
 
| 2. NOTIONS
PHYSIOLOGIQUES FONDAMENTALES EN NUTRITION |
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Pour maintenir un apport continu de
nutriments dans le courant sanguin malgré la consommation intermittente
d’aliments, un ensemble complexe de mécanismes de régulation s’est
constitué. Ceux-ci permettent le stockage des nutriments durant
l’alimentation et leur libération des pools de réserve pendant la période
interdigestive de manière à maintenir les taux sanguins de nutriments à
l’intérieur de limites remarquablement étroites. La régulation de brève
durée entre les états postprandial et interdigestif est favorisée
principalement par a) la concentration de plusieurs substrats clés et b)
un ensemble d’hormones de régulation incluant l’insuline, le glucagon,
les catécholamines et les corticostéroïdes (tableau
1.).
TABLEAU
1. Régulation hormonale du métabolisme des nutriments
|
| Hormones |
Principales
actions métaboliques |
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| Insuline |
Augmente la
captation du glucose dans les tissus périphériques
Stimule la synthèse des protéines
Inhibe la lipolyse et la glycolyse |
|
| Glucagon |
Augmente les
taux d’AMP cyclique dans le foie et les tissus adipeux,
et stimule la mobilisation des acides gras, la glycogénolyse,
la glycolyse et la glyconéogenèse |
|
| Catécholamines
|
Augmentent
les taux d’AMP cyclique dans le foie, les muscles
squelettiques et les tissus adipeux, et entraînent la
libération de glucose, d’acides gras libres et de
lactate |
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| Corticostéroïdes |
Augmentent la
glyconéogenèse
Augmentent la mobilisation d’acides aminés à partir
des tissus périphériques (principalement les muscles
squelettiques)
Augmentent la libération d’acides gras à partir des
tissus périphériques
Diminuent l’utilisation du glucose par les tissus périphériques |
|
|
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Le sort du glucose chez le sujet qui vient
de s’alimenter (état postprandial) et chez le sujet à jeun (état
interdigestif) est décrit en détail dans la figure
1. Une fois ingérés, sous forme d’amidon ou de
disaccharides, les glucides sont digérés et absorbés sous forme de
monosaccharides. Le glucose est rapidement absorbé et transporté par le
système porte jusqu’au foie, qui extrait une fraction considérable du
glucose présent dans la veine porte. Le reste pénètre dans la
circulation générale et déclenche la sécrétion pancréatique
d’insuline. Les fortes concentrations d’insuline et de glucose dans la
veine porte engendrent la captation hépatique du glucose et sa conversion
en glycogène et en acides gras. La hausse du taux d’insuline périphérique,
qui survient conjointement avec la hausse de la glycémie, entraîne une
forte captation périphérique du glucose, d’abord par les cellules
musculaires et ensuite par les cellules adipeuses. Le glucose constitue le
substrat essentiel du métabolisme du cerveau, de la médullosurrénale et
des globules rouges. Les autres organes tirent principalement leur énergie
des acides gras. La hausse de l’insulinémie entraîne également la
captation des acides aminés par les muscles et exerce un effet antiprotéolytique.
C’est en raison de ces effets sur les protéines musculaires que l’on
qualifie l’insuline d’« hormone anabolique ». Dans la période
postabsorption ou interdigestive, la glycémie est faible, de même que
l’insulinémie. L’hypoinsulinémie influe sur le métabolisme des
trois macronutriments, soit les glucides (hydrates de carbone), les
lipides (graisses) et les protéines. Une glycogénolyse hépatique
survient pour maintenir la glycémie. L’hypoinsulinémie permet également
à la lypolyse de se produire, de sorte que les acides gras peuvent être
utilisés comme principal substrat énergétique. Enfin, l’hypoinsulinémie
entraîne une protéolyse, en particulier celle des protéines musculaires,
laquelle entraîne la libération de l’alanine et de la glutamine
pouvant servir à la glyconéogenèse hépatique. Cette glyconéogenèse
survient de concert avec la glycogénolyse pour garantir à l’organisme
un apport continu de glucose.
D’autres hormones, comme le glucagon, les catécholamines et
l’hormone de croissance, jouent des rôles moins importants dans le métabolisme
des macronutriments; on les a en général qualifiées d’« hormones de
stress », puisqu’elles sont libérées pendant les périodes de stress
et qu’elles exercent un effet de type anti-insulinique. Ainsi, en cas
d’hypoglycémie, peu importe la cause, toutes ces hormones sont libérées
et favorisent une hausse de la glycémie.
