
LES MANIFESTATIONS DES TROUBLES GASTRO-INTESTINAUX CHEZ L'ENFANT
R.B. Scott, G. Withers, D.J. Morrison, S.A. Zamora, H.G. Parsons, J.D. Butzner, R,A, Schreiber, H. Machida et S.R. Martin
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1. DOULEUR ABDOMINALE RÉCIDIVANTE
R.B. Scott
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La douleur abdominale récidivante (DAR) est caractérisée par lapparition
dau moins trois épisodes douloureux au cours dune période dau moins trois
mois chez des enfants de trois ans ou plus, et les douleurs sont suffisamment
importantes pour que linconfort quelle cause nuise aux activités de lenfant.
La fréquence dans la population générale est de 10,8 %; elle est de 12,3 %
chez les filles et de 9,5 % chez les garçons. Le taux de prévalence de la DAR
à un âge donné est plutôt constant chez les garçons dâge scolaire, mais chez
les filles il atteint un pic entre 8 et 10 ans.
Linconfort causé par la DAR est typiquement situé à la région périombilicale
et nirradie pas. Pour la plupart des autres aspects, les caractéristiques varient
dun patient à un autre; il sagit souvent dune douleur sourde mal définie ou
dune sensation de crampe, mais elle se présente parfois sous forme dune
douleur aiguë à type de colique. Elle est généralement dintensité bénigne à
modérée; lenfant va cesser de jouer, sasseoir ou se coucher, mais chez un
petit nombre denfants atteints, la douleur sera suffisamment intense pour
provoquer les pleurs. Le moment de lapparition, la fréquence et la durée de
la douleur sont également très variables. La douleur peut survenir à nimporte
quel moment de la journée; elle peut être signalée au réveil, ou être présente
jusquà ce que lenfant sendorme. Toutefois, linconfort ne troublera que
rarement le sommeil de lenfant pendant la nuit. Lapparition de la douleur na
généralement aucun lien conséquent avec lingestion daliments particuliers,
non plus quavec les repas, lactivité physique, la défécation, la miction ou
(chez les filles) les menstruations. Les épisodes peuvent être peu fréquents ou
survenir plusieurs fois par jour et durer de quelques minutes à plusieurs heures
à la fois. Bien que les facteurs aggravants soient fréquemment absents, un lien
a été signalé entre les crises récidivantes de douleur abdominale et des situations
de stress chez environ un tiers des enfants touchés. Une courte période
de repos est souvent mentionnée comme facteur de soulagement. Typiquement,
le traitement avec des antiacides, des anticholinergiques, des antagonistes
des récepteurs H
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, des barbituriques et des analgésiques napporte pas
de soulagement durable. Les épisodes de DAR sont couramment associés
avec des symptômes non spécifiques : pâleur, nausées, céphalées, douleurs
dans les membres ou douleurs de croissance et somnolence après les crises.
Des vomissements sporadiques peuvent survenir, mais les vomissements
répétés ou bilieux incitent à évoquer une cause organique. La diarrhée et lélévation
de température sont signalées à loccasion, mais ne sont pas typiques
et doivent également suggérer une autre cause. En général, les enfants sont,
par ailleurs, bien portants et actifs entre les épisodes.
En ce qui a trait aux antécédents personnels ou familiaux de lenfant qui
souffre de DAR, il ny a rien de précis ou qui permette de poser un diagnostic
clair. Toutefois, en tant que groupe, les parents et les frères et soeurs des
enfants souffrant de DAR sont beaucoup plus susceptibles que ceux des
enfants non affectés, ou que ceux qui ont un trouble organique, déprouver
une somatisation de stress et davoir des antécédents de douleur abdominale
récidivante, de syndrome du côlon irritable, dulcère gastro-duodénal, de
graves céphalées et de troubles qui étaient autrefois étiquetés très improprement
comme des « dépressions nerveuses ».
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1.3 Signes physiques
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À lexception dune sensibilité abdominale subjective, lexamen physique de
lenfant souffrant de DAR est tout ce quil y a de plus banal. La courbe de la
taille et du poids révèle un rythme de croissance normal et les signes physiques
objectifs de maladie sont absents.
