
 
| 5. COMPLICATIONS DE
LA GASTRECTOMIE |
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La gastrectomie pratiquée comme traitement
de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale donne lieu à de nombreuses
complications. Les complications peuvent survenir tôt après
l’intervention, ou bien des mois plus tard. Les complications précoces
sont liées à l’opération elle-même. Les complications tardives sont
nombreuses (tableau 6);
elles peuvent parfois être plus invalidantes que les symptômes
dyspeptiques qui, à l’origine, ont motivé l’intervention.
TABLEAU 6. Complications de la chirurgie
gastrique
Oesophage
Reflux gastro-oesophagien
Dysphagie
Estomac
Retard de la vidange gastrique
Bézoards
Occlusion antro-pylorique
Stomatite
Ulcères récidivants
Carcinome du moignon antral
Syndrome de l’anse afférente
Intestin grêle
Diarrhée Syndrome de chasse
Syndrome de contamination bactérienne
Maladie coeliaque manifeste, insuffisance pancréatique ou carence en
lactase manifestes
Perte pondérale et malabsorption
Fer
Folates
Vitamine B12
Calcium
Graisses
Anémie
Vésicule biliaire
Cholélithiase
| 5.1 Symptômes
oesophagiens |
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187 |
L’incidence du reflux gastro-oesophagien
chez les personnes qui ont subi une vagotomie ou une résection partielle
de l’estomac n’a pas été établie; il s’agirait toutefois d’un
phénomène courant même chez les non-opérés. L’effet que produit la
vagotomie sur la pression exercée par le sphincter oesophagien inférieur
demeure incertain, mais les interventions qui exigent une mobilisation et
la manipulation de l’estomac proximal peuvent léser le sphincter. Les
opérations pratiquées sur l’antre et le pylore peuvent occasionner un
reflux du suc duodénal vers l’estomac et, de là, ce suc peut remonter
dans l’oesophage et y causer des lésions. C’est là un facteur
additionnel qui peut contribuer à créer des problèmes thérapeutiques.
L’évaluation des patients qui accusent des symptômes de reflux gastro-oesophagien
doit comporter une déglutition barytée et une endoscopie. Si le débit
acide est faible, l’oesophagite peut être due au reflux de la bile et
du suc pancréatique depuis le duodénum jusque dans l’estomac et dans
l’oesophage. Si l’oesophagite occasionnée par le reflux biliaire ne répond
pas à l’emploi d’agents neutralisants des acides biliaires (cholestyramine,
sucralfate, antiacide à base d’hydroxyde d’aluminium), il peut s’avérer
nécessaire d’effectuer une modification chirurgicale avec anastomose de
Roux en Y.
L’une des complications les plus incommodantes de la gastrectomie est
la dysphagie. Elle survient habituellement tôt après l’opération.
Bien qu’une amélioration spontanée soit normale, il se produit parfois
une oesophagite et une sténose. La dysphagie peut résulter d’un trauma
infligé à l’oesophage au moment de l’intervention chirurgicale, de
la constitution d’un hématome périoesophagien ou d’une vagotomie.
| 5.2 Retard
de la vidange gastrique |
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187 |
Le retard de la vidange gastrique peut être
causé par des ulcères récidivants, un oedème de l’anastomose, de la
fibrose ou une diminution du tonus et de la motilité gastriques. Le
patient peut éprouver une sensation de satiété précoce ou de plénitude
postprandiale. Ce retard de la vidange peut conduire à la formation de bézoards
gastriques, qui sont des sécrétions alimentaires ou des corps étrangers
retenus dans l’estomac. Les bézoards constitués de fibres végétales
s’appellent phytobézoards, tandis que ceux qui se composent de cheveux
s’appellent trichobézoards. Les bézoards se forment à la suite
d’une antrectomie et d’une vagotomie, et ils sont probablement liés
à une mastication insuffisante, à l’hypochlorhydrie et à un régime
riche en fibres. Une radiographie simple de l’abdomen ou des clichés
barytés en série des différents segments du tube digestif supérieur
permettent de soupçonner la présence de bézoards que peut confirmer
l’endoscopie. Il est parfois possible, au cours de l’endoscopie, de
fragmenter le bézoard, mais un traitement par la papaïne (enzyme qui digère
les protéines et peut ainsi dissoudre tout type de bézoard) s’impose
habituellement.
