
 
6. DIARRHÉE
AIGUË CHEZ L'ENFANT
J.D. Butzner |
|
| 6.1
Introduction |
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671 |
Un enfant nord-américain aura entre six et
douze épisodes de diarrhée aiguë avant l’âge de cinq ans. Ces
manifestations sont responsables d’environ 12 % des hospitalisations
chez l’enfant et causent environ 300 décès chaque année. À l’échelle
mondiale, la diarrhée aiguë est la première cause de morbidité et de
mortalité infantiles, entraînant trois millions de décès chaque année.
La plupart des décès sont dus à l’absence de traitement adéquat de
la déshydratation aiguë et de correction des déséquilibres électrolytiques.
Les études, tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement,
montrent que l’hospitalisation peut être évitée, et que la morbidité
et la mortalité peuvent être considérablement réduites par
l’application rapide de deux traitements simples : la réhydratation par
voie orale et la réalimentation précoce. En dépit des recommandations
d’utiliser une réhydratation par voie orale et de poursuivre ou de
reprendre l’alimentation tôt dans les cas de diarrhées bénignes ou
modérées, l’utilisation de traitements inappropriés se voit encore.
Ceux-ci comprennent des thérapies intraveineuses superflues,
l’administration de liquides inadéquats par voie orale (solutions non
équilibrées de sucre et d’électrolytes), le jeûne prolongé avec
introduction lente d’aliments en faible quantité et l’utilisation
inopportune d’antibiotiques, d’inhibiteurs de la motilité gastrique
et d’antidiarrhéiques.
| 6.2
Physiopathologie de la diarrhée aiguë |
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671 |
La connaissance de la physiologie des
fluides intestinaux, des électrolytes et du transport des nutriments est
fondamentale pour la compréhension des mécanismes de la diarrhée aiguë
et d’une réhydratation par voie orale réussie. L’absorption d’eau
se produit surtout dans l’intestin grêle sous la poussée d’un
gradient osmotique qui dépend du transport des ions sodium et chlorure,
de même que des nutriments tels que le glucose et les acides aminés. Le
sodium, le glucose et plusieurs acides aminés sont transportés à
travers les membranes apicales des cellules épithéliales de l’intestin
par des systèmes de cotransporteurs de nutriments sodium-dépendants. Le
sodium est ensuite transporté par la Na + /K + -ATPase
de l’intérieur de la cellule vers le compartiment extracellulaire à
travers la membrane basolatérale. Cette enzyme utilise de l’énergie
pour diminuer la concentration intracellulaire de sodium, produisant ainsi
une charge électrique intracellulaire négative. Le gradient électrochimique
qui en résulte favorise l’absorption du sodium par les cellules épithéliales,
qui en retour stimule les cotransporteurs de nutriments sodium-dépendants.
L’anion chlorure est absorbé pour maintenir la neutralité électrique
à travers l’épithélium et l’eau est absorbée passivement en réaction
au transport de ces électrolytes et nutriments. Le succès de la réhydratation
par voie orale à l’aide de solutions équilibrées de sucre et de sel dépend
de ces principes physiologiques élémentaires.
La diarrhée associée avec des lésions de
l’intestin grêle chez les nourrissons et les enfants est causée par
quatre mécanismes principaux : 1) une augmentation des pertes de liquides
osmotiques, 2) une sécrétion inopportune, 3) une inflammation associée
avec des pertes de liquides exsudatifs et de protéines, et 4) une altération
de la motilité intestinale. La cause la plus fréquente dans le monde de
la diarrhée osmotique et de la diarrhée infectieuse aiguë est l’entérite
virale due au rotavirus. Ce virus stimule la perte des cellules épithéliales
absorbantes matures des villosités de l’intestin grêle. Ces cellules
sont remplacées par des cellules non arrivées à maturité, dont les
transporteurs, y compris le cotransporteur de glucose sodium-dépendant et
la Na + /K + -ATPase, n’ont pas atteint un développement
suffisant. Lorsque des solutions non équilibrées de sucre et d’électrolytes,
tels les jus de fruits, des boissons gazeuses ou des bouillons, sont
utilisées comme traitement, les capacités de transport immatures de
l’intestin sont dépassées. Les forces osmotiques créées par les
nutriments non absorbés qui restent dans la lumière de l’intestin
stimulent des pertes liquidiennes par les diarrhées aqueuses. Les enfants
qui ont des lésions intestinales causées par une entérite aiguë
peuvent aussi souffrir de déficiences secondaires en disaccharidases, qui
contribuent à la diarrhée osmotique par malabsorption des disaccharides
lactose et sucrose. Il est intéressant de constater que la fréquence de
cette complication a considérablement diminué chez les enfants souffrant
de déshydratation légère ou modérée, par l’application rapide de
protocoles thérapeutiques qui mettent l’accent sur la réhydratation
par voie orale et la réalimentation précoce. La diarrhée osmotique est
également le résultat d’infections par Giardia lamblia , Cryptosporidium
et Salmonella , et par des souches particulières d’ E.