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1.4 Facteurs psychosociaux
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Les capacités intellectuelles des enfants souffrant de DAR sont identiques à
celles des enfants non affectés, mais certains traits de personnalité sont plus
couramment observés chez les enfants souffrant de DAR que chez ceux qui ne
sont pas touchés. Ces enfants ont été décrits comme des perfectionnistes, trop
consciencieux, tendus, difficiles ou pointilleux, anxieux et timides ou inquiets;
ce sont là des généralisations qui ne sappliquent pas toujours dans les
cas individuels.
Il existe un lien étroit entre létat émotionnel et le fonctionnement du tube
digestif, et la documentation contient de nombreuses données anecdotiques
concernant des enfants qui souffrent de douleur abdominale récidivante chez
lesquels il y a 1) absence de cause organique; 2) un lien temporel entre linconfort
et un stress précis; et 3) résolution de la douleur à la suite de mesures
prises pour soulager le stress. Toutefois, il est essentiel davoir une preuve
objective de difficultés psychologiques, et pas seulement une absence détiologie
organique, pour quon puisse qualifier la DAR de « psychogène ». En
utilisant ces critères, le trouble psychologique ou émotionnel ne sera un diagnostic
principal que chez un très petit nombre denfants souffrant de DAR.
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1.5 Diagnostic différentiel et modalités dinvestigation
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Bien que le diagnostic différentiel de douleur abdominale soit vaste, une
anamnèse et un examen physique complets de même que des analyses de
laboratoire limitées devraient permettre au médecin de poser un diagnostic
positif de douleur abdominale récidivante. Chez 90 % à 95 % des enfants
atteints, la DAR est fonctionnelle; la maladie organique nest décelée que
chez 5 % à 10 %. La façon daborder le diagnostic ne doit pas consister en une
investigation exhaustive visant à éliminer la maladie dorigine organique.
Dans la majorité des cas de douleur abdominale récidivante, une investigation
appropriée doit être limitée à la numération globulaire, à lanalyse durine et,
peut-être, à la recherche de sang occulte dans les selles. Il existe des listes
détaillées des causes organiques de la douleur abdominale récidivante, mais il
nest nécessaire dy recourir que lorsque les particularités de lanamnèse et de
lexamen physique, ou lhémogramme et lanalyse durine suggèrent fortement
la présence dun problème organique qui nest pas facilement apparent.
Les aspects précis de lanamnèse qui devraient retenir particulièrement lattention
du médecin comprennent une douleur récidivante importante chez un
enfant de moins de trois ans; une douleur systématiquement éloignée de lombilic;
de fréquents réveils causés par la douleur; des vomissements répétés ou
bilieux; et tout cortège de symptômes et de signes typiques dune étiologie
organique précise.
Les troubles génito-urinaires et alimentaires sont les causes organiques les
plus fréquentes de DAR.
Les troubles génito-urinaires tels que linfection
récidivante et lhydronéphrose ou luropathie obstructive peuvent se manifester
par une douleur abdominale. Chez les patients qui présentent ces troubles
mais nont pas de symptômes du côté des voies urinaires, une analyse
durine anormale et la présence de pyurie attireront fréquemment lattention
du médecin vers un problème sous-jacent.
La constipation est un problème courant et les patients peuvent avoir des
crampes abdominales associées avec un besoin urgent de défécation. Des
antécédents évocateurs et la constatation, à lexamen physique, de selles volumineuses
retenues dans le rectum, doivent inciter à un traitement approprié.
Une histoire de douleur abdominale, ballonnement, flatulence et diarrhée
aqueuse qui surviennent à la suite de lingestion abondante de gomme « sans
sucre » ou de friandises suggère la possibilité de malabsorption dhydrates de
carbone non absorbables. La même histoire, survenant avec lingestion de lait
chez des individus qui, de par leur origine ethnique, peuvent être prédisposés
à un déficit en lactase (les Orientaux, les Noirs ou les personnes originaires du
bassin méditerranéen), suggère une malabsorption du lactose.