La présence d’une fibrose de l’anastomose exige généralement une
intervention chirurgicale. Un traitement par solutés intraveineux peut
s’avérer nécessaire en cas d’obstruction marquée, mais si
l’orifice de sortie est perméable, le métoclopramide ou le dompéridone
peuvent améliorer la vidange gastrique. Il peut aussi être nécessaire
de modifier l’anastomose chirurgicale.
| 5.3 Ulcères
récidivants |
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188 |
Les ulcères qui récidivent après une
chirurgie gastrique portent plusieurs noms (p. ex. ulcération
anastomotique, ulcères récidivants, ulcères postgastrectomie). Les ulcères
récidivants peuvent être dus à une vagotomie incomplète, à une résection
incomplète des cellules G ou acidosécrétrices, à une rétention
antrale, à un retard de la vidange gastrique, à un reflux duodéno-gastrique,
à des médicaments ulcérogènes ou à un gastrinome. Bien entendu, il
faut distinguer ces troubles bénins d’un ulcère du moignon antral. Les
personnes atteintes d’ulcères récidivants avec oedème et obstruction
partielle de la vidange gastrique peuvent être soulagées par l’essai
d’un traitement avec un antagoniste des récepteurs H2 à
l’histamine.
Le carcinome du moignon gastrique peut
survenir 20 ans ou plus après une intervention chirurgicale à
l’estomac pour le traitement d’une maladie ulcéreuse gastro-duodénale
bénigne. Le carcinome du moignon semble se produire plus souvent après
une anastomose Billroth II. Le carcinome se développe à l’endroit de
l’anastomose, dans le corps ou dans le fundus de l’estomac. Sa
pathogenèse semble être liée à l’installation d’une gastrite
atrophique chronique. Au début, il peut y avoir une métaplasie des
cellules de Paneth et des cellules caliciformes et, par après, une
dysplasie. Ces changements morphologiques sont probablement en rapport
avec un reflux chronique de la bile et des alcalis.
| 5.5 Syndrome
de l’anse afférente |
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188 |
Les patients soumis à une gastro-jéjunostomie
ou à une anastomose Billroth II peuvent présenter une obstruction de
l’anse afférente. Les symptômes peuvent être aigus ou chroniques et résulter
de la présence d’une hernie interne, de tortillements de la lumière,
de la formation d’adhérences ou d’une sténose de l’anastomose. Le
syndrome aigu de l’anse afférente survient au début de la période
postopératoire. Il peut s’accompagner des manifestations suivantes :
occlusion partielle ou complète de l’anse afférente, ce qui provoque
des douleurs, des nausées, des vomissements de substances non bilieuses;
formation d’une masse abdominale palpable et, parfois, élévation de
l’amylase sérique et des épreuves de la fonction hépatique. Le
syndrome chronique de l’anse afférente est dû à une obstruction
partielle de l’anse afférente. Le patient présente des vomissements
biliaires postprandiaux sans aliments. Ces vomissements sont intermittents,
importants et douloureux.
La diarrhée survient ordinairement immédiatement
après une vagotomie tronculaire. Divers mécanismes ont été avancés
pour expliquer son apparition, notamment le syndrome de chasse (dumping
syndrome), le syndrome de prolifération bactérienne, l’emploi de
quantités excessives d’antiacides à base de magnésium, le syndrome de
Zollinger-Ellison, ou d’autres entités concomitantes, comme la maladie
coeliaque occulte, l’intolérance au lactose ou l’insuffisance pancréatique.
Il faut aussi prendre en considération les autres causes de la diarrhée
rencontrées chez les patients qui n’ont pas subi au préalable de
chirurgie gastrique ou de vagotomie.
La plupart des cas de diarrhée postvagotomie s’améliorent avec le
temps. Les agents antidiarrhéiques comme le lopéramide ou le diphénoxylate
peuvent en atténuer les symptômes. Chez les patients qui ne répondent
pas à ces agents, la cholestyramine ou les antibiotiques s’avèrent
parfois utiles. Les diarrhées plus persistantes doivent faire l’objet
d’un examen approfondi afin d’écarter la possibilité d’infection,
de malabsorption ou de tumeurs gastrinosécrétantes. Dans les cas extrêmes,
une intervention chirurgicale peut s’imposer.