coli qui peuvent adhérer à la muqueuse intestinale. Les médications
contenant des sucres non absorbables tels le sorbitol, le lactulose et le
mannitol, et des ions peu absorbables tels le magnésium, le sulfate, le
phosphate et le citrate peuvent également provoquer une diarrhée
osmotique. Les enfants en bonne santé qui ingèrent des quantités
excessives de jus de fruits, de boissons gazeuses ou de produits sans
sucre tels que de la gomme à mâcher ou des menthes contenant du sorbitol
peuvent souffrir d’une diarrhée osmotique à cause d’une
malabsorption du fructose et du sorbitol qui se trouvent dans ces produits.
Cela est une cause majeure de diarrhée chronique non spécifique chez
l’enfant.
Le second mécanisme principal de la diarrhée
fait intervenir la sécrétion active des anions chlorure et bicarbonate
après la sécrétion passive d’eau. Les sécrétagogues luminaux
comprennent les entérotoxines produites par V. cholerae , les
toxines sensibles ou insensibles à la chaleur de certainessouches d’ E.
coli , les entérotoxines de staphylocoques, de Clostridium
perfringens et de Bacillus cereus , de même que les acides
gras hydroxylés provenant des lipides alimentaires mal absorbés et les
acides biliaires non absorbés. Récemment, des chercheurs ont décrit une
sécrétion intestinale provoquée par le rotavirus. Les sécrétagogues
endogènes comprennent les hormones sécrétées par des tumeurs
intestinales et les médiateurs inflammatoires libérés en réaction à
des allergies alimentaires, des affections intestinales inflammatoires et
des infections générales. Ces médiateurs comprennent l’histamine, les
icosanoïdes, le facteur activateur des plaquettes, la sérotonine et
l’IL-1. Ils sont libérés après l’activation directe des cellules
inflammatoires ou en conséquence d’une stimulation de ces cellules par
le système nerveux entérique. La toxine du choléra, la première à être
décrite, demeure la cause classique de la diarrhée sécrétoire. La
sous-unité B de cette toxine se lie à la surface luminale des
microvillosités de l’entérocyte. La sous-unité A est ensuite
internalisée et active de façon irréversible l’adénylcyclase qui
stimule la formation d’adénosine monophosphate cyclique (AMPc). Cela
active la phosphorylation de protéines qui à son tour déclenche la sécrétion
d’ions chlorure et entrave l’absorption de Na + Cl - .
Dans la diarrhée sécrétoire, il n’y a pas d’atteinte morphologique
aux cellules épithéliales, et le transporteur de glucose sodium-dépendant
et la Na + /K + -ATPase fonctionnent normalement. La
réhydratation par voie orale peut ainsi donner des résultats malgré une
sécrétion intestinale concomitante.
Dans le troisième mécanisme causant la
diarrhée, il y a exsudation de fluide et de protéines consécutive à
une inflammation ou à une ulcération de la muqueuse intestinale ou
colique. Le résultat est une diarrhée sanglante ou une dysenterie causée
par les bactéries suivantes : Shigella , Campylobacter jejuni ,
Salmonella , Yersinia enterocolitica , des souches entéro-invasives
et entérohémorragiques de E. coli et le protozoaire Entamoeba
histolytica . Ce type de diarrhée est également observé dans les
affections intestinales inflammatoires, particulièrement dans la colite
ulcéreuse. Les selles diarrhéiques contiennent du mucus, un exsudat et
du sang. Rappelons que la libération de médiateurs de l’inflammation
stimule également la sécrétion de liquides.