Le flux des nutriments lipidiques chez un sujet durant les périodes
postprandiale et postabsorption, ou interdigestive, est montré dans la
figure 2. Pendant la
période postprandiale, les lipides pénètrent dans la circulation à
partir de l’intestin, sous forme de chylomicrons, gouttelettes
volumineuses de triglycérides émulsifiées en surface par une couche
unique de phospholipides et d’apolipoprotéines. D’autres apolipoprotéines
sont transférées sur les chylomicrons à partir des lipoprotéines de
forte densité (HDL High Density Lipoproteins). Les émulsions
lipidiques artificielles utilisées pour la nutrition parentérale
ressemblent très étroitement aux chylomicrons puisqu’elles contiennent
un noyau de triglycérides recouvert en surface par une couche unique de
phospholipides. Initialement, elles ne renferment aucune apolipoprotéine,
mais elles les acquièrent très rapidement des HDL après leur entrée
dans la circulation. Une des apolipoprotéines, l’apolipoprotéine C-II,
est particulièrement importante puisqu’elle constitue un cofacteur
essentiel pour l’action de la lipoprotéine lipase. Cette enzyme est
attachée à l’endothélium des capillaires dans des tissus comme les
tissus cardiaques ou adipeux qui utilisent activement les acides gras. Les
chylomicrons se fixent à l’enzyme et le noyau de triglycérides est
rapidement hydrolysé. Les acides gras libérés sont ensuite captés et
utilisés dans les tissus périphériques. Comme la particule de
chylomicron rapetisse, la matière de surface en excès est retransmise
aux HDL et les particules restantes sont finalement éliminées par
l’intermédiaire d’un récepteur spécifique dans le foie. Le
processus de lipolyse est extrêmement efficace, et la demi-vie des
triglycérides circulants issus des chylomicrons est habituellement inférieure
à 15 minutes. La section du bas de la figure 2 montre l’état
postabsorption, ou interdigestif. Les chylomicrons y sont absents, mais le
carburant énergétique que constituent les triglycérides est présent
dans la circulation sous forme de lipoprotéines de très basse densité (VLDL
Very Low Density Lipoproteins) sécrétées par le foie. Les
substrats pour l’assemblage des triglycérides incluent des acides gras
libres qui sont libérés du tissu adipeux par l’action d’une lipase
hormonosensible et des acides gras synthétisés dans le foie à partir
d’acétyl-CoA. Les VLDL nouvellement sécrétées acquièrent des
apolipoprotéines et un ester de cholestérol à partir des HDL. La
lipolyse des VLDL dans les tissus périphériques est favorisée par une
lipoprotéine lipase. À mesure que la taille de la particule diminue, le
cholestérol libre est transféré aux HDL où il est estérifié sous
l’action de la lécithine-cholestérol acyltransférase (LCAT), et
l’ester de cholestérol qui en résulte est ensuite repris par la
particule lipolysée, où il fait partie du noyau. Une fois la lipolyse
terminée, ce qui reste constitue une particule de LDL. Celle-ci est plus
petite et plus dense que la molécule de VLDL, elle a perdu toutes les
apolipoprotéines, à l’exception de l’apolipoprotéine B, et elle
possède un noyau d’ester de cholestérol plutôt que de triglycérides.
Les LDL sont éliminées relativement lentement, et leur demi-vie est de
plusieurs jours. La fixation des LDL est favorisée par un récepteur
membranaire spécifique, appelé récepteur des LDL, dont l’activité
est régularisée à son tour par les taux de cholestérol intracellulaire.
Les tissus les plus actifs (compte tenu du poids) pour l’élimination
des LDL sont les tissus stéroïdogènes, comme les glandes surrénales,
les gonades et le foie; en raison de sa taille, le foie est responsable de
plus de la moitié du catabolisme de toutes les LDL. Comme les tissus périphériques
ne peuvent pas dégrader le cholestérol, le cholestérol en excès est
ramené au foie par les HDL, où il est utilisé pour la synthèse des
acides biliaires ou excrété dans la bile.
Outre la régulation rapide favorisée par les hormones et les
substrats décrits plus haut, d’autres réactions d’adaptation
surviennent, en réponse à des circonstances diététiques particulières.
À titre d’exemple, une alimentation riche en glucides plutôt qu’en
lipides entraînera l’induction d’enzymes participant à la glycolyse,
à la voie des pentoses phosphates et à la synthèse d’acides gras (p.
ex. glucokinase, glucose-6-phosphate déshydrogénase, 6-phosphogluconate
déshydrogénase, acétyl-CoA carboxylase). Une alimentation riche en
lipides plutôt qu’en glucides déclenchera l’induction de
l’oxydation des acides gras, conjointement avec une hausse de
l’acyl-CoA-carnitine acyltransférase et l’induction d’enzymes
participant à la glyconéogenèse, y compris la glucose-6-phosphatase, la
fructose diphosphatase et les transaminases. Une alimentation riche en
protéines mais faible en glucides entraînera également l’induction
d’enzymes contribuant à la glyconéogenèse et des transaminases, ainsi
que d’autres enzymes participant à l’interconversion et à la dégradation
des acides aminés, de même qu’à l’induction des enzymes du cycle de
l’urée pour faire face à l’augmentation de la production
d’ammoniaque.
L’inanition entraîne un certain nombre de réactions d’adaptation.
On constate une déplétion du glycogène hépatique en 24 à 48 heures,
accompagnée d’une stimulation des enzymes de la glyconéogenèse pour
permettre la production de glucose à partir des acides aminés libérés
au moment de la dégradation des protéines dans les muscles squelettiques.
La lipolyse qui survient dans les tissus adipeux entraîne une hausse des
taux d’acides gras et l’activation des enzymes responsables de la b-oxydation
des acides gras dans le foie (acyl-CoA-carnitine acyltransférase). En
plus de l’acétyl-CoA, l’oxydation des acides gras engendre des corps
cétoniques. Une importante réaction d’adaptation au jeûne est
l’induction de la 3-hydroxybutyrate déshydrogénase dans le cerveau,
qui permet à cet organe d’utiliser les corps cétoniques comme source
énergétique. Une dépendance moindre envers le glucose réduit la nécessité
d’une glyconéogenèse excessive et épargne les protéines musculaires.
Chez un homme relativement mince de 70 kg dont la masse adipeuse s’élève
à 12 %, on peut s’attendre à ce que sa survie sans apport alimentaire
soit d’environ 60 jours ou plus.
  
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