécation
douloureuse, de troubles métaboliques ou médicaux, de problèmes
neuromusculaires ou de médicaments qui favorisent la constipation.
L’obstruction mécanique peut survenir à la suite d’une sténose congénitale,
postchirurgicale ou inflammatoire au niveau du canal anal, de
l’obstruction par une masse intrinsèque comme l’adénocarcinome chez
l’adulte, ou de l’obstruction par une masse extrinsèque comme la néoplasie
ou la grossesse. Un trauma ou une opération à la région ano-rectale,
des fissures anales, des hémorroïdes thrombosées ou un abcès, ou une
infection de l’anus peuvent causer une défécation douloureuse. Les
troubles métaboliques et médicaux qui ont été associés avec la
constipation organique incluent l’hypercalcémie, l’hypokaliémie,
l’hypothyroïdie, la porphyrie et des problèmes entraînant la polyurie
et la déshydratation, y compris le diabète insipide, le diabète sucré
et l’insuffisance rénale chronique. La constipation organique peut être
due à un dysfonctionnement à tous les niveaux de l’axe neuromusculaire
: troubles du système nerveux central tels que paralysie cérébrale ou
accident cérébro-vasculaire; anomalies du système nerveux périphérique
incluant myéloméningocèle, trauma, polio ou néphropathie diabétique;
troubles touchant le système nerveux entérique comme la maladie de
Hirschsprung; et myopathies squelettiques ou du muscle lisse. Les médicaments
qui causent la constipation incluent les opiacés, les anticholinergiques,
les antidépresseurs tricycliques et les phénothiazines, les antiacides
qui contiennent de l’aluminium, les diurétiques, le fer et la
vincristine.
La constipation fonctionnelle est souvent
provoquée par une diminution de l’apport liquidien ou une déperdition
accrue des liquides, par une diminution de l’activité physique, par un
régime alimentaire pauvre en fibres, contenant une quantité excessive de
lait ou insuffisant sur le plan nutritionnel, ou par tout ce qui peut
entraîner une inhibition involontaire chronique de la défécation. Des
horaires imposés et la réticence de certains enfants à utiliser différentes
salles de toilette constituent des exemples de ce dernier problème; des
enfants peuvent tout simplement être trop occupés pour répondre à ce
besoin de défécation.
Chez l’enfant qui présente de l’encoprésie,
le médecin doit déterminer si l’incontinence fécale est due à un
trouble neuromusculaire congénital ou acquis, ou à un trouble du
comportement. Toutefois, la plupart des enfants se souillent à la suite
d’un fécalome chronique et d’un trop-plein. Dans ces cas, les enfants
peuvent éprouver des troubles de comportement secondaires, mais leur
principal problème en est un de distension rectale importante avec perte
de l’angle rectal / ano-rectal et de la fonction de continence de
l’anneau pubo-rectal. Chaque fois qu’il y a un mouvement de masse, le
seul mécanisme de continence résiduelle chez ces enfants est le
sphincter anal externe volontaire, qui se fatigue rapidement, entraînant
un souillage involontaire. Il n’est pas inhabituel pour de tout jeunes
enfants de nier avoir connaissance de ce qui se passe, parce que s’ils
admettent qu’ils en sont conscients, leurs parents s’attendent à ce
qu’ils soient capables de prévenir ce souillage. Ces enfants
retrouveront leur continence seulement si leur distension rectale est
soulagée.
4.3.1 DISTINCTION ENTRE LA RÉTENTION
FÉCALE CHRONIQUE ET LA MALADIE
DE HIRSCHSPRUNG
Le problème organique le plus fréquemment
envisagé dans le diagnostic différentiel des patients qui souffrent de
constipation fonctionnelle est la maladie de Hirschsprung. Ces deux problèmes
peuvent souvent être distingués par des différences marquées dans
l’anamnèse et l’examen physique. Voir les détails dans le tableau
3 .
TABLEAU 3.