Enfin, tant l’hypermotilité que
l’hypomotilité ont pour résultat une perte de liquides par diarrhée.
L’hypermotilité se produit dans les infections intestinales,
l’hyperthyroïdie, les tumeurs sécrétantes et l’excès de laxatifs
de type irritant. L’hypomotilité est observée dans les syndromes
pseudo-obstructifs de l’intestin et dans l’obstruction anatomique
partielle qui a pour résultat le syndrome de l’anse borgne. Avec la
diminution de la motilité, il peut apparaître une contamination bactérienne,
avec pour conséquence une malabsorption des nutriments et la stimulation
de pertes liquidiennes par la diarrhée sécrétoire.
| 6.3 Examen
clinique |
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674 |
Le nourrisson ou l’enfant qui a une
diarrhée aqueuse est plus susceptible de contracter une entérite virale.
Cependant, ces symptômes peuvent être les manifestations initiales
d’autres maladies gastro-intestinales ou non gastro-intestinales, comme
l’otite moyenne, les infections urinaires, les septicémies bactériennes,
la méningite, la pneumonie, l’allergie et l’ingestion de produits
toxiques. Les enfants qui ont des selles aqueuses, diarrhéiques en même
temps que des infections telles que celles de l’oreille moyenne ou des
voies urinaires ne souffrent généralement pas de déshydratation. Ce phénomène
est connu sous le nom de diarrhée parentérale et est probablement dû à
la libération de médiateurs de l’inflammation. Une anamnèse et un
examen physique rigoureux sont très importants pour distinguer une
gastro-entérite aiguë des autres causes de diarrhée aiguë. De plus,
l’évaluation rigoureuse du degré de déshydratation, des pertes
liquidiennes courantes et de la capacité de boire sont essentielles pour
permettre un remplacement et un apport liquidiens adéquats.
6.3.1 ANTÉCÉDENTS
Il faut poser des questions précises sur
la fréquence, le volume et la durée des vomissements et de la diarrhée
pour déterminer la gravité du déficit liquidien et du déséquilibre électrolytique.
Une déshydratation importante peut également se manifester par une
diminution du niveau d’activité, une diminution du volume urinaire et
une perte de poids. Un résumé de l’évaluation du degré de déshydratation
est présenté dans le tableau
7 . L’information sur la consistance des selles de même
que sur la présence et la quantité de sang aide à établir un
diagnostic et à déterminer les examens nécessaires. Quant aux
nourrissons chez lesquels on soupçonne une infection gastro-intestinale,
des antécédents de maladies dans l’entourage, y compris les compagnons
de jeu, les frères et soeurs et les employés de la garderie, de même
que l’exposition à des voyageurs en visite, peuvent fournir des indices
sur la source de l’infection. Des infections bénignes des voies
respiratoires supérieures chez les parents ou des enfants plus vieux
peuvent provoquer des vomissements et des diarrhées aigus chez le
nourrisson ou l’enfant qui commence à marcher. En plus, les contacts
avec des personnes, l’exposition aux animaux, à de l’eau ou à de la
nourriture contaminées peuvent provoquer des infections entériques. Les
aliments causent des diarrhées et des vomissements aigus par plusieurs mécanismes,
dont les réactions immunes menant aux allergies alimentaires, des réactions
métaboliques ou pharmacologiques et des réactions provoquées par des
toxines d’aliments ou de leurs contaminants. L’intolérance au lactose
due à une carence en lactase apparaissant à l’âge adulte, le syndrome
du «restaurant chinois» attribuable à l’ingestion de glutamate
monosodique et l’intoxication alimentaire par staphylocoques se
produisant de une à six heures après l’ingestion des toxines préformées
sont des exemples de causes non immunologiques d’intoxication
alimentaire. Les nourrissons qui souffrent d’une diarrhée aiguë durant
les premières semaines de leur vie sont plus susceptibles d’avoir une
anomalie anatomique congénitale de l’appareil digestif ou une maladie métabolique
héréditaire telle que l’abêtalipoprotéinémie, la fibrose kystique
ou l’un des rares déficits en transporteur intestinal.