Des vomissements pernicieux ou bilieux en présence dune douleur abdominale
doivent toujours alerter le clinicien quant à la possibilité dune
obstruction intestinale. Une malrotation ou une rotation incomplète de lintestin
moyen est un problème qui peut se manifester comme une occlusion
intestinale et qui prédispose également à un volvulus intestinal. Lorsquon
soupçonne une malrotation, il faut faire des clichés en série des voies digestives
hautes afin de déterminer la position de langle duodéno-jéjunal, et un
lavement baryté peut être nécessaire pour vérifier lemplacement du caecum
dans le quadrant inférieur droit.
Lulcère gastro-duodénal primaire est beaucoup moins fréquent chez les
enfants que chez les adultes et les caractéristiques typiques liées aux repas, qui
sont courantes chez ladulte, sont souvent absentes chez lenfant. Des antécédents
familiaux dulcère gastro-duodénal, les vomissements, le réveil en
pleine nuit par la douleur, lhématémèse ou le melaena, ou une anémie inexpliquée
doivent suggérer le diagnostic.
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1.6 Pathophysiologie et traitement
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Une anamnèse complète, un examen physique minutieux et un minimum
danalyses de laboratoire sont essentiels pour obtenir les données qui permettront
au médecin darriver à un diagnostic positif de DAR. Cette précaution et
cette minutie sont déterminantes pour le succès du traitement subséquent
parce quelles démontrent que la plainte a été évaluée avec sérieux par le
médecin, et donnent de la crédibilité au diagnostic posé par la suite. Une fois
arrivé à un diagnostic positif, il est ensuite important de cesser les investigations,
puis de renseigner et de rassurer le patient et ses parents. Si cela nest
pas fait, limpression quont les parents de lexistence très probable dun trouble
organique sous-jacent risque dêtre renforcée. Par contre, quelques paroles
pour rassurer (comme « Ne vous inquiétez pas... ») sans autre explication,
sont à peu près inutiles.
Il faut bien comprendre que linconfort causé par la DAR est réel, quil nest
pas imaginaire ou inventé à des fins de gain ou de manipulation. Il est important
de signaler quil sagit dune plainte fréquente. Expliquez aux parents les
critères sur lesquels vous avez fondé votre diagnostic de DAR : le siège périombilicale
de linconfort, labsence dun cortège dobservations, tant dans les
antécédents que dans lexamen physique, suggérant un problème organique
sous-jacent, la croissance et le développement normaux de lenfant (faites voir
aux parents la courbe de croissance), le bien-être général constant entre les
épisodes douloureux, et lexistence de plaintes fonctionnelles semblables dans
les antécédents familiaux, si tel est le cas. Faites remarquer, le cas échéant, lassociation
positive de la DAR avec des situations ou des événements stressants
ou des traits de personnalité de lenfant qui pourraient contribuer à exagérer le
stress. Tentez de tirer au clair et de dissiper toute inquiétude particulière de la
part de lenfant ou des parents (p. ex. « Mon enfant fait-il une appendicite? »).
Encouragez les parents à parler avec lenfant des événements difficiles qui
auraient pu contribuer à provoquer la DAR et recommandez-leur des moyens
positifs de surmonter le problème, y compris le retour à toutes les activités
normales. Insistez sur la présence à lécole. Discutez du pronostic de ce problème
avec les parents et rassurez-les en offrant de revoir lenfant sil y a
quelque changement dans les symptômes.
Les renseignements fournis aux parents sont généralement très efficaces
pour soulager leur anxiété. Les médicaments, particulièrement les analgésiques
ou les sédatifs, ne sont considérés ni comme efficaces ni comme
appropriés. Toutefois, une récente étude prospective, comparative, randomisée
et à double insu, a démontré une diminution significative de la DAR
chez les enfants ayant reçu un supplément de fibres alimentaires en comparaison
avec le placebo.
Nombre denfants et leurs parents éprouvent un soulagement immédiat considérable
lorsque le trouble organique est exclus. À long terme, un tiers des
patients traités de cette façon nont absolument aucune douleur une fois quils
sont rendus à lâge adulte, un tiers éprouvent des douleurs abdominales continues
et un tiers présentent dautres symptômes, tels que des maux de tête.
Presque tous mènent une vie normale. Lobjectif du traitement doit consister
à favoriser, par linformation, une plus grande compréhension et des mécanismes
constructifs qui permettront de gérer la situation et empêcheront les
symptômes dengendrer un comportement
dysfonctionnel.
 
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