Le syndrome de chasse précoce se produit de 10 à 20 minutes après
les repas et s’accompagne de symptômes gastro-intestinaux, vasomoteurs
et cardio-vasculaires. Le patient peut présenter des douleurs, des nausées,
des vomissements, une sensation de plénitude et de la diarrhée. Les
symptômes vasomoteurs comprennent une sensation de faiblesse, des étourdissements,
la lipothymie, la pâleur et la transpiration. Les symptômes cardio-vasculaires
comprennent les palpitations et la tachycardie. Le syndrome de chasse précoce
a pour cause l’évacuation rapide du contenu de l’estomac accompagnée
d’échanges hydriques osmotiques, de distension abdominale et de la libération
de substances vasoactives. La distension abdominale occasionne de la
douleur, des nausées et des vomissements, tandis que les symptômes
vasomoteurs et cardio-vasculaires sont attribuables à la libération de sérotonine
et de bradykinine.
Le syndrome de chasse tardif survient entre une heure et trois heures
après les repas, en particulier lorsque les repas comportent de grandes
quantités de glucides. Ce syndrome se caractérise par des signes de décharge
du système sympathique attribuables à l’hypoglycémie. Parmi les symptômes
se trouvent une sensation de faiblesse, la transpiration, la faim et la
confusion. Sur le plan physiopathologique, ce syndrome de chasse est
facile à comprendre : vidange gastrique rapide, absorption rapide de
glucose, libération de fortes quantités d’insuline, chute rapide de la
glycémie due à la cessation abrupte de l’absorption de glucose et à
un taux excessivement élevé d’insuline.
On peut remédier au syndrome de chasse par un traitement diététique
composé de six repas légers par jour, à base d’aliments riches en
protéines et faibles en glucides, et par l’ingestion de boissons
seulement entre les repas. Le traitement est efficace chez la plupart des
patients, mais certains devront prendre des anticholinergiques avant les
repas ou l’antisérotonine, cyproheptadine. Le tolbutamide ou la pectine
se montrent utiles dans certains cas. Lorsque toutes les mesures échouent,
il faut transformer une anastomose Billroth de type II en anastomose
Billroth de type I. Si le patient a déjà subi cette dernière
intervention, on devra, dans de rares cas, considérer la mise en place
d’une anse antipéristaltique de l’intestin grêle.
| 5.7 Perte
pondérale et malabsorption |
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190 |
La perte pondérale à la suite d’une
intervention chirurgicale survient chez 30 % à 60 % des patients; elle
est moins fréquente après une vagotomie seule qu’après une vagotomie
combinée avec une antrectomie. Elle est le plus souvent causée par la
diminution de l’apport calorique consécutive à la sensation de satiété
précoce; chez les patients qui souffrent d’une malnutrition grave ou de
diarrhées persistantes, il faut entreprendre des épreuves d’évaluation
de la malabsorption.
L’anémie est fréquente après une
chirurgie gastrique. Diverses causes peuvent être à l’origine d’une
carence en fer : carence en fer préopératoire, perte de sang
insuffisamment compensée pendant ou après l’intervention, hémorragies
digestives ou génito-urinaires postopératoires, malabsorption du fer
alimentaire attribuable à la diminution de l’acide gastrique nécessaire
à cette absorption ou encore court-circuit du duodénum qui est
l’endroit optimal pour l’absorption du fer sous toutes ses formes. La
chirurgie gastrique a permis de mettre en évidence chez certains patients
une carence en folates, à cause d’un apport insuffisant de cet élément
ou de sa malabsorption. Une carence en vitamine B12 peut
survenir à cause d’une résection importante des cellules sécrétrices
du facteur intrinsèque, ou encore dans les cas d’un syndrome
concomitant de prolifération bactérienne, mais rarement en présence
d’une insuffisance pancréatique. L’excrétion urinaire de vitamine B12
(épreuve de Schilling) augmente jusqu’à atteindre la valeur normale
chez les patients atteints d’anémie pernicieuse à qui on a administré
le facteur intrinsèque ainsi qu’une faible dose de vitamine B12.
| 5.9 Cholélithiase |
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191 |
La cholélithiase survient après une
vagotomie tronculaire plus souvent qu’après une vagotomie d’un autre
type. Elle serait due à une diminution de l’écoulement biliaire et à
des contractions de la vésicule biliaire; elle s’accompagne d’une
dilatation de la vésicule biliaire et de la production de bile lithogène.
  
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