6.3.2 EXAMEN PHYSIQUE
L’évaluation imprécise des pertes
hydriques courantes et du déficit liquidien est la cause la plus
importante de morbidité et de mortalité associées avec les diarrhées
et les vomissements aigus chez l’enfant. Le nourrisson est particulièrement
sujet à la déshydratation parce qu’il subit de plus grandes pertes
liquidiennes, en raison d’une plus grande surface intestinale par
kilogramme de poids corporel, comparativement à l’adulte. Une immaturité
du pouvoir de concentration du rein, un taux métabolique accru et une dépendance
par rapport à autrui pour l’apport de liquides contribuent aussi à
l’apparition rapide de déficits liquidiens graves chez l’enfant.
Savoir quel était le poids de l’enfant juste avant le début de la
maladie est le moyen le plus sensible pour estimer la gravité de la déshydratation.
Malheureusement, on dispose rarement de
cette donnée. Le poids devrait être déterminé au début du traitement
pour juger des pertes éventuelles et mesurer le succès du traitement.
Tel que le montre le tableau
7 , on peut rapidement évaluer la gravité de la déshydratation
par les antécédents et par l’examen physique, et ajuster le traitement
de réhydratation en conséquence. On prend souvent à tort une diarrhée
aqueuse pour de l’urine dans la couche. Cela peut mener à une sous-estimation
des pertes liquidiennes. Une selle aqueuse est indiquée par la présence
de particules, ou celle de sucres ou de protéines après un résultat
positif sur bandelette réactive. Une respiration rapide et profonde peut
suggérer une acidose métabolique sans complications. Chez l’enfant qui
présente un abdomen distendu, on devrait procéder à l’auscultation
des bruits intestinaux pour exclure un iléus paralytique et à un examen
rectal pour déterminer s’il y a accumulation de liquides dans un troisième
espace constitué de la lumière intestinale. L’examen des selles pour
la présence de sang, de leucocytes, de substances réductrices, de gras
et de cristaux d’acides gras ainsi que la mesure du pH peuvent donner
des indices utiles sur la cause d’une diarrhée.
6.3.3 EXAMENS
La majorité des accès de diarrhée
aqueuse aiguë chez des enfants par ailleurs en bonne santé sont spontanément
résolutifs et associés uniquement avec une déshydratation légère.
Dans cette situation, les examens biochimiques ou microbiologiques
sont rarement nécessaires. Lorsqu’on soupçonne un stade avancé de déshydratation,
l’évaluation des électrolytes sériques, de l’azote uréique et de
l’équilibre acido-basique aideront à ajuster une thérapie de réhydratation
en cours. Les examens virologiques et microbiologiques ne devraient être
faits que dans le but de changer le traitement du patient, de traiter son
entourage ou de protéger les autres patients hospitalisés. Des examens
supplémentaires sont nécessaires, par exemple, en cas d’épidémie de
diarrhée dans une garderie ou un hôpital, de diarrhée chez un patient
qui a récemment voyagé dans une région où la diarrhée est endémique
et d’évaluation du patient immunodéficient ou du patient chez lequel
les traitements initiaux ont échoué. Chez le nourrisson ou l’enfant
qui a une diarrhée sanglante, on devrait effectuer une coproculture et un
antibiogramme pour guider le choix de l’antibiothérapie appropriée si
le traitement est indiqué. Dans les régions où des souches entérohémorragique
d’ E. coli causent la diarrhée sanglante, des épreuves de
laboratoires additionnelles comprenant une numération globulaire, une numération
plaquettaire, un frottis sanguin pour chercher des signes d’hémolyse
intravasculaire, la détermination des électrolytes sériques, de la créatine
sérique et des examens sériés des urines sont justifiés pour le
diagnostic et le traitement du syndrome hémolytique et urémique, première
cause d’insuffisance rénale chez les enfants de moins de six ans.
| 6.4 Conduite
du traitement – Réhydratation par voie orale |
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677 |
6.4.1 RÉHYDRATATION PAR VOIE ORALE
Chez les enfants souffrant d’une diarrhée
aiguë associée avec une déshydratation légère à modérée,
l’administration d’une solution de réhydratation équilibrée par
voie orale (SRO) doit être faite immédiatement comme on le montre dans
le tableau 7 .