Traits caractéristiques de la constipation fonctionnelle et du mégacôlon
aganglionnaire (maladie de Hirschsprung)
|
|
Constipation
fonctionnelle |
Maladie de
Hirschsprung |
|
| Âge au début |
Acquise peu
après la naissance |
Présente dès
la naissance |
| Croissance |
Normale |
Médiocre |
| Anamnèse |
Apprentissage
coercitif de la propreté
Douleur abdominale à type de colique
Rarement distension abdominale
Selles volumineuses périodiques
Souillage |
Absence
d’apprentissage coercitif de la propreté
Rarement douleur abdominale
Abdomen distendu
Selles en boulettes ou en ruban
Pas de souillage |
| Antécédents |
Pas d’épisode
d’occlusion intestinale |
Fréquents épisodes
d’occlusion intestinale |
| Examen
physique |
Enfant bien
portant
Rectum rempli de selles tassées |
État
nutritionnel médiocre
Rectum vide |
| Lavement
baryté |
Absence
d’une zone de transition et côlon distal distendu |
Présence
d’une zone de transition |
| Manométrie |
Réflexe
inhibiteur recto-anal intact |
Réflexe
inhibiteur recto-anal absent |
| Biopsie |
Normale |
Absence de
ganglions dans le plexus myentérique et hypertrophie des troncs
nerveux |
| Évolution |
Mortalité négligeable
Morbidité variable |
Mortalité élevée,
compte tenu de la rapidité à poser le diagnostic, et morbidité
variable selon le type et l’issue du traitement chirurgical |
|
Si l’on soupçonne une cause organique à
la constipation, elle doit être investiguée et traitée; toutefois, la
plupart des patients souffrant de constipation n’ont aucune anomalie
organique sous-jacente. Chez les patients présentant une légère
constipation, une modification du régime alimentaire incluant une
augmentation des liquides et de l’apport de fibres, l’adoption
d’habitudes intestinales régulières, y compris une réponse rapide au
besoin de défécation, et une activité physique appropriée peuvent
constituer un remède suffisant. De nombreux individus auront en outre
besoin d’un laxatif. Les patients dont la constipation est compliquée
d’un fécalome et de souillage nécessiteront un traitement très énergique
incluant l’éducation, la levée de l’obstruction due au fécalome,
l’adoption d’habitudes intestinales régulières, un traitement
laxatif ajusté pour obtenir le passage d’une selle molle tous les jours,
un régime alimentaire et des exercices physiques appropriés, et (chez
les jeunes enfants) un renforcement positif lorsque le comportement est
approprié. Le traitement doit être énergique et persister durant une période
de trois à six mois jusqu’à ce que le côlon distendu et
dysfonctionnel ait la chance de reprendre un calibre, une sensibilité et
un tonus normaux.
Le fécalome peut généralement être éliminé
par l’administration de lavements Fleet® , à des intervalles de douze
heures (de deux à quatre suffisent généralement). Il existe sur le
marché différents laxatifs dont le mécanisme d’action peut être
hydrophile (fibres alimentaires), lubrifiant (huile minérale), osmotique
(suppositoires à la glycérine, lactulose, citrate ou sulfate de magnésium
et phosphate ou biphosphate de sodium), sécrétoire (acide ricinoléique,
hydroxy-acides gras libres, dihydroxy-acides biliaires et
dioctyle-sulfosuccinate de sodium) et stimulant de la motricité (anthraquinones
et dérivés du diphénylméthane). Le son naturel, la méthylcellulose,
le polycarbophile et le psyllium sont tous des formes de fibres qui, de
par leur capacité à fixer l’eau à l’intérieur de leur structure,
contribuent à augmenter le volume et le poids des selles, et sont associés
avec un transit plus rapide et des selles plus fréquentes. Ils sont sûrs
et efficaces chez les enfants s’ils en prennent suffisamment, mais
ceux-ci sont souvent infidèles. L’huile minérale est le laxatif de
choix chez les enfants pour des raisons de plus grande fidélité. C’est
une huile indigeste, sans goût, qui ajoute du volume, ramollit et
lubrifie les selles et exerce un effet osmotique additionnel. Son
aspiration peut provoquer une pneumonie graisseuse; ce mode de traitement
doit donc être évité chez les patients connus pour aspirer et qui ont
des antécédents de reflux. Prise avec le repas, l’huile minérale
entraînera une certaine malabsorption des vitamines liposolubles. Ce
problème peut être résolu en donnant une dose unique plusieurs heures
après le repas du soir. Utilisée adéquatement, l’huile minérale est
un laxatif peu coûteux, bien toléré, efficace et sûr pour les enfants.
Chez ceux qui refusent l’huile minérale, l’agent osmotique lactulose
constitue une solution de rechange plus coûteuse, mais efficace.
La constipation chez le très jeune bébé
peut être traitée en ajoutant du jus de prune à son alimentation ou de
la cassonade à la formule, ou en donnant au nourrisson des purées ayant
une action laxative naturelle (contenant des prunes, par exemple).
L’huile minérale est souvent un mauvais choix chez ce groupe d’âge,
en raison de la fréquence des reflux gastro-oesophagiens.
  
|