Les parents devraient être informés de la manière d’administrer la réhydratation
par voie orale comme mesure préventive. Une SRO avec un rapport de sucre
à sodium inférieur à 2:1 et une osmolalité identique ou légèrement
inférieure à celle du plasma est recommandée. En Amérique du Nord, la
plupart des SRO ont une teneur en sodium de 45 à 75 mmol/L parce que les
pertes sodiques par les selles (de 35 à 45 mmol/L environ) durant une entérite
virale sont de beaucoup inférieures à celles des diarrhées sécrétoires
telles que le choléra (de 90 à 140 mmol/L). Pour les enfants dont le
taux de déperdition demeure élevé (> 10 mL/kg/h), des solutions à
teneur sodique plus élevée peuvent être nécessaires. Lorsque, pour le
traitement d’entretien des solutions dont la teneur en sodium est supérieure
à 60 mmol/L, on emploie des liquides pauvres en sodium tels que le lait
maternel, le lait maternisé, le jus de fruits dilué ou l’eau doivent
être donnés en même temps pour prévenir l’apparition d’une
hypernatrémie. En Amérique du Nord, des solutions d’électrolytes sont
administrées par voie intraveineuse pour traiter des enfants qui sont
gravement déshydratés, à cause de leur disponibilité et de leur taux
élevé de succès. Dans les pays en développement, on peut réussir la réhydratation
en administrant des SRO chez des enfants souffrant de déshydratation
grave. Chez plus de 90 % des nourrissons qui souffrent de vomissements, on
peut arriver à rétablir et à maintenir l’hydratation par des SRO, à
raison de 5 à 10 mL toutes les deux ou trois minutes et en augmentant
graduellement la quantité administrée. Environ 5 % à 10 % des enfants
ne répondent pas à la thérapie de réhydratation par voie orale soit à
cause de vomissements persistants ou en raison d’un taux de déperdition
qui demeure élevé à plus de 10 mL/kg/h. Les parents doivent être
informés qu’il faut consulter de nouveau si l’enfant présente 1) de
l’irritabilité ou une léthargie qui l’empêche de boire, 2) des
vomissements incoercibles, 3) une aggravation du déficit aqueux associé
avec une diarrhée persistante, 4) une diarrhée sanglante ou 5) une
diminution des urines. Ces enfants doivent être réévalués et recevoir
une réhydratation par voie intraveineuse semblable à celle que l’on
administre aux enfants gravement déshydratés. Leur état d’hydratation
doit être surveillé et lorsque la réhydratation est complète, un
traitement d’entretien doit être instauré pour remplacer les pertes
courantes. Si la déshydratation persiste, il faut recalculer le déficit
liquidien et poursuivre le traitement de réhydratation pendant deux à
quatre heures encore, tout en continuant l’évaluation des pertes
liquidiennes. Il n’y a que quelques contre-indications à
l’utilisation de la réhydratation par voie orale pour la conduite du
traitement initial de la diarrhée aiguë. Celles-ci comprennent 1) une déshydratation
grave (> 10 %) associée avec une instabilité hémodynamique, 2) le
refus de boire à cause d’une irritabilité extrême, de léthargie, de
stupeur ou de coma et 3) un iléus. Ces enfants doivent d’abord recevoir
une réhydratation par voie intraveineuse et ensuite par voie orale
lorsqu’ils peuvent boire de nouveau. Les SRO maison ne sont pas
recommandées parce que les anomalies électrolytiques causées par un mélange
inapproprié sont une complication bien connue.
6.4.2 RÉALIMENTATION PRÉCOCE
Les recommandations sur l’apport
alimentaire dans les cas de diarrhée aiguë insistent sur l’importance
de continuer l’allaitement pendant toute la durée de la maladie et de
reprendre le plus tôt possible l’alimentation chez l’enfant plus
vieux ou nourri au lait maternisé. Continuer l’alimentation durant
toute la durée de l’affection diarrhéique améliore l’état
nutritionnel, stimule la réparation de l’intestin et diminue la gravité
de même que la durée de la maladie. Les enfants nourris au sein
devraient recevoir la tétée aussi souvent et aussi longtemps qu’ils le
désirent pendant toute la durée de la diarrhée. La reprise de
l’alimentation des enfants qui ne sont pas nourris au sein demeure
sujette à controverse. Des observations récentes semblent indiquer que
le nourrisson qui souffre d’une déshydratation légère à modérée
devrait recevoir le lait maternisé à la même dilution qu’avant le début
de la maladie. Il n’est pas nécessaire de passer automatiquement à une
préparation sans lactose ou de diluer davantage la préparation. Le taux
d’échec du traitement qu’on observe lorsque la reprise de
l’alimentation est faite de cette façon, soit de 10 % à 15 %, n’est
pas plus élevé que lorsqu’on adopte des démarches plus prudentes. Les
nourrissons souffrant de déshydratation grave, de lésions intestinales
préexistantes et de malnutrition grave et ceux qui n’ont pas répondu
à la nutrition initiale devraient recevoir une préparation sans lactose;
il arrive qu’ils aient besoin d’une préparation prédigérée au
cours de la réalimentation. L’enfant plus âgé qui a commencé à
prendre une plus grande variété d’aliments devrait recevoir une
alimentation bien équilibrée, énergétique et facile à digérer. Des
glucides complexes, y compris riz, nouilles, pommes de terre, rôties,
craquelins et bananes, devraient être offerts au début, rapidement
suivis de légumes et de viande cuite. Les aliments à éviter comprennent
ceux qui sont riches en sucres simples tels les boissons gazeuses, les jus
de fruits non dilués, les boissons contenant de la caféine, les gélatines
présucrées et les céréales enrobées de sucre. Les aliments riches en
gras peuvent être mal tolérés à cause du retard de la vidange
gastrique qui provoque une augmentation des vomissements. Chez certains
enfants, les selles aqueuses persisteront pendant plus de 10 jours, mais
pas au point de causer une déshydratation récurrente. Dans ces cas, on
doit exclure la possibilité d’une infection, et il faut vérifier la présence
de substances réductrices dans les selles afin d’écarter une
malabsorption persistante de glucides.
6.4.3 UTILISATION DE MÉDICAMENTS
Prescrire des antiémétiques, des
antidiarrhéiques et des inhibiteurs de la motilité intestinale pour le
traitement de la diarrhée aiguë est rarement utile à l’enfant et peut
entraîner des complications sérieuses. Chez les enfants qui souffrent de
diarrhée aiguë, ces agents ne diminuent ni le volume des selles ni la
durée de la maladie. Ils ont souvent un effet anorexique ou sédatif qui
nuit à la conduite du traitement de réhydratation par voie orale. Leur
utilisation cause une accumulation de liquides dans le troisième espace,
ce qui a pour résultat une sous-estimation des pertes courantes et, de ce
fait, un remplacement inadéquat des liquides. Les antibiotiques ne
doivent être utilisés dans le traitement de la diarrhée que
lorsqu’ils sont spécifiquement indiqués. Les antibiotiques ne sont pas
efficaces contre l’entérite virale. La giardiase devrait être traitée
lorsque la diarrhée persiste et que des kystes ou des trophozoïtes sont
décelés dans les selles. Il n’y a aucun avantage à traiter les
porteurs asymptomatiques de Giardia
lamblia . L’antibiothérapie
contre les diarrhées bactériennes prête à controverse parce que la
plupart des infections se terminent spontanément et que le traitement ne
diminue pas la durée de la maladie. L’antibiothérapie est indiquée 1)
lorsqu’un agent pathogène pour lequel il existe un traitement a été décelé,
2) chez le patient immunodéficient, 3) comme thérapie adjuvante dans le
traitement du choléra et 4) chez les nourrissons de moins de trois mois
dont les résultats de coproculture sont positifs. Les nourrissons de cet
âge ont un risque accru de septicémie. Les nourrissons et les enfants
souffrant de diarrhée et présentant des signes de septicémie doivent
recevoir une antibiothérapie par voie parentérale.
  
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